Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney
Sermon 19
Prier et travailler pour la grande moisson
« Et voyant les foules, il fut ému de compassion pour elles, parce qu'ils étaient las et dispersés, comme des brebis qui n'ont pas de berger. Alors il dit à ses disciples : La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers : suppliez donc le Seigneur de la moisson, en sorte qu'il pousse des ouvriers dans sa moisson. » (Matthieu 9,36-38)
En traitant ce sujet, je me propose : I. de voir à qui s'adresse ce commandement ;
II. ce qu'il veut dire ;
III. ce que suppose la prière qu'il demande ;
IV. de montrer que l'état d'esprit qui consiste à obéir à ce commandement est une condition indispensable du salut.
I. Sans aucun doute, ce commandement s'adresse à tous ceux qui ont le devoir d'aimer de façon désintéressée ; donc à toutes les catégories de personnes et à tous les êtres à qui la loi d'amour est imposée. Il s'adresse par conséquent à tous les êtres humains, car tout être humain est responsable devant Dieu : chacun devrait se soucier de l'âme de ses semblables, et tombe donc évidemment sous le coup de cette large exigence.
Remarquez à quelle occasion Christ a prononcé ces paroles. Il parcourait les villes et les villages de son pays, « enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l'évangile du royaume, et guérissant toute maladie et toute langueur » (Matthieu 9,35). Il voyait devant lui la foule, des gens qui, pour la plupart, ignoraient presque tout de Dieu et du salut ; et son cœur plein de compassion fut touché, comme le dit le texte : « parce qu'ils étaient las et dispersés, comme des brebis qui n'ont pas de berger » (Matthieu 9,36). Hélas ! ces gens mouraient faute du pain du ciel ; et qui irait le leur partager, pour nourrir leurs âmes affamées ?
Il était d'autant plus touché qu'il voyait qu'ils avaient faim. Non seulement ils mouraient de faim, privés du pain de vie, mais ils semblaient en avoir un peu conscience. Ils étaient à ce moment-là comme un champ à moissonner, dont le blé mûr est prêt pour la faucille et attend l'arrivée des moissonneurs. De même, ces foules étaient prêtes à être rassemblées dans le grenier du grand Maître de la moisson. Rien d'étonnant à ce qu'un tel spectacle ait touché la compassion la plus profonde de son cœur plein d'amour.
II. Que veut vraiment dire ce commandement : « Suppliez donc le Seigneur de la moisson, en sorte qu'il pousse des ouvriers dans sa moisson » (Matthieu 9,38) ?
Tout commandement qui touche à notre conduite extérieure a un esprit et une lettre : la lettre concerne l'extérieur, l'esprit concerne l'intérieur ; et l'obéissance véritable demande les deux. Ici, la lettre du commandement demande la prière ; mais que personne n'aille croire que se contenter de prononcer les mots d'une prière, c'est vraiment obéir. En plus des mots, il faut un cœur qui prie. Ce commandement ne nous demande pas de mentir et de jouer la comédie devant Dieu. Personne ne peut le penser un seul instant. Il faut donc reconnaître que ce commandement demande l'esprit de la prière aussi bien que sa lettre. Il demande d'abord, parce que c'est le plus important, un cœur qui prie, et ensuite que ce cœur s'exprime comme il convient dans des prières.
Quel est donc le véritable esprit de ce commandement ? Je réponds : l'amour des âmes. Il ne nous demande certainement pas de prier pour les hommes sans y mettre notre cœur, mais de prier d'un cœur sincère, plein d'un véritable amour pour le bien des hommes : un amour pour les âmes immortelles, et un profond souci de leur salut. Il demande sans doute la même compassion que Jésus lui-même avait pour les âmes. Son cœur débordait d'une vraie compassion pour les âmes qui allaient à leur perte, et il savait que ses propres sentiments étaient justes. Il ne pouvait donc pas demander moins que les mêmes sentiments à tous les siens. C'est pourquoi il veut que nous ayons pour les âmes une compassion réelle et profonde, une compassion qui touche vraiment le cœur, car c'était de toute évidence la sienne.
Cela suppose que l'on se donne tout entier à ce but. Christ s'était donné tout entier à la grande œuvre du salut des hommes : c'est pour cela qu'il travaillait et peinait ; c'est pour cela que son cœur était dans l'angoisse ; c'est pour cela qu'il était prêt à offrir sa vie. Il ne pouvait donc pas demander moins aux siens.
