Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney
Sermon 9
La folie morale
« Et aussi le cœur des fils des hommes est plein de mal, et la folie est dans leur cœur pendant qu'ils vivent » (Ecclésiaste 9,3)
La Bible attribue souvent à tous les hommes non convertis un seul et même cœur, une même disposition. Elle divise toujours notre race en deux groupes, et deux seulement : les croyants et les pécheurs. Les uns se sont détournés de leur péché et sont devenus de vrais amis de Dieu ; les autres restent ses ennemis, sans se convertir. Selon la Bible, le cœur de tous ceux qui ne sont pas nés de nouveau est donc le même dans son caractère général. Au temps de Noé, Dieu a déclaré « que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal » (Genèse 6,5). Remarquez-le : il parle des pensées de « leur cœur », comme s'ils n'avaient qu'un seul cœur pour tous, tous pareils dans leur caractère moral. De même, par la bouche de Paul, Dieu déclare : « la pensée de la chair est inimitié contre Dieu » (Romains 8,7) ; et il le dit non pas d'un homme ou de quelques hommes, mais de tous ceux qui vivent selon leur nature humaine. Dans notre texte aussi, la formule est parlante : « le cœur des fils de l'homme » est « plein de méchanceté », comme si les fils des hommes n'avaient qu'un seul cœur, commun à tous, et que ce cœur unique était « plein de méchanceté ». Vous remarquerez que cette affirmation ne vise pas un ou deux hommes, ni seulement certains hommes, mais « les fils de l'homme », comme s'il s'agissait de tous.
1. Mais que veut dire le texte quand il affirme que « la folie est dans leur cœur pendant leur vie » ?
Il ne s'agit pas ici de la folie de la colère, mais de la folie au sens de la maladie mentale. Il est vrai que l'on dit parfois des gens qu'ils sont fous de colère ; mais ce n'est pas le sens de notre texte. La Bible, comme le langage de tous les jours, emploie ce mot « folie » pour parler de la perte de la raison. C'est ainsi que nous le comprenons ici.
Il y a deux sortes de folie : celle de la tête et celle du cœur. Dans la première, c'est l'intelligence qui est dérangée ; dans la seconde, c'est la volonté, ce qui en nous choisit librement. La folie de l'intelligence supprime la responsabilité morale. L'homme dont l'intelligence est malade n'est plus, pour un temps, un être libre et responsable ; sa responsabilité morale est suspendue, parce qu'il ne peut pas connaître son devoir, ni choisir en toute responsabilité de l'accomplir ou non. Il est vrai que, lorsqu'un homme se rend lui-même fou pour un moment, par exemple en s'enivrant, les tribunaux sont obligés de le tenir pour responsable des actes qu'il a commis dans cet état ; mais en réalité, la faute porte sur l'acte volontaire qui a provoqué cette folie. Un homme qui s'enivre en buvant, en toute connaissance de cause, ce qu'il sait être de l'alcool, doit être tenu pour responsable de ce qu'il fait pendant son ivresse. La raison en est qu'il peut prévoir le danger, et qu'il peut facilement l'éviter.
La règle générale est la suivante : tant que l'intelligence garde ses capacités habituelles, l'obligation morale reste entière.
La folie morale, au contraire, est une folie de la volonté. L'homme garde toute son intelligence, mais il met tout son cœur à faire le mal. Il refuse de céder à ce que sa conscience exige. Dans la pratique, il rejette les obligations de sa responsabilité morale. Il a tout ce qu'il faut pour être un être libre et responsable, mais il en abuse obstinément. Il a une raison qui lui dit ce qu'il doit faire, mais il refuse d'obéir à ce qu'elle lui dit.
Dans cette forme de folie, la raison reste intacte ; mais le cœur désobéit délibérément.
La folie dont parle le texte est morale : c'est celle du cœur. Par le cœur, il faut entendre ici la volonté, ce qui en nous décide. Alors que l'homme a toute sa tête, il agit pourtant comme s'il l'avait perdue.
