Voici maintenant l'exhortation qui découle de ce qui précède, et qui, selon le contexte et selon la nature des choses, s'adresse surtout aux jeunes gens. (verset 14)
Le monde, l'amour du monde, le Père, l'amour du Père : telle est la grande antithèse que l'apôtre établit ici et dont les deux termes, considérés comme les objets de notre amour, s'excluent absolument.
Mais pour ne pas abuser de ce précepte, ce qui arrive si fréquemment, il faut se faire une idée juste de ce que Jean appelle le monde. Il n'entend point par là l'univers créé, œuvre de Dieu, où se manifestent sa sagesse, sa puissance et sa bonté ; (Romains 1.20) car nous pouvons, nous devons l'aimer, comme les hommes de Dieu qui le chantent dans leurs cantiques. (Psaumes 19 ; Psaumes 104)
Il ne désigne point non plus les hommes qui sont encore du monde ; (1Jean 3.13,5.19) car, dans ce sens, Dieu lui-même "a aimé le monde," (Jean 3.16) et nous devons l'aimer comme il l'aime, c'est-à-dire nous efforcer de le sauver, ce qui ne peut avoir lieu sans amour.
Par ce mot, de même que Paul par l'expression "le siècle présent," (Romains 12.2 ; Galates 1.4 ; 2Timothée 4.10, etc.) Jean entend l'esprit charnel, mauvais, corrompu, qui, depuis la chute, règne parmi les hommes du monde, avec toutes les choses indifférentes en elles mêmes que cet esprit rend funestes en les pénétrant et en les assujettissant à son service.
Le même objet, la même action, la même jouissance peuvent être du monde ou n'en être pas, selon l'esprit qu'on y apporte. En un mot, tout est monde, même les choses les plus saintes en apparence, là où n'est pas l'amour de Dieu, occupant la première place ; et là où est cet amour, rien n'est monde, car il exclut naturellement, nécessairement, tout ce qui, par sa nature, est incompatible avec lui.
Mais l'apôtre lui-même précise sa pensée (verset 16) en réduisant à trois chefs principaux les choses qui sont dans le monde, qu'il a prescrit à ses lecteurs de ne point aimer ; et ces trois chefs ne sont pas trois objets particuliers de nos affections, mais trois passions ou convoitises, qui donnent à tout ce qu'elles affectent ce caractère de mondanité.
D'abord, la convoitise de la chair, par où il faut entendre, toute action, tout désir, toute pensée tendant à la jouissance des sens, et dont est remplie l'âme vide de l'amour de Dieu. (Comparer le développement de cette antithèse dans Galates 5.16-25) Celui qui cherche dans la satisfaction de la chair son trésor (son souverain bien), y met tout son cœur. (Matthieu 6.21)
Ensuite, la convoitise des yeux, qui éveille, par le moyen de la vue, la convoitise de la chair. En effet, par cela seul que le mal règne dans le monde aussi bien que dans le cœur, tout ce que l'homme voit est propre à exciter la convoitise, et ainsi il y a perpétuellement action et réaction entre la double puissance du mal en nous et hors de nous. Même quand elle n'aboutit pas au péché de la chair, la convoitise des yeux est coupable au jugement de Dieu. (Matthieu 5.8) D'autres interprètes entendent la convoitise des yeux de tout désir du bien d'autrui (Exode 20.17) et l'identifient avec l'amour de l'argent.
- Les biens de ce monde non seulement excitent les désirs de l'homme et lui fournissent le moyen de satisfaire ses convoitises ; mais, quand il les possède il en tire vanité, il se fait un piédestal de sa fortune, de ses talents, de sa beauté. C'est là ce que l'apôtre appelle l'orgueil de la vie.
Le mot que nous traduisons par orgueil, se retrouve, au pluriel, Jacques 4.16, dans le sens de "pensées orgueilleuses ;" un substantif de la même racine signifie : vain, vantard. (Romains 1.30 ; 2Timothée 3.2) Quant au terme rendu par vie, il désigne proprement ce qui sert à entretenir la vie. (1Jean 3.17 ; Marc 12.44)
La disposition contre laquelle l'apôtre met en garde est donc la fausse sécurité, l'orgueilleuse assurance de l'homme qui possède des biens en abondance. (Luc 12.19) Elle est à la fois dangereuse et coupable, parce qu'elle nous porte à croire que nous pouvons nous passer de Dieu, à oublier par conséquent Dieu et la vie éternelle, à faire des biens terrestres des idoles, à nous adorer nous-mêmes, à rendre hommage, en un mot, au prince de ce monde.
- Que tout ce qui est dans le monde, et qui porte ces caractères, ne soit pas du Père, c'est là une vérité évidente en elle-même ; par conséquent, quiconque aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui.
- On retrouve, en quelque mesure, ces trois convoitises dans la tentation en Eden (Genèse 3.6) et dans la tentation de Jésus au désert (Matthieu 4.3-10)