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Mémoires · Charles G. Finney

Chapitre 5

Prédicateur missionnaire

N'ayant reçu aucune formation régulière pour le ministère, je ne m'attendais pas à travailler dans de grandes villes, ni à servir des assemblées cultivées, et je ne le désirais pas. J'avais l'intention d'aller dans les colonies nouvelles et de prêcher dans les maisons d'école, dans les granges et dans les bois, du mieux que je pourrais. Aussi, peu après avoir reçu l'autorisation de prêcher, afin d'être introduit dans la région où je me proposais de travailler, j'acceptai pour six mois une mission d'une société missionnaire de femmes établie dans le comté d'Oneida. Je me rendis dans le nord du comté de Jefferson et commençai mon travail à Evans' Mills, dans la commune de Le Ray.

Je trouvai dans cette localité deux Églises : une petite Église congrégationaliste sans pasteur, et une Église baptiste qui avait un pasteur. Je présentai mes lettres de créance aux diacres de l'Église. Ils furent très heureux de me voir, et je commençai bientôt mon travail. Ils n'avaient pas de temple ; les deux Églises se réunissaient à tour de rôle dans une grande maison d'école en pierre, assez vaste, je crois, pour recevoir tous les enfants du village. Les baptistes occupaient la salle un dimanche, et les congrégationalistes le suivant ; de sorte que je ne pouvais l'avoir qu'un dimanche sur deux, mais je pouvais m'en servir le soir aussi souvent que je le voulais. Je partageai donc mes dimanches entre Evans' Mills et Antwerp, un village situé à quelque seize ou dix-huit milles plus au nord.

Je rapporterai d'abord quelques faits qui se produisirent à Evans' Mills pendant cette saison, puis je ferai un bref récit de ce qui arriva à Antwerp. Mais comme je prêchais alternativement dans ces deux endroits, ces faits se produisaient de semaine en semaine dans l'une ou l'autre de ces localités. Je commençai, comme je l'ai dit, à prêcher dans la maison d'école en pierre d'Evans' Mills. Les gens s'y intéressaient beaucoup et se pressaient en foule pour m'entendre. Ils vantaient ma prédication ; la petite Église congrégationaliste s'y intéressait vivement et espérait être affermie et voir un réveil. Il se produisait plus ou moins de convictions de péché à chacun de mes sermons ; mais aucune conviction générale ne se manifestait encore dans les esprits.

J'étais très mécontent de cet état de choses. Un soir, après avoir prêché là deux ou trois dimanches et plusieurs soirs de semaine, je dis aux gens, à la fin de mon sermon, que j'étais venu pour assurer le salut de leurs âmes ; que ma prédication, je le savais, recevait d'eux beaucoup de compliments, mais qu'après tout je n'étais pas venu pour leur plaire, mais pour les amener à la repentance ; qu'il m'importait peu qu'ils fussent contents de ma prédication si, après tout, ils rejetaient mon Maître ; que quelque chose n'allait pas, soit en moi, soit en eux ; que le genre d'intérêt qu'ils témoignaient pour ma prédication ne leur faisait aucun bien ; et que je ne pouvais pas passer mon temps avec eux s'ils n'étaient pas disposés à recevoir l'Évangile. Puis, reprenant les paroles du serviteur d'Abraham, je leur dis : « Maintenant, si vous voulez user de bienveillance et de fidélité envers mon seigneur, déclarez-le-moi ; sinon, déclarez-le-moi, et je me tournerai à droite ou à gauche » (Genèse 24,49). Je retournai cette question en tous sens, je la leur pressai sur le cœur, et j'insistai : il fallait que je sache quelle conduite ils se proposaient de suivre. S'ils n'avaient pas l'intention de devenir chrétiens et de s'enrôler au service du Sauveur, je voulais le savoir, afin de ne pas travailler en vain parmi eux. Je leur dis : « Vous reconnaissez que ce que je prêche est l'Évangile. Vous faites profession de le croire. Maintenant, allez-vous le recevoir ? Avez-vous l'intention de le recevoir, ou comptez-vous le rejeter ? Il faut bien que vous ayez un avis là-dessus. Et puisque vous reconnaissez que je vous ai prêché la vérité, j'ai le droit de tenir pour acquis que vous reconnaissez votre obligation de devenir chrétiens sur-le-champ. Cette obligation, vous ne la niez pas ; mais allez-vous y faire face ? Allez-vous vous en acquitter ? Allez-vous faire ce que vous reconnaissez devoir faire ? Si vous ne le voulez pas, dites-le-moi ; et si vous le voulez, dites-le-moi, afin que je me tourne à droite ou à gauche. »