2. Il est important de montrer quelques-unes des manières dont cet état d'esprit se manifeste. Puisque la Bible affirme comme un fait que les pécheurs ont la folie au cœur, nous pouvons tout naturellement nous attendre à en voir quelques signes. On est souvent frappé de voir avec quelle exactitude la Bible fait le portrait du caractère humain, aussi fidèle qu'une photographie. L'a-t-elle fait sur ce point ? Voyons.
Qui sont ceux qui sont moralement fous ?
Ceux qui, sans avoir perdu la raison, agissent pourtant comme s'ils l'avaient perdue.
Par exemple, ceux qui ont perdu la raison prennent l'imaginaire pour la réalité, et la réalité pour de l'imaginaire. Ils agissent comme si la vérité n'était pas vraie, et comme si le mensonge était la vérité. Tout le monde sait que les fous suivent réellement les rêves délirants de leur imagination comme s'ils étaient la réalité la plus solide, et qu'on a toutes les peines du monde à leur faire sentir le poids de ce qui est vraiment réel.
De même, les hommes qui vivent dans leurs péchés traitent les réalités du monde spirituel comme si elles n'étaient pas réelles, et courent après les illusions les plus creuses de ce monde comme si elles étaient des réalités solides.
Ils agissent aussi comme si leur propre personne avait une importance suprême, et comme si tout le reste n'en avait pour ainsi dire aucune. Imaginez que vous voyiez un homme se comporter ainsi dans la vie de tous les jours. Il va partout, jour après jour, en se prenant pour le Dieu suprême, et il exige en pratique que tout le monde accorde la plus haute importance à ses droits à lui, et peu ou pas d'importance aux droits des autres. Si vous voyiez un homme dire cela et le mettre en pratique, ne le prendriez-vous pas soit pour un blasphémateur, soit pour un fou ?
Remarquez maintenant ce fait étonnant : les méchants parlent avec assez de bon sens pour montrer qu'ils savent très bien ce qu'il en est, et pourtant ils agissent comme si tout cela était vrai, comme s'ils pensaient que leur intérêt personnel compte plus que tout le reste de l'univers, et que les intérêts de Dieu, et même ses droits, ne sont rien en comparaison. En pratique, chaque pécheur agit ainsi.
C'est un élément essentiel de tout péché. Les égoïstes ne tiennent jamais compte des droits de quelqu'un d'autre, à moins que ces droits ne soient liés d'une manière ou d'une autre aux leurs.
Si les méchants croyaient vraiment que leurs droits et leurs intérêts sont ce qu'il y a de plus important dans l'univers, cela prouverait qu'ils ont perdu la raison, et nous nous dépêcherions de les enfermer dans l'asile de fous le plus proche ; mais quand ils montrent qu'ils savent très bien ce qu'il en est, et que pourtant ils agissent selon cette idée sans fondement, contre ce qu'ils savent, nous disons avec la Bible : « la folie est dans leur cœur pendant qu'ils vivent » (Ecclésiaste 9,3).
Voyez encore cette folie dans la manière dont le pécheur compare le temps présent et l'éternité. Toute sa vie proclame qu'à ses yeux, il est bien plus important de s'assurer les biens de cette vie que ceux de l'éternité. Pourtant, si un homme raisonnait ainsi, s'il cherchait à le prouver et l'affirmait sérieusement, vous sauriez qu'il est fou, et vous l'aideriez à entrer à l'asile. Mais supposons qu'il ne dise pas cela, qu'il n'ose pas le dire, qu'il sache que c'est faux, et que pourtant il le mette sans cesse en pratique et vive comme si c'était vrai : qu'en dire ? Simplement ceci : il est moralement fou. La folie est dans son cœur.
