Jésus adresse sa question au malade afin de le calmer et de le faire entrer en communication avec lui. Dans le trouble, l'exaltation et la souffrance où se trouvait cet homme, rien n'était plus propre à le ramener à lui-même et aux réalités de sa vie que de prononcer son nom, de dire à Jésus avec confiance qui il était.
Malheureusement, il était encore trop sous l'influence du mauvais esprit pour répondre avec une claire conscience de lui-même ; aussi est-ce le démon qui reprend la parole, et, non sans orgueil et méchanceté, il emprunte son nom à ces redoutables légions romaines qui faisaient la terreur et l'aversion du peuple juif.
Et tandis que dans Luc (Luc 8.30) c'est l'évangéliste qui fait cette réflexion : "car plusieurs démons étaient entrés en lui," ici, c'est encore l'esprit qui ajoute par la bouche du malade : car nous sommes plusieurs.
Faut-il entendre par là une multiplicité d'influences que l'esprit exerçait sur toutes les facultés de sa victime ? ou bien doit-on comprendre à la lettre qu'il y avait en elle un grand nombre de démons ? La première de ces opinions n'est point exclue ; mais bien certainement l'évangéliste a l'intention d'exprimer la seconde. En effet, tandis que jusqu'ici il a parlé d'un esprit impur, (verset 2) son récit prend maintenant partout la forme du pluriel. (versets 10,12,13)
Du reste, l'idée d'une pluralité de démons dans le même possédé n'est point étrangère aux évangélistes. (Voir Marc 16.9 ; Luc 8.2)