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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 21

Ce que les hommes admirent et que Dieu a en horreur

« Vous êtes ceux qui se justifient eux-mêmes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs : car ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant Dieu » (Luc 16,15)

Christ venait de raconter la parabole de l'intendant malhonnête. Il y montrait un homme qui se servait malhonnêtement des biens que d'autres lui avaient confiés, afin de rendre ces gens redevables envers lui, pour qu'ils s'occupent de lui une fois qu'il aurait perdu sa place. Notre Seigneur présente la conduite de cet intendant comme habile, au sens où il savait prévoir et penser à lui-même : une habileté du monde, sans aucune morale. Il se sert de cet exemple pour montrer et recommander une manière d'utiliser l'argent qui nous fasse des amis, des amis qui nous recevront, à notre mort, « dans les tabernacles éternels » (Luc 16,9). Puis, allant plus loin, jusqu'au principe de fond qui doit nous guider dans tout notre usage de l'argent, il pose cette règle : personne ne peut servir à la fois Dieu et l'argent. Les hommes riches et avares qui servaient l'argent ne devaient pas s'imaginer qu'ils pouvaient en même temps servir Dieu. Servir l'un ne peut pas s'accorder avec servir l'autre.

Les pharisiens, qui aimaient l'argent, entendaient tout cela, et ils se moquaient de lui. C'était comme s'ils disaient : « Vraiment, vous avez l'air bien pieux, à venir nous dire que nous ne servons pas Dieu comme il le faut ! Quand avons-nous jamais oublié de payer la dîme de la menthe ? » Ces pharisiens n'admettaient pas du tout que son enseignement soit juste. Ils pensaient pouvoir servir à la fois Dieu et l'argent. Qu'on dise tant qu'on voudrait qu'ils servaient l'argent : eux savaient qu'ils servaient aussi Dieu, et ils n'avaient que du mépris pour cet enseignement qui montrait combien il était contradictoire et absurde d'adorer deux dieux opposés et de servir deux maîtres opposés.

Notre Seigneur leur répondit par les paroles de notre texte : « Vous êtes ceux qui se justifient eux-mêmes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs : car ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant Dieu » (Luc 16,15).

Pour traiter ce sujet, je vais :

Montrer comment et pourquoi les hommes admirent ce que Dieu a en horreur.

I. Ils jugent selon une autre règle. Dieu juge selon une règle, eux selon une autre. La règle de Dieu exige un amour désintéressé envers tous ; la leur se contente de n'importe quelle dose d'égoïsme, pourvu qu'il soit assez raffiné pour être au goût du jour. Dieu demande aux hommes de se consacrer, non à leurs propres intérêts, mais aux siens et à ceux de sa grande famille. Il ne fixe qu'un seul grand but : la plus haute gloire de son nom et de son royaume. Il leur demande d'être des patriotes au service de Dieu, en se consacrant à leur Créateur et au bien de ses créatures.

Le monde adopte une règle tout à fait différente : il permet aux hommes de faire de leur propre bonheur leur but. Chose curieuse, certains prétendus philosophes ont posé la même règle : les hommes devraient rechercher avant tout leur propre bonheur, en prenant seulement garde de ne pas trop empiéter sur le bonheur des autres. Leur doctrine permet aux hommes de suivre une voie égoïste, pourvu qu'ils ne portent pas atteinte de façon trop visible aux droits et aux intérêts des autres.

Mais la règle de Dieu, c'est : ne cherche pas ton propre intérêt. Sa loi est claire : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Matthieu 22,37) : non pas toi-même, mais le Seigneur ton Dieu. « L'amour donc est la somme de la loi » (Romains 13,10). La charité, c'est-à-dire ce même amour, « ne cherche pas son propre intérêt » (1 Corinthiens 13,5). Voilà ce qui caractérise l'amour que la loi de Dieu exige : il ne cherche pas son propre intérêt. « Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d'autrui » (1 Corinthiens 10,24). « Chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres » (Philippiens 2,4). « Tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ » (Philippiens 2,21). Paul considère que chercher ses propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ, c'est s'écarter complètement de la règle du vrai christianisme.