Après avoir retourné la chose jusqu'à ce que je visse qu'ils l'avaient bien comprise et qu'ils paraissaient fort surpris de ma manière de la présenter, je leur dis : « Maintenant il faut que je connaisse vos intentions. Je désire que ceux d'entre vous qui sont décidés à devenir chrétiens, et qui veulent s'engager à faire immédiatement leur paix avec Dieu, se lèvent ; mais qu'au contraire, ceux d'entre vous qui sont résolus à ne pas devenir chrétiens, et qui veulent que je le comprenne ainsi, et que Christ le comprenne ainsi, restent assis. » Après avoir rendu cela clair, de sorte que je savais qu'ils l'avaient compris, je leur dis : « Vous qui êtes maintenant disposés à vous engager envers moi et envers Christ à faire immédiatement votre paix avec Dieu, levez-vous, s'il vous plaît. Au contraire, vous qui voulez me faire comprendre que vous êtes décidés à rester dans votre attitude présente et à ne pas accepter Christ, ceux d'entre vous qui sont dans ces dispositions peuvent rester assis. » Ils se regardèrent les uns les autres, puis me regardèrent, et tous restèrent assis, exactement comme je m'y attendais.

Après avoir promené mes regards sur eux pendant quelques instants, je dis : « Alors vous êtes engagés. Vous avez pris position. Vous avez rejeté Christ et son Évangile ; vous êtes témoins les uns contre les autres, et Dieu est témoin contre vous tous. C'est clair et net, et vous pourrez vous rappeler, aussi longtemps que vous vivrez, que vous vous êtes ainsi publiquement engagés contre le Sauveur, et que vous avez dit : “Nous ne voulons pas que cet homme, Jésus-Christ, règne sur nous” (Luc 19,14). » Voilà le sens de ce que je leur représentai avec insistance, et à peu près dans ces termes, autant que je puis m'en souvenir.

Quand je les pressai ainsi, ils commencèrent à avoir l'air irrité, se levèrent en masse et se dirigèrent vers la porte. Quand ils commencèrent à bouger, je m'arrêtai. Dès que je cessai de parler, ils se retournèrent pour voir pourquoi je ne continuais pas. Je dis : « Je suis peiné pour vous ; et je vous prêcherai encore une fois, si le Seigneur le veut, demain soir. »

Tous quittèrent la salle, sauf le diacre McC..., qui était diacre de l'Église baptiste de l'endroit. Je vis que les congrégationalistes étaient consternés. Ils étaient peu nombreux et très faibles dans la foi. Je suppose que tous les membres des deux Églises qui étaient présents, à l'exception du diacre McC..., furent décontenancés et conclurent que tout était fini, que par mon imprudence j'avais anéanti et ruiné toutes les apparences encourageantes. Le diacre McC... s'approcha, me prit la main et me dit en souriant : « Frère Finney, vous les tenez. Ils ne peuvent pas rester tranquilles sous le coup de cela, soyez-en sûr. Les frères sont tous découragés, ajouta-t-il ; mais moi, je ne le suis pas. Je crois que vous avez fait exactement ce qu'il fallait faire, et que nous en verrons les résultats. » C'était aussi ma pensée, bien entendu. J'avais voulu les placer dans une position qui, à la réflexion, les ferait trembler à la vue de ce qu'ils avaient fait. Mais ce soir-là et le lendemain, ils furent remplis de colère. Le diacre McC... et moi convînmes sur-le-champ de passer le lendemain dans le jeûne et la prière, séparément le matin, et ensemble l'après-midi. J'appris dans le courant de la journée que les gens proféraient des menaces contre moi : ils parlaient de me promener à califourchon sur une perche, de m'enduire de goudron et de plumes, et de me signifier mon congé, comme ils disaient. Quelques-uns me maudissaient ; ils disaient que je les avais mis sous serment, que je leur avais fait jurer qu'ils ne serviraient pas Dieu, que je les avais entraînés à s'engager solennellement et publiquement à rejeter Christ et son Évangile. Ce n'était rien de plus que ce à quoi je m'attendais. L'après-midi, le diacre McC... et moi nous rendîmes ensemble dans un bois et passâmes tout l'après-midi en prière. Juste vers le soir, le Seigneur nous accorda une grande liberté et la promesse de la victoire. Nous eûmes tous deux l'assurance d'avoir prévalu auprès de Dieu, et que ce soir-là la puissance de Dieu se manifesterait parmi le peuple.

