Il était impossible qu'une union dans laquelle un des époux restait païen, tandis que l'autre avait été converti par l'Evangile, n'inspirât pas à ce dernier des doutes pénibles sur la conduite qu'il devait tenir.
Echappé au royaume des ténèbres, reçu par le baptême dans le royaume de Christ, il voyait en celui auquel il était associé un être encore plongé dans les abominations du paganisme ; une telle union était-elle chrétiennement légitime ? n'était-elle pas impure ? les enfants mêmes qui en naîtraient ne participeraient-ils pas de cette souillure ?
Terribles questions pour une conscience délicate ! questions que les chrétiens de Corinthe ont proposées à l'apôtre, et sur lesquelles il ne leur donnera son avis avec tant d'assurance que parce qu'il est bien sûr d'avoir l'Esprit de Dieu. (verset 40)
Eh bien, cet avis est que la partie chrétienne ne doit pas, d'elle-même, se séparer, mais seulement ne pas s'opposer à cette séparation, si la partie païenne la veut. Le motif qu'en donne l'apôtre part d'un principe profond et très vrai aux yeux d'une foi vivante : c'est que les deux éléments opposés de la vérité et de l'erreur, de la lumière et des ténèbres, étant mis en contact dans le monde, où spécialement dans l'union dont il s'agit ici, le bien doit finalement rester victorieux du mal, le royaume de Dieu l'emporter sur le royaume de Satan.
D'après cette vue, la puissance de la vie chrétienne et de l'Esprit de Dieu dans un des époux, sanctifie l'autre, c'est-à-dire lui fait éprouver cette influence, d'abord lointaine, que l'Evangile exerce même sur les mondains incrédules, le place sous l'action des moyens de grâce, en un mot, consacre l'union, la met à part pour Dieu (tel est ici, et très fréquemment, le sens du mot sanctifier, 1Timothée 4.5).
Par la même raison, les enfants issus de cette union, placés dès leur berceau sous l'influence chrétienne de l'un des époux, consacrés au Seigneur, élevés dans les bénédictions de l'alliance de grâce, sont saints (ce mot étant pris dans le sens indiqué cidessus).
Cette pensée n'est point en contradiction avec les enseignements de l'Ecriture sur ce qu'on a appelé le péché originel, car il est bien évident que les enfants dont parle ici l'apôtre, nés dans le péché, auront, comme tout enfant d'Adam, besoin de la régénération et de la sanctification que les moyens de grâce mis à leur portée sont destinés à opérer.
"Le privilège spécial que l'apôtre attribue ici aux enfants des fidèles découle du bénéfice de l'alliance de grâce, par laquelle est ôtée la malédiction naturelle ; (Psaumes 51.7 ; Ephésiens 2.3) en sorte que ceux qui étaientprofanessont consacrés par la grâce. C'est ainsi que l'apôtre argumente quand il dit (Romains 11.16) que toute la postérité d'Abraham est sainte, parce que Dieu a conclu avec lui l'alliance de vie.Si la racine est sainte,dit-il,les branches le sont aussi.Et Dieu appelleses filstous ceux qui sont nés d'Israël. Or, maintenant que le mur de séparation a été renversé, la même alliance de salut que Dieu avait traitée avec Abraham, nous est communiquée." Calvin.
De là, le réformateur tire, avec raison, un puissant argument en faveur du baptême des enfants : "Que si les enfants des fidèles ont, dans le genre humain, une position exceptionnelle, afin d'être mis à part pour le Seigneur, pourquoi les exclurions-nous du signe ? Si le Seigneur les admet dans son Eglise par sa Parole, pourquoi leur refuserions-nous le signe ?"