Tout par grâce · Charles H. Spurgeon
Chapitre 11
« Hélas ! je ne peux rien faire ! »
Quand le cœur inquiet a accepté la doctrine de l'expiation et appris cette grande vérité que le salut est par la foi au Seigneur Jésus, il est souvent très tourmenté par le sentiment de son incapacité à faire le bien. Beaucoup gémissent : « Je ne peux rien faire. » Ils n'en font pas une excuse, mais ils le ressentent comme un fardeau de chaque jour. Ils le feraient s'ils le pouvaient. Chacun d'eux peut dire en toute sincérité : « J'ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien » (Romains 7,18).
Ce sentiment semble rendre tout l'Évangile nul et sans effet ; car à quoi sert la nourriture à un homme affamé s'il ne peut pas l'atteindre ? À quoi bon le fleuve d'eau de la vie si l'on ne peut pas y boire ? Nous connaissons tous l'histoire du médecin et de l'enfant de la pauvre femme. Le savant praticien dit à la mère que son petit irait bientôt mieux avec un traitement convenable, mais qu'il était absolument nécessaire que son garçon boive régulièrement du meilleur vin de Porto et qu'il passe une saison dans une ville d'eaux en Allemagne. Voilà ce qu'il disait à une veuve qui avait à peine de quoi manger du pain ! Or il semble parfois au cœur troublé que le simple Évangile : « Crois et tu vivras », n'est pas si simple, après tout ; car il demande au pauvre pécheur de faire ce qu'il ne peut pas faire. À celui qui est vraiment réveillé, mais à moitié instruit, il semble qu'il manque un maillon : là-bas se trouve le salut de Jésus, mais comment l'atteindre ? L'âme est sans force, et ne sait que faire. Elle est en vue de la ville de refuge, et ne peut pas en franchir la porte.
Ce manque de force a-t-il été prévu dans le plan du salut ? Oui. L'œuvre du Seigneur est parfaite. Elle commence là où nous sommes, et ne nous demande rien pour être menée à son terme. Quand le bon Samaritain vit le voyageur étendu, blessé et à moitié mort, il ne lui ordonna pas de se lever, de venir à lui, de monter sur l'âne et de partir jusqu'à l'hôtellerie. Non, « il vint là où il était » (Luc 10,33), il le soigna, il le mit sur sa propre monture et le porta jusqu'à l'hôtellerie. C'est ainsi que le Seigneur Jésus agit avec nous dans notre état misérable et abaissé.
Nous avons vu que Dieu justifie, qu'il justifie l'impie, et qu'il le justifie par la foi au sang précieux de Jésus ; il nous faut voir maintenant dans quel état se trouvent ces impies quand Jésus accomplit leur salut. Beaucoup de personnes réveillées ne sont pas seulement troublées par leur péché, mais aussi par leur faiblesse morale. Elles n'ont pas de force pour sortir du bourbier où elles sont tombées, ni pour s'en tenir à l'écart dans les jours qui suivront. Elles ne se lamentent pas seulement sur ce qu'elles ont fait, mais aussi sur ce qu'elles ne peuvent pas faire. Elles se sentent impuissantes, désemparées, et sans vie spirituelle. Cela peut paraître étrange de dire qu'elles se sentent mortes, et pourtant c'est bien le cas. À leurs propres yeux, elles sont incapables de tout bien. Elles ne peuvent pas suivre le chemin du ciel, car leurs os sont brisés. « Ils n'ont pas su se défendre, tous ces vaillants hommes » (Psaumes 76,6) ; en fait, ils sont « sans force ». Heureusement, il est écrit, pour montrer combien grand est l'amour de Dieu envers nous :
« Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies » (Romains 5,6).
Nous voyons ici une impuissance reconnue qui est secourue, secourue par l'intervention du Seigneur Jésus. Notre impuissance est extrême. Il n'est pas écrit : « Lorsque nous étions relativement faibles, Christ est mort pour nous » ; ni : « Lorsque nous n'avions qu'un peu de force » ; mais la description est absolue et sans réserve : « Lorsque nous étions encore sans force. » Nous n'avions absolument aucune force qui pût contribuer à notre salut ; les paroles de notre Seigneur étaient tout à fait vraies : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5). Je peux aller plus loin que le texte, et vous rappeler le grand amour dont le Seigneur nous a aimés, « nous qui étions morts par nos offenses » (Éphésiens 2,4-5). Être mort, c'est encore plus qu'être sans force.
