Telle est sa pauvreté, son détachement de toutes choses dans ce monde qu'il ne sait pas le matin où il reposera, le soir, sa tête fatiguée. Conclusion pour le scribe : Que veux-tu donc chercher à ma suite ?
- C'est la première fois que nous rencontrons dans notre évangile ce nom significatif que Jésus aimait à se donner : le fils de l'homme. On l'a diversement interprété, sous l'influence d'idées préconçues. Plusieurs en cherchent l'origine dans le Psaumes 8.5. où il est évident que "fils de l'homme" signifie simplement l'homme, comme le prouve le parallélisme poétique de ce passage.
Mais on ne comprendrait pas pourquoi Jésus se désignerait ainsi habituellement comme étant un homme, ce qui était assez évident, ni surtout pourquoi il se servirait pour cela d'un terme poétique et inusité dans le langage ordinaire. On répond que c'était pour montrer en lui l'homme par excellence, l'homme idéal, le second Adam, le représentant et le type de l'humanité régénérée, etc. Ces idées sont vraies et bibliques en elles-mêmes, mais il n'est pas sûr qu'il faille les chercher dans le terme en question. Plusieurs interprètes des plus autorisés, trouvent l'origine de ce nom dans la grande vision de Daniel 7.13,14, où le Messie, à qui est donné un règne universel et éternel, apparaît comme un fils d'homme au milieu des anges du jugement et venant sur les nuées du ciel.
Une telle application de cette vision au terme qui nous occupe n'est point arbitraire ; elle est fondée sur de solennelles déclarations de Jésus-Christ lui-même, dans lesquelles tout en se désignant comme le fils de l'homme, il annonce son retour pour le jugement, "venant sur les nuées du ciel," (Matthieu 24.30 ; 26.64) allusion évidente à la vision du prophète. (Comparer Apocalypse 1.7,13 ; 14.14, etc.)
Le nom de fils de l'homme désigne donc le Messie, mais avec l'idée de son abaissement, de sa pauvreté (comme dans notre passage), en un mot de son humanité, qui un jour sera élevée à la gloire. (Philippiens 2.6-11) Le titre de fils de l'homme est l'antithèse de celui de Fils de Dieu. Et il faut remarquer que Jésus seul se donne ce nom, ses disciples ne le désignent jamais ainsi ; l'exception qui se trouve Actes 7.56 tient à la situation, et confirme l'interprétation qu'on vient d'exposer.