Dieu ne considère comme vertu que le fait de se consacrer aux bons buts. Le bon but, ce n'est pas son propre intérêt, mais le bien de tous. C'est pourquoi la règle de Dieu exige la vertu, tandis que la règle de l'homme, au mieux, ne fait que freiner le vice. Tous les gouvernements humains reposent sur ce principe, comme le savent tous ceux qui ont étudié la question. Ils n'exigent pas l'amour désintéressé, ils ne font que freiner l'égoïsme. Dans les principes qui fondent notre gouvernement, il est affirmé que les hommes ont certains droits que personne ne peut leur enlever, dont le droit pour chacun de rechercher son propre bonheur. On affirme que personne ne peut leur enlever ce droit, et l'on suppose toujours qu'il est juste en lui-même, pourvu qu'il ne porte pas atteinte au droit des autres à être heureux. Mais la règle de Dieu exige un amour désintéressé actif, et ne considère comme vertu rien d'autre que le fait de se consacrer au plus grand bien. La règle de l'homme ne condamne rien, pourvu que l'homme se retienne assez pour ne pas porter atteinte aux droits des autres.

La valeur morale d'un acte dépend du but recherché. On ne peut pas la juger d'après un simple mouvement des muscles : elle dépend toujours du but que l'esprit a en vue. Au fond, les hommes le supposent toujours et le savent. Ils savent que la valeur morale dépend réellement du but auquel l'homme se consacre. Puisque la loi de Dieu et la loi de l'homme sont ce qu'elles sont, obéir à celle de Dieu, c'est la sainteté ; obéir seulement à celle de l'homme, c'est le péché.

Les hommes, sans réfléchir, se jugent eux-mêmes et jugent les autres, non d'après la règle de Dieu, mais d'après celle de l'homme. Ils le font à un point vraiment étonnant. Regardez ce que pensent réellement les gens, et vous le verrez. Souvent, sans même s'en rendre compte, les hommes se jugent non d'après la règle de Dieu, mais d'après la leur.

Je dois maintenant relever quelques preuves de ce fait et donner quelques exemples.

Ainsi, par exemple, certains admirent beaucoup une morale qui se contente de ne pas faire le mal. Si un homme vit dans une ville sans faire de tort à personne, s'il ne vole personne, ne triche pas, ne ment pas, ne cause aucun dommage visible à la société, s'il mène ses affaires d'une manière jugée très honorable et vertueuse, cet homme est très estimé selon les critères du monde. Mais, au fond, que vaut tout cela ? Cet homme s'occupe simplement de lui-même ; c'est tout. Sa morale consiste entièrement à ne pas faire le mal. Tout ce que vous pouvez dire de lui, c'est : « Il ne fait de mal à personne. » Pourtant, on parle souvent de cette morale d'une manière qui montre que le monde l'admire beaucoup. Mais Dieu l'admire-t-il ? Non, elle est une abomination à ses yeux.

De même, on admire souvent une religion qui se contente de ne pas faire le mal. Les gens qui ont cette religion prennent soin de ne pas mal agir ; mais qu'est-ce que mal agir, pour eux ? Ils ne pensent pas que ce soit mal de négliger l'âme de leurs voisins. Qu'est-ce qu'ils jugent mal ? Tricher, mentir, voler. Ces choses-là, et d'autres du même genre, ils admettront que c'est mal. Mais que font-ils ? Regardez autour de vous, même ici, et voyez ce que font les gens de cette sorte. Beaucoup d'entre eux n'essaient jamais de sauver une âme. On les estime beaucoup pour leur vie sans reproche ; ils ne font rien de mal ; mais ils ne font rien pour sauver une âme. Leur religion consiste seulement à ne pas faire le mal. Peut-être refuseraient-ils de prendre le bac le dimanche ; mais jamais ils ne sauveraient une âme de la mort. Ils laisseraient leurs propres employés aller en enfer sans faire un seul effort sérieux pour les sauver. Une telle religion ne doit-elle pas être une abomination pour Dieu ?

Il en va de même d'une religion qui, au mieux, se compose de rites et de prières, sans y ajouter l'énergie d'un effort plein d'amour pour les autres. Une telle religion est entièrement creuse. Est-ce servir Dieu que de ne rien faire d'autre que demander des faveurs pour soi-même ?

Certains s'acquittent de ce qu'ils appellent leurs devoirs du dimanche, et de la prière en famille, mais toute leur religion consiste à maintenir ces habitudes de culte. S'ils n'y ajoutent rien, leur religion n'est qu'une abomination devant Dieu.

