Entre verset 15 et verset 16 la construction est brisée, en sorte qu'il est difficile de savoir à quoi l'on doit relier verset 16.
Plusieurs interprètes font des versets versets 14,15 une parenthèse et rattachent verset 16 à verset 13, ou aux dernières paroles de verset 12.
Nous pensons plutôt que la mention du jour où Dieu jugera, accompagnée de l'indication spéciale que ce Jugement portera sur les œuvres secrètes (grec choses cachées) des hommes, est en relation dans la pensée de l'apôtre, avec le tableau de la lutte que se livrent dans le cœur du païen les pensées qui, tour à tour, l'inculpent et le disculpent. (verset 15)
Actuellement, cette lutte n'apparaît pas aux regards. Mais au jour du jugement, quand tous les secrets seront découverts, on verra combien elle a été réelle, et suffisante pour établir la responsabilité des païens.
Nous indiquons ce rapport en introduisant dans la traduction les mots : c'est ce qui apparaîtra, qui ne sont pas dans le texte.
En énonçant les idées qui se pressent dans son esprit, Paul a omis ce membre de phrase, l'ellipse ne nous paraît pas trop forte pour être admissible.
D'autres interprètes établissent la relation entre verset 15 et verset 16 en affirmant qu'il ne s'agit pas, à verset 16, du jugement dernier, mais du Jugement moral exercé dans les cœurs par la prédication de l'Evangile, quand elle trouve de l'écho dans les consciences et y provoque ce débat entre les pensées que décrit verset 15.
Ils invoquent deux raisons en faveur de leur explication :
1° Il n'y a pas dans le texte : "le jour où," mais : "un jour que," ce qui équivaudrait à : "lorsque, toutes les fois que."
2° Le verbe peut être au présent, si on l'accentue différemment (les plus anciens manuscrits ne portent pas d'accents). Le sens serait alors : "Leurs pensées tantôt les accusent, tantôt aussi les défendent, lorsque, selon mon Evangile, Dieu juge, par JésusChrist, les choses cachées des hommes."
Ce qui s'oppose à cette explication, c'est que le terme : "le jour" désigne toujours chez Paul le grand jour du jugement dernier ; l'omission de l'article ne lui ôte pas ce sens technique (1Corinthiens 5.5 ; 4.3-5 ; 1.8 ; 3.13 ; 1Thessaloniciens 5.4 ; 2Thessaloniciens 1.10 ; comparez Actes 17.31).
- Le complément selon mon Evangile (comparez Galates 1.6-12 ; 2.2) se rapporte aux mots qui précèdent immédiatement : les choses cachées des hommes.
L'enseignement de Paul, en abolissant la circoncision et les pratiques rituelles, qui étaient un élément essentiel de la justice légale des Juifs, faisait porter le jugement de Dieu uniquement sur les dispositions du cœur, sur les faits de la vie morale.
Si l'on relie le complément selon mon Evangile soit à : Dieu jugera, soit à : par Jésus-Christ, il faut donner à l'expression mon Evangile un sens plus général : l'Evangile que je prêche en qualité d'apôtre, et qui est aussi celui des autres apôtres. Car l'idée que Dieu jugera le monde par Jésus-Christ était une croyance commune aux chrétiens d'origine juive et aux disciples de Paul.
Mais le sens spécial que Paul donne ailleurs à l'expression : mon Evangile, peut amener à penser qu'il oppose au légalisme formaliste des Juifs, qui se glorifiaient de leur loi et de leurs pratiques extérieures, (verset 17 et suivants) cette affirmation, qui est bien un trait essentiel de sa conception du salut : Dieu regarde au cœur. Il jugera les œuvres secrètes des hommes.
Cette application nous paraît recommandée par l'ordre des mots, dans le texte grec, et par le rapport que nous avons cru pouvoir constater entre verset 16 et verset 15.