Ce développement nouveau (versets 14-24) est destiné à confirmer (en effet) l'idée démontrée dans versets 7-13 que c'est le péché, et non la loi, qui donne la mort.
Dans ces versets, Paul avait exposé le rapport de la loi avec le péché : la loi n'est pas la cause du péché, son auteur responsable ; mais elle le révèle à l'homme ; elle réveille le péché latent en lui, elle l'excite et le multiplie.
Maintenant, il indique la cause de cette action funeste de la loi ; il dit pourquoi elle est incapable d'arracher l'homme au péché, de le rendre meilleur. C'est que le péché a établi son empire dans la chair de l'homme ; et que dès lors le pécheur a beau donner son assentiment à la loi selon son meilleur moi, son "homme intérieur," son "entendement ;" il a beau vouloir accomplir la loi ; il ne le peut, sa chair, dont il est le captif et dont les aspirations sont opposées à la loi, ne lui permet pas de faire ce qu'il veut.
Dans cette dramatique description de la lutte impuissante de l'homme contre le péché qui habite dans sa chair, Paul emploie le présent.
La question qui se pose, et qui a de tout temps divisé les interprètes, est de savoir s'il retrace des expériences qu'il a faites comme Juif, avant sa conversion, ou des expériences qu'il fait encore au moment où il écrit, en d'autres termes s'il décrit l'état de l'homme irrégénéré ou celui du chrétien déjà né à la vie nouvelle.
La question a une importance pratique : elle peut influer sur toute la manière de concevoir la vie chrétienne Nous nous bornons à signaler ici le problème, nous indiquerons la solution qui nous paraît la plus acceptable, quand nous aurons étudié dans le détail la description de l'apôtre. (comparez verset 25 note)
Cette description se déroule comme une spirale dans laquelle la pensée, tournant sur elle-même et revenant par trois fois aux mêmes expériences, descend toujours plus profond dans l'abîme de la misère du pécheur.
F. Godet distingue dans ce morceau"trois cycles qui se terminent chacun par une espèce de refrain ; c'est une véritable complainte, l'élégie la plus douloureuse qui soit sortie d'un cœur d'homme"
Ces trois cycles sont : Romains 7.14-17,Romains 7.18-20,Romains 7.21-23.
- En séparant autrement les mots du texte grec, qui, dans les anciens manuscrits, sont écrits sans intervalles, on peut lire : Car je sais, il est vrai, que la loi est spirituelle...
La leçon : car nous savons, est admise par la majorité des critiques.
Paul rappelle un fait que ses lecteurs savent aussi bien que lui : la loi est spirituelle, c'est-à-dire conforme à l'Esprit saint qui l'a inspirée ; elle reflète la sainteté d'un Dieu qui ne juge pas seulement les œuvres extérieures, mais les pensées et les sentiments les plus secrets du cœur.
Le terme de spirituel exprime la nature plutôt que l'origine de la loi, car il fait antithèse avec la déclaration qui suit : mais moi je suis charnel.
L'adjectif que nous traduisons par charnel (dans Sin. B,A,C, D) n'implique pas un jugement moral défavorable : "porté vers la chair ;" il désigne simplement la substance de l'être : "fait de chair." En disant qu'il est charnel, Paul ne nie pas qu'il y ait en lui un élément supérieur ; (versets 18,22,25) mais la chair domine tellement en lui qu'il lui semble être tout entier "de chair." (Voir, sur la notion de la chair, Romains 1.3 note.)
Comme le péché, qui, depuis la chute d'Adam, est entré dans l'humanité, (Romains 5.12 suivants) s'est implanté particulièrement dans la chair de l'homme pour la corrompre, il résulte du fait que l'homme est charnel qu'il est vendu et asservi au péché (grec vendu sous le péché), c'est-à-dire qu'il est sous sa domination, en son pouvoir, comme l'esclave est tout entier au pouvoir de son maître et doit faire la volonté de son maître qu'il le veuille ou non. (versets 15,18,20,23)
Et cependant le pécheur ne perd jamais le sentiment de sa responsabilité ; dès qu'il rentre en lui-même, ce sentiment se réveille.