D'autres faits encore montrent que les hommes adoptent à la légère une fausse règle, qu'ils admirent beaucoup mais que Dieu a en horreur. Par exemple, ils n'exigent une vraie religion que des pasteurs, et de personne d'autre. Tout le monde est d'accord pour exiger que les pasteurs soient vraiment pieux. On les juge d'après la bonne règle. Par exemple, on exige des pasteurs qu'ils soient désintéressés. Ils doivent entrer dans leur métier dans le noble but de faire du bien, et non simplement pour gagner leur vie : non par amour d'un gain honteux, mais pour le bien des âmes et par un amour désintéressé. Sinon, on n'aura aucune confiance en eux.

Mais retournez la chose et appliquez-la aux hommes d'affaires. Se jugent-ils eux-mêmes d'après cette règle ? Se jugent-ils les uns les autres d'après cette règle ? Avant de faire confiance, comme à un chrétien, à un commerçant ou à un artisan, exigent-ils que ces hommes soient aussi détachés de l'appât du gain que doit l'être un pasteur ? Qu'ils soient aussi disposés qu'un pasteur à donner leur temps aux malades ? Qu'ils soient aussi prêts à renoncer à un meilleur salaire pour faire plus de bien, comme ils l'exigent d'un pasteur ? Qui ne sait pas qu'on n'impose aux hommes d'affaires aucune des conditions de la vie chrétienne que l'on impose aux pasteurs de l'Évangile ? Voyons. Si un homme d'affaires vous rend un service, il établit sa facture et, s'il le faut, il se fait payer. Maintenant, supposez que j'aille rendre visite à un malade pour lui donner des conseils spirituels, que je revienne le voir de temps en temps pour le conseiller et prier avec lui jusqu'à sa mort, puis que je préside son enterrement ; et qu'après avoir rendu ce service, j'établisse ma facture, que je l'envoie, et que je me fasse même payer : est-ce qu'on n'en parlerait pas ? Les gens diraient : « De quel droit fait-il cela ? Il devrait rendre ce service par amour des âmes, sans rien faire payer. » Cela s'applique aux pasteurs qui ne reçoivent pas de salaire pour ce service, et ils sont nombreux. Qu'un de ces hommes se donne autant de peine qu'il voudra auprès des malades ou pour les enterrements : il ne doit pas se faire payer. Mais qu'un de ces pasteurs envoie sa scie à affûter, et il devra payer. Il peut l'envoyer à l'homme même dont il a visité la famille malade de jour comme de nuit, et dont il a enterré les morts sans rien demander, « par amour des âmes » ; mais aucun « amour des âmes » de ce genre n'oblige l'artisan dans son travail. La vérité, c'est qu'on appelle religion chez un simple fidèle ce qu'on appelle péché chez un pasteur. Voilà les faits. Je ne me plains pas que les hommes se fassent payer leur travail, mais qu'ils n'appliquent pas le même principe à un pasteur.

De plus, les buts et les pratiques des hommes d'affaires dans leur métier sont presque toujours une abomination aux yeux de Dieu. Presque tous reposent sur le même principe que les gouvernements humains : les seules limites imposées servent à empêcher les hommes d'être trop égoïstes ; on leur permet d'être aussi égoïstes qu'ils le peuvent, tant qu'ils laissent aux autres une chance égale d'être égoïstes eux aussi.

Faut-il passer en revue les principes des hommes d'affaires sur leurs buts et leurs façons de travailler ? À quoi tout cela se résumerait-il ? À chercher leurs propres intérêts ; à faire quelque chose, non pour les autres, mais pour soi. Pourvu qu'ils le fassent d'une manière jugée honnête et honorable parmi les hommes, on ne leur impose aucune autre limite.

Prenez l'exemple de la Société biblique. Cette institution n'est pas une affaire montée pour enrichir ceux qui impriment et publient. Son but est au contraire de fournir les Bibles à l'acheteur au prix le plus bas possible, afin de mettre une Bible entre les mains de chaque être humain au plus bas prix. Or il est facile de voir que toute autre façon de faire, et tout autre principe, serait condamné par tout le monde. Si les sociétés bibliques devenaient de simples affaires pour gagner de l'argent, elles cesseraient complètement d'être des œuvres désintéressées, et prétendre encore l'être attirerait sur elles la malédiction des hommes. Mais toute activité devrait être menée de façon aussi désintéressée que la fabrication des Bibles ; pourquoi pas ? Si elle ne l'est pas, peut-elle être une activité désintéressée ? Et si elle n'est pas désintéressée, comment Dieu peut-il l'approuver ? Qu'est-ce qu'une activité désintéressée ? C'est faire le plus de bien possible : une activité entreprise dans le seul but de faire du bien, et qui vise simplement à faire le plus grand bien possible. C'est exactement dans ce sens que les hommes devraient être des patriotes, désintéressés, et n'avoir en vue que la gloire de Dieu dans tout ce qu'ils font, qu'ils mangent, qu'ils boivent, ou quoi qu'ils fassent.

