Réponse de Dieu à la prière du peuple
Ce chapitre renferme la réponse de l'Eternel à la prière du peuple (63.7-64.12). En voici le résumé :
- Si Dieu traite Israël si sévèrement, ce n'est pas que ses sentiments à son égard aient changé : c'est que le peuple l'a lassé par ses rébellions. Il se tourne donc vers les païens qui le recevront (verset 1), tandis qu'il abandonne Israël qui le repousse depuis si longtemps, versets 2 à 7.
- Cependant, Jéhova ne détruira pas son peuple tout entier : il séparera avec soin les fidèles des infidèles, pour assigner aux uns et aux autres le sort qui leur convient, versets 8 à 16.
- Le discours divin se termine par la peinture de l'ordre de choses nouveau que Dieu créera et dans lequel les élus jouiront d'une félicité parfaite, versets 17 à 25.
En un mot, à la prière offerte en faveur de tout le peuple sans distinction (voir 64.8-9), le Dieu juste répond qu'Israël ne sera ni détruit ni sauvé tout entier : les impies périront ; mais un reste échappera au jugement et deviendra avec les païens croyants l'objet de toutes ses bénédictions.
1 à 7 La rébellion opiniâtre et le rejet d'Israël.
Saint Paul cite, Romains 10.20-21, les versets 1 et 2 d'après la version des LXX et applique le verset 1 à la vocation des païens et le verset 2 à l'incrédulité des Juifs. Calvin, Zwingle interprètent ce passage de la même manière. La plupart des interprètes modernes, au contraire, appliquent déjà le verset 1 à Israël, dans ce sens : J'étais accessible (à portée). pour des gens (les Juifs) qui ne se souciaient pas de moi. Mais on fausse ainsi le sens des verbes hébreux, qui peuvent bien signifier : je me suis laissé (ou fait) chercher, trouver, mais non pas : j'étais trouvable (sans avoir été réellement trouvé). Comment, d'ailleurs, appliquer aux Juifs l'expression : une nation qui ne porte point mon nom ? Comparez la locution : ceux qui portent mon nom, pour désigner précisément Israël 43.7. Quelques-uns modifient la ponctuation et traduisent : une nation qui n'invoque pas mon nom. Mais ce titre ne conviendrait pas même à Israël infidèle (Jérémie 10.25). L'application du verset 1 aux païens est confirmée par l'opposition entre le terme une nation, au verset 1 (goï, le mot qui désigne ordinairement les païens), et le terme peuple (am), au verset 2, opposition qui ne peut guère être accidentelle. Les versets 1 et 2 font donc ressortir le grand contraste entre les païens, qui ne connaissaient pas Dieu et dont Dieu se fait trouver, et les Juifs ; que Dieu a si longtemps cherchés et qui ont refusé de se laisser trouver par lui (voyez ce même contraste 52.15-53.1. Israël s'est plaint que son Dieu le traitât comme s'il n'était plus son peuple (63.19). Dieu répond : Il est vrai, ce sont les païens qui désormais sont mon peuple. Comparez Matthieu 21.13 : Le royaume vous sera ôté pour être donné à une nation qui en rendra les fruits, et la parole de Moïse Deutéronome 32.20-21. Dieu n'est lié par ses promesses à la race d'Abraham que sous la condition de la foi. Si cette foi est refusée, il saura susciter à Abraham une nouvelle postérité spirituelle. Comparez 44.5 ; 45.22.
Qui ne me réclamaient, ne me cherchaient pas. Ces expressions ne renferment pas ici un reproche à l'adresse des païens ; s'ils n'invoquaient pas l'Eternel c'est qu'ils ne le connaissaient pas. Dieu vient au-devant d'eux dans leur ignorance, et il n'a qu'à se montrer pour être accueilli par eux.