Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 7
Remarques sur la formation des pasteurs
Dans ce que je vais dire à ce sujet, j'espère que mes frères ne me prêteront pas d'autre motif qu'un souci bienveillant et fraternel de les voir porter le plus de fruit possible. J'ai toujours reçu leurs critiques avec bienveillance, et je leur ai toujours fait crédit de bonnes intentions. Me voici maintenant vieux, et bien des résultats de mes idées et de mes méthodes sont connus du public. Serait-il déplacé que je parle franchement aux pasteurs sur ce sujet ? Pour répondre à leurs objections, je leur ai parfois rapporté ce qu'un juge de la cour suprême m'avait dit là-dessus. « Les pasteurs, disait-il, ne font pas preuve de bon sens quand ils s'adressent au peuple. Ils ont peur de se répéter. Ils emploient un langage que les gens simples comprennent mal. Ils ne tirent pas leurs exemples des occupations ordinaires de la vie. Ils écrivent dans un style trop élevé, ils lisent sans jamais revenir sur ce qu'ils ont dit, et le peuple ne les comprend pas. Or, ajoutait-il, si les avocats agissaient ainsi, ils se ruineraient et perdraient leur cause. Quand j'étais au barreau, poursuivit-il, je tenais pour acquis, devant un jury d'hommes respectables, que j'aurais à répéter mes principaux arguments à peu près autant de fois qu'il y avait de personnes sur le banc des jurés. J'avais appris que si je ne le faisais pas, si je n'illustrais pas, ne répétais pas, ne retournais pas dans tous les sens les points principaux, les points principaux de droit et de preuve, je perdrais ma cause. Notre but, disait-il, quand nous parlons à un jury, est que leur opinion soit faite avant qu'ils quittent le banc des jurés ; non pas de faire un discours dans une langue qu'ils ne comprennent qu'à moitié ; non pas de nous laisser aller à des comparaisons tout à fait au-dessus de leur portée ; non pas d'étaler notre éloquence, puis de les laisser partir. Nous sommes décidés à obtenir un verdict. C'est pourquoi nous sommes décidés à être compris. Nous voulons les convaincre ; et s'ils ont des doutes sur le droit, nous le leur faisons comprendre, et nous l'enfonçons dans leur esprit. Bref, nous comptons obtenir un verdict, et l'obtenir sur-le-champ ; de sorte que, lorsqu'ils se retirent pour délibérer, il apparaisse qu'ils nous ont compris et qu'ils ont été convaincus par les faits et par les arguments. Si nous ne prenons pas ainsi la peine de faire pénétrer chaque pensée, chaque mot et chaque point, jusqu'à les loger dans leurs convictions, nous sommes sûrs de perdre notre cause. Il nous faut vaincre leurs préjugés ; il nous faut vaincre leur ignorance ; il nous faut tâcher de vaincre même leur intérêt, s'ils en ont un, contre notre client. Si les pasteurs faisaient de même, disait-il, les effets de leur prédication seraient infiniment différents de ce qu'ils sont. Ils vont dans leur cabinet et écrivent un sermon ; ils montent en chaire et le lisent, et ceux qui l'écoutent le comprennent mal. Il y a bien des mots qu'ils ne comprendront qu'une fois rentrés chez eux, en consultant leur dictionnaire. Les pasteurs ne s'adressent pas au peuple dans l'attente de le convaincre et d'obtenir sur-le-champ son verdict en faveur du Christ. Ils ne visent rien de tel. Ils semblent plutôt chercher à produire de belles œuvres littéraires, à déployer une grande éloquence et un langage orné. » Bien entendu, à une telle distance, je ne prétends pas rapporter les paroles exactes du juge ; mais j'ai rendu la substance des remarques qu'il me fit alors.
Je n'ai jamais éprouvé le moindre ressentiment envers mes frères pour la rudesse avec laquelle ils me traitaient souvent. Je savais qu'ils désiraient vivement me voir faire du bien ; et ils pensaient réellement que je ferais beaucoup plus de bien et beaucoup moins de mal si j'adoptais leurs vues. Mais j'étais d'un autre avis.
