Esaïe 6.9,10, cité exactement d'après les Septante.
Ce texte diffère de l'hébreu, qui a tous les verbes du verset 10 à l'impératif : Engraisse le cœur de ce peuple, alourdis ses oreilles, enduis ses yeux, de peur...
C'est-à-dire que le prophète doit exécuter, par sa prédication même, ce jugement de Dieu : l'endurcissement puni par un endurcissement plus grand.
Dans le texte grec, cette action parait attribuée au peuple lui-même : "son cœur s'est engraissé." Telle est l'interprétation de Meyer et de M. Godet. (dans Jean 12.40) B. Weiss, insistant sur le passif du verbe : a été engraissé, attribue cette action au décret divin.
Quelque sens qu'on adopte, la cause première de cet endurcissement est bien la volonté rebelle du peuple, car le but de la prédication seul conforme à l'amour divin est de sauver, et Dieu n'endurcit que ceux qui se sont déjà endurcis. Mais tel est, sous cette réserve, l'effet de la parole de la grâce : "Odeur de vie, ou odeur de mort.." (2Corinthiens 2.16)
- Quant aux expressions du texte, il faut remarquer d'abord que la cause de l'inintelligence et de l'aveuglement (v.14) est placée dans le cœur (car, verset 15), qui est engraissé (sens de l'hébreu, le grec signifie aussi épaissi), rendu insensible par la prospérité.
Les effets de cette insensibilité sont exprimés par les images qui suivent : l'ouïe dure (grec lourde), les yeux à demi fermés, comme dans la somnolence, ou lorsqu'on craint la lumière ; et tout cela de peur qu'ils ne voient, n'entendent, ne comprennent, ne se convertissent, et que je ne les guérisse.
Il faut remarquer dans ce dernier verbe le changement de personne ; Dieu parle directement comme celui d'où procède toute guérison.
Quelle gradation profonde dans l'ordre où ces organes sont énumérés, et l'ordre inverse serait également vrai, car il y a action et réaction : d'abord le cœur, l'ouïe, les yeux ; puis les yeux, l'ouïe, le cœur.
Tout part du cœur et tout y aboutit dans l'œuvre du salut ou de l'endurcissement.