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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 20

Ramener les pécheurs à Dieu, un devoir du chrétien

« Mes frères, si quelqu'un parmi vous s'égare de la vérité, et que quelqu'un le ramène, qu'il sache que celui qui aura ramené un pécheur de l'égarement de son chemin, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacques 5,19-20)

Ce texte nous met devant un sujet qui touche à notre devoir d'aujourd'hui et qui a une grande importance pratique. Pour bien le comprendre, nous allons :

I. Chercher ce qu'est vraiment un pécheur. Qu'est-ce qui fait qu'un homme est un pécheur ?

1. Un pécheur est, par nature, un être libre et responsable. Il doit au moins être cela, quoi qu'il soit ou ne soit pas par ailleurs. Il doit avoir une volonté libre, c'est-à-dire être capable de décider lui-même de ce qu'il fait. Il doit être l'auteur responsable de ses actes, en ce sens que rien ne le force de façon irrésistible à agir d'une manière ou d'une autre, sinon son propre libre choix.

Il doit aussi avoir une intelligence, pour pouvoir comprendre sa situation et saisir ses responsabilités morales. Une personne privée de raison, à qui manque cet élément de la nature humaine, n'est pas un être libre et responsable et ne peut pas être un pécheur.

Il doit aussi avoir une sensibilité, pour pouvoir être poussé à agir, pour que quelque chose puisse l'inciter à agir volontairement, et aussi pour qu'il soit capable de faire siens les motifs qui le poussent à bien ou à mal agir.

Ce sont là les éléments essentiels de l'esprit qui font d'un homme un être libre et responsable. Pourtant, ce ne sont pas les seuls traits qu'on voit apparaître chez un pécheur.

2. C'est un être libre et responsable qui vit dans l'égoïsme, tout attaché à ses propres intérêts, et qui fait de lui-même le but suprême de tout ce qu'il fait. Il regarde à ses propres affaires, et non à celles des autres. Ce qui le préoccupe avant tout, ce sont ses propres intérêts, et non ceux des autres.

Ainsi, tout pécheur est un être libre et responsable qui agit sous cette loi de l'égoïsme : il a une volonté libre et toutes les facultés d'un être libre et responsable, mais il fait de lui-même le grand but de toutes ses actions. Voilà ce qu'est un pécheur.

3. Nous avons ici ce qu'est vraiment le péché. C'est, dans un sens important, un égarement. Le pécheur est quelqu'un qui « s'égare » (Jacques 5,19). Le texte parle de « celui qui aura ramené un pécheur de l'égarement de son chemin » (Jacques 5,20). Ce n'est pas une simple erreur de jugement, car ce genre d'erreur se fait par ignorance ou par incapacité. Ce n'est pas non plus un simple défaut de sa nature, qu'il faudrait mettre sur le compte de Celui qui l'a créé. C'est un égarement dans sa manière de vivre. C'est manquer le but dans la conduite qu'il choisit librement. C'est s'écarter volontairement du chemin du devoir. Ce n'est pas une erreur innocente, mais le fait de céder sans retenue à ses impulsions. Cela suppose un mauvais but, une mauvaise intention, le fait de se laisser mener par ses envies ou ses passions, contre la raison et la conscience. C'est chercher à obtenir un plaisir immédiat en résistant à ce qu'on sait être son devoir. Voilà, plus que tout, ce que c'est que manquer le but.

II. Qu'est-ce que la conversion ? Que veut dire le texte quand il parle de quelqu'un qui « aura ramené un pécheur de l'égarement de son chemin » ?

Cet égarement vient de ce qu'il a un mauvais but dans la vie : ses propres intérêts, ceux du moment et de ce monde. Le ramener de son égarement, c'est donc le détourner de ce chemin pour qu'il se consacre, avec un amour désintéressé, à Dieu et au bien des hommes. C'est exactement ce que veut dire « conversion ». C'est changer le grand but moral de ses actions. L'égoïsme est chassé, et l'amour désintéressé prend sa place.

III. En quel sens un homme peut-il convertir un pécheur ? Notre texte dit : « si quelqu'un parmi vous s'égare de la vérité, et que quelqu'un le ramène » (Jacques 5,19). Cela suppose qu'un homme peut convertir un pécheur. Mais en quel sens peut-on le dire et le faire ?

