Au lieu des mots : et qu'elle reparaîtra, le texte reçu porte : quoiqu'elle soit. Ces mots ne se trouvent dans aucun document et ne sont qu'une faute de l'édition d'Erasme. (15.16)
- La plupart des interprètes identifient la bête qui a été et n'est plus, et doit monter de l'abîme, avec la "tête blessée à mort et dont la plaie mortelle fut guérie" de Apocalypse 13.3, et avec celui des "sept rois, qui n'est plus," mais reviendra comme "le huitième ;" (versets 10,11) ils voient en elle Néron ressuscité. (Comparer Apocalypse 13.3, note.)
Mais cette interprétation met une grande confusion dans les images employées :
1° elle méconnaît que Néron est désigné, à verset 10, comme l'une des sept têtes de la bête décrite à verset 8.
2° Elle aboutit à cette conception invraisemblable que la bête qui porte la femme (la ville de Rome) serait un empereur.
Ce dernier trait montre que la bête, à verset 8, ne saurait être un individu, ni Néron ou l'un des Césars contemporains de l'Apocalypse, ni l'Antéchrist, mais un être collectif, l'empire romain, comme dans Apocalypse 13.1-3. Ici cependant, il ne s'agit pas de l'empire en lui même.
Quelque graves que fussent la crise provoquée par le suicide de Néron et les guerres civiles entre les généraux qui se disputaient le pouvoir, Jean ne pouvait dire de l'empire : il était et n'est plus. D'ailleurs, au moment où il écrivait, Vespasien avait rétabli l'ordre et raffermi le trône impérial.
La bête, dans notre passage, c'est donc plus spécialement l'empire persécuteur de l'Eglise, tel qu'il s'était montré sous Néron, quand la ville de Rome s'était "enivrée du sang des saints et du sang des témoins de Jésus." (verset 6) Cet empire persécuteur n'est plus, car, sous les premiers successeurs de Néron, les chrétiens goûtèrent quelques années de repos ; mais il reparaîtra, la bête, qui a été et n'est plus, doit monter de l'abîme, suscitée par les puissances diaboliques. (Apocalypse 9.1 et suivants)
Une persécution générale éclatera, (Apocalypse 13.7,15) qui sera si terrible, que les habitants de la terre s'étonneront en voyant la bête, tous ceux du moins dont le nom n'est pas écrit dans le livre de la vie. (Apocalypse 13.8)
Ces derniers serviteurs de l'Agneau immolé, disciples d'un maître crucifié, savent qu'ils ne doivent pas s'étonner si le monde les hait (Matthieu 10.17 et suivants ; Matthieu 24.9 ; Jean 15.18 et suivants) et que c'est par beaucoup de tribulations qu'ils entreront dans la vie. (Actes 14.22 ; Jean 16.33 ; Apocalypse 7.14)
Mais cette grande persécution sera le dernier effort de la bête : elle s'en va à la perdition. L'empire persécuteur périra des tentatives mêmes qu'il aura faites d'écraser le christianisme.