Je pourrais citer bien des faits qui montrent les idées des pasteurs et la manière dont ils me traitaient parfois. Quand je prêchais à Philadelphie, par exemple, le docteur X..., le célèbre conférencier de la tempérance, venu du Connecticut, vint m'y entendre prêcher. Il s'indigna de la façon dont je rabaissais la dignité de la chaire. Il s'en entretint pourtant surtout avec M. Patterson, avec qui je travaillais à ce moment-là. Il soutenait avec insistance qu'on ne devait pas me laisser prêcher tant que je n'aurais pas reçu une formation pastorale ; que je devais cesser de prêcher, aller à Princeton apprendre la théologie, et y acquérir de meilleures idées sur la manière dont l'Évangile doit être prêché.
Que rien de ce que je dis sur ce sujet ne laisse croire à personne que je tenais mes idées ou mes méthodes pour parfaites, car je ne le pensais nullement. Je savais que je n'étais qu'un enfant. Je n'avais pas eu l'avantage des études supérieures ; et j'avais eu, depuis le début, une conscience si vive qu'il me manquait les qualités qui m'auraient rendu acceptable, surtout aux pasteurs, et, je le craignais, au public des grandes villes, que je n'avais jamais eu d'autre ambition ni d'autre dessein que d'aller dans les nouveaux établissements et dans les endroits privés de l'Évangile. En réalité, j'étais souvent surpris moi-même, dans les premières années de mon ministère, de voir ma prédication si édifiante et si bien reçue par les classes les plus instruites. C'était plus que je n'avais escompté, beaucoup plus que mes frères ne l'avaient escompté, et plus que je n'avais osé l'espérer moi-même. Je me suis toujours efforcé de m'améliorer en tout point où je découvrais que j'étais dans l'erreur. Mais plus je prêchais, moins j'avais de raisons de penser que mon erreur se trouvait du côté où mes frères dans le ministère la supposaient.
Plus j'acquérais d'expérience, plus je voyais les résultats de ma manière de prêcher, plus je m'entretenais avec toutes les classes, gens d'en haut et gens d'en bas, instruits et sans instruction, plus j'étais confirmé dans cette certitude : Dieu m'avait conduit, m'avait enseigné, m'avait donné des idées justes sur la meilleure manière de gagner des âmes. Je dis que Dieu m'a enseigné ; et je sais qu'il a dû en être ainsi, car je n'avais assurément pas reçu ces idées des hommes. J'ai souvent pensé que je pouvais dire en toute vérité, comme Paul, que l'Évangile ne m'avait pas été enseigné par un homme, mais par l'Esprit du Christ lui-même (Galates 1,12). Et l'Esprit du Seigneur me l'enseigna d'une manière si claire et si forte qu'aucun des arguments de mes frères dans le ministère, dont on me harcela si souvent et si longtemps, n'eut sur moi le moindre poids.
Je le mentionne par devoir. Car je reste solennellement pénétré de cette conviction : les écoles sont, dans une large mesure, en train de gâter les pasteurs. Les pasteurs d'aujourd'hui ont de grandes facilités pour s'informer sur toutes les questions de théologie ; et ils sont infiniment plus savants, pour ce qui est de la science théologique, historique et biblique, qu'ils ne l'ont peut-être jamais été à aucune époque du monde. Pourtant, avec tout leur savoir, ils ne savent pas s'en servir. Ils sont, après tout, dans une large mesure, comme David dans l'armure de Saül. On ne peut jamais apprendre à prêcher qu'en prêchant.