De plus, faire honnêtement cette prière suppose que nous acceptions que Dieu nous emploie dans son champ de moisson à n'importe quelle tâche, comme il le veut. Quand le fermier rentre sa moisson, il y a beaucoup de choses à faire, et il lui faut souvent beaucoup de bras. Il envoie les uns couper le blé, d'autres le lier en gerbes ; certains le rentrent dans la grange, d'autres glanent dans le champ, pour que rien ne soit perdu. De même, Christ aura toutes sortes de travaux pour ses serviteurs dans le grand champ de la moisson ; et personne ne peut lui être vraiment utile s'il n'accepte pas de travailler à n'importe quel poste au service de son Maître, reconnaissant d'avoir l'honneur de faire le plus humble travail pour un tel Maître et pour une telle cause.
Prier honnêtement pour ce but suppose donc que nous soyons vraiment engagés dans l'œuvre, et que nous nous soyons donnés très sincèrement et entièrement pour faire tout ce que nous pouvons pour Christ et pour sa cause sur la terre. Nous sommes toujours là, prêts pour n'importe quel travail ou n'importe quelle souffrance. Car, c'est clair, si nous n'avons pas cet état d'esprit, inutile d'espérer que notre prière serve à quelque chose. Ce serait une bien triste prière, et même une insulte, que de dire : « Seigneur, envoie quelqu'un d'autre faire tout le travail pénible, et laisse-moi en faire peu ou rien. » Tout le monde sait qu'une telle prière ne ferait qu'offenser Dieu et attirer la malédiction sur celui qui la fait.
Prier sincèrement pour la cause de Christ suppose donc que vous êtes prêt à faire tout ce que vous pouvez pour la faire avancer, en consacrant réellement et totalement à ce but toutes vos forces et tous vos moyens. Vous ne pouvez même pas refuser vos propres enfants. Rien ne doit être trop précieux pour que vous l'offriez sur l'autel de Dieu.
Imaginez un homme qui ne donnerait rien : il garderait tous ses moyens pour lui et ne ferait aucun effort, mais il dit qu'il va prier. Il prétend bien prier. Mais pensez-vous que sa prière vienne du cœur ? Pense-t-il ce qu'il dit ? Aime-t-il cette cause plus que tout le reste ? Certainement pas. Vous ne pourriez jamais dire qu'un jeune homme fait tout ce qu'il peut pour la moisson de Christ s'il refuse d'aller travailler dans le champ, ni qu'un homme âgé, mais riche, fait tout ce qu'il peut s'il refuse de donner quoi que ce soit pour aider à faire vivre les ouvriers du champ.
Que suppose donc une véritable obéissance à ce commandement ?
1. Un sentiment de responsabilité personnelle pour le salut du monde. Personne ne commence à obéir à ce commandement s'il ne se sent pas personnellement responsable de cette œuvre, au point d'y voir, au fond de son âme, sa propre tâche. Il doit vraiment sentir : « C'est mon travail pour toute ma vie. C'est pour cela que je dois vivre et dépenser mes forces. » Peu importe, sur ce point, que vous soyez assez jeune pour partir comme missionnaire dans les pays lointains, ou que vous ayez les capacités pour devenir pasteur : vous devez avoir un tel sens de votre responsabilité que vous ferez de bon cœur, et avec joie, tout ce que vous pouvez. Vous pouvez couper le bois ou puiser l'eau, même si vous ne pouvez pas remplir les charges les plus importantes. Un cœur honnête et consacré à Dieu est prêt à faire n'importe quel travail, à porter n'importe quel fardeau. Si vous n'êtes pas prêt à faire tout ce que vous pouvez faire avec succès et avec sagesse, vous ne remplissez pas les conditions d'un cœur qui prie.
Un autre élément, c'est le sentiment de la valeur des âmes. Il faut que vous voyiez, d'une façon qui vous frappe, que les âmes sont précieuses ; que leur culpabilité, tant que leur péché n'est pas pardonné, est effrayante, et que le danger qu'elles courent est terrible. Sans ce sentiment de la valeur de ce qui est en jeu, vous ne prierez pas avec un désir ardent et fort ; et sans une juste idée de leur culpabilité, de leur danger et du remède, vous ne prierez pas avec foi pour que Dieu intervienne par sa grâce. En fait, il faut que vous ayez dans votre âme tant de l'amour de Dieu, un amour semblable à l'amour de Dieu pour les pécheurs, que vous soyez prêt à n'importe quel sacrifice et à n'importe quel travail. Il faut que vous ressentiez ce que Dieu ressent. Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas. Il faut que vous aimiez le monde au point que votre amour vous pousse à faire des sacrifices semblables et des efforts semblables. Un amour pour les âmes de la même nature que celui de Dieu quand il a livré son Fils à la mort, et que celui de Christ quand il est descendu de bon cœur pour s'offrir lui-même en sacrifice : voilà ce que doit avoir chaque serviteur de Dieu ; sinon, ses prières pour ce but auront peu de cœur et aucune force auprès de Dieu. Cet amour pour les âmes est toujours supposé dans la prière que Dieu accepte, quand on lui demande d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. J'ai souvent pensé que si tant de gens prient pour le salut des âmes seulement du bout des lèvres et non du fond du cœur, c'est parce qu'il leur manque cet amour, semblable à l'amour de Dieu, pour les âmes de ceux qui vont à leur perte.