La seule chose sur laquelle le pauvre pécheur sans force doit fixer son esprit, et qu'il doit tenir fermement comme son unique sujet d'espérance, c'est cette assurance divine : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Croyez cela, et toute incapacité disparaîtra. La fable raconte que Midas changeait en or tout ce qu'il touchait ; il est vrai que la foi change en bien tout ce qu'elle touche. Nos besoins mêmes et nos faiblesses deviennent des bénédictions quand la foi s'en occupe.
Arrêtons-nous sur quelques formes de ce manque de force. Pour commencer, un homme dira : « Monsieur, je n'ai pas l'impression d'avoir la force de rassembler mes pensées et de les garder fixées sur ces sujets graves qui concernent mon salut : une courte prière est presque trop pour moi. C'est en partie, peut-être, à cause d'une faiblesse naturelle, en partie parce que je me suis abîmé par une vie de désordre, et en partie aussi parce que je me tourmente de soucis du monde ; si bien que je ne suis pas capable de ces hautes pensées qui sont nécessaires avant qu'une âme puisse être sauvée. » C'est là une forme très courante de faiblesse pécheresse. Écoutez-moi ! Vous êtes sans force sur ce point, et beaucoup vous ressemblent. Ils ne pourraient pas suivre une suite de pensées bien enchaînées, même s'il y allait de leur vie. Beaucoup de pauvres hommes et de pauvres femmes sont sans instruction et sans formation, et une réflexion profonde serait pour eux un travail très pénible. D'autres sont de nature si légère et si frivole qu'ils ne pourraient pas plus suivre un long raisonnement et une longue argumentation qu'ils ne pourraient voler. Ils n'arriveraient jamais à connaître un mystère profond, même s'ils y consacraient toute leur vie. Vous n'avez donc pas besoin de désespérer : ce qui est nécessaire au salut, ce n'est pas une réflexion soutenue, mais une simple confiance en Jésus. Tenez-vous à ce seul fait : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Cette vérité ne vous demandera ni recherche approfondie, ni raisonnement profond, ni argument convaincant. Elle est là : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Fixez votre esprit sur elle, et reposez-vous là.
Laissez ce seul fait, grand, plein de grâce, glorieux, demeurer dans votre esprit jusqu'à ce qu'il parfume toutes vos pensées et vous fasse vous réjouir, même si vous êtes sans force, puisque le Seigneur Jésus est devenu votre force et le sujet de vos louanges ; oui, il est devenu votre salut. Selon les Écritures, c'est un fait révélé : au temps marqué, Christ est mort pour des impies, lorsqu'ils étaient encore sans force. Vous avez entendu ces paroles des centaines de fois, peut-être, et pourtant vous n'en avez jamais saisi le sens jusqu'ici. Elles ont une saveur qui réconforte, n'est-ce pas ? Jésus n'est pas mort pour notre justice, mais il est mort pour nos péchés. Il n'est pas venu nous sauver parce que nous valions la peine d'être sauvés, mais parce que nous étions absolument sans valeur, ruinés et perdus. Il n'est pas venu sur la terre pour une raison qui se trouvait en nous, mais uniquement et seulement pour des raisons qu'il est allé chercher dans les profondeurs de son propre amour divin. Au temps marqué, il est mort pour ceux qu'il décrit, non comme pieux, mais comme impies, leur appliquant l'adjectif le plus désespérant qu'il pouvait choisir. Si vous n'avez que peu d'intelligence, attachez-la pourtant à cette vérité, qui est à la portée des plus petits esprits et qui peut réconforter le cœur le plus lourd. Laissez ce texte sous votre langue comme un morceau délicieux, jusqu'à ce qu'il fonde dans votre cœur et donne sa saveur à toutes vos pensées ; et alors peu importera que ces pensées soient éparpillées comme les feuilles d'automne. Des gens qui n'ont jamais brillé dans les sciences, ni montré la moindre originalité d'esprit, ont pourtant été tout à fait capables d'accepter la doctrine de la croix, et ont été sauvés par elle. Pourquoi pas vous ?
