Les mots concernant son Fils indiquent à la fois le contenu de l'Evangile de Dieu et l'objet de la prophétie.
Le Fils de Dieu se présente à l'apôtre sous un double aspect : issu de la postérité de David selon la chair, déclaré Fils de Dieu selon l'Esprit de sainteté.
- Selon la chair, c'est-à-dire en tant qu'homme, Jésus est issu (grec devenu rejeton) de la race de David.
Il importe de bien entendre ce mot de chair appliqué à Jésus Christ. D'une part, il semble dire trop peu, car le Sauveur s'est approprié la nature humaine tout entière et pas seulement notre chair ; d'un autre côté, il paraît exprimer trop, parce que, à l'idée de chair, s'attache celle de péché ; or Paul n'admettait pas que le Sauveur ait eu part à notre corruption.
Le terme de chair est employé dans des acceptions diverses par les auteurs sacrés il désigne proprement les parties molles du corps de l'homme ; (Genèse 2.23) puis le corps tout entier. (1Corinthiens 15.37-40) Le corps était destiné à servir d'instrument docile à notre esprit, qui devait lui-même obéir à l'Esprit de Dieu.
Originairement donc, aucun élément de péché n'était impliqué dans l'idée de la chair, partie matérielle de notre être. Mais lorsque, par la chute, (Genèse 3) l'esprit de l'homme se fut soustrait à l'influence et à la direction de l'Esprit de Dieu, l'homme livré à une volonté sans boussole et sans force, fut incapable de maintenir son corps dans l'obéissance.
La chair acquit une vie propre, une activité indépendante, l'intelligence et la volonté furent soumises à l'empire des sens. Dès lors l'esprit, qui devait commander, sert le corps, qui devait obéir, commande.
En tenant compte de cet état de choses, les écrivains sacrés attachent souvent l'idée de péché au mot de chair. Ce n'est pas qu'ils envisagent le corps comme la source et le siège unique du péché ; celui-ci gît essentiellement dans la volonté humaine révoltée contre Dieu, privée de la communion avec Dieu et cherchant en vain dans les créatures une compensation à cette perte irréparable, un point d'appui contre le sentiment de son propre néant.
Mais quoique le péché se manifeste le plus souvent par le corps, parce que l'homme est tombé sous l'esclavage des sens, il est des vices de nature spirituelle auxquels le corps n'a aucune part directe, que l'écriture qualifie pourtant de charnels, "d'œuvres de la chair ;" l'orgueil spirituel, (Colossiens 2.18) la haine, la jalousie, la colère, les animosités. (Galates 5.20)
En un mot, la chair, dans ce second sens, désigne la nature humaine déchue, corrompue, assujettie au péché, (Jean 3.6) incapable par elle même de se relever en saisissant la vérité salutaire quand celle-ci lui est présentée. (Matthieu 16.17 ; 1Corinthiens 2.14)
Enfin, comme les conséquences du péché, sinon les plus funestes, du moins les plus apparentes, se manifestent surtout dans le corps qui lui a servi d'instrument (la douleur, les infirmités, les maladies, la mort), le mot de chair est souvent employé pour désigner notre nature souffrante, défaillante, mortelle, que le péché a vouée à la destruction. (1Pierre 1.24)
De ces trois sens du mot chair : substance matérielle du corps, état où l'esprit est asservi aux sens, faiblesse de l'homme soumis à la douleur et à la mort, lequel est appliqué à Jésus-Christ ? Evidemment le dernier.
Il a pris notre nature dans son infirmité, portant en elle les conséquences amères du péché ; de là vient qu'il a partagé toutes nos misères et que, de plus, il a subi les diverses tentations auxquelles nous sommes exposés (Luc 4.1-13 ; Hébreux 5.7 ; comparez Romains 8.3 note.).
Cependant il est resté pur de toute atteinte du péché, de toute souillure du corps et de l'esprit, (Hébreux 4.15 ; 7.26 ; 9.14 ; Jean 8.46) en lui, la chair fut constamment soumise à la domination d'une volonté sanctifiée par l'Esprit de Dieu. Second Adam, il a ainsi parfaitement accompli, au sein de notre humanité déchue, la loi divine que le premier Adam aurait dû accomplir dans son état d'intégrité originelle. Par sa victoire sur le péché, il a ramené la chair et l'esprit, l'homme entier, à sa destination primitive.
- Le moyen de cette victoire a été l'esprit de sainteté. Cette expression n'est pas synonyme de Saint-Esprit. Paul ne veut pas dire que le Saint-Esprit ait été en Jésus Christ, par opposition à la chair humaine, l'élément spécifiquement divin de son être.
L'esprit dans le langage de Paul est d'une part la faculté qui rend l'homme capable de subir l'action de l'Esprit de Dieu, l'organe par lequel il entre en rapport avec Dieu ; (1Thessaloniciens 5.23 ; 2Corinthiens 7.1) et, d'autre part, le principe divin et créateur qui accomplit dans le cœur du croyant l'œuvre de la régénération. (Romains 8.9,10)
En Jésus-Christ, pendant sa vie terrestre, l'esprit humain fut constamment dominé par l'Esprit de Dieu, de sorte qu'il fut saint dans toute sa conduite et dans tout son être. Cette parfaite sainteté fut la cause morale de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, salaire du péché.
C'est conformément à l'esprit de sainteté qui était en lui qu'il est ressuscité. Et par cette résurrection, nous dit l'apôtre, il a été déclaré Fils de Dieu avec puissance.
Nous traduisons ainsi un verbe que d'autres rendent par il a été établi, et qui signifie proprement déterminé, délimité. Il exprime l'effet de la résurrection de Jésus-Christ : elle a manifesté aux hommes sa qualité de Fils de Dieu.
L'apôtre ne veut pas dire que Jésus est devenu Fils de Dieu par sa résurrection, que celle-ci lui a conféré une dignité qu'il ne possédait pas avant ; c'est pourquoi il nous paraît préférable de traduire déclaré plutôt que établi Fils de Dieu.
- Avec puissance se rapporte à déclaré par sa résurrection : cette résurrection fut une puissante, une éclatante démonstration de sa qualité de Fils de Dieu. D'autres rapportent ce complément circonstanciel à Fils de Dieu : il a été déclaré ou établi Fils de Dieu dans la puissance, par opposition à son existence terrestre où il était Fils de Dieu dans la faiblesse.
- Par sa résurrection d'entre les morts (grec par une résurrection de morts) : par cette tournure, Paul ne désigne pas directement le fait de la résurrection de Jésus-Christ, mais veut indiquer plutôt de quelle sorte était cette démonstration de la divinité du Christ.
La préposition grecque pourrait avoir le sens temporel : dès sa résurrection ; mais cette indication chronologique n'aurait pas une grande utilité. La pensée de l'apôtre est plutôt de présenter la résurrection de Jésus-Christ comme la cause efficiente de sa glorification.
Par sa résurrection, le Christ a été élevé à la droite du Père ; il n'appartient plus dès lors à Israël seul, mais à l'humanité entière ; et, en vertu de la toute-puissance qui lui a été donnée au ciel et sur la terre, il étend son règne sur tous les peuples par les instruments qu'il s'est choisis pour cela. (verset 5)