Une prière que Dieu accepte pour ce but suppose qu'on ait confiance dans la puissance, la sagesse et la bonne volonté de Dieu pour faire avancer cette œuvre. Personne ne peut demander ce qu'il croit contraire à la volonté de Dieu, au-dessus de ses forces ou trop compliqué pour sa sagesse. Si vous demandez à Dieu d'envoyer des ouvriers, cette prière même suppose que vous comptez sur sa capacité à bien faire ce travail, et sur sa volonté de le faire avancer en réponse à la prière.
L'idée même de la prière suppose que vous comprenez que cela fait partie du plan de Dieu : les chrétiens doivent prier pour que Dieu intervienne avec sa puissance et sa sagesse afin de faire avancer cette grande œuvre. Vous ne priez pas vraiment tant que vous ne voyez pas que Dieu vous en donne l'honneur, vous en fait un devoir, et vous y encourage en vous assurant que c'est un moyen essentiel, une condition indispensable pour qu'il intervienne par sa puissance et donne le succès. Vous vous souvenez de ce qui est écrit : « Encore en ceci je serai recherché par la maison d'Israël, pour le leur faire » (Ézéchiel 36,37).
De plus, personne ne répond à l'esprit de cette condition s'il ne prie pas de toutes ses forces, avec ardeur, avec une grande persévérance et une grande insistance pour obtenir cette bénédiction. Il doit sentir le poids d'une grande cause, et sentir aussi qu'elle ne peut pas avancer sans que Dieu intervienne avec sa puissance. Poussé par ces pensées, il répandra son âme en suppliant Dieu avec une ardeur intense.
Si l'Église n'est pas remplie de l'esprit de prière, Dieu n'enverra pas d'ouvriers dans sa moisson. Le commandement de prier pour avoir ces ouvriers montre clairement que Dieu attend la prière, et qu'il attendra qu'elle soit faite. La prière fait partie de son plan, comme l'un des moyens qu'il a choisis, et on ne peut en aucun cas s'en passer. C'est sans doute en réponse à la prière que Dieu a envoyé une telle foule d'hommes vaillants après l'ascension de Christ. Comme il est évident que c'est la prière, et la main de Dieu agissant de façon particulière, qui ont amené un Saul de Tarse et l'ont envoyé appeler des tribus et des nations entières parmi les païens ! Et avec lui, il y en avait toute une armée. « Le Seigneur donna la parole : grande fut la foule des femmes qui répandirent la bonne nouvelle » (Psaume 68,12).
Que cette prière doive se faire avec foi, en s'appuyant avec assurance sur la promesse éternelle de Dieu, c'est trop évident pour qu'on ait besoin de le prouver ou de l'illustrer.
Une prière honnête et sincère suppose que nous nous mettions, nous et tout ce que nous avons, sur son autel. Nous devons sentir que c'est notre affaire, et que les forces et les moyens dont nous disposons doivent être consacrés à faire avancer cette œuvre. C'est seulement quand nous sommes donnés à l'œuvre que nous pouvons honnêtement demander à Dieu de susciter des ouvriers et de faire avancer le travail. Quand les lèvres d'un homme disent : « Seigneur, envoie des ouvriers », mais que sa vie déclare à voix basse : « Peu m'importe que quelqu'un y aille ou non ; moi, je n'aiderai pas à cette œuvre », vous savez bien, évidemment, qu'il ne fait que jouer la comédie devant Dieu.
Je ne veux pas dire par là que tout serviteur honnête de Christ doit se sentir appelé à être pasteur et doit le devenir ; pas du tout. Dieu n'appelle pas tout homme pieux à travailler dans ce champ-là ; il a beaucoup d'autres champs et d'autres travaux qui sont des parties essentielles de l'ensemble. Ce que j'ai à dire, c'est que nous devons être prêts à prendre n'importe quelle part que Dieu, dans sa providence, nous confie.
