Tout par grâce · Charles H. Spurgeon
Chapitre 7
Par la grâce, par le moyen de la foi
« C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » (Éphésiens 2,8).
Je crois bon de faire ici un petit détour, pour demander à mon lecteur de contempler avec adoration la source première de notre salut : la grâce de Dieu. « C'est par la grâce que vous êtes sauvés. » C'est parce que Dieu fait grâce que des hommes pécheurs sont pardonnés, convertis, purifiés et sauvés. S'ils sont sauvés, ce n'est à cause de rien qui soit en eux, ni de rien qui puisse jamais y être ; c'est à cause de l'amour, de la bonté, de la pitié, de la compassion, de la miséricorde et de la grâce de Dieu, qui n'ont pas de bornes. Arrêtez-vous donc un instant à la source. Voyez ce fleuve d'eau de la vie, limpide, qui sort du trône de Dieu et de l'agneau (Apocalypse 22,1) !
Quel abîme que la grâce de Dieu ! Qui pourra en mesurer la largeur ? Qui pourra en sonder la profondeur ? Comme tous les autres attributs de Dieu, elle est infinie. Dieu est plein d'amour, car « Dieu est amour » (1 Jean 4,8). Dieu est plein de bonté ; en anglais, le nom même de Dieu, « God », est comme un raccourci du mot « good », « bon ». Une bonté et un amour sans limites font partie de l'être même de Dieu. C'est parce que « sa miséricorde dure à toujours » (Psaume 136,1) que les hommes ne sont pas détruits ; c'est parce que « ses compassions ne sont pas à leur terme » (Lamentations 3,22) que des pécheurs sont amenés à lui et pardonnés.
Souvenez-vous bien de cela ; sinon, vous risquez de tomber dans l'erreur en fixant tellement votre esprit sur la foi, qui est le canal du salut, que vous en oublieriez la grâce, qui est la source et l'origine de la foi elle-même. La foi est l'œuvre de la grâce de Dieu en nous. Nul ne peut dire que Jésus est le Christ, si ce n'est par le Saint-Esprit. « Nul ne peut venir à moi », dit Jésus, « si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » (Jean 6,44). Si bien que la foi, qui consiste à venir à Christ, est le fruit de cette attirance divine. La grâce est la cause première et dernière du salut, ce qui le met en mouvement ; et la foi, si indispensable qu'elle soit, n'est qu'une pièce importante de la machine que la grâce fait marcher. Nous sommes sauvés « par le moyen de la foi », mais le salut est « par la grâce ». Faites retentir ces mots comme avec la trompette de l'archange : « C'est par la grâce que vous êtes sauvés. » Quelle bonne nouvelle pour ceux qui ne méritent rien !
La foi tient la place d'un canal ou d'une conduite d'eau. La grâce est la source et le courant ; la foi est l'aqueduc qui amène le flot de la miséricorde jusqu'aux enfants des hommes assoiffés, pour les rafraîchir. C'est grand dommage quand l'aqueduc est brisé. C'est un triste spectacle, autour de Rome, que tous ces nobles aqueducs qui n'amènent plus d'eau à la ville, parce que leurs arches sont rompues et que ces constructions merveilleuses sont en ruine. L'aqueduc doit rester entier pour amener le courant ; de même, la foi doit être vraie et saine, monter tout droit jusqu'à Dieu et redescendre tout droit jusqu'à nous, pour devenir un canal de miséricorde utile à notre âme. Pourtant, je vous le rappelle encore, la foi n'est que le canal ou l'aqueduc, et non la source ; nous ne devons pas tant la regarder qu'il nous arrive de l'élever au-dessus de l'origine divine de toute bénédiction, qui est la grâce de Dieu. Ne faites jamais de votre foi un Christ, et ne la regardez jamais comme si elle était, à elle seule, la source de votre salut. Notre vie se trouve en ayant « les regards sur Jésus » (Hébreux 12,2), et non en regardant notre propre foi. Par la foi, tout nous devient possible ; et pourtant la puissance n'est pas dans la foi, mais dans le Dieu sur qui la foi s'appuie. La grâce est la locomotive, et la foi est la chaîne qui attache le wagon de l'âme à cette grande force qui fait avancer. La justice de la foi n'est pas la valeur morale de la foi, mais la justice de Jésus-Christ, que la foi saisit et fait sienne. La paix de l'âme ne vient pas de ce qu'on contemple sa propre foi ; elle nous vient de celui qui est notre paix (Éphésiens 2,14) : la foi touche le bord de son vêtement, et une force sort de lui et entre dans l'âme (Luc 8,44-46).
Voyez donc, cher ami, que la faiblesse de votre foi ne vous perdra pas. Une main qui tremble peut recevoir un cadeau en or. Le salut du Seigneur peut venir jusqu'à nous, même si nous n'avons qu'une foi grande comme un grain de sénevé (Matthieu 17,20). La puissance est dans la grâce de Dieu, et non dans notre foi. On peut faire passer de grands messages par des fils bien minces ; et le témoignage du Saint-Esprit, qui donne la paix, peut atteindre le cœur au moyen d'une foi fine comme un fil, qui semble presque incapable de porter son propre poids. Pensez davantage à celui que vous regardez qu'au regard lui-même. Il vous faut détourner les yeux même de votre propre regard, et ne plus voir que Jésus, et la grâce de Dieu révélée en lui.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : All of Grace, Robert Carter & Brothers, 1886 (archive.org, exemplaire du Princeton Theological Seminary) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).