J'entends un autre homme s'écrier : « Oh, monsieur, mon manque de force se trouve surtout en ceci, que je ne peux pas me repentir assez. » Quelle curieuse idée les gens se font de la repentance ! Beaucoup s'imaginent qu'il faut verser tant de larmes, pousser tant de gémissements et endurer tant de désespoir. D'où vient cette idée déraisonnable ? L'incrédulité et le désespoir sont des péchés ; je ne vois donc pas comment ils pourraient faire partie d'une repentance agréable à Dieu ; pourtant beaucoup les considèrent comme des parties nécessaires d'une véritable expérience chrétienne. Ils sont dans une grande erreur. Cependant, je sais ce qu'ils veulent dire, car aux jours de mes ténèbres je sentais les choses de la même façon. Je désirais me repentir, mais je pensais que je n'y arrivais pas, et pourtant, pendant tout ce temps, je me repentais. Si étrange que cela paraisse, je sentais que je ne pouvais rien sentir. J'allais me mettre dans un coin et je pleurais parce que je ne pouvais pas pleurer ; et je tombais dans une amère tristesse parce que je ne pouvais pas être attristé de mon péché. Quel méli-mélo, quand, dans notre état d'incrédulité, nous nous mettons à juger notre propre condition ! C'est comme un aveugle qui regarderait ses propres yeux. Mon cœur fondait au-dedans de moi de crainte, parce que je pensais que mon cœur était dur comme le diamant. Mon cœur se brisait à la pensée qu'il ne voulait pas se briser. Maintenant je vois que je montrais justement ce que je croyais ne pas posséder ; mais alors je ne savais pas où j'en étais.
Oh ! si je pouvais aider d'autres à entrer dans la lumière dont je jouis maintenant ! Je voudrais tant dire une parole qui puisse abréger le temps de leur égarement. Je voudrais dire quelques mots simples, et prier « le Consolateur » de les appliquer au cœur.
Souvenez-vous que l'homme qui se repent vraiment n'est jamais satisfait de sa propre repentance. Nous ne pouvons pas plus nous repentir parfaitement que vivre parfaitement. Si pures que soient nos larmes, il y aura toujours en elles quelque saleté : il y aura quelque chose dont il faudra se repentir, même dans notre meilleure repentance. Mais écoutez ! Se repentir, c'est changer d'avis sur le péché, sur Christ et sur toutes les grandes choses de Dieu. Cela implique de la tristesse ; mais l'essentiel, c'est que le cœur se détourne du péché pour se tourner vers Christ. S'il y a ce retournement, vous avez l'essence de la vraie repentance, même si aucune frayeur et aucun désespoir n'ont jamais jeté leur ombre sur votre esprit.
Si vous ne pouvez pas vous repentir comme vous le voudriez, cela vous aidera beaucoup à le faire si vous croyez fermement que « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies ». Pensez-y encore et encore. Comment pouvez-vous rester un cœur dur quand vous savez que, par un amour suprême, « Christ est mort pour des impies » ? Laissez-moi vous persuader de raisonner ainsi avec vous-même : « Tout impie que je suis, même si ce cœur d'acier ne veut pas s'attendrir, même si je me frappe la poitrine en vain, il est pourtant mort pour des gens comme moi, puisqu'il est mort pour des impies. Oh ! que je puisse croire cela, et en sentir la puissance sur mon cœur de pierre ! »
Effacez de votre âme toute autre réflexion, asseyez-vous des heures entières, et méditez profondément sur cette seule manifestation éclatante d'un amour non mérité, inattendu, sans exemple : « Christ est mort pour des impies. » Lisez attentivement le récit de la mort du Seigneur, tel que vous le trouvez dans les quatre évangélistes. Si quelque chose peut faire fondre votre cœur obstiné, ce sera la vue des souffrances de Jésus, et la pensée qu'il a souffert tout cela pour ses ennemis.