Quand l'heure de la réunion arriva, nous quittâmes les bois et allâmes au village. Les gens affluaient déjà vers le lieu de culte ; et ceux qui n'y étaient pas encore allés, nous voyant traverser le village, sortirent de leurs boutiques et de leurs lieux de travail, ou jetèrent leurs battes là où ils jouaient à la balle sur la place, et remplirent la salle jusqu'à la dernière place.

Je n'avais pas réfléchi un instant à ce que je prêcherais ; c'était d'ailleurs fréquent chez moi à cette époque. Le Saint-Esprit était sur moi, et j'avais l'assurance que, le moment d'agir venu, je saurais quoi prêcher. Dès que je vis la salle comble, au point que personne d'autre ne pouvait y entrer, je me levai et, je crois, sans l'introduction habituelle d'un chant, j'ouvris le feu sur eux avec ces paroles : « Dites que le juste prospérera, car il jouira du fruit de ses œuvres. Malheur au méchant ! il sera dans l'infortune, car il recueillera le produit de ses mains » (Ésaïe 3,10-11). L'Esprit de Dieu vint sur moi avec une telle puissance que ce fut comme si j'ouvrais sur eux le feu d'une batterie. Pendant plus d'une heure, et peut-être une heure et demie, la parole de Dieu passa par moi jusqu'à eux d'une manière qui, je le voyais, emportait tout devant elle. C'était un feu et un marteau qui brise le roc (Jérémie 23,29), et comme l'épée pénétrante jusqu'à partager âme et esprit (Hébreux 4,12). Je vis qu'une conviction générale se répandait sur toute l'assemblée. Beaucoup ne pouvaient plus lever la tête. Je ne demandai pas ce soir-là qu'ils reviennent sur la décision qu'ils avaient prise la veille, ni qu'ils s'engagent de quelque manière que ce soit ; mais pendant tout le sermon je tins pour acquis qu'ils étaient engagés contre le Seigneur. Puis j'annonçai une autre réunion et congédiai l'assemblée.

Tandis que les gens se retiraient, je remarquai dans un coin de la salle une femme que soutenaient dans leurs bras quelques-unes de ses amies ; j'allai voir ce qu'elle avait, supposant qu'elle s'était évanouie. Mais je m'aperçus bientôt qu'elle n'était pas évanouie, mais qu'elle ne pouvait pas parler. Son visage exprimait la plus vive angoisse, et elle me fit comprendre qu'elle ne pouvait pas parler. Je conseillai à ces femmes de la ramener chez elle, de prier avec elle et de voir ce que le Seigneur ferait. Elles m'apprirent que c'était Mlle G..., sœur du missionnaire bien connu, et qu'elle était membre de l'Église, en règle, et cela depuis plusieurs années.

Ce soir-là, au lieu d'aller à mon logement habituel, j'acceptai une invitation et me rendis chez une famille où je n'avais encore jamais passé la nuit. De bon matin, j'appris qu'on était venu me chercher plusieurs fois pendant la nuit à l'endroit où l'on me croyait, pour que je visite des familles où il y avait des personnes dans une terrible détresse d'âme. Cela me poussa à sortir parmi les gens, et partout je trouvai un état étonnant de conviction de péché et d'alarme pour le salut de leurs âmes.

Après être restée environ seize heures sans pouvoir parler, Mlle

G... retrouva l'usage de la parole, et un cantique nouveau fut mis dans sa bouche.

Elle fut retirée de la fosse de destruction, du fond de la boue, et ses pieds furent dressés sur le roc ; et il fut vrai que « beaucoup l'ont vu, et ont eu de la crainte » (Psaume 40,3-4). Cela provoqua un grand examen de conscience parmi les membres de l'Église. Elle déclara qu'elle s'était entièrement trompée ; que depuis huit ans elle était membre de l'Église et se croyait chrétienne, mais que pendant le sermon de la veille elle avait vu qu'elle n'avait jamais connu le vrai Dieu ; et quand son caractère s'était dressé devant son esprit tel qu'il avait été présenté alors, son espérance avait « péri comme une mite », selon son expression. Elle dit qu'une telle vue de la sainteté de Dieu lui avait été présentée que, comme une grande vague, elle l'avait arrachée à sa position et avait anéanti son espérance en un instant.