Or c'est exactement ce que fait chacun de vous qui vit dans le péché. Vous préférez le temps présent à l'éternité. En pratique, vous dites : « Oh, donnez-moi les joies de cette vie ! Pourquoi devrais-je m'inquiéter dès maintenant de ces petites affaires de l'éternité ? »
Dans le même esprit, vous faites comme si le corps comptait plus que l'âme. Mais si un homme affirmait cela et allait partout pour essayer de le prouver, vous sauriez qu'il est fou. Oh, si c'était un de vos amis, comme votre cœur se briserait devant son triste malheur : il a perdu la raison ! Mais s'il sait très bien ce qu'il en est, et que pourtant il vit en pratique comme si c'était vrai, vous dites seulement qu'il est moralement fou, voilà tout !
Imaginez que vous voyiez un homme détruire ses propres biens, non par accident ou par erreur, mais délibérément, et abîmer aussi sa santé, comme s'il n'avait aucun souci de ses propres intérêts. Vous pourriez porter son cas devant un juge et demander qu'il soit déclaré fou ; on lui retirerait alors la gestion de ses biens, et on ne le laisserait plus les gaspiller. Pourtant, dans les choses spirituelles, les méchants agissent délibérément contre leurs intérêts les plus chers. On leur a mis entre les mains de quoi acquérir la sagesse, et ils ne s'en servent pas ; les trésors du ciel sont à leur portée, et ils n'essaient pas de les obtenir ; on leur offre un bonheur d'une richesse infinie, qu'il suffit d'accepter, et ils refusent de le prendre comme un cadeau. Vraiment ! Comme il est clair que si les hommes agissaient dans les choses de cette vie comme ils agissent dans les choses spirituelles, tout le monde les déclarerait fous. N'importe qui le jurerait. On dirait : « Regardez donc ; cet homme agit contre ses propres intérêts en tout ! Qui peut nier qu'il est fou ? Les gens sensés ne font certainement jamais cela ! »
Mais dans les questions morales, les méchants semblent se donner toutes les peines du monde pour ruiner leurs propres intérêts et se mettre en faillite pour toujours ! Oh, comme ils réduisent leur âme à la misère, alors qu'ils pourraient avoir les richesses du ciel !
De plus, ils s'efforcent de réaliser des choses manifestement impossibles. Par exemple, ils essaient de se rendre heureux dans leurs péchés et leur égoïsme. Pourtant, ils savent qu'ils n'y arriveront pas. Demandez-leur : ils reconnaîtront que c'est tout à fait impossible ; et pourtant, malgré ce qu'ils savent, ils continuent sans cesse d'essayer, comme s'ils s'attendaient à réaliser un jour une chose manifestement impossible. Dans les choses morales, cela ne vous frappe peut-être pas comme particulièrement étrange, car c'est extrêmement courant ; mais imaginez que, dans les affaires de ce monde, vous voyiez un homme faire le même genre de chose : qu'en penseriez-vous ? Par exemple, vous le voyez travailler dur à construire une très longue échelle, et vous lui demandez à quoi elle servira. Il répond : « Je vais monter sur la lune. » Vous le voyez dépenser son travail et son argent, y mettre l'effort de toute une vie, pour dresser une échelle gigantesque avec laquelle il compte monter sur la lune ! Ne diriez-vous pas : « Il est certainement fou ! » ? Car s'il n'était pas vraiment fou, il saurait que c'est absolument impossible. Mais dans les choses spirituelles, les hommes essaient sans arrêt d'obtenir un résultat au moins aussi impossible : être heureux dans le péché, heureux alors que leurs propres facultés sont en révolte les unes contre les autres, le cœur en guerre contre la raison et la conscience. Chercher le bonheur dans le péché, c'est comme si un homme cherchait à se rendre heureux en se tailladant la chair, en s'arrachant les yeux, en se cassant les dents. Pourtant, les hommes savent aussi bien qu'ils ne peuvent pas trouver le bonheur dans le péché et l'égoïsme qu'ils savent qu'on ne s'assure pas la santé et le bien-être en se mutilant et en se déchirant les nerfs. En faisant ainsi, comme des fous, ce qu'ils savent devoir toujours empêcher le vrai bonheur et ne jamais l'assurer, ils montrent qu'ils sont moralement fous.