Si nous pouvons partir, et si nous sommes en situation de recevoir la formation nécessaire, alors l'esprit véritable de la prière de notre texte suppose que nous demandions à Dieu de nous envoyer, nous. Si nous sommes en état de partir, cette prière suppose clairement que nous avons à cœur de demander pour nous-mêmes la faveur que Dieu nous place dans son œuvre missionnaire. Alors nous dirons avec le prophète d'autrefois : « Seigneur, me voici, envoie-moi » (Ésaïe 6,8). Ne pensez-vous pas que Christ s'attendait à ce que ses disciples partent, et désirent partir ? Ne supposait-il pas qu'ils prieraient pour avoir l'honneur de recevoir cette précieuse mission ? Comment pouvons-nous être vraiment en accord avec Christ si nous n'aimons pas travailler dans cette moisson de l'Évangile, et si nous ne désirons pas ardemment être envoyés pour y mettre la faucille de nos propres mains ? Il est certain que si nous avions l'esprit de Christ, nous dirions : « J'ai à être baptisé d'un baptême ; et combien suis-je à l'étroit jusqu'à ce qu'il soit accompli ! » (Luc 12,50). Nous crierions : « Seigneur, laisse-moi partir ! laisse-moi partir, car des millions d'êtres sont en train de mourir dans leurs péchés en ce moment même ! » Comment puis-je prier Dieu d'en envoyer d'autres si, dans mon cœur, je ne veux pas partir moi-même ? J'en ai entendu beaucoup dire : « Oh, si j'étais jeune ! Comme je serais heureux de partir moi-même ! » Voilà un état d'esprit qui peut honnêtement prier Dieu d'envoyer des ouvriers.
L'esprit de cette prière suppose que nous sommes prêts à faire n'importe quel sacrifice personnel pour partir. Les hommes ne sont-ils pas toujours prêts à faire des sacrifices personnels pour atteindre le but que leur cœur désire le plus ? Un marchand qui cherchait de belles perles en a-t-il jamais trouvé une de grand prix sans être tout à fait prêt à aller vendre tout ce qu'il avait pour l'acheter ?
De plus, un cœur honnête devant Dieu, dans cette prière, suppose que vous êtes prêts à faire tout ce que vous pouvez pour vous préparer à accomplir cette œuvre. Chaque jeune homme, chaque jeune femme devrait se dire : « Dieu attend quelque chose de moi dans cette œuvre. » Peut-être Dieu veut-il que vous soyez domestique dans une famille de missionnaires ; si c'est le cas, vous êtes prêt à partir. Peu importe le travail : aucun travail fait pour Dieu ou pour les hommes n'est humiliant. Dans l'esprit de cette prière, vous direz : « Si je peux seulement laver les pieds des serviteurs de mon Seigneur, j'en serai profondément heureux. » Tous les jeunes surtout, sentant que la vie est devant eux, devraient se dire : « Je dois me consacrer, de la manière la plus efficace possible, à faire avancer la cause de mon Sauveur. » Imaginez un homme qui s'incline devant Dieu dans une prière ardente, en disant : « Ô Seigneur, envoie des foules d'hommes dans ce champ de moisson » : cela ne suppose-t-il pas qu'il se prépare lui-même pour cette œuvre de toutes ses forces ? Cela ne suppose-t-il pas qu'il est prêt à faire tout son possible, de quelque manière que ce soit ?
De plus, cette prière, faite honnêtement, suppose que nous faisons tout ce que nous pouvons pour préparer d'autres personnes à partir. Notre prière sera : « Seigneur, donne-nous à cœur de préparer d'autres ouvriers, et d'en préparer autant que possible, et aussi bien que possible, pour rentrer cette grande moisson. »
Bien sûr, cela suppose aussi que nous évitions tout ce qui nous ferait obstacle, et que nous ne prenions aucun engagement qui nous lierait les mains. Beaucoup de jeunes chrétiens le font pourtant, parfois par étourderie, souvent d'une manière qui montre qu'ils ne sont pas du tout décidés à faire avant tout l'œuvre de Dieu.
