Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 6
Le réveil d'Evans' Mills et ses fruits
À peu de distance du village d'Evans' Mills se trouvait un établissement d'Allemands, où il y avait une Église allemande, avec plusieurs anciens et un nombre de membres assez considérable, mais pas de pasteur et pas de réunions religieuses régulières. Une fois par an, ils avaient l'habitude de faire venir un pasteur de la vallée de la Mohawk pour administrer les sacrements du baptême et de la sainte cène. Il catéchisait leurs enfants et recevait ceux d'entre eux qui avaient acquis les connaissances exigées. C'est ainsi qu'on faisait d'eux des chrétiens. On leur demandait d'apprendre par cœur le catéchisme et d'être capables de répondre à certaines questions de doctrine ; après quoi on les admettait à la pleine communion de l'Église. Une fois qu'ils avaient reçu la communion, ils tenaient pour acquis qu'ils étaient chrétiens et que tout allait bien. Voilà comment cette Église avait été fondée et comment elle s'était maintenue.
Mais comme ils se mêlaient plus ou moins à ce qui se passait au village, ils me demandèrent de venir prêcher chez eux. J'y consentis ; et la première fois que je prêchai, je pris ce texte : « Sans la sainteté, personne ne verra le Seigneur » (Hébreux 12,14).
L'établissement tout entier se déplaça, et la maison d'école où ils célébraient leur culte fut remplie à craquer. Ils comprenaient bien l'anglais. Je commençai par montrer ce que la sainteté n'est pas. Sous ce point, je pris tout ce qu'ils considéraient comme de la religion, et je montrai que ce n'était pas du tout la sainteté. En deuxième lieu, je montrai ce qu'est la sainteté. Puis, troisièmement, je montrai ce qu'il faut entendre par « voir le Seigneur » ; et ensuite pourquoi ceux qui n'avaient pas la sainteté ne pourraient jamais voir le Seigneur, pourquoi ils ne pourraient jamais être admis en sa présence ni être agréés de lui. Je conclus par des remarques incisives, destinées à faire porter le sujet. Et il porta, par la puissance du Saint-Esprit. L'épée du Seigneur les abattit à droite et à gauche.
En très peu de jours, on s'aperçut que l'établissement tout entier était sous la conviction du péché ; les anciens de l'Église et tous les autres étaient dans la plus grande consternation, sentant qu'ils n'avaient pas la sainteté. À leur demande, je fixai une réunion pour ceux qui cherchent, afin d'instruire ceux qui s'interrogeaient. C'était le temps de leur moisson. Je tins la réunion à une heure de l'après-midi, et je trouvai la maison littéralement bondée. Les gens avaient jeté les outils avec lesquels ils rentraient leur moisson et étaient venus à la réunion. Il y avait là autant de monde qu'on pouvait en entasser dans la maison.
Je me plaçai au milieu de la salle, puisque je ne pouvais pas circuler parmi eux ; je leur posai des questions et je les encourageai à m'en poser. Ils s'y intéressèrent vivement, et ils se mirent très librement à poser des questions et à répondre à celles que je leur posais. J'ai rarement assisté à une réunion plus intéressante ou plus profitable que celle-là.
Je me souviens qu'une femme arriva en retard et s'assit près de la porte. Quand j'en vins à lui parler, je lui dis : « Vous n'avez pas l'air bien. » « Non, répondit-elle, je suis très malade ; j'étais au lit jusqu'au moment de venir à la réunion. Mais je ne sais pas lire, et je désirais tant entendre la parole de Dieu que je me suis levée pour venir. » « Comment êtes-vous venue ? » lui demandai-je. Elle répondit : « Je suis venue à pied. » « C'est à quelle distance ? » fut la question suivante. « On compte trois milles », dit-elle. En l'interrogeant, je découvris qu'elle était sous la conviction du péché et qu'elle avait une vue remarquablement claire de son caractère et de sa situation devant Dieu. Elle fut convertie peu après, et ce fut une convertie remarquable. Ma femme disait que c'était l'une des femmes les plus remarquables dans la prière qu'elle eût jamais entendues prier, et qu'elle citait plus d'Écriture dans ses prières que personne qu'elle eût jamais entendu.