Pourtant, où trouverez-vous l'homme qui, dans la pratique, exige de ses semblables qu'ils suivent cette règle pour être reconnus comme chrétiens, c'est-à-dire qu'ils soient, dans toutes leurs affaires, aussi désintéressés que les sociétés bibliques ? Que dirions-nous d'une société biblique qui se lancerait ouvertement dans une affaire pour gagner de l'argent, et qui chercherait à vendre ses Bibles le plus cher possible, au lieu de les vendre au prix le plus bas qui lui permette de vivre ? Que diriez-vous d'une telle société biblique ? Vous diriez : « Horrible ! Hypocrite ! » Je dois dire la même chose de tout chrétien qui fait la même chose. Les hommes sans Dieu ne prétendent pas avoir un amour chrétien désintéressé ; nous ne les accuserons donc pas de cette hypocrisie, mais nous essaierons de faire entrer cette lumière dans leur esprit.

Maintenant, placez un pasteur juste devant vos yeux et posez-vous la question : vous jugez-vous vous-même comme vous le jugez, lui ? Vous dites-vous : je devrais faire gratuitement pour les autres tout ce que j'exige qu'il fasse gratuitement ? Vous jugez-vous d'après la même règle que celle par laquelle vous le jugez ?

Appliquez cela à tous les hommes d'affaires. Peu importe votre métier, qu'il soit élevé ou modeste, petit ou grand ; que vous affûtiez des scies ou que vous comptiez des billets de banque : vous dites que la Société biblique est désintéressée ; votre activité l'est-elle autant et aussi vraiment dans vos buts et vos intentions ? Sinon, pourquoi pas ? De quel droit seriez-vous moins désintéressé que ceux qui impriment, publient et vendent des Bibles ?

Voici une autre chose que les hommes admirent beaucoup, et qui pourtant est une abomination devant Dieu : l'ambition égoïste. Que de fois vous la voyez admirée ! J'ai été stupéfait de voir comment les hommes jugent sur ce point. Voici un jeune homme qui est un bon étudiant, en ce sens qu'il fait de grands progrès dans ses études (ce que le diable pourrait faire aussi) ; et pourtant, pour cette seule raison, on parle souvent de ces jeunes gens dans les termes les plus élogieux. Pourvu qu'ils réussissent pour eux-mêmes, on ne semble rien demander ni attendre de plus pour leur accorder les plus grands éloges.

Il en va de même des avocats, des médecins et autres hommes de profession. J'ai en tête le cas d'un avocat que ses semblables estimaient beaucoup et couvraient d'attentions, et dont les chrétiens disaient souvent du bien ; mais qu'était-il ? Rien d'autre qu'un jeune avocat ambitieux, qui faisait tout par ambition, toujours prêt à monter sur l'estrade et à faire campagne dans tout le pays : pour quoi ? Pour obtenir quelque avantage pour lui-même. Et pourtant, les familles chrétiennes le recherchent ! Pourquoi ? Parce qu'il réussit pour lui-même. Voyez Daniel Webster. Comme on l'a couvert de louanges ! J'allais presque dire : comme on l'a proclamé saint ! Peut-être le fera-t-on encore. En tout cas, l'esprit que nous voyons aujourd'hui le ferait proclamer saint si nous étions dans un pays catholique. Mais qu'a-t-il fait ? Il a simplement joué le rôle d'un avocat ambitieux et d'un homme d'État ambitieux ; c'est tout. Il a cherché de grandes choses pour lui-même ; et quand on a dit cela, on a tout dit. Mais comme les hommes ont couvert de louanges Daniel Webster ! Quand je suis arrivé à Syracuse, j'ai vu un immense cortège. « Quoi, ai-je dit, il y a un enterrement ici ? Qui est mort ? » « Daniel Webster. » « Mais, ai-je dit, il est mort depuis longtemps. » « Oui, mais on lui fait des funérailles parce que c'était un grand homme. » Qu'était Daniel Webster ? Pas un chrétien, pas un homme désintéressé ; tout le monde le sait. Et qu'ont à faire les chrétiens à couvrir de louanges et à proclamer saint une ambition purement égoïste ? Ils peuvent bien l'admirer beaucoup ; qu'ils le sachent pourtant : Dieu l'a en horreur autant qu'ils l'admirent.