« Ô Jésus ! qu'elles sont douces, les larmes que je verse, tandis que je m'agenouille à tes pieds, que je contemple ta tête blessée et défaillante, et que je ressens toutes tes douleurs.
« Mon cœur fond de te voir saigner, ce cœur autrefois si dur ; je t'entends plaider pour les coupables, et mon chagrin déborde d'autant plus.
« C'est pour les pécheurs que tu es mort, et moi, je suis un pécheur : convaincu par ton regard mourant, abattu par ta main percée. »
Assurément, la croix est cette verge qui fait des merveilles et qui peut faire jaillir l'eau du rocher. Si vous comprenez toute la portée du sacrifice divin de Jésus, vous ne pouvez que vous repentir d'avoir jamais résisté à quelqu'un de si plein d'amour. Il est écrit : « Ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né » (Zacharie 12,10). La repentance ne vous fera pas voir Christ ; mais voir Christ vous donnera la repentance. Vous ne devez pas faire de votre repentance un Christ, mais vous devez attendre de Christ la repentance. Le Saint-Esprit, en nous tournant vers Christ, nous détourne du péché. Détournez donc vos regards de l'effet pour les porter sur la cause, de votre propre repentance vers le Seigneur Jésus, qui a été élevé dans les hauteurs pour donner la repentance (Actes 5,31).
J'en ai entendu un autre dire : « Je suis tourmenté par des pensées horribles. Partout où je vais, des blasphèmes se glissent en moi. Souvent, à mon travail, une suggestion affreuse s'impose à moi, et même dans mon lit je suis réveillé en sursaut par les chuchotements du malin. Je ne peux pas échapper à cette horrible tentation. » Mon ami, je sais ce que vous voulez dire, car j'ai moi-même été traqué par ce loup. Un homme pourrait aussi bien espérer combattre un essaim de mouches avec une épée que se rendre maître de ses propres pensées quand le diable les excite. Une pauvre âme tentée, assaillie par les suggestions de Satan, ressemble à un voyageur dont j'ai lu l'histoire : un essaim d'abeilles furieuses s'abattit autour de sa tête, de ses oreilles et sur tout son corps. Il ne pouvait ni les écarter ni leur échapper. Elles le piquaient partout et menaçaient de le tuer. Je ne m'étonne pas que vous vous sentiez sans force pour arrêter ces pensées hideuses et abominables que Satan déverse dans votre âme ; mais je voudrais pourtant vous rappeler l'Écriture qui est devant nous : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Jésus savait où nous en étions et où nous en serions ; il voyait que nous ne pourrions pas vaincre « le prince de la puissance de l'air » (Éphésiens 2,2) ; il savait que nous serions très tourmentés par lui ; mais même alors, quand il nous voyait dans cet état, Christ est mort pour des impies. Jetez là l'ancre de votre foi. Le diable lui-même ne peut pas vous dire que vous n'êtes pas impie ; croyez donc que Jésus est mort même pour des gens comme vous. Rappelez-vous la manière dont Martin Luther coupait la tête du diable avec sa propre épée. « Oh, disait le diable à Martin Luther, tu es un pécheur. » « Oui, répondait-il, Christ est mort pour sauver les pécheurs. » C'est ainsi qu'il le frappait avec sa propre épée. Cachez-vous dans ce refuge, et restez-y : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Si vous tenez ferme à cette vérité, vos pensées blasphématoires, que vous n'avez pas la force de chasser, s'en iront d'elles-mêmes ; car Satan verra qu'il ne gagne rien à vous tourmenter avec elles.
Ces pensées, si vous les détestez, ne sont pas du tout les vôtres : ce sont des injections du diable, dont il est responsable, et non pas vous. Si vous luttez contre elles, elles ne sont pas plus à vous que les jurons et les mensonges des émeutiers dans la rue. C'est au moyen de ces pensées que le diable voudrait vous pousser au désespoir, ou du moins vous empêcher de vous confier en Jésus. La pauvre femme malade ne pouvait pas venir jusqu'à Jésus à cause de la foule, et vous êtes à peu près dans la même situation, à cause de la ruée et de la cohue de ces pensées affreuses. Pourtant, elle tendit le doigt, toucha la frange du vêtement du Seigneur, et elle fut guérie. Faites de même.