Je m'adressai à une autre, une grande femme à l'air digne, et lui demandai dans quel état d'esprit elle se trouvait. Elle me répondit aussitôt qu'elle avait donné son cœur à Dieu ; et elle ajouta que le Seigneur lui avait appris à lire depuis qu'elle avait appris à prier. Je lui demandai ce qu'elle voulait dire. Elle me dit qu'elle n'avait jamais su lire et n'avait jamais connu ses lettres. Mais quand elle avait donné son cœur à Dieu, elle avait été très affligée de ne pas pouvoir lire la parole de Dieu. « Mais j'ai pensé, dit-elle, que Jésus pouvait m'apprendre à lire ; et je lui ai demandé s'il voudrait bien m'apprendre à lire sa parole. » Et elle poursuivit : « J'ai pensé, après avoir prié, que je savais lire. Les enfants ont un Nouveau Testament ; je suis allée le prendre, et j'ai pensé que je pouvais lire ce que je les avais entendus lire. Mais, dit-elle, je suis allée chez la maîtresse d'école, et je lui ai demandé si je lisais bien ; elle m'a dit que oui ; et depuis ce moment-là, dit-elle, je peux lire la parole de Dieu moi-même. »
Je n'en dis pas davantage ; mais je pensai qu'il devait y avoir là quelque méprise, bien que cette femme parût tout à fait sincère et s'exprimât avec beaucoup d'intelligence. Je pris soin, par la suite, de me renseigner sur elle auprès de ses voisins. Ils lui rendirent un excellent témoignage ; et tous affirmèrent qu'il était de notoriété publique qu'elle ne savait pas lire une syllabe avant sa conversion. Je laisse ce fait parler de lui-même ; il ne sert à rien d'échafauder des théories là-dessus. Tels étaient, je crois, les faits, indubitables.
Toujours est-il que le réveil parmi les Allemands aboutit à la conversion de toute l'Église, je crois, et de presque toute la communauté allemande. Ce fut l'un des réveils les plus intéressants dont j'aie jamais été témoin.
Pendant que je travaillais en ce lieu, le presbytère fut convoqué pour me consacrer, ce qu'il fit. Les deux Églises furent si fortifiées, et le nombre de leurs membres s'accrut tellement, qu'elles se mirent bientôt à l'œuvre et se bâtirent chacune un temple de pierre spacieux ; et je crois que la vie religieuse y est restée saine depuis ce temps-là. Je n'y suis pas retourné depuis bien des années.
Je n'ai raconté que quelques-uns des principaux faits dont je me souviens au sujet de ce réveil. Mais je voudrais encore ajouter à son propos qu'un merveilleux esprit de prière régnait parmi les chrétiens, ainsi qu'une grande unité de sentiment. La petite Église congrégationaliste, dès qu'elle vit les résultats de la prédication du lendemain soir, se ressaisit ; car la veille au soir, ses membres avaient été dispersés, découragés et confondus. Ils se regroupèrent et prirent part à l'œuvre du mieux qu'ils purent ; et bien qu'ils ne fussent, à une ou deux exceptions près, qu'une troupe faible et peu efficace, ils crûrent néanmoins dans la grâce et dans la connaissance du Seigneur Jésus-Christ pendant ce réveil.
La femme allemande dont j'ai dit qu'elle était malade quand elle vint à la réunion pour ceux qui cherchent se joignit à l'Église congrégationaliste. J'étais présent et je la reçus dans l'Église. Je me rappelle qu'un incident très émouvant se produisit au moment où elle fit le récit de son expérience chrétienne. Il y avait dans cette Église une mère en Israël, du nom de S..., une femme très pieuse, d'un âge mûr et d'une piété mûrie.