Mais il est une chose dont les pasteurs ont besoin plus que de toute autre : c'est d'avoir l'œil simple. S'ils ont une réputation à assurer et à entretenir, ils feront bien peu de bien. Il y a bien des années, un pasteur très aimé que je connaissais quitta son foyer pour raison de santé et engagea un jeune homme, tout juste sorti du séminaire, pour occuper sa chaire pendant son absence. Ce jeune homme écrivait et prêchait des sermons aussi brillants qu'il le pouvait. La femme du pasteur finit par se risquer à lui dire : « Vous prêchez au-dessus de la tête de nos gens. Ils ne comprennent ni votre langage ni vos comparaisons. Vous apportez trop de votre savoir en chaire. » Il répondit : « Je suis un jeune homme. Je travaille mon style. Je cherche à me préparer à occuper une chaire et à m'entourer d'une assemblée cultivée. Je ne peux pas descendre au niveau de vos gens. Il me faut cultiver un style élevé. » Depuis ce jour, je n'ai cessé de penser à cet homme et de le suivre des yeux. Je ne crois pas qu'il soit déjà mort ; mais je n'ai jamais vu son nom associé à aucun réveil, au milieu de tous les grands réveils que nous avons connus d'année en année depuis ce temps-là ; et je ne m'attends pas à l'y voir, à moins que ses idées ne changent radicalement et qu'il ne s'adresse au peuple d'un point de vue tout à fait différent et pour des motifs tout à fait différents.
Je pourrais nommer des pasteurs encore vivants, vieux comme moi, qui avaient grand-honte de moi quand je commençai à prêcher, parce que je manquais tellement de dignité en chaire, que j'employais un langage si ordinaire, que je m'adressais aux gens si directement, et que je ne cherchais nullement l'ornement ni à soutenir la dignité de la chaire.
C'étaient de chers frères ; j'ai toujours eu pour eux les sentiments les plus bienveillants, et je ne sache pas qu'une seule fois je me sois froissé ou fâché de ce qu'ils disaient. Dès le tout début, je savais que je rencontrerais cette opposition ; qu'il y avait entre les autres pasteurs et moi un large fossé dans nos idées, et qu'il y en aurait un dans notre pratique. Je me suis rarement senti des leurs, ou senti qu'ils me regardaient comme appartenant vraiment à leur confrérie. J'avais été formé au droit. J'étais passé directement d'un cabinet d'avocat à la chaire, et je parlais aux gens comme j'aurais parlé à un jury.
C'était chose très courante, à ce que j'appris, parmi les pasteurs, dans mes premières années de ministère, de convenir entre eux que si je réussissais dans le ministère, cela jetterait le discrédit sur les écoles ; et que l'on finirait par trouver à peine utile de les soutenir de ses deniers, si un homme pouvait être reçu comme un prédicateur fructueux sans y être passé. Or je n'ai jamais eu la pensée de déprécier l'instruction que donnent les collèges ou les séminaires de théologie ; même si je pensais alors, et pense encore, qu'à certains égards ils se trompent gravement dans leur manière de former leurs étudiants. Ils ne les encouragent pas à parler aux gens, à s'habituer à des allocutions improvisées devant les gens des environs, pendant qu'ils poursuivent leurs études. On ne peut pas apprendre à prêcher par l'étude sans la pratique. Il faudrait encourager les étudiants à exercer, à éprouver et à développer les dons et l'appel qu'ils ont reçus de Dieu, en allant dans tous les endroits qui leur sont ouverts et en présentant le Christ aux gens dans des entretiens pleins de ferveur. C'est ainsi qu'ils doivent apprendre à prêcher. Au lieu de cela, on exige des étudiants qu'ils écrivent ce qu'on appelle des sermons et qu'ils les présentent à la critique ; qu'ils les prêchent, c'est-à-dire qu'ils les lisent, devant leurs condisciples et le professeur. Ils jouent ainsi à prêcher. Personne ne peut prêcher de cette manière. Ces prétendus sermons, sous la critique qu'ils subissent, dégénèrent évidemment en essais littéraires. Le peuple n'a aucun respect pour de tels sermons, en tant que sermons. La lecture d'élégants essais littéraires n'est pas pour lui de la prédication. Cela flatte le goût littéraire, mais n'édifie pas spirituellement. Cela ne répond pas aux besoins de l'âme. Ce n'est pas fait pour gagner des âmes au Christ. On apprend aux étudiants à cultiver un style d'écriture raffiné et élevé. Quant à la véritable éloquence, cette parole jaillissante, saisissante et persuasive qui coule naturellement d'un homme instruit dont l'âme est embrasée par son sujet, et qui est libre d'épancher son cœur devant un peuple grave qui l'attend, ils n'en ont rien.