Jésus est mort pour ceux qui sont coupables de « tout péché et tout blasphème » (Matthieu 12,31) ; c'est pourquoi je suis sûr qu'il ne repoussera pas ceux qui sont, malgré eux, captifs de mauvaises pensées. Jetez-vous sur lui, avec vos pensées et tout le reste, et voyez s'il n'est pas puissant pour sauver. Il peut faire taire ces horribles chuchotements de l'ennemi, ou bien il peut vous rendre capable de les voir sous leur vrai jour, afin que vous n'en soyez pas tourmenté. À sa manière, il peut vous sauver et il le fera, et il vous donnera enfin une paix parfaite. Seulement, confiez-vous en lui pour cela et pour tout le reste.
Elle est bien déconcertante, cette forme d'incapacité qui consiste dans un prétendu manque de pouvoir pour croire. Nous connaissons bien ce cri : « Oh ! si je pouvais croire, alors tout deviendrait facile ; je le voudrais, mais je ne le peux pas ; Seigneur, viens à mon secours, mon aide doit venir de toi. »
Beaucoup restent des années dans les ténèbres parce qu'ils n'ont pas le pouvoir, disent-ils, de faire ce qui consiste justement à renoncer à tout pouvoir et à se reposer sur le pouvoir d'un autre, le Seigneur Jésus. En vérité, c'est une chose très curieuse que toute cette question de la foi ; car on n'est guère aidé en essayant de croire. Croire ne vient pas à force d'essayer. Si quelqu'un me racontait une chose arrivée aujourd'hui, je ne lui dirais pas que je vais essayer de le croire. Si je croyais à la sincérité de l'homme qui me rapporte l'incident et qui dit l'avoir vu, j'accepterais son récit tout de suite. Si je ne le tenais pas pour un homme vrai, je ne le croirais pas, bien sûr ; mais il n'y aurait là aucun effort pour essayer. Or, quand Dieu déclare qu'il y a un salut en Jésus-Christ, je dois ou bien le croire tout de suite, ou bien le faire menteur. Assurément, vous n'hésiterez pas sur le bon chemin à prendre dans ce cas. Le témoignage de Dieu ne peut qu'être vrai, et nous sommes tenus de croire en Jésus tout de suite.
Mais peut-être avez-vous essayé de croire trop de choses. Ne visez pas de grandes choses. Contentez-vous d'avoir une foi qui puisse tenir dans sa main cette seule vérité : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Il a donné sa vie pour des hommes alors qu'ils ne croyaient pas encore en lui, et qu'ils n'étaient pas capables de croire en lui. Il est mort pour des hommes, non en tant que croyants, mais en tant que pécheurs. Il est venu faire de ces pécheurs des croyants et des saints ; mais quand il est mort pour eux, il les voyait complètement sans force. Si vous tenez ferme à cette vérité que Christ est mort pour des impies, et si vous la croyez, votre foi vous sauvera, et vous pouvez aller en paix. Si vous confiez votre âme à Jésus, qui est mort pour des impies, même si vous ne pouvez pas croire toutes choses, ni transporter des montagnes, ni faire aucune autre œuvre merveilleuse, vous êtes pourtant sauvé. Ce n'est pas une grande foi, mais une vraie foi, qui sauve ; et le salut n'est pas dans la foi, mais dans le Christ en qui la foi se confie. Une foi comme un grain de sénevé apportera le salut. Ce qu'il faut considérer, ce n'est pas la mesure de la foi, mais sa sincérité. Assurément, un homme peut croire ce qu'il sait être vrai ; et comme vous savez que Jésus est vrai, vous pouvez, mon ami, croire en lui.