Un autre signe de la folie de l'esprit est la perte de confiance envers ses meilleurs amis. C'est souvent l'une des premières preuves de la folie, et l'une des plus douloureuses : le pauvre homme s'est mis en tête que ses amis les plus chers sont décidés à le perdre. Aucune preuve, si nombreuse soit-elle, ne peut le persuader que ce sont ses vrais amis.
C'est exactement ainsi que les pécheurs, dans leur folie, traitent Dieu. Alors qu'au fond d'eux-mêmes ils savent qu'il est leur véritable ami, ils le traitent en pratique comme leur pire ennemi. Aucune raison ne peut les persuader de lui faire confiance comme à un ami. En fait, ils le traitent comme s'il était le plus grand menteur de l'univers. Chose incroyable, ils inversent en pratique l'estime qu'ils doivent à Dieu et celle qu'ils doivent à Satan : ils traitent Satan comme s'il était Dieu, et Dieu comme s'il était Satan. Satan, ils le croient et lui obéissent ; Dieu, ils le renient, le déshonorent et lui désobéissent. Comme ils voudraient étrangement renverser l'ordre des choses ! Ils mettraient volontiers Satan sur le trône de l'univers, en lui donnant la plus haute place au ciel ; et le Dieu tout-puissant et saint, ils l'enverraient en enfer. Ils n'hésitent pas à livrer à Satan le pouvoir sur leur propre cœur, cette place qui revient à Dieu seul.
J'ai déjà fait remarquer que les fous traitent leurs meilleurs amis comme s'ils étaient leurs pires ennemis, et que c'est souvent la première preuve de leur folie. Si c'est un mari, il se met en tête que sa chère épouse essaie de l'empoisonner. Je me souviens d'un cas : le premier cas de vraie folie que j'aie jamais vu, et c'est peut-être pour cela qu'il m'a si fortement marqué. J'étais à cheval et, en approchant d'une maison, j'ai remarqué une fenêtre ouverte à l'étage et j'ai entendu un cri qui n'avait rien d'humain. Dès que je me suis trouvé assez près pour distinguer les mots, j'ai entendu une voix égarée qui suppliait : « Étranger, étranger, venez ici ! La grande prostituée de Babylone est ici ; ils essaient de me tuer, ils vont me tuer ! » Je suis descendu de cheval, je me suis approché de la maison, et là j'ai trouvé un homme enfermé dans une cage, qui se plaignait très amèrement de sa femme. En me tournant vers elle, j'ai vu qu'elle avait l'air triste, comme si un lourd chagrin pesait sur son cœur. Une larme tremblait dans son œil. Hélas, son cher mari était fou ! C'est là que j'ai appris pour la première fois comment les fous ont l'habitude de considérer leurs meilleurs amis.
Or les pécheurs savent très bien qui est Dieu, et qui sont leurs autres vrais amis ; et pourtant ils les traitent très souvent exactement de cette manière. C'est comme s'ils allaient sur les places publiques et criaient à tous les passants : « Holà, vous tous, sachez-le : le grand Dieu est un tyran tout-puissant ! On ne peut ni lui faire confiance ni l'aimer ! »
Tout le monde sait qu'en pratique ils traitent Dieu de cette façon. Ils considèrent le service de Dieu, la foi chrétienne, comme s'il était incompatible avec leur bonheur réel et le plus élevé. J'ai souvent rencontré des pécheurs qui semblaient penser que tout effort pour les rendre chrétiens est une manœuvre pour les piéger et les vendre comme esclaves. Ils ne regardent pas du tout la foi comme si elle venait d'un Dieu d'amour. En pratique, ils la traitent comme si l'embrasser devait être leur ruine. Pourtant, dans tout cela, ils agissent entièrement contre leurs propres convictions. Ils savent bien qu'il en va autrement. S'ils ne le savaient pas, leur culpabilité serait extrêmement petite à côté de ce qu'elle est.
