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Tout par grâce · Charles H. Spurgeon

Chapitre 6

La délivrance du péché

Je voudrais dire ici, simplement, un mot ou deux à ceux qui comprennent le chemin de la justification par la foi qui est en Jésus-Christ, mais dont le tourment est de ne pas pouvoir cesser de pécher. Nous ne pourrons jamais être heureux, en repos, ni en bonne santé spirituelle tant que nous ne serons pas devenus saints. Il faut que nous soyons débarrassés du péché ; mais comment cette délivrance peut-elle se faire ? Pour beaucoup, c'est une question de vie ou de mort. La vieille nature est très forte ; ils ont essayé de la brider et de la dompter ; mais elle ne se laisse pas soumettre, et ils s'aperçoivent que, malgré leur désir de devenir meilleurs, ils deviennent plutôt pires qu'avant. Le cœur est si dur, la volonté si obstinée, les passions si furieuses, les pensées si changeantes, l'imagination si impossible à gouverner, les désirs si sauvages, que l'homme sent qu'il porte en lui une tanière de bêtes féroces, qui le dévoreraient plutôt que de se laisser mener par lui. Nous pouvons dire de notre nature déchue ce que le Seigneur disait à Job au sujet du Léviathan : « Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau ? L'attacheras-tu pour amuser tes jeunes filles ? » (Job 40,24). Autant espérer tenir le vent du nord dans le creux de sa main que prétendre maîtriser par sa propre force les puissances déchaînées qui habitent dans sa nature déchue. C'est un exploit plus grand qu'aucun des travaux légendaires d'Hercule : ici, il faut Dieu.

« Je pourrais croire que Jésus pardonnerait le péché, dit quelqu'un, mais voilà mon tourment : je pèche de nouveau, et je sens en moi de si terribles penchants au mal. Aussi sûrement qu'une pierre lancée en l'air retombe bientôt à terre, moi aussi, même quand une prédication ardente m'a élevé jusqu'au ciel, je retombe dans mon état d'insensibilité. Hélas ! je me laisse facilement fasciner par le regard de basilic du péché, et je reste comme ensorcelé, si bien que je ne peux échapper à ma propre folie. »

Cher ami, le salut serait une affaire tristement incomplète s'il ne s'occupait pas de cette part de notre état de ruine. Nous avons besoin d'être purifiés aussi bien que pardonnés. Une justification sans sanctification ne serait pas du tout le salut. Ce serait déclarer pur le lépreux et le laisser mourir de sa maladie ; ce serait pardonner la rébellion et permettre au rebelle de rester l'ennemi de son roi. Ce serait ôter les conséquences sans s'occuper de la cause, et cela nous laisserait devant une tâche sans fin et sans espoir. Ce serait arrêter le ruisseau pour un temps, mais laisser ouverte une source de souillure, qui tôt ou tard jaillirait avec plus de force encore. Souvenez-vous que le Seigneur Jésus est venu ôter le péché de trois manières : il est venu ôter la peine du péché, la puissance du péché, et enfin la présence du péché. Vous pouvez atteindre tout de suite la deuxième étape : la puissance du péché peut être brisée immédiatement ; et ainsi vous serez en route vers la troisième, c'est-à-dire la disparition de la présence du péché. « Vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés » (1 Jean 3,5).

L'ange a dit au sujet de notre Seigneur : « Tu lui donneras le nom de Jésus ; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1,21). Notre Seigneur Jésus est venu détruire en nous les œuvres du diable (1 Jean 3,8). Ce qui a été dit à la naissance de notre Seigneur a été proclamé aussi dans sa mort ; car lorsque le soldat lui perça le côté, aussitôt il sortit du sang et de l'eau (Jean 19,34), pour montrer le double remède par lequel nous sommes délivrés de la culpabilité et de la souillure du péché.

Si pourtant vous êtes tourmenté par la puissance du péché et par les penchants de votre nature, comme vous avez bien raison de l'être, voici pour vous une promesse. Ayez foi en elle, car elle fait partie de cette alliance de grâce qui est en tous points bien réglée et assurée (2 Samuel 23,5). Dieu, qui ne peut mentir, a dit en Ézéchiel 36,26 :

« Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. »

Vous le voyez, tout y est « je ferai », et encore « je ferai ». « Je donnerai », et « j'ôterai ». C'est le langage royal du Roi des rois, qui est capable d'accomplir toute sa volonté. Aucune de ses paroles ne tombera jamais à terre.