Je trouvai dans cette localité un certain nombre de déistes, dont quelques-uns étaient des hommes haut placés dans la société. L'un d'eux tenait un hôtel dans le village ; les autres étaient des hommes respectables et d'une intelligence au-dessus de la moyenne. Mais ils semblaient s'être ligués pour résister au réveil. Quand j'eus établi exactement la position qu'ils prenaient, je prêchai un sermon pour répondre à leurs besoins ; car le dimanche ils venaient m'entendre. Je pris pour texte : « Attends un peu, et je vais poursuivre, car j'ai des paroles encore pour la cause de Dieu. Je prendrai mes raisons de haut, et je prouverai la justice de mon créateur » (Job 36,2-3). Je parcourus tout le terrain, autant que je comprenais leur position ; et Dieu me rendit capable de le balayer entièrement. Dès que j'eus terminé et congédié la réunion, l'hôtelier, qui était leur chef de file, vint franchement à moi et, me prenant la main, me dit : « Monsieur Finney, je suis convaincu. Vous avez rencontré et résolu toutes mes difficultés. Maintenant, je voudrais que vous veniez chez moi, car je désire m'entretenir avec vous. » Je n'entendis plus parler de leur incrédulité ; et, si j'ai bonne mémoire, ces hommes se convertirent presque tous, sinon tous.

Il y avait dans cette localité un vieillard qui n'était pas seulement incrédule, mais aussi grand railleur de la religion. Le mouvement de réveil l'irritait fort. J'entendais parler chaque jour de ses railleries et de ses blasphèmes, mais je n'en tins aucun compte publiquement. Il refusait absolument d'assister aux réunions. Mais au milieu de son opposition, alors que son agitation était à son comble, un matin qu'il était assis à table, il tomba soudain de sa chaise, frappé d'apoplexie. On appela aussitôt un médecin qui, après un bref examen, lui dit qu'il ne lui restait que très peu de temps à vivre, et que s'il avait quelque chose à dire, il devait le dire sans tarder. Il eut juste la force et le temps, à ce qu'on me rapporta, de bégayer : « Ne laissez pas Finney prier sur mon cadavre. » Ce fut la fin de son opposition dans cette localité.

Pendant ce réveil, on attira mon attention sur une femme malade de l'endroit, qui avait été membre d'une Église baptiste et qui était bien connue dans le pays ; mais les gens n'avaient aucune confiance en sa piété. Elle déclinait rapidement, atteinte de la phtisie ; et l'on me pria instamment d'aller la voir. J'y allai et j'eus avec elle une longue conversation. Elle me raconta un rêve qu'elle avait fait étant jeune fille, et qui lui avait fait croire que ses péchés étaient pardonnés. Là-dessus, elle s'était installée dans cette assurance, et aucun argument ne pouvait l'ébranler. J'essayai de la persuader que ce rêve n'apportait aucune preuve de sa conversion. Je lui dis franchement que ceux qui la connaissaient affirmaient qu'elle n'avait jamais vécu une vie chrétienne ni montré un caractère chrétien, et que j'étais venu pour tâcher de la persuader de renoncer à sa fausse espérance, et voir si elle n'accepterait pas maintenant Jésus-Christ pour être sauvée. Je la traitai avec autant de bonté que je le pus, mais sans manquer de lui faire comprendre ce que je voulais dire. Elle s'en offensa gravement et, après mon départ, se plaignit que j'avais essayé de lui enlever son espérance et de troubler son esprit ; que j'avais été cruel en cherchant à tourmenter de la sorte une femme aussi malade qu'elle, à troubler la paix de son esprit. Elle mourut peu de temps après. Mais sa mort m'a souvent rappelé le livre du docteur Nelson intitulé La cause et le remède de l'incrédulité. Quand cette femme fut réellement à l'article de la mort, ses yeux s'ouvrirent ; et avant de quitter ce monde, elle sembla entrevoir de telle façon le caractère de Dieu, ce qu'était le ciel et la sainteté requise pour y habiter, qu'elle poussa des cris d'angoisse et s'écria qu'elle allait en enfer. C'est dans cet état, à ce qu'on m'a rapporté, qu'elle mourut.