Quand nous prions honnêtement Dieu d'envoyer des ouvriers, et que notre situation nous permet de partir, nous devons nous attendre à ce qu'il nous envoie. Quoi ! Dieu a besoin d'ouvriers de toutes sortes, et il ne nous enverrait pas, nous ? Soyez-en sûrs, il enverra l'homme qui prie comme il faut et dont le cœur est profondément et pleinement avec Dieu. Et nous n'avons pas à craindre que Dieu manque de la sagesse nécessaire pour bien mener ses affaires. Il placera tous ses hommes là où ils doivent être, dans les champs où ils sont le plus capables de travailler. Le bon moissonneur sera mis à son poste, la faucille à la main ; et s'il y en a de faibles qui ne peuvent que glaner, il les met là.
Quand des jeunes ont la santé et les moyens de faire des études, ils doivent partir du principe que Dieu les appelle à cette œuvre. Ils doivent considérer que Dieu attend d'eux qu'ils entrent dans le champ. Ils fixeront les yeux sur cette œuvre comme étant la leur. En pensant à la multitude des vrais enfants de Dieu qui font monter cette prière : « Seigneur, envoie des ouvriers pour rassembler les nations auprès de ton Fils », ils en concluront sûrement que le Seigneur répondra à ces prières et enverra dans ce champ tous ses hommes fidèles, capables et sincères. Très certainement, si Dieu vous a donné l'intelligence, la formation, le savoir-faire, le cœur, et l'occasion de recevoir toute la préparation nécessaire, vous pouvez savoir qu'il vous enverra. Quoi ! est-il possible que je sois préparé, prêt, en attente, que toute l'Église prie Dieu d'envoyer des ouvriers, et qu'il ne m'envoie pas, moi ! Impossible !
Une partie indispensable de cette préparation, c'est d'avoir le cœur à cette œuvre. C'est tout à fait évident, car Dieu ne veut dans son champ de moisson personne dont le cœur n'y soit pas. Vous ne voudriez pas, dans votre champ, d'ouvriers qui n'ont pas le cœur à leur travail. Dieu non plus. Mais il attend de nous cette préparation. Et il n'acceptera de personne l'excuse de ne pas avoir le cœur à s'engager dans ce service. Ne pas avoir le cœur à cette œuvre, ce n'est pas votre malheur, c'est votre faute, votre grand péché, un péché qui vous condamne !
Cela m'amène à ma proposition générale suivante :
IV. Cet état d'esprit est une condition indispensable du salut.
Dans l'Église, beaucoup sont terriblement dans le flou au sujet des conditions du salut. Un jour, je prêchais sur ce sujet, en insistant sur le fait que la sainteté est l'une des conditions du salut, « sans laquelle nul ne verra le Seigneur » (Hébreux 12,14), quand un docteur en théologie s'est opposé à moi avec force. Il disait : « La Bible fait de la foi la seule et unique condition du salut. Paul, disait-il, prêchait que la foi est la condition, et voulait clairement exclure toute autre condition. » Mais je lui ai répondu ceci. Pourquoi Paul a-t-il insisté si fortement sur la doctrine du salut par la foi, et l'a-t-il mise tellement en avant ? Parce qu'il devait combattre la grande erreur des Juifs, le salut par les œuvres. Une telle prédication était alors particulièrement nécessaire, et Paul s'est lancé dans la bataille pour faire face à l'urgence. Mais quand est apparue l'idée que la foi dispense d'obéir à la loi de Dieu, Jacques a été appelé à défendre avec la même fermeté la doctrine selon laquelle « la foi sans les œuvres est morte » (Jacques 2,26), et selon laquelle les bonnes œuvres sont le fruit normal d'une foi vivante et sont indispensables pour en montrer la vie et l'authenticité. Cela a aussitôt soulevé une nouvelle question sur la nature de la foi de l'Évangile. Jacques soutenait que toute vraie foi selon l'Évangile doit agir par l'amour. Elle doit être une confiance pleine d'affection, comme celle d'un enfant pour son père, une confiance qui fait entrer l'âme en accord avec Christ et la pousse puissamment à faire toute sa volonté.
Beaucoup de chrétiens de nom pensent qu'il ne faut rien d'autre que la foi et la repentance, et que la foi peut exister sans un véritable amour désintéressé, et donc sans bonnes œuvres. Il n'y a pas de plus grande erreur. La grande exigence de Dieu envers l'homme, c'est qu'il soit vraiment animé d'un amour désintéressé. C'est le cœur de toute vraie vie chrétienne : un état d'esprit qui a pour les âmes humaines une compassion semblable à celle de Dieu, qui crie à Dieu dans une prière ardente pour leur salut, et qui ne recule devant aucun effort pour l'obtenir. Si donc la vraie vie chrétienne est une condition du salut, alors l'état d'esprit dont parle notre texte est lui aussi une condition du salut.