Le Seigneur sait très bien que vous ne pouvez pas changer votre propre cœur, ni purifier votre propre nature ; mais il sait aussi que lui peut faire l'un et l'autre. Il peut faire que l'Éthiopien change sa peau et le léopard ses taches (Jérémie 13,23). Écoutez ceci, et soyez dans l'étonnement : il peut vous créer une seconde fois ; il peut vous faire naître de nouveau. C'est un miracle de la grâce, mais le Saint-Esprit l'accomplira. Ce serait une chose bien extraordinaire si quelqu'un pouvait se tenir au pied des chutes du Niagara et prononcer une parole qui ferait remonter le fleuve Saint-Laurent vers sa source, et lui ferait escalader ce grand précipice d'où il se jette aujourd'hui avec une force prodigieuse. Seule la puissance de Dieu pourrait réaliser cette merveille ; et pourtant ce ne serait qu'une juste image de ce qui se passerait si le cours de votre nature était entièrement renversé. Tout est possible à Dieu. Il peut renverser la direction de vos désirs et le courant de votre vie ; et au lieu que votre être s'en aille vers le bas, loin de Dieu, il peut le faire tendre tout entier vers le haut, vers Dieu. C'est bien ce que le Seigneur a promis de faire pour tous ceux qui sont dans l'alliance ; et nous savons par l'Écriture que tous les croyants sont dans l'alliance. Laissez-moi relire ces paroles :

« Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ézéchiel 36,26)

Quelle merveilleuse promesse ! Et en Jésus-Christ elle est oui et amen, à la gloire de Dieu, par nous (2 Corinthiens 1,20). Saisissons-la ; acceptons-la comme vraie, et appliquons-la à nous-mêmes. Alors elle s'accomplira en nous, et nous aurons, dans les jours et les années qui suivront, à chanter ce changement merveilleux que la grâce souveraine de Dieu aura opéré en nous.

Il vaut vraiment la peine de remarquer ceci : quand le Seigneur ôte le cœur de pierre, la chose est faite ; et une fois qu'elle est faite, aucune puissance connue ne pourra jamais ôter ce cœur nouveau qu'il donne, ni cet esprit droit qu'il met au-dedans de nous. « Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » (Romains 11,29) ; c'est-à-dire qu'il ne revient pas sur ce qu'il a fait ; il ne reprend pas ce qu'il a une fois donné. Laissez-le vous renouveler, et vous serez renouvelé. Les réformes et les nettoyages des hommes s'arrêtent vite, car le chien retourne à ce qu'il avait vomi (2 Pierre 2,22) ; mais quand Dieu met en nous un cœur nouveau, le cœur nouveau est là pour toujours, et jamais il ne redeviendra de pierre. Celui qui l'a rendu de chair le gardera tel. En cela, nous pouvons nous réjouir et être dans l'allégresse à jamais, à cause de ce que Dieu crée dans le royaume de sa grâce.

Pour dire la chose très simplement : avez-vous jamais entendu l'image de M. Rowland Hill, celle du chat et de la truie ? Je vais la raconter à ma façon, pour illustrer cette parole si parlante de notre Sauveur : « Il faut que vous naissiez de nouveau » (Jean 3,7). Voyez-vous ce chat ? Quelle bête propre ! Avec quelle adresse il se lave avec sa langue et ses pattes ! C'est vraiment joli à voir ! Avez-vous jamais vu une truie en faire autant ? Non, jamais. C'est contraire à sa nature. Elle préfère se vautrer dans la boue. Allez donc apprendre à une truie à se laver, et vous verrez le peu de succès que vous aurez. Ce serait un grand progrès pour l'hygiène si les cochons étaient propres. Apprenez-leur à se laver et à se nettoyer comme le chat vient de le faire ! Peine perdue. Vous pouvez laver cette truie de force, mais elle court à la boue, et la voilà bientôt aussi sale qu'avant. Le seul moyen d'amener une truie à se laver, c'est de la transformer en chat ; alors elle se lavera et sera propre, mais pas avant ! Supposez cette transformation accomplie : ce qui était difficile ou impossible devient alors très facile ; le cochon sera désormais digne de votre salon et du tapis devant votre cheminée. Il en va de même de l'impie : vous ne pouvez pas le forcer à faire ce que l'homme renouvelé fait de tout son cœur ; vous pouvez l'instruire et lui donner le bon exemple, mais il ne peut pas apprendre l'art de la sainteté, car il n'en a aucune envie ; sa nature l'entraîne ailleurs. Quand le Seigneur fait de lui un homme nouveau, alors tout prend un autre aspect. Ce changement est si grand que j'ai entendu un jour un converti dire : « Ou bien le monde entier a changé, ou bien c'est moi. » La nature nouvelle recherche le bien aussi naturellement que la vieille nature s'égare vers le mal. Quelle bénédiction de recevoir une telle nature ! Seul le Saint-Esprit peut la donner.