Un esprit réfléchi sentira combien il est infiniment déplacé de présenter en chaire, à des âmes immortelles suspendues au bord de la mort éternelle, de tels échantillons de science et de rhétorique. Les gens savent bien qu'on n'agit pas ainsi dans aucun domaine où l'on est vraiment sérieux. Le capitaine d'une compagnie de pompiers, quand une ville est en flammes, ne lit pas un essai à ses hommes et ne leur offre pas un bel échantillon de rhétorique quand il leur crie ses ordres et dirige leurs mouvements. C'est une affaire urgente, et il entend que chaque mot soit compris. Il est entièrement sérieux avec eux ; et ils sentent que toute critique de son langage serait déplacée.
Il en est toujours ainsi quand les hommes sont entièrement sérieux. Leur langage va droit au but, il est direct et simple. Leurs phrases sont courtes, fortes, puissantes. L'appel vise directement l'action ; c'est pourquoi tous ces discours produisent leur effet. Voilà la raison pour laquelle, autrefois, les prédicateurs méthodistes ignorants et les ardents prédicateurs baptistes produisaient tellement plus d'effet que nos théologiens et nos ecclésiastiques les plus savants. Ils le font encore aujourd'hui. La parole passionnée d'un simple exhortateur remue souvent une assemblée bien au-delà de tout ce que peuvent produire ces brillantes démonstrations de rhétorique. Les grands sermons amènent les gens à louer le prédicateur. La bonne prédication amène les gens à louer le Sauveur.
Nos écoles de théologie auraient bien plus de valeur qu'elles n'en ont si elles étaient beaucoup plus pratiques. J'ai entendu un professeur de théologie lire un sermon sur l'importance de la prédication improvisée. Ses vues sur ce sujet étaient justes ; mais sa pratique les contredisait entièrement. Il semblait avoir étudié la question et être parvenu à des vues pratiques de la plus haute importance. Et pourtant, je n'ai jamais connu un seul de ses étudiants qui ait adopté ces vues dans la pratique. J'ai appris qu'il dit que, s'il recommençait sa vie de prédicateur, il agirait selon ses vues actuelles ; et qu'il déplore que sa formation ait été mauvaise sur ce point, et que sa pratique l'ait été par conséquent.
Dans notre école d'Oberlin, nos étudiants ont été amenés (pas par moi, je suis tenu de le dire) à penser qu'ils doivent écrire leurs sermons ; et bien peu d'entre eux, malgré tout ce que j'ai pu leur dire, ont le courage de se lancer et de s'engager dans la prédication improvisée. On leur a dit et répété : « Ne pensez pas imiter M. Finney. Vous ne pouvez pas être des Finney. »
Les pasteurs n'aiment pas se lever et parler aux gens du mieux qu'ils peuvent, en se rompant d'emblée à l'habitude de parler aux gens. Il leur faut prêcher ; et s'il leur faut prêcher au sens ordinaire du mot, il leur faut écrire. À ce compte-là, je n'ai donc jamais prêché. De fait, on m'a souvent dit : « Mais vous ne prêchez pas. Vous parlez aux gens. » À Londres, un homme rentra chez lui, après une de nos réunions, profondément convaincu de péché. Il avait été sceptique ; et sa femme, le voyant très agité, lui dit : « Mon ami, es-tu allé entendre prêcher M. Finney ? » Il répondit : « Je suis allé à la réunion de M. Finney. Il ne prêche pas ; il explique seulement ce que les autres prêchent. » Voilà, en substance, ce que j'ai entendu dire bien des fois. « Mais, disent-ils, n'importe qui pourrait prêcher comme vous. Vous parlez simplement aux gens. Vous parlez aussi à votre aise que si vous étiez assis au salon. » D'autres ont dit : « Mais cela ne ressemble pas à de la prédication ; on dirait plutôt que M. Finney m'a pris à part et s'entretenait avec moi face à face. »