Toute la morale du monde, et celle d'une grande partie de l'Église, n'est qu'un faux amour désintéressé. Vous voyez une famille très unie, et vous dites : « Comme ils s'aiment ! » C'est vrai ; mais ils peuvent être très fermés aux autres. Ils peuvent se tenir à l'écart et fermer presque complètement leur cœur à toutes les autres familles, et donc se priver de faire du bien dans le monde. On peut voir le même genre de morale dans les villes et dans les nations. Voilà en quoi consiste toute la morale du monde.

Beaucoup ont ce qu'ils appellent de l'humanité, sans aucune piété ; et cela est souvent très estimé parmi les hommes. Ils prétendent aimer les hommes, mais, au bout du compte, ils n'honorent pas Dieu, et ne cherchent même pas à le faire. Et dans leur amour pour les hommes, ils tombent plus bas que certains animaux. Je me demande si beaucoup d'hommes sans piété feraient ce qu'a fait un chien, à ma connaissance. Son maître voulait le tuer ; pour cela, il l'emmena en barque sur la rivière et lui attacha une pierre au cou. En se débattant pour jeter par-dessus bord le chien et la pierre ensemble, il fit chavirer la barque ; l'homme se retrouva dans la rivière ; le chien, par un effort extraordinaire, se libéra de son poids, saisit son maître par le col et le ramena à la nage jusqu'à la rive. Peu d'hommes auraient eu assez d'humanité, sans piété, pour faire cela. En réalité, les hommes sans piété sont rarement à moitié aussi bons les uns envers les autres que les animaux. Les hommes sont plus dégradés et plus corrompus. Les animaux font de plus grands sacrifices les uns pour les autres que la race humaine. Allez demander à un chasseur de baleines ce qu'il voit chez les baleines, quand elles se laissent tuer pour protéger un groupe de leurs petits. Pourtant, bien des mères pensent faire quelque chose de très méritoire parce qu'elles prennent soin de leurs enfants.

Mais les hommes, comparés aux animaux, devraient agir pour des motifs plus élevés qu'eux. S'ils ne le font pas, ils agissent mal. Ils en savent plus, ils connaissent Dieu, et ils ont le Sauveur mort pour eux comme exemple et comme règle : leurs responsabilités sont donc plus grandes que celles que peuvent avoir les animaux.

Les hommes font souvent une grande vertu de leur combat pour l'abolition de l'esclavage, même quand ce combat est celui d'un incroyant. Mais il n'y a peut-être là aucune vertu, pas un brin de plus que ce qu'un simple animal pourrait avoir. Quiconque comprend la question de l'esclavage et a un cœur droit sera certainement pour l'abolition. Mais un homme peut être pour l'abolition sans la moindre vertu. Il peut n'y avoir dans son combat aucun respect pour Dieu, ni même aucun souci sincère du bien-être des hommes. Il peut s'appuyer sur un principe qui ferait de lui un propriétaire d'esclaves, si les circonstances s'y prêtaient. De tels hommes agissent certainement selon les principes des esclavagistes. Ils montrent des principes et adoptent des pratiques qui prouvent que, s'ils en avaient le pouvoir, ils réduiraient la race humaine en esclavage. Ils refusent de croire qu'un homme puisse être partisan du renvoi des esclaves libérés en Afrique et être pourtant un homme de bien. Je ne suis pas partisan de ce renvoi, mais je connais des hommes de bien qui le sont. Certains hommes ne se contentent pas de dominer le corps de leurs semblables : ils dominent aussi leur esprit et leur âme, leurs opinions et leur conscience, ce qui est une oppression et une tyrannie bien pires que de simplement réduire le corps en esclavage.

Souvent, on y trouve un esprit amer et mordant, qui n'est pas du tout l'esprit de Christ ; car si Christ condamne sans aucun doute le propriétaire d'esclaves, il ne le hait pas. Cette haine mordante envers ceux qui font le mal n'est, au fond, que de la malveillance ; et les hommes ont beau l'admirer, Dieu l'a en horreur.

