Le passage, Genèse 15.6, paraissait contredire la thèse de Jacques et confirmer l'opinion de ceux qui s'appuyaient, pour être sauvés, sur la foi sans les œuvres. Jacques se fait de ce passage qu'on lui oppose un dernier argument pour achever de convaincre ses adversaires.
Il considère la déclaration par laquelle la foi d'Abraham lui fut imputée à justice (Genèse 15.6) comme une sorte de prophétie qui n'a eu son accomplissement qu'au sacrifice d'Isaac : dans la foi commençante du patriarche, Dieu avait vu déjà sa foi parfaite ; il la lui avait imputée à justice dans la prévision qu'elle se développerait jusqu'à la perfection.
Ou, comme l'expliquent d'autres, Jacques distinguerait entre imputer à justice et justifier ; le premier terme ne s'appliquerait qu'à un jugement provisoire, concernant un acte spécial et qui serait un acompte, en quelque sorte, pour le jugement définitif ; celui-ci seul s'étendrait à toute la vie ; le second terme, justifier, rapporterait à ce jugement suprême.
Quoi qu'il en soit, le passage Genèse 15.6 est, aux yeux de l'auteur, une prophétie, qui a été accomplie par l'épreuve rapportée Genèse 22.
Le titre d'ami de Dieu n'est pas donné à Abraham dans la Genèse ; mais on trouve dans la prière de Josaphat (2Chroniques 20.7) et dans Esaïe 41.8 des expressions d'où est provenue cette qualification du patriarche, devenue courante chez les Juifs et chez les Arabes.
- L'exemple d'Abraham (Genèse 15,6) est invoqué par Paul (Romains 4.3 ; Galates 3.6) pour démontrer la thèse en apparence opposée de la justification par la foi sans les œuvres de la loi. On ne saurait cependant donner ce fait pour une preuve que Jacques ait connu les épîtres aux Galates et aux Romains et ait eu l'intention de contredire l'apôtre des gentils. (Voir l'Introduction et la note suivante.)