Les pasteurs évitent en général de prêcher ce que leurs auditeurs comprendraient comme s'adressant particulièrement à eux. Ils leur prêchent sur d'autres gens et sur les péchés d'autres gens, au lieu de s'adresser à eux et de leur dire : « Vous êtes coupables de ces péchés » ; et : « Voilà ce que le Seigneur exige de vous. » Ils prêchent souvent sur l'Évangile au lieu de prêcher l'Évangile. Ils prêchent souvent sur les pécheurs au lieu de prêcher aux pécheurs. Ils évitent soigneusement d'être personnels, au sens de donner à l'un quelconque des assistants l'impression que c'est lui, cet homme-là. Or j'ai cru de mon devoir de suivre une autre voie ; et j'ai toujours suivi une autre voie. J'ai souvent dit : « Ne pensez pas que je parle de quelqu'un d'autre ; c'est vous que je vise, et vous, et vous. »
Les pasteurs me dirent d'abord que les gens ne supporteraient jamais cela ; qu'ils se lèveraient, sortiraient et ne reviendraient jamais m'entendre. Mais c'est une erreur complète. Ici comme en toute chose, beaucoup dépend de l'esprit dans lequel on parle. Si les gens voient que c'est dit dans un esprit d'amour, avec un désir ardent de leur faire du bien ; s'ils ne peuvent pas y voir un accès d'animosité personnelle, mais s'ils voient, sans pouvoir le nier, que c'est dire la vérité avec amour, que c'est venir droit à eux pour les sauver chacun personnellement, il y en a très peu qui continueront à s'en offenser. Même si, sur le moment, ils se sentent montrés du doigt et repris, la conviction s'impose néanmoins à eux qu'ils en avaient besoin, et cela finira sûrement par leur faire beaucoup de bien.
J'ai souvent dit aux gens, quand je voyais qu'ils avaient l'air offensés : « Vous voilà froissés, et vous allez partir en disant que vous ne reviendrez pas ; mais vous reviendrez. Votre propre conscience est de mon côté. Vous savez que ce que je vous dis est vrai, que je vous le dis pour votre bien, et que vous ne pourrez pas continuer à m'en vouloir. » Et j'ai toujours constaté qu'il en était ainsi.
Mon expérience a été que, même pour la popularité personnelle, « l'honnêteté est la meilleure politique » chez un pasteur ; que s'il veut garder sa place dans la confiance, le respect et l'affection d'un peuple, quel qu'il soit, il doit être fidèle envers les âmes. Il doit leur faire voir qu'il ne les courtise pas pour gagner de la popularité, mais qu'il s'efforce de sauver leurs âmes. Les hommes ne sont pas des sots. Ils n'ont aucun respect solide pour un homme qui monte en chaire pour prêcher des choses flatteuses. Au plus profond de leur âme, ils méprisent cela de tout cœur. Et que personne ne pense gagner un respect durable, être honoré durablement par son peuple, s'il ne traite pas fidèlement leurs âmes en ambassadeur du Christ.
Le grand argument opposé à mes vues sur la prédication de l'Évangile était que je ne donnerais pas, à beaucoup près, autant d'instruction au peuple que si j'écrivais mes sermons. On disait que je n'étudierais pas ; et que, par conséquent, même si je pouvais réussir comme évangéliste, travaillant seulement quelques semaines ou quelques mois dans un endroit, il ne conviendrait jamais à un pasteur de prêcher sans texte écrit.
