Chapitre 16, La loi sur le jour des Expiations
A l'occasion de la faute et de la punition des deux fils d'Aaron, l'Eternel met en garde Aaron lui-même contre une imprudence semblable à celle qui leur a coûté la vie : il détermine une fois pour toutes la seule circonstance dans laquelle il pourra sans danger entrer dans le Lieu très saint, ainsi que la manière dont il devra le faire. Sur l'interposition entre le chapitre 10 et le chapitre 16 des lois intermédiaires (chapitres 11 à 15), voir l'introduction du chapitre 11.
Malgré les sacrifices expiatoires et les nombreux moyens de purification indiqués jusqu'ici, il reste dans la vie du peuple et des individus et dans celle des sacrificateurs eux-mêmes une multitude de souillures qui échappent à l'emploi de ces moyens, mais qui n'échappent pas aux regards du Dieu saint. Les actes mêmes de purification et de culte en sont atteints et communiquent leur souillure au sanctuaire où le culte a lieu et aux ustensiles au moyen desquels il se célèbre ; de sorte qu'à la longue le Dieu qui réside dans cette demeure devrait l'abandonner et livrer le peuple à lui-même, comme il l'en a déjà menacé une fois. Ainsi se comprend l'institution d'une cérémonie annuelle de purification pour le peuple comme pour les sacrificateurs et le sanctuaire. Elle se rapportait à tous les péchés non encore expiés, mais expiables, en tant que n'ayant pas été commis à main levée.
Cette grande fête annuelle des Expiations, dont notre chapitre raconte l'institution, n'est point un phénomène isolé dans l'antiquité. D'autres peuples avaient, malgré les sacrifices ordinaires, senti le besoin d'une fête périodique extraordinaire destinée à les purifier et à faire disparaître toute séparation entre eux et leurs dieux. Ainsi les Grecs, spécialement les Athéniens et les habitants de l'île de Lemnos ; puis les Romains, dont on connaît les lustrations annuelles et quinquennales. Comment la loi mosaïque, si particulièrement destinée à développer le sens moral et le sentiment de la sainteté de Dieu et du péché de l'homme, n'aurait-elle pas possédé une cérémonie de ce genre ?
On a prétendu cependant que, comme ni les livres historiques, ni les écrits prophétiques ne font la moindre allusion à cette institution, elle ne pouvait dater que du temps après l'exil, que c'était ce grand châtiment qui en avait fait sentir le besoin, et que sa vraie institution se trouve dans le prophète Ezéchiel (Ezéchiel 45.18-20).
Mais on comprend aisément qu'une fête à laquelle le peuple ne prenait part que d'une manière intérieure et morale, par l'acte du jeûne, et qui restait presque exclusivement l'affaire du sacerdoce, se célébrant tout entière dans le sanctuaire, n'ait pas pris dans la vie nationale une place aussi saillante que les trois fêtes annuelles auxquelles Israël participait tout entier. Pour devenir populaire, cette institution supposait un sentiment très profond du péché, tel que celui qui s'est développé plus tard, à la suite de l'exil et à la longue seulement. Car à l'époque même du retour, ni dans Esdras et Néhémie, ni dans Zacharie, Aggée et Malachie, il n'en est encore fait mention, ce qui serait encore bien plus étrange si l'institution datait de ce temps même.
On a allégué spécialement le récit de la dédicace du temple par Salomon (1Rois 8 et 2Chroniques 7.7-9), dans lequel il n'est fait aucune mention des Expiations quoique ce jour tombât précisément sur la semaine de la dédicace ; puis les passages Esdras 3.1-13 et Néhémie 8.13-17 où il est fait mention expresse de la fête des Tabernacles, mais non du jour des Expiations qui devait se célébrer cinq jours avant ; ce qui est d'autant plus étonnant que dans Néhémie 9.1 il est parlé du jeûne célébré le vingt-quatrième jour du septième mois.
Mais la fête de purification du vieux Tabernacle n'avait pas de place dans la fête de consécration du temple nouveau par Salomon. Quant à Esdras chapitre 3, comment célébrer le jour des Expiations lorsqu'on n'avait encore qu'un autel des holocaustes, sans Lieu saint ni Lieu très saint ? Au temps de Néhémie, le temple était rebâti, il est vrai ; mais l'arche manquait ; ce ne fut sans doute que plus tard que l'on se décida à célébrer cette fête du jour des Expiations, malgré l'absence de l'arche de l'alliance qui en était le centre.
Le jeûne national célébré le 24 du septième mois n'est pas un jeûne annuel, mais un jeûne occasionnel en rapport avec la résolution prise à ce moment de renoncer à toute union avec les païens environnants et de renouveler sur le fondement de cet engagement l'alliance du peuple avec son Dieu. Il serait peu prudent de fonder des conclusions critiques considérables sur ce qui a pu se passer ou ne pas se passer en des temps aussi exceptionnels et difficiles. Le fait est que les expressions du texte de Lévitique chapitre 16 : Aaron, Aaron ton frère, Aaron et sa maison, dans le camp, hors du camp, au désert, comme l'Eternel l'avait commandé à Moïse, seraient d'impudents mensonges, si l'institution datait d'Esdras et de ses confrères.
L'occasion historique réelle de l'institution de la fête est expressément indiquée 16.2 ; cette donnée positive ne peut être une invention, ni surtout une invention sacerdotale. Tout ce qui concerne Azazel est d'ailleurs l'indice d'une haute antiquité, comme le prouve l'obscurité qui entoure ce détail du rite. Et quant à Ezéchiel, qui fixe le rite dont il parle au premier et au septième jour du mois et non au dixième, et qui ne dit absolument rien des rites si particuliers relatifs aux deux boucs, mais ne parle que d'un veau comme victime, comment eût-on pu penser à tirer de cette ordonnance celle du Lévitique, qui en diffère si sensiblement, et à l'attribuer frauduleusement à Moïse !
Enfin, ce qui rend cette hypothèse complètement absurde, c'est le fait que l'arche de l'alliance, qui est dans la loi du Lévitique le centre de la cérémonie, n'existait plus au temps de l'exil.
La loi du jour des Expiations est le couronnement de toutes les lois de sacrifices et de purifications qui ont précédé. Elle clôt la première partie du Lévitique. Deux parties :
- L'institution elle-même, versets 1 à 28
- Sa célébration annuelle, versets 29 à 34
1 à 28 Institution du jour des Expiations.
1 à 2 L'occasion de cette loi.