Le monde gît dans le mal, mais nous savons que le Fils de Dieu est venu ! Grand et consolant contraste, qui subsisterait même s'il fallait admettre la variante de A : Et nous savons. Il est venu et il est là : telle est la signification précise du verbe grec qui se retrouve Jean 8.42.
De même que les sens sont pour nous le moyen de percevoir le monde visible, que la raison est l'organe par lequel nous nous mettons en possession des vérités qui appartiennent à ce monde, de même le Fils de Dieu, venu sur la terre, a donné à ceux qui lui ouvrent leur cœur un sens nouveau, l'intelligence (spirituelle) pour connaître le Véritable et tout ce qui vient de lui.
Ce sens intime, c'est la foi, opérée par le Saint-Esprit, et qui nous met en communion avec Dieu. Jean appelle cette communion être dans le Véritable. Mais nous ne sommes dans ce Véritable que parce que nous sommes en Jésus-Christ, seul Médiateur de notre communion avec Dieu. Jean, qui avait, comme Israélite, connu le vrai Dieu dès son enfance, confesse n'avoir reçu l'intelligence pour le connaître comme le Véritable, que depuis qu'il est en Jésus-Christ. (Jean 14.6,9,10)
- Ces paroles se relient aussi à ce qui précède (versets 18,19) concernant la précieuse assurance que nous avons de la vie éternelle. (verset 13) L'apôtre exprime cette assurance par ce mot trois fois répété : (versets 18,19,20) "Nous savons !"
Dans la note qui précède, nous avons deux fois appliqué à Dieu, le Père, l'épithète : le Véritable, et pour maintenir l'harmonie de la pensée de Jean nous inclinons à rattacher au même sujet la troisième déclaration : C'est lui, Dieu, qui est le Dieu véritable, etc.
Ceux qui la rapportent à Jésus-Christ en donnent pour raisons :
1° Que le pronom désigne plus naturellement le sujet nommé en dernier lieu.
2° Que cette déclaration : lui est le Dieu véritable, appliquée au Père, après que l'épithète de Véritable lui a déjà été appliquée deux fois, n'est plus qu'une répétition traînante et inutile.
3° Que les mots la vie, la vie éternelle sont habituellement attribués, non à Dieu, mais au Fils de Dieu. (1Jean 1.2 ; Jean 1.4 ; 11.25)
- De son côté, l'opinion contraire s'appuie sur les observations suivantes :
1° Le ton solennel de toute la pensée exige que la troisième déclaration se rapporte au même sujet que les deux premières. Or ce sujet, c'est Dieu le Père, non Jésus Christ, qui n'est nommé ici qu'incidemment et comme Médiateur de notre communion avec Dieu.
2° Ce qualificatif : le Dieu véritable, n'est jamais appliqué à JésusChrist, quoique comme Parole il soit appelé Dieu ; (Jean 1.1) mais il est appliqué, par Jésus lui-même, à Dieu, et cela en des termes qui le lui réservent exclusivement : seul Dieu véritable. (Jean 17.3)
3° Jean distingue toujours soigneusement le Père et le Fils par les attributs qu'il leur donne, il le fait même dans notre passage, par ce mot son Fils, Jésus Christ. Or, si la troisième déclaration s'appliquait au Fils, l'apôtre introduirait dans sa pensée une confusion d'idées qu'il évite toujours.
4° L'exhortation qui suit, relative aux idoles, suppose que l'apôtre leur oppose le Dieu, Dieu véritable.