La prière du chrétien pour lui-même (versets 14,15) devient nécessairement prière pour ses frères, au moyen de la communion intime et vivante qui les unit et qui confond leurs intérêts éternels dans un même amour.
Ainsi tout fidèle qui voit son frère pécher et qui l'aime, deviendra son intercesseur auprès de Dieu ; et il a ici la miséricordieuse promesse qu'il rendra à cette âme la pardon et la vie. Il demandera et il lui donnera la vie.
Quel est le sujet de ce dernier verbe ? Les uns répondent : Dieu, et la plupart de nos versions introduisent ce mot dans le texte. Mais il est plus naturel de donner aux deux verbes le même sujet : le frère qui prie, dont il est encore question à la fin du verset. Il donnera la vie à celui pour qui il intercédera, en lui procurant par sa prière le pardon et le secours de Dieu. (Comparer Jacques 5.15) Telle est, d'après l'apôtre, la puissance de la prière, qu'elle met le croyant, pour ainsi dire, en possession de la toute-puissance de Dieu. A une condition toutefois : c'est que le pécheur pour lequel on prie ne pèche pas d'un péché à la mort.
Que faut-il entendre par là ? Non pas un acte isolé, une transgression quelque grave qu'elle soit de la loi de Dieu, et dans laquelle un chrétien serait tombé par faiblesse, par manque de vigilance, ou par l'entraînement d'une tentation ; mais ce péché à la mort révèle un état de mort spirituelle où est arrivée une âme qui a connu la vérité et commencé de vivre la vie nouvelle.
Une longue suite de péchés volontaires, la négligence des moyens de grâce, les séductions du monde, peuvent amener un tel état, qui a beaucoup de rapport avec le péché contre le SaintEsprit. (Matthieu 12.31,32) Alors, toute communion avec Dieu ayant cessé par l'abandon du Sauveur, l'âme devient étrangère aussi à la communion fraternelle et échappe aux influences bénies de l'intercession.
Jean ne défend pas de prier pour ce péché-là mais il ne le commande pas : Je ne dis pas (grec) qu'il prie pour ce péché-là. Et comme il arrive rarement que l'homme ait une connaissance suffisante et une conviction bien fondée d'un tel état d'âme chez son frère, il convient de ne faire usage de cet avertissement de l'apôtre qu'avec une extrême prudence et selon les conseils d'une vraie charité.
Pour rassurer les chrétiens sincères, mais toujours faillibles, l'apôtre ajoute : (verset 17) Sans doute, toute iniquité, tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu, (1Jean 2.29 ; 3.7) est péché, et le chrétien, qui pratique la justice selon que son Dieu Sauveur est "juste," (1Jean 3.7) ne doit pas le tolérer dans sa vie ; mais il peut, malgré tout, se trouver chez lui tel péché, qu'il reconnaît, dont il se repent, que Dieu pardonne et qui dès lors ne détruit point le principe de la vie, n'est point à la mort. (1Jean 1.9 ; 2.1)