Un autre signe remarquable de la folie, c'est de s'agiter énormément pour des riens, et de rester indifférent devant les choses les plus importantes de l'univers. Imaginez un homme qui se passionne pour des brins de paille et des cailloux, qui se donne une peine infatigable pour les rassembler en tas et les ranger comme des trésors ; mais quand un incendie éclate autour de sa maison et que tout le village est en flammes, il n'y fait pas attention et ne s'y intéresse pas ; ou bien les gens peuvent mourir de la peste tout autour de lui, il ne s'en soucie pas. Ne diriez-vous pas qu'il doit être fou ? Or c'est exactement le cas des pécheurs. Ils se passionnent presque sans limite pour les biens de ce monde, qui ne sont que des brins de paille et des cailloux à côté des trésors que Dieu leur offre ; mais oh, comme ils restent indifférents devant les événements les plus graves de l'univers ! Les immenses enjeux de leur âme éveillent à peine en eux une seule pensée sérieuse. S'ils ne savaient pas ce qu'il en est, vous diriez : « Assurément, ils ont perdu la raison. » Mais puisqu'ils le savent, vous ne pouvez pas dire moins que ceci : ils sont moralement fous ; « la folie est dans leur cœur pendant qu'ils vivent » (Ecclésiaste 9,3).
La conduite des hommes qui refusent de se repentir est le comble de la déraison. Quand vous la voyez telle qu'elle est, vous vous faites une idée de la déraison plus juste et plus vive que par n'importe quel autre moyen. Vous le voyez dans les buts auxquels ils se consacrent, et dans les moyens qu'ils emploient pour les atteindre. Tout est absolument déraisonnable. Un but choisi comme par un fou, poursuivi par des moyens imaginés comme par un fou : voilà l'histoire de la vie des foules qui rejettent Dieu. Si cela venait d'erreurs de jugement de l'intelligence, nous dirions aussitôt que toute la race humaine est devenue folle.
L'asile de fous lui-même ne fournit pas une preuve plus forte de folie de l'esprit que celle que chaque pécheur donne de sa folie morale. Vous pouvez aller à Columbus et visiter toutes les chambres occupées par les malades de l'asile d'aliénés : vous ne trouverez pas un seul fou qui montre plus clairement sa folie d'esprit que chaque pécheur ne montre sa folie morale. Si l'asile prouve que ses pensionnaires ont perdu la raison, chaque pécheur prouve de même qu'il est moralement fou.
Les pécheurs agissent comme s'ils avaient peur d'être sauvés. Souvent, ils semblent chercher à rendre leur salut aussi difficile que possible. Par exemple, ils savent tous ce que Christ a dit du danger des richesses et de la difficulté pour les riches d'être sauvés. Ils ont lu ces paroles sorties de sa bouche : « Combien difficilement ceux qui ont des biens entreront-ils dans le royaume de Dieu ! » (Marc 10,23). « Il est plus facile qu'un chameau passe par un trou d'aiguille, qu'un riche n'entre dans le royaume de Dieu » (Marc 10,25). Ils le savent, et pourtant combien d'entre eux se précipitent comme des fous pour devenir riches ! Pour cela, certains sont prêts à sacrifier leur conscience, d'autres leur santé ; tous semblent prêts à sacrifier délibérément leur âme ! Comment pourraient-ils s'assurer plus sûrement leur propre damnation ?
Ainsi, ils regardent la damnation comme si c'était le salut, et le salut comme si c'était la damnation. Ils se jettent sur la damnation comme si c'était le ciel, et fuient le salut comme si c'était l'enfer.
Est-ce exagéré ? Non ; c'est la simple vérité. Les pécheurs se pressent sur le chemin de l'enfer comme si c'était le plus grand bien de leur existence, et évitent le chemin du ciel comme si c'était le comble du malheur. Pécheur, voilà votre propre état moral. Ce tableau ne donne que les faits tels qu'ils sont, sans exagération.