Je réponds : ce changement est forcément volontaire. Ce n'est pas un changement dans la substance de l'âme, ni dans celle du corps ; ce n'est pas un changement dans les facultés que Dieu a mises dans notre nature ; c'est un changement que l'esprit lui-même, sous diverses influences, opère dans le but qu'il donne volontairement à ses actions. C'est un changement réfléchi : l'esprit, agissant avec intelligence et en toute liberté, change sa conduite morale, et il le fait pour des raisons qu'il a comprises.

La Bible attribue la conversion à plusieurs acteurs : 1. À Dieu. Elle parle de Dieu qui convertit les pécheurs, et les chrétiens ont bien raison de lui demander de le faire.

2. Elle parle aussi des chrétiens qui convertissent des pécheurs. Nous le voyons dans notre texte.

3. Elle dit aussi que la vérité convertit les pécheurs.

Remarquons encore ceci : personne ne peut convertir quelqu'un d'autre sans que celui-ci y participe et y consente. Sa conversion consiste à soumettre sa volonté et à changer la direction qu'il donne librement à sa vie. Il ne peut jamais le faire contre sa propre volonté. On peut le persuader et l'amener à changer de direction ; mais être persuadé, c'est simplement être conduit à quitter le chemin qu'on avait choisi pour en choisir un autre.

Même Dieu ne peut pas convertir un pécheur sans son consentement. Il ne le peut pas, pour la simple raison que ce serait une contradiction. Être converti suppose qu'on y consente, sinon ce n'est pas du tout une conversion. Dieu ne convertit donc les hommes qu'en les persuadant de quitter l'égarement de leur vie égoïste pour le droit chemin de l'amour désintéressé.

De même, un homme ne peut convertir un pécheur qu'en lui présentant les raisons qui l'amènent à changer volontairement, et en le persuadant ainsi de se repentir. S'il y arrive, alors il ramène un pécheur de son égarement. Mais la Bible nous apprend qu'un homme, à lui seul, ne convertit jamais un pécheur et ne peut pas le faire.

Elle enseigne cependant que, lorsqu'un homme agit avec humilité, en comptant sur Dieu, Dieu travaille avec lui et par lui. Les hommes sont « collaborateurs de Dieu » (1 Corinthiens 3,9). Ils présentent des raisons, et Dieu fait pénétrer ces raisons dans l'esprit. Quand le pasteur prêche, ou quand vous parlez avec des pécheurs, l'homme présente la vérité, et Dieu fait que l'esprit la voie avec une grande clarté et sente avec une grande force qu'elle le concerne personnellement. L'homme persuade, et Dieu persuade ; l'homme parle à l'oreille, Dieu parle au cœur. L'homme présente la vérité par l'intermédiaire des sens, pour atteindre l'esprit libre du pécheur ; Dieu l'imprime dans son esprit de manière à obtenir qu'il se soumette volontairement à ce qu'elle exige. C'est pourquoi la Bible parle des pécheurs comme de gens qu'on persuade : « Tu me persuaderas bientôt d'être chrétien ! » (Actes 26,28). En cela, le langage de la Bible est tout à fait naturel. C'est comme si vous disiez que vous avez détourné un homme de son projet, ou que vos arguments l'en ont détourné, ou que sa propre conviction de la vérité l'en a détourné. Ainsi, sur ce sujet, le langage de la Bible est tout à fait simple et sans artifice : il dit les choses franchement, en parfait accord avec la manière dont fonctionne l'esprit humain.

IV. Nous devons ensuite chercher de quelle mort parle le texte. Il dit que cet homme « sauvera une âme de la mort » (Jacques 5,20).

Remarquez que c'est une âme, et non un corps, qui doit être sauvée de la mort ; nous pouvons donc écarter ici toute pensée de la mort du corps. Si vraiment converti que soit le pécheur, son corps devra quand même mourir.

Le passage parle de la mort de l'âme.

Par la mort de l'âme, on veut dire parfois la mort spirituelle : un état où l'esprit n'est pas touché par la vérité comme il devrait l'être. L'homme est sous la domination du péché et repousse l'influence de la vérité.

