La troisième monarchie : le léopard. (Le ventre et les hanches d'airain, 2.39)
Le léopard a pour caractères l'agilité et la soudaineté des bonds (Habakuk 1.8). Cet emblème convient admirablement à la rapidité des conquêtes du Grec Alexandre (8.5).
Quatre ailes d'oiseau. L'agilité du quadrupède est encore renforcée par celle de l'oiseau. Le conquérant semble voler sans toucher la terre. En quelques années, Alexandre conquit avec l'Asie-Mineure et l'Egypte tout le continent asiatique jusqu'à l'Indus.
Quatre têtes. Cet emblème ne fait pas double emploi avec le précédent (les quatre ailes) ; il ne peut se rapporter qu'aux quatre monarchies dans lesquelles le troisième empire, l'empire grec, se réalisa (11.4). En effet, l'empire d'Alexandre n'a pas existé comme empire à part et distinct des monarchies grecques qui en sortirent. Le fondateur mourut avant de pouvoir organiser son nouvel Etat ; vingt ans après, ses conquêtes échurent à quatre de ses généraux qui se les partagèrent en prenant le titre de rois. C'est ce qu'indique le texte lui-même, en faisant apparaître la troisième bête avec ses quatre têtes, avant même de dire que la domination lui fut donnée. Elle paraît dès l'abord dans la vision prophétique sous la forme sous laquelle elle s'est réalisée historiquement. Ce qui confirme ce sens, c'est que, 8.8, les quatre cornes sur la tête du bouc correspondent visiblement à ces quatre têtes du léopard ; or, 8.21, ce bouc est désigné en tout autant de termes comme le roi (le royaume) de Javan (la Grèce), et les quatre cornes, comme quatre royaumes qui s'élèveront de cette nation. Il paraît donc conforme aussi bien à l'histoire qu'à la conception de l'auteur du livre, de voir dans la troisième bête l'empire grec fondé par Alexandre et constitué des l'abord sous la forme de quatre Etats : la Macédoine, la Thrace, la Syrie et l'Egypte.
Les partisans du IV° système d'interprétation, qui voient dans l'ours la monarchie mède et dans le léopard la monarchie perse, essaient d'expliquer l'emblème des quatre têtes en le rapportant aux quatre rois qu'aurait eus la Perse. L'histoire, il est vrai, nous parle de neuf rois de Perse. Mais ces exégètes supposent que l'auteur du livre de Daniel n'en connaissait que quatre, bien qu'écrivant, suivant eux, longtemps après la chute de l'empire persan. Afin de prouver une aussi étrange assertion, ils s'appuient sur le passage 11.2. Pour la réfutation de cette imputation si invraisemblable, nous renvoyons à ce passage. En tout cas il est manifeste que ces quatre têtes, existant simultanément sur le léopard ne sauraient représenter quatre rois successifs. Ce verset confirme donc nos conclusions précédentes (verset 5) relatives au IV° système d'interprétation.
Le V° et le VI° système sont exclus également par ce que nous venons de dire. Car une fois que les quatre Etats issus des conquêtes d'Alexandre, par conséquent la Syrie, aussi bien que l'Egypte, la Macédoine et la Thrace, ont paru comme renfermés dans la troisième monarchie, ils ne peuvent ni tous quatre ensemble, ni l'un d'eux en particulier, former le quatrième grand empire.