3. Cette folie morale est un état de pure méchanceté. Ce qui en fait un état coupable, c'est qu'il est entièrement volontaire. Il ne vient pas de la perte de la raison, mais du mauvais usage de la raison. La volonté s'obstine à agir contre la raison et la conscience. Malgré ce qu'affirme la raison, et sans tenir compte des avertissements de la conscience, le pécheur poursuit sa route de révolte contre Dieu et contre le bien. Dans une méchanceté aussi volontaire, comment n'y aurait-il pas une vraie culpabilité ?
De plus, cette conduite est souvent réfléchie. L'homme pèche dans ses moments de calme et de réflexion, aussi bien que dans ses moments d'agitation. S'il pèche plus ouvertement et plus hardiment dans ses moments d'agitation, il ne se repent pas et ne change pas d'attitude envers Dieu dans ses moments de réflexion : au contraire, il approuve alors, pour ainsi dire, les décisions hâtives de ses heures d'agitation. Cela rend sa culpabilité encore plus grande.
Ensuite, ses projets de péché sont obstinés et inflexibles. De mille et mille manières, Dieu exerce des influences sur son esprit pour lui faire changer de projets ; mais d'habitude en vain. Cette vie de péché viole toutes ses obligations. Qui ne le sait pas ? Le pécheur n'agit jamais pour de bons motifs ; il ne cède jamais à la force du sentiment du devoir ; jamais il ne reconnaît en pratique son devoir d'aimer son prochain comme lui-même, ni d'honorer le Seigneur son Dieu.
C'est un rejet total à la fois de la loi de Dieu et de l'Évangile. La loi, il refuse d'y obéir ; l'Évangile du pardon, il refuse de l'accepter. Il semble décidé à défier la toute-puissance de l'Éternel et à braver sa colère. N'est-il pas fou de ses idoles ? Est-ce trop dire, quand la Bible affirme : « la folie est dans leur cœur pendant qu'ils vivent » (Ecclésiaste 9,3) ?
Remarques.
1. Chose étrange, les pécheurs accusent les croyants d'être fous et d'avoir perdu la tête. Dès que des chrétiens commencent à agir comme si la vérité qu'ils croient était réelle, les méchants s'écrient : « Voyez, ils deviennent fous ! » Pourtant, ces mêmes pécheurs reconnaissent que la Bible est vraie, et reconnaissent que ce que croient les chrétiens est réellement vrai ; plus encore, ils reconnaissent que ces chrétiens ne font que ce qu'ils doivent faire, et seulement ce qu'eux-mêmes devraient faire ; et malgré tout, ils les accusent de folie. Il est curieux de voir que ces pécheurs eux-mêmes savent que ces chrétiens sont les seuls hommes raisonnables sur la terre. Je me souviens très bien d'avoir vu cela clairement avant ma conversion. Je savais alors que les chrétiens étaient les seules personnes au monde qui avaient vraiment le droit d'être considérées comme saines d'esprit.
2. Si la folie de l'esprit est une chose bouleversante, combien plus la folie morale ! J'ai parlé de ce que j'ai ressenti la première fois que j'ai vu un homme qui avait perdu la raison ; mais un cas de folie morale devrait être considéré comme bien plus douloureux et bien plus stupéfiant. Prenons le cas d'un homme comme Webster. Son cerveau se ramollit ; il devient idiot ! Il n'y aurait pas un homme dans tout le pays qui ne serait saisi de gravité. Quoi ! Daniel Webster, ce grand homme, un idiot ! Comment les puissants sont-ils tombés ! Quel spectacle horrible !
Mais combien plus horrible serait-il de le voir devenir un idiot moral : de voir un cœur égoïste se déchaîner contre les conclusions si claires de son intelligence immense, de voir ses principes moraux s'effacer devant les exigences d'une ambition égoïste, de voir un tel homme devenir un ivrogne, un débauché, un vaurien ! Si cela arrivait à un Daniel Webster, ce serait bouleversant au-delà de toute expression ! La déchéance de l'intelligence ne mérite même pas d'être mise en comparaison !
