Ces deux versets (versets 4,5) donnent la raison pour laquelle Tite ne fut point circoncis : à cause des faux frères, qui, imbus de préjugés pharisaïques, s'étaient glissés dans l'assemblée et cherchaient, précisément dans la sainte liberté chrétienne que donne la justification par la foi seule, un prétexte pour attaquer l'Evangile de Paul.
"En toute autre circonstance, semble dire l'apôtre, nous n'eussions fait aucune difficulté à l'égard de Tite ; mais alors ni les apôtres de Jérusalem, ni nous ne leur cédâmes, même pour un instant" Leur céder n'eût point été supporter des frères faibles, ni renoncer volontairement et par charité à une liberté légitime, comme notre apôtre lui-même le recommande instamment ; (Romains 14 ; 1Corinthiens 8 ; 1Corinthiens 9 Romains 15.1-3) ; mais c'eût été renier la vérité, une doctrine fondamentale de l'Evangile, et remettre les chrétiens, surtout les païens convertis, sous le joug de la loi.
Cette admirable distinction que Paul faisait ainsi, est de la plus haute importance et d'une application journalière de notre temps encore. Lorsqu'il s'agissait de chrétiens faibles, peu éclairés, timorés dans leur observance de la loi (dont ils ne faisaient point une condition du salut, mais par laquelle ils cherchaient à obéir à Dieu selon leurs lumières), l'apôtre commandait le support et déclarait lui-même qu'il se faisait Juif avec les Juifs, tout à tous, (1Corinthiens 9.20-22) parce qu'il espérait par là les amener à une plus grande liberté, tandis qu'il aurait craint de les éloigner en les heurtant ou en leur imposant plus d'indépendance que n'en comportait leur connaissance ou leur foi.
Mais quand des hommes s'érigeaient orgueilleusement en docteurs, enseignaient la nécessité d'observer la loi pour être sauvé, et renversaient ainsi la grande doctrine de la justification par la foi, alors Paul, et avec lui les autres apôtres, ne leur cédaient point, pas même une heure, pour se soumettre à eux. (Actes 16.3, note ; Romains 14.1-4, note.) Sans quoi la vérité de l'Evangile, loin d'être maintenue, aurait certainement péri.