Nous étions assis depuis longtemps à écouter le récit de l'expérience des uns et des autres, qui se présentaient l'un après l'autre comme candidats à l'admission dans l'Église. Enfin cette femme allemande se leva et raconta son expérience. Ce fut l'un des récits d'expérience chrétienne les plus touchants, les plus enfantins et les plus intéressants que j'aie jamais entendus. Pendant qu'elle poursuivait son récit, je remarquai que la vieille Mme S... s'était levée de sa place et, comme la maison était pleine, se frayait un chemin tout autour, du mieux qu'elle pouvait. Je crus d'abord qu'elle sortait. J'étais moi-même si absorbé par le récit de cette femme que je m'aperçus à peine que Mme S... se dirigeait de ce côté. Dès qu'elle fut arrivée près de l'endroit où la femme se tenait debout à raconter son expérience, elle s'avança, lui jeta les bras autour du cou, fondit en larmes et dit : « Que Dieu vous bénisse, ma chère sœur ! Que Dieu vous bénisse ! »
La femme lui répondit de tout son cœur ; et la scène qui suivit fut si spontanée, si naturelle, si enfantine, si débordante d'amour, qu'elle fit fondre l'assemblée en larmes de tous côtés. Ils pleuraient au cou les uns des autres. C'était une scène trop émouvante pour être décrite par des mots.
Le pasteur baptiste et moi nous rencontrions rarement, bien que nous ayons parfois pu assister ensemble à une réunion. Il ne prêchait là que la moitié du temps, et moi l'autre moitié ; par conséquent, j'étais généralement absent quand il y était, et lui généralement absent quand j'y étais. C'était un homme de bien, et il travailla du mieux qu'il put à faire avancer le réveil.
Les doctrines prêchées étaient celles que j'ai toujours prêchées comme étant l'Évangile de Christ. J'insistais sur la dépravation morale totale et volontaire de ceux qui ne sont pas régénérés, et sur l'absolue nécessité d'un changement radical du cœur par le Saint-Esprit et au moyen de la vérité.
J'insistais beaucoup sur la prière comme condition indispensable pour faire avancer le réveil. L'expiation accomplie par Jésus-Christ, sa divinité, sa mission divine, sa vie parfaite, sa mort substitutive, sa résurrection, la repentance, la foi, la justification par la foi, et toutes les doctrines qui s'y rattachent, furent exposées aussi à fond que j'en étais capable et appliquées aux consciences ; et elles furent manifestement rendues efficaces par la puissance du Saint-Esprit.
Les moyens employés furent simplement la prédication, les réunions de prière et d'édification mutuelle, beaucoup de prière dans le secret, beaucoup d'entretiens personnels, et des réunions pour instruire ceux qui cherchaient sérieusement. Ces moyens-là, et aucun autre, furent employés pour faire avancer cette œuvre. Il n'y eut aucune apparence de fanatisme, aucun mauvais esprit, aucune division, aucune hérésie, aucun schisme. Ni à cette époque, ni, assurément, aussi longtemps que j'ai connu ce lieu, il n'y eut aucun fruit de ce réveil qui fût à déplorer, ni aucun de ses traits dont l'effet fût douteux.
J'ai parlé de cas d'opposition exacerbée à ce réveil. Une circonstance, je le découvris, avait préparé les gens à cette opposition et l'avait beaucoup envenimée. Je trouvai cette contrée dans l'état de ce qu'on appellerait, selon l'expression de l'Ouest, « un district brûlé ». Quelques années auparavant, une agitation désordonnée avait traversé la région ; on l'avait appelée un réveil religieux, mais elle s'était révélée fausse. Je ne peux en rendre compte que d'après ce que j'en ai entendu dire par des chrétiens et par d'autres. On la disait avoir été une agitation très extravagante ; et elle avait abouti à une réaction si étendue et si profonde qu'elle avait laissé dans bien des esprits l'impression que la religion n'était qu'une pure illusion. Un grand nombre d'hommes semblaient ancrés dans cette conviction. Prenant ce qu'ils avaient vu comme un échantillon de réveil religieux, ils se sentaient en droit de s'opposer à tout ce qui visait à susciter un réveil.
Je découvris qu'elle avait laissé parmi les chrétiens certaines pratiques choquantes, propres à provoquer la moquerie plutôt qu'une conviction sérieuse de la vérité de la religion. Par exemple, dans toutes leurs réunions de prière, je trouvai en vigueur une coutume de ce genre : chaque chrétien de profession se sentait le devoir de rendre témoignage à Christ. Il fallait « se charger de sa croix » et dire quelque chose en réunion. L'un se levait et disait en substance : « J'ai un devoir à remplir que personne ne peut remplir à ma place. Je me lève pour témoigner que la religion est bonne, bien que je doive avouer que je n'en jouis pas en ce moment. Je n'ai rien de particulier à dire, sinon rendre mon témoignage ; et j'espère que vous prierez tous pour moi. » Cela fait, cette personne se rasseyait, et une autre se levait pour dire à peu près la même chose : « La religion est bonne ; je n'en jouis pas ; je n'ai rien d'autre à dire, mais je dois faire mon devoir. J'espère que vous prierez tous pour moi. » Le temps se passait ainsi, et la réunion s'écoulait sans guère rien de plus intéressant que des remarques de ce genre. Naturellement, les impies s'en moquaient.
