La nouvelle Jérusalem, le jugement des impies et leur exclusion du salut
Ce morceau est la conclusion de la réponse de l'Eternel à la prière du peuple. Comme dans le précédent, une séparation définitive est annoncée entre les fidèles et les méchants ; mais, tandis qu'au chapitre 65 le prophète, après avoir prononcé le rejet des impies, s'était arrêté à peindre l'heureux avenir des fidèles, il retrace ici les grands actes de jugement par lesquels sera préparé l'avènement du nouvel ordre de choses. Les fidèles sont invités à se réjouir de ces jugements ; les méchants doivent trembler au contraire à la menace d'être privés pour toujours du salut.
Le discours se divise en trois parties :
- Condamnation de l'hypocrisie en Israël, versets 1 à 4
- Châtiment du peuple infidèle et naissance d'une Jérusalem nouvelle, versets 5 à 14
- Jugement des nations ; rassemblement des élus de tout peuple à Jérusalem ; les impies irrévocablement exclus du salut, versets 15 à 24.
Ce morceau, si remarquable par la portée universelle de son contenu, par l'éclat des images et par le grand contraste final entre le culte que toute chair offre à l'Eternel sur la montagne de Sion, et le sort affreux des impies, clôt dignement le livre d'Esaie tout entier ; il présente du reste des analogies frappantes avec le discours d'ouverture (chapitre 1) : comparez surtout le début (versets 1 à 4) avec 1.11-15, et les derniers mots (verset 24) avec 1.31.
1 à 4 Condamnation du culte hypocrite.
1 à 2 La vraie explication a déjà été donnée par Calvin. Le prophète s'élève avec indignation, comme au chapitre 1 (verset 11 et suivants ; comparez 58.1 et suivants), contre l'idée si répandue chez les Juifs d'un mérite attaché aux cérémonies du culte. Israël croit avoir assez fait pour son Dieu, et même lui avoir rendu service, en lui bâtissant un temple et en lui offrant les sacrifices prescrits. A des gens qui pensent être en règle quand ils sont allés au temple et y ont sacrifié, Esaïe rappelle que le vrai culte est de nature spirituelle comme Dieu lui-même, et que c'est même dégrader l'Eternel, insulter à sa majesté et faire de lui une idole, que de prétendre l'enfermer dans un temple et s'acquitter envers lui par des offrandes, comme si celui qui a fait toutes choses avait besoin de quelque chose (Actes 17.24-25 ; comparez Psaumes 50.8-13) ! Sans doute, le temple est le lieu de repos de l'Eternel (Psaumes 132.5-8), mais parce que, dans sa condescendance, il l'a choisi pour s'y laisser invoquer et s'y manifester, non pour s'y renfermer ; c'est ce qu'avait bien compris Salomon, lorsqu'à la dédicace du temple il exaltait la majesté du Dieu que les cieux des cieux ne peuvent contenir, combien moins cette maison ! (1Rois 7.27). Esaïe fait allusion à cette parole. Croyez-vous, veut-il dire, que Dieu ait besoin d'une demeure, et que ce temple, ou tout autre que vous pourriez bâtir, en fût une digne de lui ? Le seul sanctuaire où il puisse habiter réellement sur la terre, c'est le cur de l'homme qui s'humilie et obéit à sa parole. (57.15 ; comparez Psaumes 51.18-19). Ces versets 1 et 2 sont cités par Etienne (Actes 7.49-50).
Pour les images du trône et du marchepied, voir 6.1 et 60.13. L'Eternel a sans doute aussi une demeure dans la création visible ; mais ce sanctuaire, ce n'est pas le temple de Jérusalem, c'est l'univers entier, qui seul convient à sa grandeur. Comparez 57.15.
On a donné de ce passage plusieurs explications différentes de celle que nous venons d'exposer. D'après les uns, le prophète, s'adressant au peuple exilé, condamnerait à l'avance la pensée de rebâtir un temple après le retour, ou du moins le formalisme qu'il craindrait déjà de voir s'y renouveler. Mais il déclare lui-même ailleurs que le temple doit être rebâti (44.28 ; comparez Esdras 1.1-4 et Aggée) ; et s'il parlait ici en vue de l'époque du retour, il n'aurait pu le faire que dans les tout derniers temps qui précédèrent, ou dans ceux qui suivirent cet événement. Ce chapitre appartiendrait donc à une autre époque que le reste de la prophétie chapitres 40 à 66 ; ce qui n'est guère admissible. Selon d'autres, le but du prophète serait de s'opposer au projet formé par les exilés de bâtir un temple en Babylonie. Mais ni dans notre texte ni dans l'histoire on ne trouve la moindre trace d'un semblable dessein. Enfin, selon quelques-uns, Esaïe voudrait dire que dans la nouvelle économie il n'y aura plus de temple, et condamnerait comme une profanation toute espèce de culte rituel qui pourrait s'y produire. Mais si dans quelques tableaux des temps messianiques, le prophète ne parle pas du temple (2.4 ; 4.5-6), dans plusieurs autres il suppose l'existence d'un temple et d'un culte dans la nouvelle Jérusalem (versets 21 à 24 ; 56.7 ; 60.7).