L'œil pénétrant du Seigneur discerne à côté de ce grand zèle pour la propagation de l'Évangile et pour la pureté de la doctrine un triste manque du premier amour, de cette ardeur intime et toute-puissante du sentiment qui suit la conversion et qui rend capable de tout sacrifier, tant est grande la joie de l'âme qui peut enfin se dire : "Je suis sauvée !"
Les uns entendent par le premier amour uniquement l'amour pour Dieu et pour Christ. Ils se fondent sur le fait que cette expression paraît empruntée à la comparaison de l'amour conjugal appliquée aux relations de Dieu avec son peuple (Osée 2.16 ; Jérémie 2.2) ou de Christ avec l'Église. (Ephésiens 5.25,32 ; 2Corinthiens 11.2)
Les autres objectent que le manque d'amour pour Dieu s'accorderait mal avec les éloges décernés à l'Église dans versets 2,3. Ils estiment que le Seigneur a en vue les déficits de l'amour fraternel, qui s'était refroidi dans les cœurs, au milieu des combats du dehors et des discussions du dedans.
Il est probable qu'il faut comprendre ce terme de l'un et l'autre amour, étroitement unis en fait et toujours dépendants l'un de l'autre. L'amour pour Dieu est le plus naturellement indiqué par l'expression employée. Il peut faire défaut précisément là où prédomine un zèle sincère, mais amer, (Jacques 3.1) sans intelligence, (Romains 10.2) pour la défense de la vérité et de la saine doctrine.
L'effet immédiat et nécessaire de ce déclin de l'amour pour Dieu est la diminution de l'amour pour le prochain. Les œuvres de l'Église continuent, mais ce ne sont plus les premières œuvres, (verset 5) parce que l'esprit de la charité leur manque. Cette activité extérieure fait illusion à l'Église sur ce qui lui manque au dedans.