Notre justification nous est acquise gratuitement, mais elle a nécessité une œuvre considérable, dont Dieu est l'auteur, et que l'apôtre décrit dans ce verset.
Dieu a exposé publiquement (d'autres donnent à ce verbe le sens qu'il a dans Ephésiens 1.9, et le rendent par : "avait établi à l'avance," prédestiné par un décret éternel de sa providence) Jésus-Christ comme moyen de propitiation.
Le terme grec que nous traduisons par moyen de propitiation est un adjectif neutre s'appliquant à tout ce qui sert à rendre propice, à apaiser la divinité irritée : offrande, victime, sacrifice. Il convient de lui laisser son sens indéterminé.
Plusieurs interprètes, anciens et modernes, Origène, Luther, Calvin, Olshausen, Tholuck, Ritschl, Schlatter, etc., pensent que Paul désigne par ce mot le propitiatoire, la table d'or qui servait de couvercle à l'arche de l'alliance.
Elle est appelée en hébreu "kaporeth," c'est-à-dire "couvercle de propitiation," parce qu'elle "recouvrait" la loi accusatrice et recevait le sang des victimes au grand jour des expiations, où le souverain sacrificateur pénétrait dans le lieu très saint.
Dans la version grecque des Septante, dont Paul se servait, elle est désignée par le mot même que nous trouvons dans notre texte (Exode 20.17 et suivants ; Lévitique 16.14 et suivants ; Hébreux 9.7-9,11,12).
Dieu aurait exposé Christ (ou l'aurait "établi à l'avance") comme un tel propitiatoire ; ou plutôt, pour être la réalité de ce que le propitiatoire de l'arche figurait seulement.
Mais il est peu probable qu'en appliquant le terme de propitiatoire à JésusChrist, Paul ait pensé au couvercle de l'arche.
1° S'il avait voulu désigner cet objet déterminé, connu et unique, il aurait employé l'article devant propitiatoire ;
2° l'épître aux Romains ne se meut pas comme l'épître aux Hébreux sur le terrain du symbolisme lévitique ; et si cette comparaison avait été familière à Paul, on la retrouverait ailleurs dans ses épîtres ;
3° il est étrange de comparer Jésus-Christ avec le couvercle de l'arche, d'autant plus que ce n'est pas le couvercle de l'arche, mais uniquement le sang répandu sur lui qui est censé "couvrir" les péchés.
- Nous ne pensons pas non plus qu'il faille sous entendre le substantif "victime" avec l'adjectif propitiatoire ; il vaut mieux prendre ce mot dans le sens général et indéterminé de moyen de propitiation. Comparer sur l'idée de propitiation 1Jean 2.2, note, et sur celle de la réconciliation avec Dieu, 2Corinthiens 5.19-21, notes.
- L'apôtre ajoute deux compléments pour indiquer comment Jésus-Christ est moyen de propitiation : par la foi, dans son sang.
Les uns unissent les deux compléments : "par la foi en son sang," le sang est l'objet de la foi, c'est au sang de Christ à son sacrifice, à sa mort expiatoire que la foi s'attache, c'est là le fondement sur lequel elle s'appuie.
D'autres interprètes pensent que cette expression : "la foi en son sang," n'est pas conforme au langage de Paul, qui présente toujours Jésus-Christ lui-même comme l'objet de la foi. Ils estiment aussi que, dans ce verset où l'apôtre expose l'œuvre accomplie en Christ pour nous, c'eût été trop insister sur la foi, condition subjective du salut, que de mentionner encore l'objet de cette foi. Pour ces raisons, ils rapportent les mots : en son sang, soit à moyen de propitiation : il est un moyen de propitiation par son sang, soit au verbe : Dieu l'a exposé dans son sang, dans sa mort sanglante sur la croix.
- Paul enseigne donc clairement que le sens et le but de la mort de Christ, c'est d'expier, de couvrir le péché. L'idée du pardon divin est souvent exprimée dans l'Ancien Testament par le mot "couvrir" le péché. Cette image provient des sacrifices, dans lesquels le sang des victimes était censé couvrir les péchés, les voiler aux regards de Dieu. (Psaumes 32.1 ; 65.4 ; 78.38 ; 79.8,9 ; Jérémie 18.23, etc.)
Mais l'apôtre ajoute aussitôt : par la foi, afin que le pécheur, objet de cette immense miséricorde, comprenne bien que l'œuvre rédemptrice ne doit pas rester en dehors de lui ni lui-même rester étranger à cette œuvre. (comparez versets 22,24, notes)
Ainsi la voie du salut, enseignée dans ces versets est renfermée tout entière dans ces trois termes :
1° la grâce éternelle et gratuite de Dieu, qui est l'unique cause du salut
2° Christ, que Dieu a exposé dans son sang comme moyen de propitiation, et qui est le fondement objectif de ce salut
3° la foi, qui en est la condition subjective, car c'est par elle que l'homme s'approprie personnellement le salut.