Pendant que j'étais dans cette localité, un après-midi, un frère chrétien vint me trouver et me demanda d'aller voir sa sœur qui, me dit-il, déclinait rapidement, atteinte de la phtisie, et qui était universaliste. Son mari, dit-il, était universaliste et l'avait entraînée dans l'universalisme. Il ajouta qu'il ne m'avait pas demandé d'aller la voir quand son mari était à la maison, parce qu'il craignait que celui-ci ne me malmène ; car il était bien décidé à ce que l'esprit de sa femme ne soit pas troublé sur la question du salut universel. J'y allai, et je la trouvai nullement en repos dans ses idées universalistes ; au cours de ma conversation avec elle, elle abandonna entièrement ces idées et parut embrasser l'Évangile de Christ. Je crois qu'elle garda fermement cette espérance en Christ jusqu'à sa mort.

Le soir, son mari rentra et apprit de sa bouche ce qui s'était passé. Il entra dans une grande fureur et jura qu'il « tuerait Finney ». Comme je l'appris plus tard, il s'arma d'un pistolet chargé et, ce soir-là, se rendit à la réunion où je devais prêcher. Je n'en savais cependant rien à ce moment-là. La réunion de ce soir-là avait lieu dans une maison d'école en dehors du village. La salle était bondée, au point qu'on y étouffait presque. Je prêchai de toutes mes forces ; et presque au milieu de mon discours, je vis un homme d'apparence vigoureuse, à peu près au milieu de la salle, tomber de son siège. En s'affaissant, il gémit, puis cria, ou plutôt hurla, qu'il sombrait en enfer. Il le répéta plusieurs fois. Les gens savaient qui il était, mais pour moi c'était un inconnu. Je crois que je ne l'avais jamais vu auparavant. Naturellement, cela causa une grande agitation. Ma prédication en fut interrompue ; et son angoisse était si grande que nous passâmes le reste du temps à prier pour lui. Quand la réunion fut congédiée, ses amis l'aidèrent à rentrer chez lui. Le lendemain matin, je demandai de ses nouvelles ; j'appris qu'il avait passé une nuit blanche dans une grande angoisse d'esprit et qu'au point du jour il était sorti, on ne savait où. On n'eut de ses nouvelles que vers dix heures du matin. Je montais la rue et je le vis venir, apparemment d'un bois situé à quelque distance du village. Il était de l'autre côté de la rue quand je l'aperçus, et venait vers moi. Quand il me reconnut, il traversa la rue pour venir à ma rencontre. Quand il fut assez près, je vis que son visage était tout rayonnant. Je lui dis : « Bonjour, monsieur C... » « Bonjour », répondit-il. « Et comment, lui dis-je, vous sentez-vous dans votre esprit ce matin ? » « Oh, je ne sais pas, répondit-il ; j'ai passé une nuit d'une détresse affreuse. Mais je ne pouvais pas prier là, dans la maison ; et je pensais que si je pouvais être seul, là où je pourrais élever la voix en même temps que mon cœur, je pourrais prier. Ce matin, je suis allé dans les bois ; mais quand j'y suis arrivé, dit-il, j'ai trouvé que je ne pouvais pas prier. Je pensais pouvoir me donner à Dieu ; mais je ne le pouvais pas. J'ai essayé, et essayé encore, jusqu'à en être découragé, continua-t-il. Finalement, j'ai vu que c'était inutile ; et j'ai dit au Seigneur que je me trouvais condamné et perdu ; que je n'avais pas le cœur de le prier, ni le cœur de me repentir ; que je voyais que je m'étais tellement endurci que je ne pouvais pas lui donner mon cœur, et que par conséquent je devais lui laisser toute la question. J'étais à sa disposition, et je ne pouvais pas trouver à redire à ce qu'il fasse de moi tout ce qui lui semblerait bon, car je n'avais absolument aucun droit à sa faveur. J'ai laissé entièrement au Seigneur la question de mon salut ou de ma damnation. » « Eh bien, et ensuite ? » demandai-je. « Eh bien, dit-il, j'ai trouvé que j'avais perdu toute ma conviction de péché. Je me suis levé et je suis reparti, et mon esprit était si calme et si tranquille que j'ai cru que l'Esprit de Dieu, attristé, s'était retiré, et que j'avais perdu ma conviction. Mais, dit-il, quand je vous ai vu, mon cœur a commencé à brûler et à s'échauffer au-dedans de moi ; et au lieu d'avoir envie de vous éviter, je me suis senti si attiré que j'ai traversé la rue pour venir vous voir. » Mais j'aurais dû dire que, lorsqu'il était arrivé près de moi, il avait bondi, m'avait soulevé dans ses bras, avait fait un ou deux tours sur lui-même, puis m'avait reposé à terre. Cela précéda la conversation que je viens de rapporter. Après avoir encore échangé quelques mots avec lui, je le quittai. Il parvint bientôt à un état d'esprit qui lui permit de nourrir une espérance. Nous n'entendîmes plus parler de son opposition.

