La prophétie des soixante et dix semaines.
Daniel venait de voir tomber l'empire chaldéen (538 avant Jésus-Christ) et celui des Mèdes et des Perses s'élever sur ses ruines. Ce changement de dynastie le rendit attentif aux prophéties de Jérémie (chapitres 25 et 29 ; comparez aussi chapitres 30 et 31) annonçant le rétablissement matériel et spirituel du peuple de Dieu après la chute de Babylone. Il pouvait de plus calculer que la période des soixante et dix années assignées par Jérémie à la dévastation de Juda (commencée en 606) approchait de son terme. En face de ces circonstances nouvelles, il exprime à Dieu par une prière instante l'attente de l'accomplissement des promesses et il s'humilie profondément au nom de son peuple, en demandant le pardon des péchés qui pouvaient entraver cet accomplissement.
La réponse de Dieu ne se fait pas attendre. Daniel reçoit la communication non seulement de la proximité du retour, mais encore des destinées de son peuple et des tribulations qu'il aura à traverser jusqu'à l'époque du salut parfait. Pour bien comprendre la forme du message divin, il faut se rappeler que, d'après les anciennes prophéties messianiques, l'apparition de ce salut semblait se rattacher directement au retour de l'exil. Mais l'état moral du peuple et les desseins de Dieu ne permettaient pas la réunion de ces deux événements en un seul, et c'est ce que Dieu fait comprendre à Daniel, et par lui au peuple, en lui déclarant qu'un temps long et pénible doit intervenir entre l'un et l'autre. Israël doit apprendre que ce retour qui se présente à lui sous les formes les plus brillantes, n'aura rien de flatteur pour la chair et que la venue du Messie, bien loin de clore la période de l'exil, ne peut arriver qu'au terme d'une période sept fois plus longue que n'a été celle-ci (sept fois soixante et dix ans). Alors seulement ce que demande surtout Daniel : l'abolition du péché et l'avènement de la parfaite justice (verset 24), pourra se réaliser.
Cette prophétie du chapitre 9 est ainsi le pendant de celle du chapitre 7 : Dans cette dernière, Daniel a contemplé la succession des monarchies terrestres, par conséquent l'avenir politique du monde jusqu'au Messie, venant comme roi sur les nuées ; dans le chapitre 9 lui est révélé le sort du peuple de Dieu jusqu'à l'accomplissement du salut spirituel qu'apportera l'Oint retranché, le Messie mis à mort. C'est également à l'histoire du peuple d'Israël pendant la même période que s'applique le chapitre 8, mais au point de vue politique plutôt que spirituel.
1 à 3 Introduction.
Darius, voir 6.1, note. C'est le personnage qui porte le nom de Cyaxare dans Xénophon. Celui-ci le fait fils d'Astyage, tandis que Daniel nomme ici son père : Assuérus. Cette différence peut s'expliquer par le fait que les deux noms d'Astyage et d'Assuérus paraissent être les titres honorifiques des rois médo-perses plutôt encore que des noms propres. Le premier nom Astyage (Ajis-dahaka ou Ashdahak) signifie le serpent mordant et a été porté par plusieurs souverains mèdes : Déjocès, le fondateur de la dynastie, Cyaxare I, son petit-fils, et Astyage, fils de celui-ci. La signification du second, Assuérus (en perse Kschajarscho, de Kschaja : l'empire), semble être simplement : l'empereur. Il n'y a donc pas dans cette différence des noms des pères une raison suffisante contre l'identification du personnage de Darius le Mède et de Cyaxare II.
Fut fait roi. Cette expression indique une sorte de passivité : il n'avait pas conquis lui-même la Chaldée. C'était Cyrus qui avait commandé l'armée. Comparez 6.1 note.