La parole ou en d'autres termes la vérité que Pierre vient d'énoncer (versets 34,35) est celle que Dieu a déjà fait connaître aux fils d'Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix (Esaïe 52.7) par Jésus Christ.
Puisque cette paix n'est que par Jésus Christ, il est évident qu'on ne l'obtient pas en observant les prescriptions de la loi juive, mais que Dieu la destine à tous.
L'apôtre fonde encore son affirmation de l'universalité du salut sur le fait que ce Sauveur qui donne la paix est le Seigneur de tous, de tous les hommes Juifs ou païens. C'est ainsi que Paul lui même établissait cette grande vérité. (Romains 3.29)
- Pierre, parlant avec émotion, jette sa pensée dans une phrase grammaticalement incorrecte.
Aussi les exégètes construisent-ils de diverses manières versets 36-38.
Au lieu de considérer les mots de verset 36 (grec) : la parole qu'il a envoyée, comme dépendant du verbe : je reconnais (verset 34) et se rapportant à la vérité énoncée dans versets 34,35 (de Wette, Ebrard, Baumgarten),on a cru qu'ils étaient coordonnés au terme de justice (verset 35) et l'on a traduit : "celui qui pratique la justice...et qui accomplit la parole qu'il a envoyée." (Ewald, Nösgen, Zöckler) ; mais le sens qu'on obtient ainsi est moins satisfaisant.
- De nombreux interprètes (Meyer, Wendt, Lechler, Barde) rattachent verset 36 à ce qui suit et traduisent : "Vous savez la parole que Dieu a envoyée à Israël en annonçant la paix par Jésus-Christ (il est le Seigneur de tous) ; vous savez ce qui s'est passé dans toute la Judée."
Nous opposons à cette construction deux objections principales :
1° on ne peut dire que les auditeurs de Pierre eussent déjà connaissance de la destination universelle du salut proclamée par l'Evangile ;
2° on est obligé de faire une phrase incidente ou même une parenthèse de la grande parole : lui est le Seigneur de tous. Cette pensée couronne le raisonnement de Pierre.
Aussi ne saurions-nous admettre la conjecture de M. Blass qui envisage le mot seigneur comme une interpolation et en le retranchant, traduit :"La parole qu'il a envoyée aux fils d'Israël, en annonçant la paix par Jésus-Christ, elle est de tous,"c'est-à-dire elle est "destinée à tous." Cette conjecture ne se fonde sur aucun document.
Mais B, A, versions, présentent une variante, qui a l'air d'être née aussi du désir de simplifier la phrase. Ils suppriment le pronom relatif après parole. Il faut alors traduire : "Il a envoyé la parole aux fils d'Israël, annonçant la paix par Jésus-Christ." (Oltramare, Segond, Stapfer.)