Voici une pierre... Les mots suivants que j'ai mise devant Jéhosua montrent que l'ange de l'Eternel s'adresse ici non plus à Jéhosua lui-même, mais au prophète et à tous ceux que le prophète doit instruire. Par cette pierre on a entendu souvent le Messie (comparez Esaïe 28.16 ; mais il ne nous paraît pas possible que, dans deux versets qui se suivent, le même personnage soit représenté par deux images aussi différentes que celles d'un rejeton et d'une pierre. L'expression placée devant Jéhosua ne conviendrait pas non plus au Messie. On a pensé aussi que cette pierre pouvait être une pierre précieuse placée sur le nouveau pectoral faisant partie du costume du souverain sacrificateur (verset 5) et qui remplacerait les douze pierres de l'ancien pectoral, comme Juda représentait en ce moment la totalité du peuple ; la mention d'une gravure, qui va suivre, peut être alléguée en faveur de ce sens, mais l'expression devant Jéhosua ne s'explique pas bien ; il faudrait : sur le cur de Jéhosua. Comme le Talmud parle d'une pierre qui aurait tenu la place de l'arche dans le Lieu très saint, on a supposé qu'il s'agissait ici de cette pierre ; mais ce n'est là qu'une fable qui doit peut-être son origine à notre passage même. On doit se rappeler que chez les deux prophètes Aggée et Zacharie, la grande préoccupation était l'uvre de la reconstruction du temple. La pierre dont il est ici question ne peut donc être que la principale pierre du fondement, la pierre d'angle (Psaumes 118.22), ou la pierre qui doit former le fronton de l'édifice lorsqu'il sera achevé. Ce qui nous parait décider en faveur du second sens, c'est que cette même pierre revient au 4.7, et évidemment pour désigner la pierre du sommet. Il est bien plus significatif et encourageant pour le peuple de voir d'avance, par l'il du prophète la pierre de l'achèvement que celle qui ne marquait que le commencement du travail. Cette pierre qui doit couronner l'édifice est déjà là, toute taillée de par la main de l'Eternel et sous le regard de Jéhosua, qui doit puiser dans cette vue la confiance dont il a besoin en recommençant son sacerdoce.
Sur cette unique pierre sont sept yeux : les sept yeux de l'Eternel, c'est-à-dire la plénitude de sa sollicitude et de sa prévoyance. Les passages Esaïe 11.2 et Apocalypse 5.6 ne présentent qu'une analogie lointaine avec le nôtre et ne doivent pas en déterminer l'explication.
Mais ce n'est pas assez pour l'Eternel d'assurer Jéhosua et Israël des soins de sa Providence en faveur de l'uvre à laquelle ils travaillent ; ils doivent en avoir la preuve en quelque sorte sous leurs yeux, et c'est pourquoi la gravure choisie par l'Eternel pour orner cette pierre formant le fronton de l'édifice, doit être précisément la représentation de ces sept yeux. L'expression : Je vais sculpter, montre que cette gravure est encore à exécuter dans la vision même, et peut-être aussi dans la réalité. L'Eternel donne ainsi au peuple la garantie de l'heureuse consommation de l'uvre commencée.
J'effacerai l'iniquité. Comme le Messie est le sacrificateur suprême, dont les sacrificateurs antérieurs n'étaient que l'imparfaite représentation, son uvre essentielle sera le parfait sacrifice d'expiation dont les sacrifices de victimes dans l'ancienne alliance n'étaient que le prélude.
En un seul jour. Il y avait un jour où le souverain sacrificateur juif accomplissait l'expiation de tous les péchés de l'année pour le peuple entier. C'est à ce jour que fait allusion l'ange de l'Eternel quand il parle de ce jour unique où par le sacrifice du Messie il effacera complètement et pour toujours l'iniquité de la terre. L'expression : de ce pays, peut sans doute se rapporter littéralement à la Terre Sainte seulement ; mais si l'on tient compte de l'extension prédite du peuple de Dieu dont feront partie, au temps du Messie, beaucoup de nations (2.11), il est impossible de restreindre strictement, le sens de ce terme à la Terre Sainte proprement dite.