D'un autre côté, beaucoup appellent piété ce qui n'a aucune humanité. On fouette ses esclaves pour gagner de l'argent à donner à la Société biblique ! Allez, faites avancer le troupeau d'esclaves ; sortez le fouet à neuf lanières ; l'envoyé de la Société biblique arrive pour faire sa collecte ! Voilà la piété (si on peut l'appeler ainsi) sans l'humanité. J'ai horreur d'une piété qui n'a pas d'humanité avec elle et en elle, autant que je condamne son contraire, l'humanité sans piété. Dieu aime la piété et il aime l'humanité. Combien, alors, doit-il avoir en horreur l'une ou l'autre quand elles sont séparées contre nature !

Tous ces efforts dits religieux que font les hommes, quand ils n'ont pour but qu'eux-mêmes, sont une abomination pour Dieu.

Voici un homme riche qui accepte de donner deux cents dollars pour construire une belle église. Il pense que c'est un don très généreux, et on peut l'estimer beaucoup parmi les hommes. Mais avant de l'approuver, Dieu examinera les motifs du donateur ; et nous pouvons le faire aussi, si nous le voulons. Nous découvrons que cet homme possède beaucoup de terrains et de maisons dans le village, et il s'attend à ce que leur valeur monte le jour même où l'on décidera de construire l'église, assez pour remettre dans sa poche deux ou trois fois ce qu'il aura donné. Il a aussi d'autres motifs. Il pense au prestige supplémentaire d'avoir une belle église, avec, pour lui, la meilleure place. Et de plus, il a un certain intérêt à ce que les bonnes mœurs se maintiennent dans le village, car le vice gêne les riches, et il est en outre un peu dangereux. Enfin, il a une sorte d'espoir vague que cette nouvelle église, et le beau don qu'il fait pour la construire, amélioreront d'une manière ou d'une autre ses chances d'aller au ciel. Comme ces chances sont plutôt minces, au mieux, cette amélioration, même vague, vaut nettement la peine. Si vous examinez ces motifs, vous verrez que, du premier au dernier, ils sont entièrement égoïstes. Évidemment, ils sont une abomination aux yeux de Dieu.

Les motifs pour faire venir un pasteur populaire sont souvent du même genre. Le but n'est pas d'avoir un homme envoyé par Dieu, pour travailler pour Dieu et avec Dieu, un homme avec qui l'Église puisse travailler et prier pour les âmes et pour le royaume de Dieu. Le but est autre chose, et c'est pourquoi il est une abomination devant Dieu.

Les plus hautes formes de la morale du monde ne sont que des abominations aux yeux de Dieu. Le monde a ce qu'il appelle de bons maris, de bonnes épouses, de bons enfants ; mais quelle sorte de bonté est-ce là ? Le mari aime sa femme et cherche à lui plaire. Elle aussi l'aime et cherche à lui plaire. Mais l'un ou l'autre aime-t-il Dieu, ou cherche-t-il à lui plaire dans ces relations ? Pas du tout. Rien n'est plus loin de leurs pensées. Ils ne sortent jamais du cercle étroit de leur propre personne. Prenez toutes ces relations humaines sous leur meilleure forme terrestre, et vous verrez qu'elles ne s'élèvent jamais au-dessus de la morale des animaux. Ils se câlinent et se caressent, et semblent prendre un certain intérêt à s'occuper de leurs enfants. Vos volailles en font autant, pas moins, et peut-être même plus. Souvent, ces volailles de votre basse-cour dépassent la morale du monde dans ces qualités que le monde appelle bonnes.

Les êtres humains ne devraient-ils pas avoir des buts infiniment plus élevés ? Dieu peut-il voir dans leurs qualités tant admirées autre chose qu'une abomination, si en réalité elles se situent même au-dessous du niveau des animaux domestiques ?