Or j'ai les meilleures raisons de croire que ceux qui prêchent des sermons écrits ne donnent pas à leur peuple autant d'instruction qu'ils le pensent. Les gens ne se souviennent pas de leurs sermons. J'ai entendu des gens se plaindre dans une multitude de cas : « Je ne peux rien emporter chez moi de ce que j'entends du haut de la chaire. » Ils m'ont dit dans des centaines de cas : « Nous nous souvenons toujours de ce que nous vous avons entendu prêcher. Nous nous souvenons de votre texte et de la manière dont vous l'avez traité ; mais les sermons écrits, nous ne pouvons pas nous en souvenir. »
Je suis pasteur depuis bien des années maintenant, depuis 1832 en fait ; et je n'ai jamais entendu personne se plaindre que je n'instruisais pas le peuple. Je ne crois pas qu'il soit vrai que mon peuple soit moins bien instruit, pour ce qui est de l'instruction donnée en chaire, que ceux qui écoutent la prédication de sermons écrits. Il est vrai qu'un homme peut écrire ses sermons sans beaucoup étudier ; comme il est vrai qu'il peut prêcher sans texte écrit sans beaucoup d'étude ni de réflexion. Bien des sermons écrits que j'ai entendus montraient tout autre chose qu'une pensée profonde et exacte.
Mon habitude a toujours été d'étudier l'Évangile, et la meilleure manière de l'appliquer, en tout temps. Je ne me borne pas à des heures et à des jours consacrés à écrire mes sermons ; mais mon esprit médite sans cesse les vérités de l'Évangile et les meilleures façons de les employer. Je vais parmi les gens et j'apprends à connaître leurs besoins. Puis, à la lumière du Saint-Esprit, je prends un sujet qui, je pense, répondra à leurs besoins du moment. J'y réfléchis intensément, et je prie beaucoup sur ce sujet, le dimanche matin par exemple ; j'en remplis mon esprit, puis je vais le déverser devant les gens. Au contraire, l'une des grandes difficultés du sermon écrit est que l'homme, une fois qu'il l'a écrit, n'a plus guère besoin de penser à son sujet. Il n'a guère besoin de prier. Il relit peut-être son manuscrit le samedi soir, ou le dimanche matin ; mais il ne sent pas la nécessité de recevoir une puissante onction, pour que sa bouche soit ouverte et remplie d'arguments, et pour qu'il puisse prêcher d'un cœur plein. Il est tout à fait tranquille. Il n'a qu'à se servir de ses yeux et de sa voix, et il peut prêcher, à sa manière. C'est peut-être un sermon écrit depuis des années ; c'est peut-être un sermon dont il a écrit chaque mot dans la semaine. Mais le dimanche venu, il n'a aucune fraîcheur. Il ne vient pas nécessairement neuf et frais, comme un message oint de Dieu adressé à son cœur, et par son cœur au peuple.
Je suis prêt à dire, très solennellement, que je crois avoir d'autant plus étudié que je n'écrivais pas mes sermons. J'ai été obligé de me rendre familiers les sujets sur lesquels je prêchais, d'en remplir mon esprit, puis d'aller en parler aux gens. Je note simplement, de la manière la plus brève possible, les points sur lesquels je veux m'arrêter, et en des termes dont je n'emploierai peut-être pas un seul mot en prêchant. Je jette simplement sur le papier l'ordre de mes propositions et les positions que je compte prendre ; en un mot, j'esquisse les remarques et les conclusions par lesquelles je termine.
Mais à moins d'essayer, à moins de commencer à parler aux gens du mieux qu'ils peuvent, en gardant leur cœur plein de vérité et plein du Saint-Esprit, les hommes ne deviendront jamais des prédicateurs capables de parler sans texte écrit. Je crois qu'une demi-heure d'entretien sérieux avec les gens, de semaine en semaine, si cet entretien est précis, direct, ardent et logique, les instruira réellement davantage que les deux sermons laborieux que ceux qui écrivent débitent à leur peuple le dimanche. Je crois que les gens se souviendraient davantage de ce qui est dit, y prendraient plus d'intérêt, et l'emporteraient avec eux pour le méditer, infiniment plus que ce qu'ils reçoivent des sermons écrits et laborieux.