Ou bien la mort de l'âme peut être la mort éternelle : la perte totale de l'âme, sa ruine définitive. Le pécheur est évidemment mort spirituellement, et si cet état devait durer toute l'éternité, cela deviendrait la mort éternelle. Mais la Bible montre aussi que les pécheurs qui meurent sans avoir été pardonnés iront « dans les tourments éternels » (Matthieu 25,46), et que leur châtiment sera : « une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de sa force » (2 Thessaloniciens 1,9). Être pécheur pour toujours, c'est déjà assez terrible : c'est une mort d'une horreur effrayante. Mais combien elle devient plus terrible encore quand vous la voyez aggravée par un châtiment éternel, bien loin de la présence du Seigneur et de la gloire de sa puissance !

V. Nous pouvons maintenant mesurer combien il est important de sauver une âme de la mort. Notre texte dit que celui qui convertit un pécheur sauve une âme de la mort. Il lui épargne donc toute la souffrance qu'il aurait dû subir sans cela. Voilà toute cette souffrance évitée.

Et pour chaque pécheur sauvé, cette souffrance évitée est plus grande que toute celle qu'on a connue dans le monde entier jusqu'à aujourd'hui. Cela peut vous surprendre à première vue et vous paraître incroyable. Pourtant, il vous suffit d'y réfléchir attentivement pour voir que c'est forcément vrai. Ce qui n'a pas de fin, ce qui dépasse complètement tout ce que nous pouvons calculer, doit forcément dépasser n'importe quelle quantité limitée, si grande soit-elle.

Pourtant, la souffrance réelle qu'on a connue dans ce monde a été immense. Quand vous parcourez les grandes villes de n'importe quel pays, vous ne pouvez pas manquer de la voir. Imaginez que vous puissiez monter sur une haute montagne et embrasser du regard un continent tout entier, pour voir d'un seul coup d'œil toutes ses misères. Imaginez que vous ayez un œil capable de voir toutes les formes du malheur humain et d'en mesurer l'ampleur : tous les malheurs de l'esclavage, de l'oppression, de l'ivrognerie, de la guerre, de la débauche, de la maladie, des cœurs brisés ; imaginez que vous puissiez vous tenir au-dessus d'un champ de bataille et entendre monter comme une seule clameur tous ses gémissements et toutes ses malédictions, et mesurer l'étendue de ses malheurs indicibles ; imaginez que vous puissiez entendre l'écho de ses souffrances monter jusqu'au ciel : vous devriez dire : « Il y a vraiment ici un océan de souffrance. » Et pourtant, tout cela n'est qu'une goutte d'eau dans un seau, comparé à cette immense quantité, impossible à calculer, que chaque pécheur perdu devra endurer, et à laquelle chaque pécheur converti échappe. Si vous voyiez un train passer sur une douzaine d'hommes à la fois, broyant leur chair et leurs os, vous ne pourriez pas supporter ce spectacle. Vous vous évanouiriez peut-être. Oh, si vous pouviez voir toutes les souffrances de la terre réunies, et entendre les gémissements terribles monter en un seul grondement assourdissant qui ferait trembler la terre elle-même, comme vos nerfs frémiraient ! Pourtant, tout cela ne serait absolument rien comparé aux souffrances éternelles d'une seule âme perdue ! Et c'est vrai même si cette âme perdue ne souffre qu'à un faible degré à chaque instant de son existence.

Allons plus loin. La souffrance ainsi évitée est plus grande, non seulement que toute celle qu'on a endurée jusqu'ici dans ce monde, mais aussi que toute celle qu'on y endurera jamais. Et c'est vrai même si l'on suppose que le nombre des habitants soit multiplié par un million, et leurs misères augmentées dans la même proportion. Si faible que soit le degré de souffrance que le pécheur aurait à endurer, notre supposition, avec une population multipliée par un million et une somme de misères augmentée dans la même proportion, ne commence même pas à mesurer les souffrances de l'âme perdue.

On peut encore élargir la comparaison et y inclure tout ce qu'on a enduré jusqu'ici dans l'univers : toutes les souffrances de la terre et toutes celles de l'enfer réunies, jusqu'à aujourd'hui. Même ainsi, ce total est bien trop petit pour mesurer la souffrance évitée quand un seul pécheur est converti. Bien plus : la souffrance ainsi évitée est plus grande que tout ce que l'univers créé pourra jamais endurer pendant une durée limitée. Oui, elle est même plus grande, des milliers et des milliers de fois plus grande, que tout ce que des esprits limités pourront jamais imaginer. Vous pouvez réunir tout ce que peuvent concevoir tous les esprits limités, chaque homme et chaque ange, tous les esprits sauf celui de Dieu, et pourtant l'homme qui sauve une âme de la mort évite, par ce seul acte, plus de souffrance que toute cette quantité impossible à mesurer. Il évite des milliers et des milliers de fois plus de souffrance que tout l'univers des esprits créés ne peut en imaginer.

