24 à 29
Paul ministre de l'Evangile auprès des païens.
"Maintenant..." l'apôtre est saisi par le contraste entre sa position actuelle de prisonnier et sa fonction de serviteur de l'Evangile ; mais cette position même ne l'empêchait pas de remplir cet apostolat auprès de ses lecteurs. Ces souffrances qu'il endurait pour eux ne leur offraient-elles pas un puissant motif de demeurer fermes dans la foi ! (verset 23) Comparer Ephésiens 3.1,13.
Grec : "Je remplis entièrement les manques des afflictions de Christ dans ma chair pour son corps, qui est l'Eglise."
M. Rilliet traduit : "Je supplée, dans ma chair, à ce qui manque aux souffrances de Christ." Ce passage est un des plus profonds qui se trouvent dans les épîtres de Paul. Il faut d'abord écarter avec soin toutes les interprétations superficielles ou fausses, qui seraient en contradiction avec les enseignements les plus clairs de l'Ecriture.
Au nombre des interprétations superficielles viennent se ranger celles qui consistent à rendre les afflictions de Christ par ces mots : "afflictions endurées pour l'amour de Christ, pour sa cause ;" ou encore : "des afflictions semblables à celles de Christ, provenant des mêmes causes, et dont il resterait à Paul à remplir une certaine mesure, ce qui manque encore pour avoir achevé sa tâche ;" ou enfin : "certaines épreuves spéciales qui ont manqué aux afflictions de Christ," comme la prison, etc.
Parmi les interprétations fausses, il faut signaler :
1° celle qui tendrait, de quelque manière que ce soit, à conclure de ces paroles de l'apôtre, qu'il a manqué quelque chose aux souffrances personnelles de Christ pour notre salut, et que l'homme peut y ajouter un complément quelconque ;
2° celle qui attribuerait aux souffrances du chrétien un caractère expiatoire, soit pour lui-même, soit pour les autres. (On sait, en effet, l'usage que le catholicisme a cru pouvoir faire de ce verset isolé de l'ensemble du Nouveau Testament et mal interprété.)
Quel en est donc le sens ? Et d'abord :
1° que signifient ici les afflictions de Christ ? Par ses souffrances, Christ a vaincu le péché, le monde, la mort ; par ses souffrances, "il a été consommé" (Grec :), il a atteint la perfection (Hébreux 2.10 ; 5.9) pour lui-même, comme homme, et pour tous ses rachetés, auxquels il a frayé le chemin de la gloire.
Maintenant ceux-ci le suivent dans la voie où il a marché ; (Romains 8.17 ; 2Corinthiens 1.5) mais cette "communion de ses souffrances" (Philippiens 3.10) n'est plus une imitation extérieure ; il demeure, et vit en eux ; ils sont son corps, dont il est la tête ; et comme son Esprit lutte, prie, soupire, s'attriste en eux, (Romains 8.25,26 ; Ephésiens 4.30) lui-même souffre en son corps qui est sur la terre, il est persécuté dans ses membres ; (Actes 9.4,5) ceux-ci portent son opprobre ; (Hébreux 11.26) ils sont "participants de l'affliction et de la patience du Christ ;" (Apocalypse 1.9) bien plus, "ils sont faits une même plante avec lui dans sa mort, ils meurent avec lui ;" (Romains 6.5-8 ; 2Corinthiens 5.14,15) ils "portent toujours, partout, en leur corps la mort du Seigneur Jésus." (2Corinthiens 4.10) Ainsi les souffrances des fidèles sont bien les afflictions de Christ, mais ses afflictions dans son corps, qui est l'Eglise.
"Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps-là."Pascal.
Dans ce sens, mais dans ce sens seul, il reste, il manque aux afflictions de Christ quelque chose qui peut être accompli, achevé ; c'est tout ce que l'Eglise doit souffrir jusqu'à ce qu'elle soit consommée avec son Chef : et voilà les souffrances auxquelles Paul eut, durant tout son ministère, une si large part. (1Corinthiens 4.9 et suivants) Mais :
2° comment un chrétien peut-il souffrir pour l'Eglise ou pour le corps de Christ ? Cela ne signifie point qu'il souffre à sa place, dans un sens d'expiation ; car Christ, et Christ seul a tout accompli ; nul ne peut racheter son frère de la mort. Mais il n'en est pas moins vrai que les souffrances, les renoncements, les victoires de chaque membre de l'Eglise contribuent puissamment au bien de tout le corps, par la communion qui existe entre les membres. Quel affermissement pour la foi de tous dans la constance d'un seul martyr ! Les triomphes que ces généreux confesseurs ont remportés en défendant la vérité profitent encore à l'Eglise après des siècles. Il en est de même de l'influence bénie du membre le plus obscur de l'Eglise, souffrant en vrai chrétien. Combien plus de l'œuvre d'un saint Paul ! (Comparer 2Corinthiens 1.6, note.)
Aussi comprenons-nous qu'il se réjouisse de ses souffrances pour ses frères, d'abord parce qu'il aimait ces frères, et ensuite parce qu'il avait le sentiment qu'il souffrait avec son Sauveur, portant "les afflictions de Christ," lui étant rendu semblable. (Voir sur ce passage un discours de Vinet, dans les Etudes évangéliques.)