3. Même si certains pécheurs ont une apparence honnête, et semblent avoir un caractère et un tempérament aimables, tout vrai pécheur est en réalité fou. Devant toutes ces choses si graves de l'éternité, il tient à n'être guidé que par les choses de cette vie. Avec les capacités d'un ange, il ne vise pas plus haut que les ambitions misérables d'un cœur égoïste. Comment les anges doivent-ils voir un tel cas ! L'éternité est si vaste, et ce qui s'y joue si terrible, et pourtant ce pécheur fonce à toute allure vers l'enfer comme s'il était sur la grande route du ciel ! Et tout cela simplement parce qu'il est aveuglé par les plaisirs passagers du péché. À première vue, il semble s'être réellement trompé, en prenant l'enfer pour le ciel ; mais en regardant de plus près, vous voyez que ce n'est pas une véritable erreur de l'intelligence : il connaît très bien la différence entre l'enfer et le ciel ; mais en pratique, il se trompe lui-même, poussé par les élans de son cœur fou ! La triste vérité, c'est qu'il aime le péché, et qu'il veut courir après ! Hélas, hélas ! Fou à ce point, il se précipite avidement vers sa propre damnation, exactement comme s'il courait vers le ciel !
Nous frémissons à la pensée qu'un de nos amis puisse devenir idiot ou fou ; mais ce n'est pas moitié aussi grave que de voir l'un d'eux devenir méchant. Mieux vaudrait voir toute une famille perdre l'esprit qu'un seul de ses membres devenir un pécheur endurci. En vérité, le premier malheur n'est rien à côté du second. Car celui qui a perdu l'esprit ne restera pas toujours ainsi. Quand ce corps mortel sera déposé dans la tombe, l'âme pourra de nouveau regarder au grand air de la liberté, comme si elle n'avait jamais été emmurée dans une prison obscure ; et le corps, ressuscité, pourra s'épanouir dans une force et une beauté éternelles. Mais hélas, la folie morale ne fait qu'empirer, pour toujours ! Comme sa racine n'est pas dans un cerveau malade, mais dans un cœur et une âme malades, la mort ne peut pas la guérir ; la résurrection ne fera que relever le pécheur pour la honte et le mépris éternel ; et le monde éternel ne fera que donner à sa folie la place de se déchaîner, avec une force accrue et une étendue plus large, pour toujours.
Certaines personnes ont plus peur d'être traitées de folles que d'être traitées de méchantes. Elles montrent assurément l'illusion fatale qui pèse sur leur cœur.
La folie de l'esprit est seulement digne de pitié, elle n'a rien de honteux ; mais la folie morale est honteuse au-delà de toute expression. Personne ne doit s'étonner que Dieu dise que certains se réveilleront « pour l'opprobre, pour être un objet d'horreur éternelle » (Daniel 12,2).
Se convertir à Dieu, c'est retrouver la santé morale. Cela consiste à remettre la volonté et les sentiments sous la juste direction de l'intelligence, de la raison et de la conscience, de manière à remettre l'homme en accord avec lui-même : toutes ses facultés à leur vraie place, chacune dans son vrai rôle.
Il arrive que des personnes qui se sont converties, mais qui ne sont pas bien affermies, retombent dans la folie morale. De même, il arrive que des personnes retombent dans la folie de l'esprit après avoir semblé tout à fait guéries. C'est un cas triste, qui remplit de chagrin le cœur de leurs proches. Pourtant, aucun cas ne peut être aussi triste que celui d'une rechute dans la folie morale.
Un asile de fous est un endroit bien triste. Comment un cœur un peu sensible pourrait-il regarder une telle scène sans une profonde douleur ? Remarquez, en traversant ces couloirs, les traces d'intelligences en ruine : voici une femme à l'allure noble, complètement folle ; voilà un homme à la prestance et au maintien magnifiques, tout en ruine ! Quelle horreur ! Mais alors, si c'est ainsi, quel endroit doit être l'enfer ! Ces asiles de fous de l'esprit sont terribles ; combien plus l'asile des fous moraux !