J'ai bien peur que beaucoup d'entre vous ne se soient jamais donné la peine de réfléchir à ce sujet. Vous n'échapperez pas à cette conclusion effrayante en disant que la souffrance n'est que la conséquence naturelle du péché, et que Dieu, dans son gouvernement, n'inflige aucune peine. Peu importe que la souffrance soit infligée par le gouvernement de Dieu ou qu'elle soit naturelle. Je ne parle ici que de sa quantité. Si le pécheur reste dans ses péchés, il sera malheureux pour toujours, par une loi naturelle ; et donc l'homme qui ramène un pécheur de ses péchés lui épargne toute cette souffrance impossible à mesurer.

Vous vous souvenez peut-être de l'image employée par un ancien théologien qui essayait de donner une idée approchée de cette vérité, une idée agrandie, au moyen de l'intelligence. Il y a deux manières d'étudier l'infini et de chercher à le saisir : l'une par la raison, qui affirme simplement l'infini ; l'autre par l'intelligence, qui ne fait que s'en approcher par des idées et des estimations de ce qui est limité. Ces deux manières de concevoir les choses peuvent se développer par l'exercice. Qu'un homme se tienne sur le pont d'un navire et promène son regard sur l'immense étendue des eaux, sans aucun rivage en vue : il peut se faire une idée de l'immensité. Ou mieux : qu'il sorte regarder les étoiles à la faible lumière du soir ; il peut se faire une idée de leur nombre et de l'immensité de l'espace où elles sont dispersées. D'un autre côté, sa raison lui dit tout de suite que cet espace est sans limite. Son intelligence ne fait que l'aider à s'approcher de cette grande idée. Qu'il imagine, en contemplant les innombrables étoiles du ciel, qu'il a le pouvoir de s'élever dans l'espace comme il le veut, et qu'il monte à la vitesse de l'éclair pendant des milliers d'années. En s'approchant de ces astres glorieux l'un après l'autre, il se fait une idée de plus en plus claire et grandiose de leur grandeur, tandis qu'il s'envole au-delà de la lune, du soleil, et d'autres soleils d'une splendeur et d'une gloire plus grandes encore. Il en va de même pour les idées que l'intelligence peut se faire de cette grande idée qu'est l'éternité.

L'ancien auteur dont je parlais imagine un oiseau qui enlèverait la terre entière en emportant un seul grain de sable tous les mille ans. Quel temps presque éternel il faudrait ! Et pourtant, cela ne mesurerait pas l'éternité.

Pécheur, imaginez que ce soit vous-même qui souffriez pendant toute cette période, et que vous soyez destiné à souffrir jusqu'à ce que cet oiseau ait emporté le dernier grain de sable. Imaginez que vous n'ayez rien à souffrir de plus que ce que vous avez parfois ressenti ; mais imaginez que cet oiseau doive enlever, à ce rythme si lent, non seulement ce monde, qui n'est qu'un petit point en comparaison, mais aussi tout l'univers matériel ! Un seul grain à la fois !

Ou bien imaginez que l'univers soit un million de fois plus vaste qu'il ne l'est, et que vous deviez souffrir pendant tout ce temps, pendant que l'oiseau emporte lentement un seul petit grain tous les mille ans ! Est-ce que cela ne vous paraîtrait pas une éternité ? Si vous saviez que vous devez être privé de tout bonheur pendant tout ce temps, est-ce que cette pensée ne s'enfoncerait pas dans votre âme avec une force absolument écrasante ?

