Purification de la souillure provenant du contact avec la mort
Cette loi sur la purification des souillures causées par le contact d'un mort n'a aucun rapport avec ce qui précède immédiatement, mais elle a de nombreux antécédents (5.2 ; 6.9 ; 9.10 ; Lévitique 21.1,2,10), et l'on peut supposer qu'elle est en relation avec les cas de mort journaliers qui se produisaient au milieu de ce peuple dont toute la génération adulte était destinée à périr durant le pèlerinage dans le désert. Le peuple comptait 600 000 hommes de pied. S'ils sont tous morts, à l'exception de deux, pendant les 40 ans du désert, cela fait une moyenne de 40 morts par jour, sans compter les femmes et les enfants. On comprend dans ces conditions le cantique de Moïse, Psaume 90.
Le rituel a quelque analogie avec celui qui est prescrit pour le cas de la femme soupçonnée d'adultère (5.17) et surtout avec celui de la purification d'un lépreux (Lévitique 14.6). La cérémonie de l'immolation de la victime qui va être décrite est appelée aux versets 9 et 17 chatthath : sacrifice pour le péché, sans qu'elle soit, pour cela en rapport avec un péché particulier. La souillure dont il s'agit de purifier le peuple est celle de la mort en général, car, d'après l'intuition biblique, la mort est le salaire du péché.
Il est remarquable que la notion d'une souillure attachée à la mort, qui se retrouve chez la plupart des peuples anciens (voir les cérémonies de purification en cas de mort chez les Hindous, les Babyloniens, les Grecs, les Romains), fût absolument étrangère au peuple du milieu duquel sortait Israël. Les Egyptiens conservaient soigneusement leurs morts embaumés et vivaient pour ainsi dire au milieu d'eux.
On a supposé, peut-être avec raison, que nous trouvons ici un ancien usage du peuple que la loi se borne à codifier en le modifiant sans doute sur quelques points.
L'histoire subséquente ne nous présente d'autres traces de l'existence du rite institué dans ce chapitre que dans Nombres 31.23 et Aggée 2.13. Cependant Osée 9.4 et Deutéronome 26.14 montrent quelle gravité fut toujours attachée à la souillure causée par un mort.
Les rabbins prétendent que la cendre de la première vache a suffi jusqu'au temps d'Esdras ; après quoi il y en aurait eu encore huit d'immolées. D'après Jérôme, au contraire, on en immolait une chaque année et la cendre préparée à Jérusalem était distribuée aux sacrificateurs, dans tout le pays, de sorte que l'on pouvait sans peine en obtenir partout ; comparez sur ce rite Hébreux 9.13-14. Quoi qu'il en soit de ces traditions, il nous paraît que cette loi ne peut dater que de l'époque de Moïse :
- à cause du rôle attribué à Eléazar, fils d'Aaron, personnellement (versets 3 et 4)
- en raison des expressions hors du camp (verset 3), rentrera dans le camp (verset 7), la tente (versets 14 et 18), termes qui, dans toute autre supposition, seraient du pur charlatanisme.
Ce chapitre est élohiste. Il est, divisé en deux parties par le verset 14. Les treize premiers versets renferment les directions qui regardent, spécialement la manière de préparer l'eau lustrale, ce qui est la tâche des sacrificateurs, avec un appendice, versets 11 à 13, qui règle la manière dont on devra employer ce moyen de purification. La seconde partie, depuis le verset 14, concerne le peuple et indique les cas dans lesquels ce moyen devra être appliqué et tous les détails de son emploi.
1 à 13 Règlement pour les sacrificateurs.
1 à 10 Préparation de l'eau lustrale.
A Moïse et à Aaron : au premier comme chef du peuple ; au second comme chef des sacrificateurs.