La vision des quatre animaux et du règne des saints.
Ce chapitre est le premier de la partie prophétique, mais il est encore écrit en araméen, et pourrait être aussi considéré comme formant la conclusion de tout le groupe des chapitres 1 à 6. Il est en tout cas le pendant du chapitre 2, et presque tous les commentateurs sont d'accord pour reconnaître que les quatre bêtes correspondent aux quatre parties de la statue et doivent être interprétées de la même manière. Mais si l'objet des deux visions est le même, le point de vue auquel il est contemplé diffère. La puissance terrestre, qui dans la première vision apparaît sous la forme d'une statue splendide, est représentée dans la seconde comme une succession de bêtes féroces ; et d'autre part le règne de Dieu, qui avait été contemplé là en quelque sorte du dehors sous l'image de la petite pierre, est maintenant envisagé comme du dedans en la personne de ceux-là mêmes qui le composent, le fils d'homme et les saints. Des éléments nouveaux viennent aussi s'ajouter à la première révélation : la petite corne et le jugement. Ces différences s'expliquent toutes, si l'on tient compte du personnage qui reçoit la vision dans les deux cas. Au chapitre 2, c'est Nébucadnetsar, le chef de la première monarchie universelle, le plus brillant représentant de la puissance terrestre ; au chapitre 7, c'est Daniel, le prophète favorisé, membre lui-même du peuple des saints.
Jusqu'à la fin du siècle dernier (XVII ième), on a été d'accord pour voir dans les quatre empires représentés par la statue et par les quatre bêtes les monarchies babylonienne, médo-perse, grecque et romaine, et cette interprétation est encore celle de plusieurs commentateurs modernes. Depuis lors, on a de plus en plus contesté que ce dernier empire puisse être représenté par les pieds de la statue et, par la quatrième bête. Partant de l'idée que le livre de Daniel est l'uvre d'un écrivain juif contemporain des Maccabées, et parlant des événements, non pas en prophète, mais en historien, un grand nombre d'exégètes ont cherché à démontrer qu'il faut appliquer l'emblème des quatre bêtes aux empires qui se sont succédé jusqu'à l'époque où vivait l'auteur, ainsi depuis Nébucadnetsar jusqu'à Antiochus Epiphane seulement. D'autres, se fondant sur l'identité prétendue du symbole des deux petites cornes, dans les chapitres 7 et 8, sont arrivés au même résultat sur une autre voie. Les explications proposées sont du reste loin de s'accorder entre elles, ainsi que le lecteur pourra s'en convaincre en parcourant le tableau suivant.
Nous examinerons ces différents systèmes au fur et à mesure de l'explication de chaque verset.
1 à 2 Préambule.
Nous avons déjà fait observer (voir introduction) que ce préambule paraît provenir de la main du rédacteur du livre et non du prophète lui-même.
La première année de Belsatsar. Ce vice-roi de Babylone, n'ayant régné probablement que trois ans (8.1) et ayant péri en 538 (chapitre 6), la date de la vision doit être l'année 541-540. De même que Nébucadnetsar au commencement de la monarchie (2.1) avait contemplé la succession des empires universels, Daniel reçoit une révélation plus complète du même fait au moment où cette première monarchie va crouler pour faire place à une autre.
Des visions en son esprit : littéralement, des visions de sa tête. Comparez 2.28.