Mais après tout, ce n'est qu'une idée que l'intelligence se fait. Laissez ce temps, ainsi mesuré, s'écouler jusqu'à ce que tout ce que Dieu a créé ou pourra jamais créer ait été emporté : même alors, la comparaison tient à peine, car l'éternité n'a pas de fin. Vous ne pouvez même pas vous approcher de sa fin. Après la plus longue période que vous puissiez imaginer, vous n'en êtes pas plus près qu'au moment où vous avez commencé. Ô pécheur, Dieu dit : « Ton cœur tiendra-t-il ferme, ou tes mains seront-elles fortes, aux jours où j'agirai contre toi ? » (Ézéchiel 22,14)

Mais considérons la chose sous un autre angle encore. Celui qui convertit un pécheur ne lui épargne pas seulement plus de souffrance : il lui donne plus de bonheur que le monde entier n'en a jamais connu jusqu'ici, et même que tout l'univers créé. Vous avez converti un pécheur ? Vraiment ? Alors pensez à ce qui a été gagné ! Quelqu'un demande : « Et alors ? » Que les faits répondent. Le temps viendra où cet homme dira : « Dans ce que j'ai connu de Dieu et des choses divines, j'ai goûté plus de bonheur que tout l'univers créé n'en avait goûté jusqu'au jugement dernier, plus que tout le bonheur de toutes les créatures réuni, pendant toute la durée de notre monde ; et pourtant mon bonheur ne fait que commencer ! En avant, toujours plus loin, pour toujours, le flot profond de ma joie avance, et il ne cesse de grandir ! »

Regardez aussi l'œuvre où cet homme converti est engagé. Regardez-la bien. Dans un de ces moments lumineux où vous avez entrevu Dieu et son amour, vous avez dit : « Oh, si seulement cela pouvait durer toujours ! » Oh, avez-vous dit, si ce monde agité n'était pas autour de moi ! « Oh ! si j'avais des ailes comme une colombe, je m'envolerais et je demeurerais tranquille » (Psaume 55,7). Ce n'étaient que des aspirations au repos du ciel ; ce que l'homme converti connaît là-haut, c'est le ciel lui-même. Il faut y ajouter l'idée riche et glorieuse d'un épanouissement éternel, d'une croissance sans fin. Son bonheur ne dure pas seulement pour toujours : il grandit pour toujours. Et c'est là le bonheur de chaque pécheur converti.

Si tout cela est vrai, alors :

1. Convertir des pécheurs, c'est l'œuvre de la vie chrétienne. C'est la grande œuvre à laquelle nous, chrétiens, sommes tout particulièrement appelés. Qui peut en douter ?

2. C'est la grande œuvre de la vie, parce que son importance l'exige. Elle dépasse tellement toute autre œuvre en importance qu'on ne peut raisonnablement la considérer comme autre chose, ou comme quelque chose de moins, que la grande œuvre de la vie.

3. On peut en faire la grande œuvre de sa vie, parce que Jésus-Christ y a pourvu. Son sacrifice couvre toute la race humaine et pose un fondement si large que quiconque le veut peut venir. La promesse de son Esprit, pour aider chaque chrétien dans cette œuvre, est tout aussi large ; elle avait pour but d'ouvrir à chacun le chemin pour travailler avec Dieu dans cette œuvre qui sauve les âmes.

4. L'amour désintéressé ne peut jamais s'arrêter avant d'en arriver là. Quand on peut faire tant de bien et éviter tant de souffrance, comment l'amour désintéressé pourrait-il ne pas faire tout son possible ?

5. Vivre pour sauver les autres est la condition pour être sauvé soi-même. Personne n'est vraiment converti s'il ne vit pas pour sauver les autres. Tout homme vraiment converti passe de l'égoïsme à l'amour désintéressé, et l'amour désintéressé le pousse sûrement à faire tout ce qu'il peut pour sauver l'âme de son prochain. C'est une loi qui ne change jamais : l'amour désintéressé agit toujours ainsi.

6. On reconnaît toujours ceux qui se trompent eux-mêmes à ce trait particulier : ils vivent pour se sauver eux-mêmes. C'est le but principal de toute leur religion. Tous leurs efforts et toutes leurs activités religieuses tendent vers ce seul objectif. S'ils peuvent s'assurer de leur propre conversion, au point d'en être à peu près sûrs, ils sont satisfaits. Parfois, les liens de l'affection naturelle s'étendent à ceux qui leur sont particulièrement proches ; mais d'ordinaire, l'égoïsme ne va pas plus loin, sauf quand le souci d'une bonne réputation les y pousse.