Remarques.
1. Cet état d'esprit est un devoir pour les pécheurs autant que pour les croyants. Tous les hommes devraient ressentir cette compassion pour les âmes. Pourquoi pas ? Peut-on donner une seule raison pour laquelle un pécheur ne devrait pas éprouver autant de compassion pour les âmes qu'un chrétien ? Ou pour laquelle il ne devrait pas aimer Dieu et les hommes avec autant d'ardeur ?
2. Ceux qui se disent chrétiens et qui n'obéissent pas au véritable esprit de ces commandements sont des hypocrites, sans une seule exception. Ils prétendent avoir une vraie foi, mais l'ont-ils ? Certainement pas, à moins d'être sur l'autel, consacrés à l'œuvre de Dieu, et d'y prendre part sincèrement, de tout leur cœur. Sans cela, chacun d'eux est un hypocrite. Vous prétendez avoir l'esprit de Christ ; mais quand vous voyez les foules comme il les a vues, mourant faute de la lumière de l'Évangile, criez-vous à Dieu dans une prière puissante, avec compassion pour leurs âmes ? Si vous n'avez pas cet esprit, reconnaissez-le : vous êtes un hypocrite.
3. Beaucoup ne prient pas pour que Dieu envoie des ouvriers parce qu'ils ont peur qu'il les envoie, eux. Je me souviens d'un temps où la foi chrétienne me rebutait, parce que je craignais, si je me convertissais, que Dieu m'envoie prêcher l'Évangile. Mais j'ai réfléchi davantage à cette question. Dieu, me disais-je, a le droit de disposer de moi comme il le veut, et je n'ai aucun droit de lui résister. Si je lui résiste, il me mettra en enfer. Si Dieu veut que je sois pasteur, au service de son Évangile, et que je résiste et me révolte, il sera certainement juste qu'il me mette en enfer, et sans doute il le fera.
Mais il y a dans ce collège beaucoup de jeunes hommes qui ne se mettent jamais à prier pour la conversion du monde, de peur que Dieu ne les envoie dans cette œuvre. Vous auriez honte de prier : « Seigneur, envoie des ouvriers, mais ne m'envoie pas, moi. » Si la raison pour laquelle vous ne voulez pas partir, c'est que vous n'avez pas le cœur à cela, vous pouvez vous reconnaître hypocrite, sans aucun doute possible.
Si vous dites : « J'ai le cœur à cette œuvre, mais je n'ai pas les capacités pour partir », alors vous pouvez être sûr que Dieu ne vous appellera pas si vous n'avez pas ces capacités ou ne pouvez pas les acquérir. Il ne veut pas d'hommes incapables à son service.
4. Depuis vingt-cinq ans, le ministère des pasteurs est tombé dans le discrédit pour cette raison : beaucoup de jeunes hommes y sont entrés qui n'auraient jamais dû y entrer. Leur cœur n'est pas ferme, et ils reculent devant les sacrifices à faire pour Christ et pour sa cause. C'est pourquoi ils ne vont pas droit devant eux, fidèles à ce qui est juste, fermes pour défendre les opprimés, forts pour toute bonne parole et toute bonne œuvre. Par rangs entiers, ils abandonnent la position qu'ils ont juré de tenir. Le cœur d'une foule de frères et de sœurs, simples membres des Églises, est dans une grande détresse et gémit devant cet effrayant abandon. À un pasteur qui se plaignait du mépris public jeté sur les pasteurs, un homme de Boston, qui n'était pas pasteur, répondit : « Je regrette qu'il y ait tant de raisons à cela ; Dieu veut reprendre les pasteurs, et il a raison de les reprendre, car ils le méritent largement. » Ne me faites pas dire que cette instabilité des pasteurs est générale ; non, bien sûr ; je suis heureux de savoir qu'il y a des exceptions ; mais le fait douloureux reste que beaucoup ont reculé, et que, par conséquent, les pasteurs, dans leur ensemble, ont perdu leur réputation ; et cela a découragé beaucoup de jeunes hommes d'entrer dans le ministère.
