Et l'on fit... Aaron obéit aux prescriptions ci-dessus : immédiatement, en s'abstenant d'entrer dans le Lieu très saint, et ultérieurement, en y entrant le jour des Expiations et en y pratiquant tout le rituel relatif.
Sur le Jour des Expiations
Nous avons reconnu dans cette fête le couronnement des institutions propitiatoires de l'ancienne alliance. Les faits prouvent que sans elle Moïse serait resté au-dessous de la plupart des peuples anciens, qui avaient senti le besoin d'un acte solennel et périodique d'expiation nationale. Mais si Moïse ne pouvait faire moins qu'il n'a fait en établissant cette fête, il lui était impossible, d'autre part, de faire davantage et de remédier au mal, c'est-à-dire au péché, plus efficacement qu'il n'a réussi à le faire par cette institution.
Sans doute cette série de cérémonies ne pouvait manquer de produire dans la partie fidèle du peuple une impression sérieuse de la sainteté de Dieu, de la gravité du péché et de la nécessité de rompre avec le mal. Mais les imperfections de ce moyen de grâce sont si évidentes qu'elles devaient sans doute être senties déjà par les Israélites intelligents et, en tout cas, par Moïse lui-même. Le sang des victimes avait beau être le porteur d'une vie ; cette vie était loin de pouvoir être envisagée comme l'équivalent d'une vie humaine. Il était manifeste que cette couverture de la vie des Israélites pécheurs n'était valable que parce que Dieu voulait bien l'accepter comme telle. Et quant à l'éloignement du péché régnant en Israël et chez les sacrificateurs, de ce péché qu'était censé emporter avec lui le bouc destiné à Azazel, il était trop clair que cet éloignement symbolique du mal n'en était pas encore la destruction réelle. Pendant que le bouc maudit s'éloignait, le péché manifestait déjà sa présence au milieu du camp.
Toutefois ce mode de propitiation, malgré ses imperfections, avait son utilité réelle. D'abord il avait pour la conscience du peuple une valeur provisoire due à la miséricorde divine qui l'avait institué et qui l'agréait. Puis il faisait pressentir et désirer un autre moyen de salut plus parfait, qui atteindrait le fond du mal, soit par l'offrande d'une expiation correspondant mieux à la nature du péché, soit en mettant en uvre un mode de destruction du péché qui l'attaquât plus efficacement. Un tel acte, s'il venait jamais à se réaliser, ne serait plus une institution, un rite, un symbole : ce serait la rédemption elle-même. Il n'aurait par conséquent plus besoin d'être annuellement répété ; il serait par sa nature même éternellement valable.
Le prophète Zacharie avait déjà entrevu ce grand fait préfiguré par la cérémonie du jour des Expiations. En annonçant au grand sacrificateur Jéhosua qu'il était le précurseur et le type du serviteur de l'Eternel appelé Germe qui devait paraître, il décrivait l'uvre de celui-ci en ces mots : Et en un jour j'ôterai l'iniquité du pays (ou : de la terre). (3.8-9). Le rapport entre le jour des Expiations et l'uvre de Jésus-Christ est admirablement développé dans les chapitres 8 et 9 de l'épître aux Hébreux. L'entrée du grand sacrificateur dans le Lieu très saint avec le sang de la victime immolée sur l'autel des holocaustes, l'acte de confession des péchés du peuple devant l'arche et les chérubins, l'intercession qui accompagnait cette confession, enfin l'aspersion du sang sur le devant du propitiatoire et au pied de l'arche, tous ces actes symboliques sont présentés comme les figures des actes rédempteurs accomplis par Jésus-Christ :
- son immolation ici-bas sur l'autel de la croix ;
- son élévation à travers les cieux jusque dans le lieu de la manifestation immédiate de Dieu, où est dressé son trône ;
- sa comparution et son intercession en faveur de l'Eglise, du nouvel Israël l'offrande de son sang réconciliateur qui rend son intercession efficace.
C'est bien à ce rapport que s'applique le mot de saint Paul Colossiens 2.17 : A la loi l'ombre, à Christ le corps des choses à venir. Comparez aussi Romains 8.31 et 1Jean 2.1-2
Ajoutons enfin que si l'institution de la fête des Expiations remonte en effet jusqu'à l'époque du désert, il n'est plus possible de nier, comme l'ont fait quelques critiques modernes, l'existence d'un grand sacrificateur, d'un chef attitré du sacerdoce israélite, au temps de Moïse ; car cette fête est inséparable de l'existence d'une telle charge.