Je revis dans cette localité le père Nash, l'homme qui avait prié les yeux ouverts à la réunion du presbytère où j'avais reçu l'autorisation de prêcher. Après cette réunion du presbytère, il avait été atteint d'une inflammation des yeux, et pendant plusieurs semaines il était resté enfermé dans une chambre obscure. Il ne pouvait ni lire ni écrire et, à ce que j'appris, il s'était adonné presque entièrement à la prière. Il avait subi un terrible examen de toute son expérience chrétienne ; et dès qu'il put voir, avec un double voile noir devant le visage, il partit travailler au salut des âmes.

Quand il vint à Evans' Mills, il était rempli de la puissance de la prière. Il était tout autre qu'il n'avait été à aucune époque antérieure de sa vie chrétienne. Je découvris qu'il avait « une liste de prière », comme il l'appelait, portant les noms des personnes pour lesquelles il priait chaque jour, et parfois plusieurs fois par jour. En priant avec lui, et en l'entendant prier en réunion, je trouvai que son don de prière était merveilleux et sa foi presque miraculeuse.

Il y avait un homme du nom de D..., qui tenait une taverne mal famée dans un coin du village, et dont la maison était le rendez-vous de tous les adversaires du réveil. La salle du bar était un lieu de blasphème ; et lui-même était un homme extrêmement grossier, impie et injurieux. Il allait par les rues en se répandant en railleries sur le réveil ; et il prenait un soin particulier à jurer et à blasphémer chaque fois qu'il voyait un chrétien. L'un des jeunes convertis habitait presque en face de chez lui ; il me dit qu'il avait l'intention de vendre et de quitter ce voisinage, parce que chaque fois qu'il était dehors et que D... le voyait, celui-ci sortait pour jurer, maudire et dire tout ce qu'il pouvait pour le blesser. Il n'était venu, je crois, à aucune de nos réunions. Naturellement, il ignorait les grandes vérités de la religion et méprisait toute l'entreprise chrétienne.

Le père Nash nous entendit parler de ce M. D... comme d'« un cas difficile », et il inscrivit aussitôt son nom sur sa liste de prière. Il resta en ville un jour ou deux, puis reprit sa route, ayant en vue un autre champ de travail.

Peu de jours après, alors que nous tenions une réunion du soir dans une salle bondée, qui vit-on entrer, sinon ce fameux D... ? Son entrée provoqua un mouvement considérable dans l'assemblée. On craignait qu'il ne fût venu pour causer du désordre. La crainte et l'horreur qu'il inspirait étaient devenues très générales parmi les chrétiens, je crois ; si bien que, quand il entra, quelques personnes se levèrent et se retirèrent. Je connaissais son visage, et je ne le quittai pas des yeux. Je fus bientôt persuadé qu'il n'était pas venu pour s'opposer, et qu'il était dans une grande angoisse d'esprit. Il était assis et se tordait sur son siège, très agité. Il se leva bientôt et me demanda en tremblant s'il pouvait dire quelques mots. Je lui répondis que oui. Il fit alors l'une des confessions les plus déchirantes que j'aie presque jamais entendues. Sa confession semblait embrasser tout ce qu'avait été sa conduite envers Dieu, envers les chrétiens, envers le réveil et envers tout ce qui était bon.

Cela défricha à fond le sol en friche de bien des cœurs. C'était le moyen le plus puissant qu'on pût employer, à ce moment précis, pour donner de l'élan à l'œuvre. D... ne tarda pas à se déclarer et à professer une espérance ; il supprima toutes les orgies et tous les jurons de la salle de son bar ; et dès lors, aussi longtemps que je restai là, et je ne sais combien de temps encore après, une réunion de prière se tint presque tous les soirs dans la salle de son bar.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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