C'était en fait ridicule et rebutant. Mais l'idée était si enracinée dans l'esprit du public que c'était ainsi qu'il fallait tenir une réunion de prière et d'édification, et qu'il était du devoir de chaque chrétien de profession, chaque fois que l'occasion lui en était donnée, de rendre un tel témoignage pour Dieu, que je fus obligé, pour m'en débarrasser, de ne plus tenir de réunions de ce genre. J'annonçais donc chaque réunion comme une réunion de prédication. Une fois que nous étions assemblés, je commençais par un chant, puis je priais moi-même. J'invitais ensuite une ou deux autres personnes à prier, en les nommant. Puis j'annonçais un texte et je parlais un moment. Ensuite, quand je voyais qu'une impression était produite, je m'arrêtais et je demandais à une ou deux personnes de prier pour que le Seigneur grave cela dans leur esprit. Je reprenais alors mon propos, et au bout d'un moment je m'arrêtais de nouveau pour demander à une ou deux personnes de prier. Je continuais ainsi, sans jamais ouvrir la réunion aux remarques des frères et des sœurs. Ainsi ils s'en allaient sans être tenus dans la servitude par le sentiment d'avoir négligé leur devoir en ne rendant pas témoignage pour Dieu. De cette façon, la plupart de nos réunions de prière n'en portaient pas le nom. Comme elles étaient annoncées comme des réunions de prédication, on ne s'attendait pas à ce que chacun puisse y prendre la parole ; et je parvins ainsi à venir à bout de cette sotte manière de tenir les réunions, qui provoquait tant d'hilarité et de moquerie chez les impies.
Une fois que le réveil eut solidement pris en ce lieu, et que se furent produites les choses que j'ai rapportées, l'opposition cessa entièrement, autant que je pus le savoir. Je passai plus de six mois en ce lieu et à Antwerp, partageant mon travail entre les deux endroits ; et pendant la dernière partie de ce temps, je n'entendis plus parler d'opposition ouverte.
J'ai parlé des doctrines prêchées. Je dois ajouter que je dus me donner beaucoup de peine pour instruire ceux qui cherchaient. L'usage avait été, je crois, universel, de pousser les pécheurs inquiets à prier pour obtenir un cœur nouveau et à employer des moyens en vue de leur propre conversion. Les directives qu'on leur donnait supposaient ou laissaient entendre qu'ils étaient tout disposés à devenir chrétiens et qu'ils se donnaient beaucoup de peine pour persuader Dieu de les convertir. Je m'efforçai de leur faire comprendre que c'était Dieu qui employait les moyens à leur égard, et non eux à l'égard de Dieu ; que Dieu était disposé, et qu'eux ne l'étaient pas ; que Dieu était prêt, et qu'eux ne l'étaient pas. Bref, je m'efforçai de les acculer à la foi et à la repentance immédiates, comme à ce que Dieu exigeait d'eux : une soumission présente et immédiate à sa volonté, une acceptation présente et immédiate de Christ. Je m'efforçai de leur montrer que tout délai n'était qu'une manière d'esquiver le devoir présent ; que prier pour obtenir un cœur nouveau, ce n'était que chercher à rejeter sur Dieu la responsabilité de leur conversion ; et que tous les efforts pour faire leur devoir, tant qu'ils ne donnaient pas leur cœur à Dieu, étaient hypocrites et trompeurs.