Qu'il n'en soit plus ainsi. Que les jeunes hommes qui se préparent maintenant à être pasteurs s'élèvent jusqu'à l'esprit de leur Maître et se précipitent au premier rang de la bataille. Qu'ils peinent pour le bien des âmes, et qu'ils aiment cette peine, comme l'a fait avant eux leur grand Seigneur. Qu'ainsi, par leur fidélité, ils lavent la réputation des pasteurs du mépris sous lequel elle se trouve aujourd'hui. Qu'ils se rassemblent dans leur force et se mettent d'un même cœur sur l'autel de Dieu. S'ils le font, il ne passera pas une génération avant qu'on dise : « Regardez ces hommes fidèles ; voyez ces hommes dont le cœur est dans leur travail et tout entier tourné vers lui ; le ministère a retrouvé son honneur ! »
5. Je suis obligé de le dire avec tristesse : beaucoup se moquent bien que l'œuvre se fasse ou non. Ils sont entièrement absorbés par leurs ambitions. Qui ne voit pas qu'ils ne partagent pas les sentiments de Jésus-Christ ?
Mes bien-aimés, laissez-moi vous demander si vous avez honnêtement conscience de partager les sentiments de votre grand Chef. Je ne peux jamais lire le passage que nous avons sous les yeux sans être touché par la tendresse et l'amour de Christ qu'il nous montre. Il y avait devant lui ces foules qui se pressaient. Pour un regard purement extérieur, tout pouvait sembler aller bien ; mais pour quelqu'un qui pensait à l'état de leur âme, il y avait de quoi faire jaillir les sources profondes de la compassion. Christ les voyait dispersées comme des brebis qui n'ont pas de berger. Elles n'avaient ni maîtres ni guides à qui faire confiance. Elles étaient dans les ténèbres et dans la mort spirituelle. Christ a pleuré sur elles ; il a appelé ses disciples à partager ses sentiments pour elles, et à s'unir à lui dans une prière puissante au Maître de la moisson, pour qu'il envoie des ouvriers. Tel était son esprit. Et maintenant, chers jeunes gens, vous souciez-vous que cette œuvre se fasse ou non ?
6. Beaucoup semblent décidés à échapper à ce travail et à le laisser entièrement aux autres. En fait, ils acceptent à peine de se demander quelle part Dieu veut qu'ils prennent et qu'ils accomplissent.
Alors laissez-moi vous demander : de tels hommes seront-ils accueillis et félicités à la fin par celui qui annoncera, au jour du jugement, le sort de chacun, quand il proclamera : « Bien, bon et fidèle esclave ; entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25,21) ? Jamais, non, jamais !
7. Beaucoup disent : « Je ne suis pas appelé » ; mais en réalité ils ne sont pas assez consacrés à cette œuvre pour se soucier de savoir s'ils sont appelés ou non. Ils ne veulent pas être appelés, surtout pas !
Or le simple fait que vous ayez les qualités, les moyens et les possibilités nécessaires pour vous préparer montre que Dieu vous appelle. C'est la voix de sa providence qui vous dit : « Va, et prépare-toi à travailler dans ma vigne ! Voici tes études : sers-t'en ; voici les classes où tu peux entrer : entre, et fais fructifier ce que tu as reçu jusqu'à ce que tu sois prêt à entrer dans les grands champs déjà mûrs de la moisson du Sauveur. » Si les circonstances que Dieu dirige vont dans ce sens, vous devez vous efforcer de répondre à leur appel ; priez pour recevoir le baptême du Saint-Esprit ; cherchez l'onction de Dieu, et ne vous donnez aucun repos tant que vous n'êtes pas équipé en tout pour l'œuvre que Dieu vous confie.
Il est douloureux de voir que beaucoup s'engagent, d'une manière ou d'une autre, contre cette œuvre. Ils se mettent dans une situation qui, d'elle-même, leur interdit d'y prendre part. Mais laissez-moi vous demander, jeunes gens : pouvez-vous espérer être un jour sauvés si, alors que vous avez la capacité et les moyens de vous engager dans cette œuvre, vous n'avez pas le cœur à cela ? Non, certainement pas ! Vous frapperez en vain à la porte du bonheur éternel ! Vous pouvez y aller et frapper, mais quelle sera la réponse ? « Étiez-vous mes serviteurs fidèles ? Étiez-vous de ce petit nombre, fidèles au milieu des infidèles, prompts et prêts à l'appel de votre Maître ? Oh non, non ; vous avez cherché comment éviter le travail et échapper au renoncement ! Je ne vous connais pas ! Votre place est hors des murs de la ville ! »
Que personne ne s'excuse en disant qu'il n'est pas appelé, car Dieu appelle tout le monde à un travail ou à un autre dans le grand champ de la moisson. Vous n'avez donc jamais à vous excuser comme quelqu'un qui ne serait appelé à aucun service pour son Seigneur et Maître. Et que personne ne s'excuse de ne pas devenir pasteur, à moins que son cœur ne soit sur l'autel, qu'il ne prie lui-même et ne désire ardemment partir, et qu'il ne soit retenu que par un appel évident de Dieu, à travers les circonstances qu'il dirige, vers une autre partie de la grande œuvre.
