Révolte de Koré, Dathan et Abiram contre Moïse et Aaron
Ce chapitre contient le récit d'une double révolte contre Moïse et contre Aaron : celle du Lévite Koré contre le sacerdoce d'Aaron et des Aaronides en vertu du sceau de consécration imprimé à tous les Israélites, et celle de Dathan et Abiram contre la souveraineté de Moïse, lui qui avait privé le peuple de tous les avantages de sa situation en Egypte pour le livrer à l'existence affreuse à laquelle il est condamné dans le désert.
Cet événement, avec celui qui en résulte (chapitre 17), est le seul de toute cette période dont le souvenir nous ait été conservé. Il prouve que l'esprit de révolte n'avait point été extirpé du peuple par le châtiment dont il avait été frappé. Aucun indice ne nous permet d'en préciser la date et te théâtre. D'après notre récit ces deux révoltes et le double châtiment auquel elles ont abouti ne formeraient qu'un événement unique. Mais la critique pense discerner ici deux faits absolument distincts, empruntés à des documents différents et que le rédacteur du Pentateuque aurait rapprochés et réunis en un seul et même récit. On attribue le rapport sur la révolte de Koré au document élohiste, et celui sur la révolte de Dathan et Abiram au document jéhoviste dans lequel seraient déjà combinés deux rapports distincts. On allègue d'abord les inconséquences, les obscurités, les solutions de continuité de notre récit, qui trahissent un travail de combinaison artificiel ; puis le passage Deutéronome 11.6, où il n'est, parlé que de la révolte de Dathan et d'Abiram, comme si l'auteur de ce livre n'avait connu que celle-là et n'avait eu en mains par conséquent que le document jéhoviste. Cependant nous nous demandons quel intérêt aurait pu pousser le dernier rédacteur à réunir et à combiner péniblement deux faits qu'il trouvait racontés séparément dans ses notices. Et si l'on va au fond des deux révoltes, on comprend aisément que, quoique différentes dans leur objet, elles avaient cependant des principes communs qui avaient pu engager les mécontents à se coaliser pour frapper un coup décisif. Pour se révolter efficacement contre le sacerdoce d'Aaron, n'était il pas indispensable de renverser l'autorité de Moïse qui l'avait établi ? Et pour exécuter ce dernier projet ne fallait il pas en finir en même temps avec la médiation entre le peuple et Dieu dont Aaron avait été investi ? On en voulait, les uns pour une raison, les autres pour une autre, à ces deux frères qui avaient concentré entre leurs mains tout le pouvoir politique et religieux de la nation. Aussi dans le récit suivant remarquons nous que Moïse, pour lutter contre les émeutiers, cherche à séparer leurs causes et à prendre à part successivement chaque groupe de factieux. Nous verrons si nous pouvons nous rendre compte de la suite du récit à ce point de vue qui a certainement été celui du rédacteur dans l'usage qu'il a fait de ses documents, documents dont, il faut bien nous le rappeler, nous ne possédons point la teneur complète. Quant à la citation du Deutéronome, il est impossible d'en rien conclure. L'allusion qui y est faite à notre récit se trouve dans un discours de Moïse au peuple, dans lequel il lui rappelle les hauts faits de Dieu envers lui, soit pour le secourir, soit pour le punir. Or la révolte de Koré, dirigée contre le sacerdoce d'Aaron, était surtout partie du corps des Lévites, quoique le peuple y eût acquiescé, et le feu qui consuma dans le sanctuaire même les deux cent cinquante conjurés qui s'étaient joints à Koré, n'avait point fait sur le peuple une impression aussi terrifiante et ineffaçable que celle qu'avait laissée cette catastrophe de la terre s'ouvrant sous ses yeux pour engloutir vivants ceux qui s'étaient faits les organes du mécontentement du peuple entier. Toute conséquence critique tirée de ce fait serait donc précaire. Ce qui le prouve bien, c'est que dans le passage Psaumes 106.17, où sont nommés Dathan et Abiram et où les versets 16 et 18 ne permettent pas de douter que l'auteur ne connaisse aussi le cas de Koré, Koré lui-même n'est pas plus nommé que dans le Deutéronome. Du reste, en Nombres 26.9-11, nous trouvons, dans un morceau élohiste, un passage où Dathan et Abiram sont nommés à côté de Koré, ce qui suppose que le document élohiste racontait aussi la révolte de Koré à côté de celle de Dathan et d'Abiram. Ajoutons cependant que ce morceau présente quelques caractères qui paraissent indiquer une annotation insérée postérieurement dans le document statistique dont il fait partie ; voir à ce passage.
1 à 3 La révolte.
Koré. Les quatre générations indiquées de Lévi à Koré sont évidemment insuffisantes pour remplir un espace de quatre siècles ; voir sur ce point Exode 6.14, note.
Koré était le cousin germain de Moïse ; ils étaient tous deux petit-fils de Kéhath. On voit par les versets 9 à 11 que ce qui le poussait à la révolte, c'était la jalousie du simple Lévite contre la position supérieure des sacrificateurs.
S'éleva. Le mot hébreu signifie : prit, sans que ce verbe ait d'objet. On a sous-entendu les deux cent cinquante hommes qui se joignirent à lui, ou expliqué prit dans le sens d'usurper, d'entreprendre, de prendre ce qui ne lui revenait pas. Ou bien, par un léger changement de lettre, on arrive au sens de s'éleva.
Dathan et Abiram... Ici aussi nous avons une généalogie très abrégée.
La qualité de fils de Ruben n'est sans doute pas sans importance pour le récit suivant. Ruben, l'aîné des fils de Jacob, avait été dépossédé de sa position naturelle à cause de son crime (Genèse 49.4). Il y avait là un ferment de mécontentement contre la suprématie de Moïse.
On, fils de Péleth. Comme il n'est plus question ensuite de ce personnage il faut conclure de là qu'il était tout à fait en seconde ligne. On a même cherché à le faire disparaître du texte par une correction assez plausible, mais qui ne paraît pourtant pas admissible.