Une instruction qui n'est pas consacrée à Dieu entre dans la même catégorie. Une bonne instruction est certes un grand bien ; mais si elle n'est pas consacrée à Dieu, elle ne lui en est que plus odieuse. Oui, laissez-moi vous le dire : si vous ne la faites pas servir à Dieu, elle ne lui en est que plus odieuse, à mesure que vous recevez plus de lumière sur votre devoir et que vous péchez davantage contre cette lumière. Ces connaissances mêmes, qui vous donneront plus d'estime parmi les hommes, rendront votre caractère encore plus odieux devant Dieu si elles ne lui sont pas consacrées. Vous écrivez avec élégance et vous parlez admirablement. Vous êtes en tête de votre collège dans ces domaines importants. Vos amis attendent avec espoir le jour où l'on parlera de vous dans les assemblées du Sénat, où vous susciterez l'admiration par votre éloquence. Mais hélas, vous n'avez aucune piété ! Quand nous demandons : « Comment Dieu regarde-t-il de tels talents, s'ils ne lui sont pas consacrés ? », nous sommes obligés de répondre : « Seulement comme une abomination. » Ce jeune étudiant éloquent n'est que plus odieux à Dieu à cause de tous ses dons non consacrés. Les choses mêmes qui vous donnent plus d'honneur parmi les hommes feront seulement de vous la risée de l'enfer. Les esprits du fond de l'abîme viendront à votre rencontre comme ils l'ont fait pour le roi déchu de Babylone, en vous disant avec moquerie : « Quoi, vous êtes ici ? Vous qui pouviez ébranler des royaumes par votre éloquence, vous voilà descendu au fond de la fosse ? Vous qui auriez pu être un ange de lumière, vous qui avez vécu à Oberlin, vous, un pécheur égoïste et condamné, allez-vous-en, sortez de notre compagnie ! Il n'y a personne ici d'aussi coupable et d'aussi profondément condamné que vous ! »

Il en va de même de tous les talents non consacrés à Dieu : la beauté, l'instruction, les talents acquis ; tout cela, s'il n'est pas consacré à Dieu, est une abomination à ses yeux. Toutes ces choses qui pourraient vous rendre plus utile aux yeux de Dieu ne sont, si vous en faites mauvais usage, qu'une abomination encore plus grande à ses yeux.

Il en va de même d'une religion de pure obligation, où vous servez Dieu seulement parce que vous y êtes forcé. Vous allez à l'église, non par amour pour Dieu ou pour son culte, mais par souci de votre réputation, de votre espérance ou de votre conscience. Une telle religion ne doit-elle pas être, de toutes les choses, la plus odieuse pour Dieu ?

Remarques.

Le monde a en grande partie perdu la vraie idée de ce qu'est la religion. Tout ce que j'ai dit le montre trop clairement pour qu'il faille d'autres exemples.

C'est vrai aussi, dans une large mesure, de l'Église. Ceux qui se disent chrétiens se jugent faussement, parce qu'ils se jugent d'après une fausse règle.

L'une des erreurs les plus courantes et les plus fatales consiste à employer une règle qui se contente de ne pas faire le mal. Voici des gens qui se plaignent de ne pas prendre conscience de leur péché. Pourquoi ne prennent-ils pas la bonne règle pour se juger d'après elle ? Supposez que vous ayez laissé une maison brûler sans faire le moindre effort pour la sauver : que penseriez-vous de votre culpabilité, avec votre torpeur et votre paresse ? Deux femmes et cinq enfants sont réduits en cendres dans l'incendie ; pourquoi n'avez-vous pas donné l'alarme quand vous avez vu le feu prendre ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas précipité dans la maison pour en tirer ceux qui étaient à l'intérieur sans se douter de rien ? Oh, vous vous sentiez engourdi ce matin-là, exactement comme les gens disent qu'ils se sentent « engourdis » dans leur vie spirituelle ! Eh bien, vous espérez ne pas être jugé trop sévèrement, puisque vous n'avez pas mis le feu à la maison ; vous l'avez seulement laissée tranquille ; tout ce que vous avez fait, c'est de ne rien faire ! C'est tout ce que beaucoup invoquent pour leurs devoirs religieux. Ils ne font rien pour arracher les pécheurs au feu, et ils semblent penser que c'est une religion tout à fait estimable ! Était-ce la religion de Jésus-Christ, ou celle de Paul ? Est-ce la religion d'un véritable amour désintéressé ? Ou même celle du bon sens ?

Vous voyez combien de gens qui espèrent être chrétiens s'accrochent à cet espoir pour la seule raison qu'ils ne font pas le mal. Souvent, je demande à des gens où ils en sont dans leur vie avec Dieu. Ils répondent : « Assez bien » ; et pourtant ils ne font rien de vraiment religieux. Ils ne font aucun effort pour sauver des âmes, ils ne font rien pour servir Dieu. Que font-ils donc ? Oh, ils continuent leurs habitudes de prière ! Supposez que vous engagiez un serviteur et que vous le payiez chaque semaine, alors qu'il ne fait rien de toute la journée, sinon vous adresser des prières !