Avez-vous jamais été frappé de voir quelle chose merveilleuse c'est, pour le Seigneur, de donner à un homme un cœur nouveau et un esprit droit ? Vous avez peut-être vu un homard qui s'est battu avec un autre homard et a perdu une de ses pinces ; et une nouvelle pince a repoussé. C'est une chose remarquable ; mais il est bien plus étonnant qu'un homme reçoive un cœur nouveau. C'est là, vraiment, un miracle qui dépasse les forces de la nature. Voici un arbre. Si vous lui coupez une branche, une autre pourra repousser à sa place ; mais pouvez-vous changer sa nature ? pouvez-vous adoucir une sève aigre ? pouvez-vous faire porter des figues à l'épine ? Vous pouvez y greffer quelque chose de meilleur, et c'est l'image que la nature nous donne de l'œuvre de la grâce ; mais changer de fond en comble la sève vitale de l'arbre, ce serait vraiment un miracle. Ce prodige, ce mystère de puissance, Dieu l'opère en tous ceux qui croient en Jésus.

Si vous vous abandonnez à son action divine, le Seigneur changera votre nature ; il soumettra la vieille nature et soufflera en vous une vie nouvelle. Mettez votre confiance dans le Seigneur Jésus-Christ, et il ôtera de votre corps le cœur de pierre, et il vous donnera un cœur de chair. Là où tout était dur, tout deviendra tendre ; là où tout était vicieux, tout deviendra vertueux ; là où tout tendait vers le bas, tout s'élèvera vers le haut avec un élan irrésistible. Le lion de la colère fera place à l'agneau de la douceur ; le corbeau de l'impureté s'enfuira devant la colombe de la pureté ; le vil serpent de la tromperie sera écrasé sous le talon de la vérité.

J'ai vu de mes propres yeux de si merveilleux changements de caractère, moral et spirituel, que je ne désespère de personne. Je pourrais, si cela convenait, vous montrer des femmes autrefois impudiques qui sont aujourd'hui pures comme la neige fraîchement tombée, et des blasphémateurs qui font maintenant la joie de tout leur entourage par leur ardente piété. Les voleurs deviennent honnêtes, les ivrognes sobres, les menteurs véridiques, et les moqueurs pleins de zèle. Partout où la grâce de Dieu s'est manifestée à un homme, elle lui a enseigné à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans ce présent siècle mauvais selon la sagesse, la justice et la piété (Tite 2,11-12) ; et, cher lecteur, elle fera la même chose pour vous.

« Je ne peux pas opérer ce changement », dit quelqu'un. Qui a dit que vous le pouviez ? Le passage de l'Écriture que nous avons cité ne parle pas de ce que l'homme fera, mais de ce que Dieu fera. C'est la promesse de Dieu, et c'est à lui de tenir ses propres engagements. Confiez-vous en lui pour qu'il accomplisse sa parole envers vous, et ce sera fait.

« Mais comment cela se fera-t-il ? » Qu'est-ce que cela peut vous faire ? Faut-il que le Seigneur vous explique ses méthodes pour que vous le croyiez ? L'action du Seigneur en cette affaire est un grand mystère : c'est le Saint-Esprit qui l'accomplit. Celui qui a fait la promesse a la responsabilité de la tenir, et il est à la hauteur de la tâche. Dieu, qui promet ce merveilleux changement, l'accomplira certainement en tous ceux qui reçoivent Jésus, car à tous ceux-là il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12). Oh, si seulement vous vouliez le croire ! Oh, si vous vouliez rendre au Seigneur plein de grâce cette justice de croire qu'il peut le faire pour vous et qu'il le fera, aussi grand que soit ce miracle ! Oh, si vous vouliez croire que Dieu ne peut pas mentir ! Oh, si vous vouliez vous confier en lui pour recevoir un cœur nouveau et un esprit droit, car il peut vous les donner ! Que le Seigneur vous donne la foi en sa promesse, la foi en son Fils, la foi en l'Esprit Saint, et la foi en lui-même ; et à lui soient la louange, l'honneur et la gloire aux siècles des siècles ! Amen.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : All of Grace, Robert Carter & Brothers, 1886 (archive.org, exemplaire du Princeton Theological Seminary) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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