J'ai parlé de ma manière de me préparer pour la chaire dans ces dernières années. Quand je commençai à prêcher, et pendant quelque douze ans au début de mon ministère, je n'écrivais pas un mot ; et j'étais le plus souvent obligé de prêcher sans aucune préparation, en dehors de celle que je recevais dans la prière. Bien souvent, je montais en chaire sans savoir sur quel texte je parlerais, ni un seul mot de ce que je dirais. Je comptais sur les circonstances et sur le Saint-Esprit pour me suggérer le texte et pour ouvrir tout le sujet à mon esprit ; et assurément, à aucune période de mon ministère je n'ai prêché avec plus de succès et de puissance. Si je ne prêchais pas par inspiration, je ne sais pas comment je prêchais. C'était pour moi une expérience courante, et elle l'a été durant toute ma vie de pasteur, que le sujet s'ouvre à mon esprit d'une manière qui me surprenait moi-même. Il me semblait voir avec une clarté intuitive exactement ce que je devais dire ; et des bataillons entiers de pensées, de mots et d'exemples me venaient aussi vite que je pouvais les exprimer. Quand je commençai à faire des « squelettes », je les faisais après avoir prêché, et non avant. C'était pour conserver les grandes lignes de la pensée qui m'avait été donnée dans des occasions comme celles que je viens de mentionner. Je m'aperçus que, lorsque l'Esprit de Dieu m'avait donné une vue très claire d'un sujet, je ne pouvais la retenir pour m'en servir en une autre occasion que si je notais les grandes lignes de ces pensées. Mais, après tout, je ne me suis jamais trouvé capable de beaucoup me servir de vieux squelettes pour prêcher sans les remanier, et sans que le Saint-Esprit me donne une vue fraîche et nouvelle du sujet. Je reçois presque toujours mes sujets à genoux, dans la prière ; et il m'est souvent arrivé, en recevant un sujet du Saint-Esprit, qu'il fasse sur mon esprit une impression si forte qu'il me faisait trembler, au point que j'avais peine à écrire. Quand des sujets me sont ainsi donnés, qui semblent me traverser corps et âme, je peux en quelques instants dresser un squelette qui me permettra de retenir la vue présentée par l'Esprit ; et je constate que de tels sermons agissent toujours avec une grande puissance sur les gens.
Certains des sermons les plus saisissants que j'aie jamais prêchés à Oberlin, je les ai reçus ainsi après que la cloche eut sonné pour le culte ; et j'ai dû aller les déverser d'un cœur plein, sans noter plus que le squelette le plus bref possible, qui parfois ne couvrait même pas la moitié du terrain que je couvris dans mon sermon.
Je dis cela, non pour me vanter, mais parce que c'est un fait, et pour en rendre gloire à Dieu, et non à quelque talent qui me serait propre. Que personne ne pense que ces sermons, qu'on a dits si puissants, étaient le produit de mon propre cerveau ou de mon propre cœur, sans l'assistance du Saint-Esprit. Ils n'étaient pas de moi, mais du Saint-Esprit en moi.
Et que personne ne dise que c'est revendiquer une inspiration plus haute que celle qui est promise aux pasteurs, ou que celle que les pasteurs ont le droit d'attendre. Car je crois que tous les pasteurs appelés par le Christ à prêcher l'Évangile doivent être et peuvent être inspirés, en ce sens qu'ils prêchent l'Évangile « par le Saint-Esprit envoyé du ciel » (1 Pierre 1,12). Que voulait dire d'autre le Christ quand il a dit : « Allez, faites de toutes les nations des disciples ; et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28,19-20) ? Que voulait-il dire quand il a dit, en parlant du Saint-Esprit : « Il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera » (Jean 16,14) ? « Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26) ? Que voulait-il dire quand il a dit : « Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein » ? « Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jean 7,38-39). Tous les pasteurs peuvent être, et doivent être, si remplis du Saint-Esprit que tous ceux qui les entendent soient pénétrés de la conviction que « Dieu est réellement au milieu d'eux » (1 Corinthiens 14,25).
Note : Nous donnons ici le fac-similé d'un des « squelettes » de M. Finney, pris au hasard parmi les centaines qu'il a laissés. (L'éditeur.)
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).