Il s'agit d'une forme de démence bien connue des médecins aliénistes sous le nom de lycanthropie. Celui qui en est atteint se croit métamorphosé en un animal quelconque et en imite les cris, les murs et les attitudes. Les termes employés ici semblent indiquer que Nébucadnetsar s'imaginait être un buf.
Il fut chassé : on dut l'isoler de la société des hommes.
Jusqu'à ce que... Privé de sa raison, l'homme revient à l'état sauvage, même dans son extérieur. Celui qui avait été dans sa vie précédente un exemple unique de grandeur et de gloire humaines, offrit ainsi pendant un temps un exemple en quelque sorte unique de misère et d'abjection.
Le fait de la folie de Nébucadnetsar n'est pas mentionné dans les fragments qui nous restent de l'ouvrage que composa le prêtre babylonien Bérose, au temps d'Alexandre-le-Grand, sur l'histoire de son pays ; mais nous ne possédons qu'un petit nombre de ces fragments, parvenus jusqu'à nous par plusieurs intermédiaires. Rien non plus, dans les inscriptions déchiffrées jusqu'ici, ne fait allusion à cet événement. Néanmoins il est indirectement confirmé par un remarquable rapport de l'historien Abydènus, conservé par Eusèbe. Abydènus racontait que Nébucadnetsar, après avoir fini de guerroyer en Occident (comparez verset 4), étant monté sur le toit de son palais (comparez verset 29), avait été saisi par une inspiration venant d'undieu quelconque et avait annoncé dans un oracle aux Babyloniens la ruine de leur empire par le mulet persan (Cyrus, allié aux Mèdes). Il aurait souhaité à cet ennemi dont il était menacé les plus grands malheurs (comparez verset 19), comme de périr dans les flots de la mer ou d'errer dans une solitude, loin des hommes, et parmi les animaux (comparez verset 33), et il aurait exprimé pour lui-même le désir de mourir en paix avant que le malheur fondit sur son royaume. Ayant ainsi prophétisé, Nébucadnetsar aurait disparu soudain.
Il est difficile de ne pas voir dans le lieu où se passe cette scène, dans cet état d'exaltation soudaine du roi, dans ce dieu innommé, dans la formule de malédiction, dans la disparition du monarque d'entre les hommes, des relations étranges avec l'événement rapporté dans notre chapitre. Nous aurions, dans le récit d'Abydénus, la forme légendaire qu'aurait prise cette histoire dans la tradition babylonienne après la conquête perse. Ajoutons que, selon plusieurs savants, la folie temporaire de Nébucadnetsar fournit la seule solution acceptable pour un problème historique que présentent les inscriptions cunéiformes. Il s'agit d'une tentative d'usurpation qui eut lieu à cette époque et qui n'a guère pu se produire, sous un règne aussi puissant, qu'à la faveur d'une circonstance telle que celle ici mentionnée.
On doit noter ici une autre coïncidence. Quelques historiens de Babylone placent à cette époque le règne d'une reine Nitocris à laquelle ils attribuent des ouvrages, que d'autres assurent provenir de Nébucadnetsar. Il ne serait pas impossible que durant la maladie du roi, la reine eût été à la tête des affaires ; et dans ce cas des travaux entrepris à cette époque pourraient avoir passé sous son nom aussi bien que sous celui de son mari.