Beaucoup seront envoyés en enfer à la fin pour avoir traité cette question comme ils l'ont fait, avec tant d'égoïsme dans le cœur ! Je connais un jeune homme qui a longtemps lutté entre la ferme conviction que Dieu l'appelait à être pasteur et une forte répugnance à s'engager dans cette œuvre. Je sais ce qu'est ce sentiment, car je l'ai moi-même éprouvé longtemps. Pendant longtemps, j'ai eu la conviction secrète que je devais être pasteur, même si mon cœur la repoussait. En fait, ma conversion a beaucoup dépendu du moment où j'ai cessé ce combat contre Dieu, et où j'ai vaincu cette répugnance de mon cœur envers l'appel de Dieu.
8. Vous pouvez voir ce que c'est qu'être chrétien, et ce que Dieu demande aux hommes au moment de leur conversion. La question décisive est : allez-vous vraiment et honnêtement servir Dieu ? Pour les étudiants surtout, la question est d'habitude : allez-vous abandonner tous vos projets ambitieux pour vous consacrer à l'humble travail, sans gloire, d'annoncer l'Évangile de Christ aux pauvres ? La plupart d'entre eux sont ambitieux et veulent s'élever ; ils ont des projets pour se faire une place, et il leur serait dur d'y renoncer complètement. C'est pourquoi, pour vous, le fait d'être chrétien et d'être sauvé à la fin dépendra beaucoup, peut-être entièrement, de votre décision de vous donner à cette œuvre, dans le vrai renoncement à soi-même que demande l'Évangile.
9. Beaucoup ont été appelés à cette œuvre et, par la suite, se sont éloignés de Dieu et l'ont abandonnée. Ils commencent bien, puis s'éloignent de Dieu ; ils tombent dans une grande confusion sur ce qu'ils doivent faire ; peut-être, comme Balaam, refusent-ils tellement de voir leur devoir, et cherchent-ils tellement à y échapper, que Dieu ne veut plus lutter avec eux, et les abandonne à leur amour de l'argent ou à leur ambition.
Jeune homme, criez-vous de tout votre cœur : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » (Actes 9,6). Soyez-en sûr, Dieu vous veut quelque part dans son champ ; il n'a pas abandonné sa moisson pour qu'elle se perde ; il vous y veut, mais il veut d'abord que vous vous repentiez et que vous prépariez votre cœur au ministère de l'Évangile. Vous n'avez pas à y entrer tant que vous ne l'avez pas fait.
Beaucoup attendent un appel miraculeux. C'est une grande erreur. Dieu n'appelle pas les hommes par des miracles. Le doigt de sa providence montre le chemin, et les aptitudes qu'il vous donne indiquent le travail que vous devez faire. N'ayez pas peur que Dieu vous appelle au mauvais endroit. Il vous montrera le travail qu'il veut vous voir faire. Demandez-lui donc de vous guider vers la bonne place dans le grand champ. Il le fera sûrement.
Jeunes gens, allez-vous agir avec bonté et loyauté envers mon Maître dans cette affaire ? Dites-vous : « Ô mon Dieu, je suis là, prêt pour n'importe quelle part de l'œuvre que tu as pour moi » ?
Qu'en dites-vous ? Êtes-vous prêts à prendre cette position ? Allez-vous consacrer vos études à cette œuvre ? Êtes-vous prêts, et brûlez-vous de consacrer tout ce que vous avez à l'œuvre de votre Seigneur ? Dites-vous : « Oui, Dieu aura toutes mes forces, entièrement et pour toujours » ? « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent » (Romains 12,1). L'autel de Dieu est devant vous. Ce qui est demandé, c'est un sacrifice complet. Êtes-vous prêts à renoncer à tous vos projets égoïstes ? Vous qui avez des dons qui vous rendent aptes à être pasteurs, allez-vous les consacrer de toute votre âme à cette œuvre ? Dites, allez-vous agir honnêtement et loyalement envers mon Maître ? Dites, aimez-vous sa cause, et tenez-vous pour votre plus grande gloire de travailler avec Dieu pour rassembler les nations d'hommes perdus dans la bergerie de votre Sauveur ?
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).