Pendant les six mois entiers où je travaillai dans cette région, j'allai à cheval de ville en ville et d'établissement en établissement, dans toutes les directions, et je prêchai l'Évangile selon que l'occasion s'en présentait. Quand j'avais quitté Adams, ma santé s'était bien délabrée. J'avais craché du sang ; et à l'époque où j'avais reçu l'autorisation de prêcher, mes amis pensaient que je n'avais plus longtemps à vivre. M. Gale m'avait recommandé, quand je quittai Adams, de ne pas essayer de prêcher plus d'une fois par semaine, et alors de bien veiller à ne pas parler plus d'une demi-heure d'affilée. Mais au lieu de cela, je fis des visites de maison en maison, j'assistai aux réunions de prière, et je prêchai et travaillai tous les jours, et presque tous les soirs, pendant toute la saison. Avant que les six mois soient écoulés, ma santé était entièrement rétablie, mes poumons étaient sains, et je pouvais prêcher deux heures, deux heures et demie, et plus encore, sans ressentir la moindre fatigue. Je pense que mes sermons duraient en moyenne près de deux heures, sinon deux heures pleines. Je prêchais en plein air ; je prêchais dans des granges ; je prêchais dans des maisons d'école ; et un glorieux réveil se répandit dans toute cette contrée nouvellement défrichée.
Pendant toute la première partie de mon ministère surtout, je m'attirais de la part des pasteurs une foule de rebuffades et de reproches, particulièrement au sujet de ma manière de prêcher. J'ai raconté que M. Gale, quand je prêchai pour lui juste après avoir reçu l'autorisation de prêcher, m'avait dit qu'il aurait honte qu'on sache que j'avais été son élève. Le fait est que leur formation avait été si totalement différente de la mienne qu'ils désapprouvaient beaucoup ma manière de prêcher. Ils me reprochaient d'illustrer mes idées en me référant aux affaires ordinaires des hommes des divers métiers qui m'entouraient, comme j'avais l'habitude de le faire. Parmi les cultivateurs, les artisans et les autres catégories de gens, j'empruntais mes images à leurs diverses occupations. Je m'efforçais aussi d'employer un langage qu'ils puissent comprendre. Je m'adressais à eux dans la langue des gens du peuple. Je cherchais à exprimer toutes mes idées en peu de mots, et avec des mots d'usage courant.
Avant ma conversion, j'avais un penchant différent. En écrivant et en parlant, je m'étais parfois laissé aller à un langage fleuri. Mais quand j'en vins à prêcher l'Évangile, j'avais tellement à cœur d'être parfaitement compris que je m'appliquai de la manière la plus sérieuse, d'un côté à éviter ce qui était vulgaire, et de l'autre à exprimer mes pensées dans le langage le plus simple possible.
Cela allait tout à fait à l'encontre des idées qui régnaient alors parmi les pasteurs, et qui règnent encore aujourd'hui dans une très large mesure. À propos de mes illustrations, ils me disaient : « Pourquoi ne prenez-vous pas vos exemples dans les événements de l'histoire ancienne, et n'adoptez-vous pas une manière plus digne d'illustrer vos idées ? » À cela, bien sûr, je répondais que si mes illustrations mettaient en avant quelque chose de nouveau et de frappant, c'est l'illustration elle-même qui occuperait l'esprit des gens, plutôt que la vérité que je voulais illustrer. Et quant à la simplicité de mon langage, je me défendais en disant que mon but n'était pas de cultiver un style oratoire qui plane au-dessus de la tête des gens, mais de me faire comprendre ; et que j'emploierais donc n'importe quel langage adapté à cette fin, pourvu qu'il n'implique ni grossièreté ni vulgarité.
Vers le moment où je quittai Evans' Mills, notre presbytère se réunit, et j'assistai à la réunion. Je laissai l'œuvre du réveil à la demande expresse de quelques frères, et je me rendis au presbytère. Les frères avaient entendu parler de ma manière de prêcher, ceux du moins qui ne m'avaient pas entendu prêcher. Le presbytère se réunit le matin et procéda à l'examen des affaires ; et après notre pause pour le repas de midi, quand nous nous rassemblâmes l'après-midi, la foule vint en masse et remplit la maison. Je n'avais pas la moindre idée de ce que les frères du presbytère avaient en tête. Je pris donc place dans la foule et j'attendis l'ouverture de la séance du presbytère.
