Ce sérieux avertissement : que nul ne soit dépourvu de la grâce de Dieu (le verbe grec signifie être en arrière de, manquer de ; comparez Hébreux 4.1 ; Ecclésiaste 6.2), l'auteur en fait ressortir l'importance en montrant d'abord le mal que peut faire celui qui abandonne la foi. Il l'établit par une allusion à Deutéronome 29.18,où l'infidélité du cœur et l'idolâtrie sont comparées à une "racine qui produit du fiel et de l'absinthe."
Un manuscrit des Septante porte : "une racine d'amertume qui produire du trouble." L'auteur avait probablement cette leçon sous les yeux. Il ajoute qu'il faut veiller à ce que, par cette racine, le grand nombre (grec les plusieurs) ne soient souillés.
L'exemple d'Esaü (Genèse 25.29 et suivants) qui, pour une jouissance charnelle, livra ses droits de premier-né par lesquels il était héritier de la bénédiction promise à Abraham et à sa postérité, montre l'effrayante gravité de la chute contre laquelle l'auteur met ses lecteurs en garde.
Quiconque demeure dans une condition morale où il est "privé de la grâce de Dieu" (Hébreux 12.15) est, comme Esaü, fornicateur, au sens religieux du mot, et profane, c'est-à-dire charnel, terrestre, animé d'un esprit opposé à la sanctification. (Hébreux 12.14) Le péché d'Esaü méprisant la promesse et s'excluant ainsi de l'Alliance de Dieu est caractérisé comme une fornication, un adultère suivant l'image fréquemment employée par les prophètes qui assimilent aux relations conjugales les rapports que le peuple élu ou l'âme croyante ont avec Dieu. (Jérémie 2.2 ; 3.6-9,19,20 ; comparez Apocalypse 2.22 ; 14.8)
D'autres prennent fornicateur au sens propre ; ce serait un avertissement spécial ; (comparez Hébreux 13.4 ; 1Corinthiens 5.9 et suivants) après ce précepte, l'auteur en donnerait un second concernant l'esprit profane dont Ésaü fit preuve. Cette interprétation méconnaît l'unité de la pensée dans ce morceau.