La croix, qui est l'objet de la foi, en est aussi, par la puissance du Saint-Esprit, la cause. Asseyez-vous et regardez le Sauveur mourant jusqu'à ce que la foi jaillisse d'elle-même dans votre cœur. Il n'y a pas de lieu comme le Calvaire pour faire naître la confiance. L'air de cette sainte colline rend la santé à la foi qui tremble. Plus d'un, en veillant là, a dit :
« Tandis que je te regarde, blessé, souffrant, sans souffle sur le bois maudit,
Seigneur, je sens mon cœur croire que tu as ainsi souffert pour moi. »
« Hélas ! s'écrie un autre, mon manque de force est de ce côté-ci : je ne peux pas quitter mon péché, et je sais que je ne peux pas aller au ciel en emportant mon péché avec moi. » Je suis content que vous le sachiez, car c'est tout à fait vrai. Il faut que vous divorciez d'avec votre péché, ou vous ne pourrez pas être marié à Christ. Rappelez-vous la question qui traversa comme un éclair l'esprit du jeune Bunyan, un dimanche, pendant qu'il jouait sur la pelouse du village : « Veux-tu garder tes péchés et aller en enfer, ou veux-tu quitter tes péchés et aller au ciel ? » Cela l'arrêta net. C'est une question à laquelle chaque homme devra répondre ; car on ne peut pas continuer dans le péché et aller au ciel. C'est impossible. Il faut quitter le péché ou quitter l'espérance. Répondez-vous : « Oui, je ne demande pas mieux. J'ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Le péché me domine, et je n'ai pas de force » ? Eh bien, si vous n'avez pas de force, ce texte est toujours vrai : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Pouvez-vous encore croire cela ? Quelles que soient les autres choses qui semblent le contredire, voulez-vous le croire ? Dieu l'a dit, et c'est un fait ; tenez-vous-y donc avec l'énergie du désespoir, car votre seule espérance est là. Croyez cela et confiez-vous en Jésus, et vous trouverez bientôt la force de tuer votre péché ; mais sans lui, « l'homme fort et bien armé » (Luc 11,21) vous gardera pour toujours comme son esclave. Pour ma part, je n'aurais jamais pu vaincre mon propre penchant au péché. J'ai essayé et j'ai échoué. Mes mauvais penchants étaient trop forts pour moi, jusqu'au jour où, croyant que Christ était mort pour moi, je me suis déchargé sur lui de mon âme coupable ; alors j'ai reçu un principe victorieux par lequel j'ai vaincu mon moi pécheur. La doctrine de la croix peut servir à tuer le péché, comme les guerriers d'autrefois se servaient de leurs énormes épées à deux mains et fauchaient leurs ennemis à chaque coup. Rien ne vaut la foi en l'Ami des pécheurs : elle vient à bout de tout mal. Si Christ est mort pour moi, impie comme je le suis, sans force comme je le suis, alors je ne peux plus vivre dans le péché ; il faut que je me réveille pour aimer et servir celui qui m'a racheté. Je ne peux pas jouer avec le mal qui a tué mon meilleur ami. Il faut que je sois saint, par amour pour lui. Comment pourrais-je vivre dans le péché, quand il est mort pour m'en sauver ?