La religion est très claire et facile à comprendre. C'est un combat. Quel est le service d'un soldat ? Il se consacre au service de son pays. Si c'est nécessaire, il donne sa vie pour lui, sur son autel. On attend cela de lui.

De même, un homme doit déposer sa vie sur l'autel de Dieu, pour être employé à son service, dans la vie ou dans la mort, comme il plaira à Dieu.

Les choses les plus admirées parmi les hommes sont souvent celles mêmes que Dieu a le plus en horreur. Prenez, par exemple, la religion de celui qui la vit comme une obligation imposée par la loi. Plus sa conscience est enchaînée et esclave, plus, en général, on l'estime comme chrétien.

Plus il gémit sérieusement sous son esclavage du péché, plus il doit dire en vérité :

« J'entends la raison, je pèse ses conseils, et j'approuve toutes ses paroles ; pourtant j'ai encore du mal à obéir, et plus de mal encore à aimer. »

Eh bien, plus il le dit, plus le monde admire sa religion, et plus Dieu l'a en horreur. « Le brave homme, disent-ils, il a vécu toute sa vie comme un esclave ! Il a passé toute sa vie dans les doutes et les craintes ! » Mais pourquoi n'est-il pas entré, par la foi, dans cette liberté que Christ donne à son peuple ?

Une morale fondée sur l'égoïsme le plus raffiné est très estimée parmi les hommes. « Un homme du monde si bien, disent-ils, presque un saint ! » Et pourtant Dieu doit l'avoir entièrement en horreur.

Le bon chrétien, selon l'estime du monde, n'est jamais brusque, jamais combatif, et on l'admire beaucoup. Il est dévoué, de façon égoïste, à plaire aux hommes, et rien n'est plus admiré que cela. J'ai entendu parler d'un pasteur qui n'avait pas un seul ennemi au monde. On disait de lui qu'il était, de tous les hommes qu'on connaissait, celui qui ressemblait le plus à Christ. J'ai trouvé étrange qu'un homme qui ressemblait tant à Christ n'ait aucun ennemi, car Christ, qui se ressemblait à lui-même plus que tout autre homme ne pourra jamais lui ressembler, avait beaucoup d'ennemis, et des ennemis très acharnés. D'ailleurs, il est écrit : « Tous ceux aussi qui veulent vivre pieusement dans le christ Jésus, seront persécutés » (2 Timothée 3,12). Mais quand j'ai appris les faits, j'ai compris cet homme. Il ne se permettait jamais de prêcher quoi que ce soit qui puisse déplaire, même à ceux qui croient que tous les hommes seront sauvés. En fait, il avait deux de ces universalistes dans son conseil d'Église. Parmi les membres de ce conseil, il y avait aussi des calvinistes, et il ne devait surtout pas leur déplaire non plus. Sa prédication était vraiment un modèle du genre. Sa devise était : plaire aux gens, rien que plaire aux gens. En plein réveil, il quittait les réunions pour aller à une soirée ; pourquoi ? Pour plaire aux gens.

Cela peut être très estimé parmi les hommes ; mais Dieu ne l'a-t-il pas en horreur ?

C'est peu de chose d'être jugé par les hommes, et d'autant moins qu'ils ont tellement tendance à juger d'après une fausse règle. Que m'importe que les hommes me condamnent, pourvu que Dieu m'approuve ? Plus je vis, moins j'accorde d'importance à l'opinion des hommes sur les grandes questions du bien et du mal telles que Dieu les voit. Ils se jugeront faussement, eux-mêmes et les autres. Même l'Église condamne parfois et exclut ses meilleurs membres. J'ai connu des cas, et je pourrais les nommer, où je suis sûr qu'elle a fait exactement cela. On a retranché des hommes de la communion de l'Église, et aujourd'hui tout le monde voit que ceux qu'on avait exclus étaient les meilleurs de l'Église.

C'est une pensée merveilleuse que la seule chose dont nous ayons à nous soucier soit de plaire à Dieu. La seule question que nous ayons à nous poser est : qu'est-ce que Dieu en pensera ? Nous n'avons qu'un seul être à satisfaire, la grande Intelligence de l'univers. Faisons-en notre seul but, et nous ne manquerons pas de lui plaire. Mais si ce n'est pas notre but, tout ce que nous pouvons faire n'est qu'une abomination à ses yeux.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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