Cette réponse de Jésus à la question des disciples concernant Elie est au fond la même que dans le premier évangile, mais présentée d'une manière moins simple et plus difficile à saisir.
Dans Matthieu, Jésus confirme d'abord l'opinion des scribes qu'Elie vient premièrement (avant le Messie) ; il déclare même qu'il est déjà venu, mais que son peuple l'a méconnu et rejeté ; puis il annonce que lui-même sera traité de la même manière. (Matthieu 17.11,12, notes.)
Dans notre évangile, Jésus confirme également la venue du précurseur ; mais passant immédiatement à l'idée de ses propres souffrances, il pose, suivant l'interprétation ordinaire, cette question : Comment est-il écrit du fils de l'homme ? Et la réponse est : qu'il doit souffrir beaucoup et être méprisé.
Alors seulement il déclare (verset 13) qu'Elie est venu (dans la personne de Jean-Baptiste), et qu'ils l'ont traité, lui aussi, selon leur volonté dépravée.
Pourquoi Jésus, dans notre évangile, fait-il intervenir l'idée de ses souffrances dans sa réponse concernant Jean-Baptiste ? Ne serait-ce pas pour faire sentir aux disciples que c'est lui qui, par ses humiliations et sa mort, rétablit véritablement toutes choses ?
Le ministère de JeanBaptiste ne fut, en effet, que la préparation à ce rétablissement. Il est une manière de traduire, admise par un grand nombre d'interprètes, qui rend la pensée plus claire. Elle consiste à réunir les deux propositions en une seule question : comment est-il écrit du fils de l'homme qu'il doit souffrir beaucoup et être méprisé ?
Si, comme l'annonce la prophétie et comme Jésus vient de le confirmer, Elie est venu et a rétabli toutes choses, tout obstacle au règne de Dieu est ôté, le peuple est prêt à recevoir le Messie, celui-ci ne saurait donc être destiné à souffrir et à mourir.
De cette contradiction, les disciples devaient conclure que JeanBaptiste, arrêté prématurément, n'avait pas achevé la mission que lui assignait le prophète, qu'il n'avait pas rétabli toutes choses.
Au Messie, il incombait d'accomplir cette œuvre, mais en suivant la même voie douloureuse que son précurseur. (verset 13)
Rétablir toutes choses, c'était, selon l'opinion des Juifs, affranchir Israël du joug de l'étranger, restaurer la théocratie, en ramenant les mœurs et la religion des pères. En faisant intervenir dans cette œuvre ses souffrances et sa mort, Jésus montre qu'il la comprend d'une manière toute spirituelle.
- A quoi Jésus fait-il allusion en prononçant (verset 13) ces mots : selon qu'il est écrit de lui ? Il n'y a point dans l'Ancien Testament de prophétie relative aux souffrances de Jean-Baptiste.
Plusieurs interprètes les ont rapportés à ceux-ci : Je vous dis qu'Elie est venu, ce qui est grammaticalement inadmissible.
D'autres pensent que Jésus applique ici à Jean-Baptiste ce qui est dit en général des souffrances des prophètes et de tous les hommes de Dieu ; mais cela est contraire à ce terme précis : "écrit de lui ;" d'autres enfin admettent que Jésus fait allusion aux persécutions dirigées contre Elie, (1Rois 19.1 et suivants) considéré comme le type de Jean-Baptiste. Cette interprétation parait la plus naturelle.