7. Certains ne se donnent aucune peine pour convertir des pécheurs, et agissent comme si cela n'avait absolument aucune importance. Ils ne travaillent pas à persuader les hommes de se réconcilier avec Dieu.

Certains semblent attendre une intervention miraculeuse. Ils ne se donnent aucune peine pour leurs enfants ou leurs amis. Un peu comme s'ils ne se sentaient pas concernés par cet enjeu immense, ils attendent et attendent que Dieu ou un miracle se mette en mouvement. Hélas, ils ne font rien dans cette grande œuvre de la vie humaine !

Beaucoup de chrétiens de nom n'ont aucune foi dans la bénédiction de Dieu, et n'attendent donc aucun succès. Par conséquent, ils ne font aucun effort avec foi. Leur propre expérience ne leur sert à rien, parce que, n'ayant jamais eu la foi, ils n'ont jamais eu de succès. Beaucoup de pasteurs prêchent de telle façon qu'ils ne font aucun bien. Ayant échoué si longtemps, ils ont perdu toute foi. Ils ne se sont pas mis au travail en attendant des résultats, et c'est pourquoi ils n'en ont pas eu.

Beaucoup de chrétiens de nom qui ne sont pas pasteurs semblent avoir perdu toute confiance. Demandez-leur s'ils font quelque chose : ils répondent, et c'est la vérité : « Rien. » Mais si leur cœur était rempli d'amour pour les âmes ou d'amour pour Christ, ils feraient certainement des efforts. Ils essaieraient au moins de ramener des pécheurs de leur égarement. Ils vivraient leur foi, ils en feraient briller la lumière, tout naturellement, spontanément.

Chacun, homme ou femme, de tout âge et dans quelque situation que ce soit, devrait se donner pour tâche de sauver des âmes. Il y a bien sûr beaucoup d'autres choses à faire ; qu'elles aient leur place. Mais ne négligez pas la plus importante de toutes.

Beaucoup de chrétiens de nom semblent ne jamais convertir de pécheurs. Laissez-moi vous demander : où en êtes-vous ? Certains d'entre vous pourraient répondre : « Grâce à Dieu, il s'est servi de moi pour sauver quelques âmes. » Mais certains d'entre vous ne peuvent même pas dire cela. Vous savez que vous n'avez jamais travaillé honnêtement et de tout votre cœur dans ce but. Et vous ne savez pas si Dieu s'est jamais servi de vous pour convertir un seul pécheur.

Et que dirai-je de ces jeunes convertis qui sont ici ? Vous êtes-vous donnés entièrement à cette œuvre ? Travaillez-vous pour Dieu ? Êtes-vous allés trouver vos amis qui ne sont pas convertis, jusque dans leur chambre, et les avez-vous suppliés personnellement, avec affection, de se réconcilier avec Dieu ?

Par vos lettres et par tous les moyens d'influence dont vous disposez, avez-vous cherché à sauver des âmes et à faire ce que vous pouvez dans cette œuvre ? Avez-vous réussi ?

Supposez que tous les chrétiens de cette assemblée le fassent, chacun dans son domaine et chacun faisant tout ce qu'il peut : combien resterait-il de non-convertis ? Si chacun disait : « Je me place sur l'autel de mon Dieu pour cette œuvre ; je confesse tous mes manquements passés ; désormais, avec l'aide de Dieu, ce sera le travail de ma vie » ; si chacun commençait par réparer toutes ses anciennes fautes et ôter tout ce qui fait trébucher les autres, s'il confessait publiquement et regrettait sa négligence et toutes ses autres fautes publiques, en reconnaissant combien vous avez peu fait pour les âmes, et en vous écriant : « Oh, quelle mauvaise vie j'ai menée sur ce point ! Mais il faut que je me corrige, que je confesse, que je me repente et que je change complètement la direction de ma vie » ; si vous faisiez tous cela, et si chacun de vous, à sa place, mettait la main avec tout son sérieux sur son voisin pour l'arracher du feu, quel résultat glorieux on verrait !

Mais négliger l'âme des autres en pensant que vous serez quand même sauvé vous-même, c'est l'une des pires erreurs qu'un coupable puisse commettre ! Car si vous ne vivez pas pour sauver les autres, comment pouvez-vous espérer être sauvé vous-même ? « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, celui-là n'est pas de lui » (Romains 8,9).

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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