Dès que l'assemblée fut bien réunie, l'un des frères se leva et dit : « Les gens sont manifestement venus pour entendre une prédication ; je propose que M. Finney prêche un sermon. » La proposition fut appuyée et adoptée à l'unanimité. Je vis aussitôt que les frères du presbytère avaient l'intention de me mettre à l'épreuve, pour voir si j'étais capable de faire ce qu'ils avaient entendu dire que je faisais : me lever et prêcher sur-le-champ, sans aucune préparation préalable. Je ne présentai ni excuse ni objection ; car je dois dire que mon cœur en était plein et que je désirais prêcher. Je me levai et m'avançai dans l'allée ; et levant les yeux vers la chaire, je vis que c'était une chaire petite et haute, plaquée contre le mur. Je restai donc debout dans l'allée et j'annonçai mon texte : « Sans la sainteté, personne ne verra le Seigneur » (Hébreux 12,14). Le Seigneur m'aida à prêcher. J'allais et venais dans la grande allée ; et les gens étaient visiblement intéressés et très émus.
Mais après la réunion, l'un des frères s'approcha de moi et me dit : « Frère Finney, si vous passez de notre côté, j'aimerais que vous prêchiez dans quelques-uns de nos districts scolaires. Je n'aimerais pas que vous prêchiez dans notre église. Mais nous avons des maisons d'école dans certains districts, loin du village ; j'aimerais que vous prêchiez dans quelques-unes de celles-là. » Je rapporte ce fait pour montrer quelle idée ils se faisaient de ma méthode de prédication. Mais comme ils étaient complètement dans l'ignorance quant aux résultats de cette manière de s'adresser aux gens ! Ils se plaignaient que je rabaissais la dignité de la chaire ; que j'étais la honte du ministère pastoral ; que je parlais comme un avocat au barreau ; que je parlais aux gens sur le ton de la conversation ; que je disais « vous » au lieu de prêcher sur le péché et les pécheurs en disant « ils » ; que je disais « l'enfer », et avec une telle force que les gens en étaient souvent choqués ; de plus, que je pressais les gens avec une telle véhémence qu'on aurait dit qu'il ne leur restait pas un instant à vivre ; et parfois ils se plaignaient que je blâmais trop les gens. Un docteur en théologie me dit qu'il se sentait bien plus porté à pleurer sur les pécheurs qu'à les blâmer. Je lui répondis que cela ne m'étonnait pas, s'il croyait qu'ils avaient une nature pécheresse, que le péché leur était transmis par héritage et qu'ils n'y pouvaient rien.
Quand j'eus prêché quelque temps et que le Seigneur eut partout ajouté sa bénédiction, j'avais coutume de dire aux pasteurs, chaque fois qu'ils me contestaient ma manière de prêcher et voulaient me faire adopter leurs idées et prêcher comme eux, que je n'osais pas faire le changement qu'ils désiraient. Je leur disais : « Montrez-moi une voie plus excellente. Montrez-moi les fruits de votre ministère ; et s'ils dépassent les miens au point de me prouver que vous avez trouvé une voie plus excellente, j'adopterai vos vues. Mais vous attendez-vous à ce que j'abandonne mes vues et mes pratiques pour adopter les vôtres, alors que vous-mêmes ne pouvez pas nier que, quelles que soient les erreurs où j'ai pu tomber, ou les imperfections de ma prédication, de mon style et de tout le reste, les résultats justifient mes méthodes ? » Je leur disais : « J'ai l'intention de m'améliorer autant que je le pourrai ; mais je ne pourrai jamais adopter votre manière de prêcher l'Évangile tant que je n'aurai pas de meilleures preuves que vous avez raison et que j'ai tort. »
Ils se plaignaient souvent aussi que je me rendais coupable de répétitions dans ma prédication. Je prenais la même pensée, je la tournais et la retournais, et je l'illustrais de diverses manières. Je leur assurais que je jugeais nécessaire de le faire pour me faire comprendre, et qu'aucun de leurs arguments ne me persuaderait de renoncer à cette pratique. Alors ils disaient : « Vous n'intéresserez pas la partie instruite de votre auditoire. » Mais les faits les réduisirent bientôt au silence sur ce point. Ils constatèrent que, sous ma prédication, des juges, des avocats et des hommes instruits se convertissaient par dizaines, tandis que, sous leurs méthodes, une telle chose arrivait rarement.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).