Imaginons que nous allions à Columbus visiter son asile d'aliénés, que nous fassions le tour de tous ses quartiers en étudiant le cas de chaque malade ; puis que nous allions dans l'Indiana, puis à New York, et ainsi de suite dans tous les asiles de chaque État. Puis nous irons à Londres visiter son asile, où nous trouverons peut-être autant de fous que dans toute notre Union. Ne serait-ce pas un spectacle bien triste ? Ne vous écrieriez-vous pas, bien avant que nous ayons fini : « Assez ! Assez ! Comment puis-je supporter la vue de ces fous ! Comment puis-je supporter de regarder une telle désolation ! »
Imaginons maintenant que nous allions visiter le grand asile des fous moraux de l'univers : l'enfer des âmes perdues. Car si les hommes se rendent eux-mêmes fous, Dieu doit les enfermer dans une immense cellule d'asile. Pourquoi ne le ferait-il pas ? Le bien de son empire exige que toute la folie morale de son royaume soit retirée de la société des êtres saints, et enfermée à part, toute seule. Là se trouvent ceux dont l'intelligence est saine, mais dont le cœur est complètement faussé. Ah, quel endroit pour y passer son éternité ! Le grand asile de fous de l'univers !
Il arrive que des pécheurs, ici-bas, conscients de leur propre folie, entrevoient cet état effrayant. Je me souviens qu'à un certain moment, j'ai été frappé par cette idée que les chrétiens sont les seules personnes qui puissent se dire raisonnables ; et alors je me suis demandé : « Pourquoi est-ce que j'agis ainsi ? Est-ce que cela me ferait du mal d'obéir à Dieu ? Est-ce que cela détruirait ma paix, ou abîmerait mon avenir, dans cette vie ou dans l'autre ? Pourquoi est-ce que je continue ainsi ? »
Je me suis dit : « Je ne peux pas l'expliquer, sinon en disant que je suis fou. Tout ce que je peux dire, c'est que mon cœur est attaché au mal, et qu'il ne veut pas se détourner. »
Hélas, pauvre fou ! Pas malheureux, mais méchant ! Combien d'entre vous savent que c'est là leur véritable situation ? Ô jeune homme, votre père pensait-il que vous étiez sain d'esprit quand il vous a envoyé ici ? Ah, vous l'étiez peut-être du point de vue de l'intelligence, mais pas du point de vue moral. Dans votre nature morale et dans son fonctionnement, tout était complètement dérangé. Mon cher jeune ami, votre conscience et votre raison approuvent-elles votre propre conduite ? Sinon, qu'êtes-vous d'autre qu'un fou moral ? Jeune homme, jeune femme, devez-vous vraiment vous inscrire vous-mêmes sur la liste des fous moraux ?
Enfin, ce sujet montre combien il est important de ne pas éteindre l'Esprit. C'est le moyen que Dieu emploie pour guérir les fous moraux. Oh, si vous éteignez sa lumière dans votre âme, il ne vous reste que les ténèbres les plus noires, pour toujours ! Un jeune homme du séminaire de Lane, qui mourait dans ses péchés, disait : « Pourquoi ne m'avez-vous pas dit qu'il existe une damnation éternelle ? Weld, pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ? » « Je vous l'ai dit. » « Oh, je vais là-bas ! Comment puis-je mourir ainsi ? Il fait de plus en plus sombre ; apportez une lumière ! » Et c'est ainsi qu'il a quitté ce monde de lumière et d'espérance !
Ô pécheur, prenez garde de ne pas éteindre la lumière que Dieu a jetée dans votre cœur obscur, de peur qu'au moment où vous quitterez ce monde, il ne fasse nuit sur votre âme en plein midi : l'entrée dans les ténèbres les plus noires, pour toujours.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).