Voyez quel secours magnifique c'est pour vous qui êtes sans force, de savoir et de croire qu'au temps marqué Christ est mort pour des impies comme vous. Avez-vous déjà saisi l'idée ? Il est, je ne sais comment, si difficile à nos esprits obscurcis, pleins de préjugés et incrédules, de voir l'essentiel de l'Évangile. Parfois, en finissant de prêcher, j'ai pensé que j'avais présenté l'Évangile si clairement que cela se voyait comme le nez au milieu du visage ; et pourtant je m'aperçois que même des auditeurs intelligents n'ont pas compris ce que voulait dire : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés » (Ésaïe 45,22). Les convertis disent d'habitude qu'ils ne connaissaient pas l'Évangile avant tel ou tel jour ; et pourtant ils l'avaient entendu pendant des années. L'Évangile reste inconnu, non par manque d'explication, mais faute d'une révélation personnelle. Cette révélation, le Saint-Esprit est prêt à la donner, et il la donnera à ceux qui la lui demandent. Pourtant, une fois donnée, toute la vérité révélée tient tout entière dans ces mots : « Christ est mort pour des impies. »
J'en entends un autre se lamenter ainsi : « Oh, monsieur, ma faiblesse est en ceci : je n'arrive pas à garder longtemps la même disposition. J'entends la Parole le dimanche, et je suis touché ; mais dans la semaine je rencontre un mauvais camarade, et tous mes bons sentiments s'envolent. Mes compagnons de travail ne croient à rien, ils disent des choses si terribles, et je ne sais pas leur répondre ; alors je me retrouve par terre. » Je connais très bien ce Facile, toujours prêt à plier (celui du Voyage du pèlerin), et je tremble pour lui ; mais en même temps, s'il est vraiment sincère, sa faiblesse peut trouver son remède dans la grâce divine. Le Saint-Esprit peut chasser le mauvais esprit de la crainte des hommes. Il peut rendre le lâche courageux. Souvenez-vous, mon pauvre ami hésitant, que vous ne devez pas rester dans cet état. Il ne faut surtout pas être mesquin et misérable envers vous-même. Tenez-vous debout, regardez-vous, et voyez si vous avez jamais été fait pour être comme un crapaud sous la herse, qui a peur pour sa vie de bouger aussi bien que de rester immobile. Ayez donc des idées à vous. Ce n'est pas seulement une affaire spirituelle, c'est une affaire de simple caractère d'homme. Je ferais bien des choses pour faire plaisir à mes amis ; mais aller en enfer pour leur faire plaisir, c'est plus que je n'oserais. Il peut être très bien de faire ceci ou cela par bonne camaraderie ; mais il ne faut surtout pas perdre l'amitié de Dieu pour rester en bons termes avec les hommes. « Je le sais bien, dit l'homme, mais pourtant, même si je le sais, je n'arrive pas à prendre courage. Je ne peux pas afficher mes couleurs. Je ne peux pas tenir ferme. » Eh bien, à vous aussi j'apporte le même texte : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Si Pierre était ici, il dirait : « Le Seigneur Jésus est mort pour moi alors même que j'étais une si pauvre et si faible créature que la servante qui entretenait le feu m'a poussé à mentir et à jurer que je ne connaissais pas le Seigneur. » Oui, Jésus est mort pour ceux qui l'abandonnèrent et prirent la fuite. Saisissez fermement cette vérité : « Christ est mort pour des impies lorsqu'ils étaient encore sans force. » Voilà le chemin pour sortir de votre lâcheté. Laissez ceci s'imprimer dans votre âme : « Christ est mort pour moi », et vous serez bientôt prêt à mourir pour lui. Croyez qu'il a souffert à votre place, en votre lieu et pour vous, et qu'il a offert pour vous une expiation pleine, véritable et suffisante. Si vous croyez ce fait, vous serez obligé de sentir : « Je ne peux pas avoir honte de celui qui est mort pour moi. » Une pleine conviction que cela est vrai vous armera d'un courage intrépide. Regardez les saints au temps des martyrs. Aux premiers jours du christianisme, quand cette grande pensée de l'immense amour de Christ étincelait dans l'Église de toute sa fraîcheur, les hommes n'étaient pas seulement prêts à mourir : ils aspiraient à souffrir, et ils se présentaient même par centaines devant les tribunaux des gouverneurs, en confessant le Christ. Je ne dis pas qu'ils étaient sages de rechercher une mort cruelle ; mais cela prouve ce que j'avance : le sentiment de l'amour de Jésus élève l'esprit au-dessus de toute crainte de ce que les hommes peuvent nous faire. Pourquoi ne produirait-il pas le même effet en vous ? Oh ! puisse-t-il vous inspirer maintenant la courageuse résolution de vous ranger ouvertement du côté du Seigneur, et d'être son disciple jusqu'à la fin !
Que le Saint-Esprit nous aide à aller jusque-là par la foi au Seigneur Jésus, et tout ira bien !
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : All of Grace, Robert Carter & Brothers, 1886 (archive.org, exemplaire du Princeton Theological Seminary) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).