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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 5

Les excuses des pécheurs accusent Dieu

« Anéantiras-tu jusqu'à ma justice ? Me condamneras-tu pour te donner droit ? » (Job 40,3)

Dans l'ensemble, Job avait parlé de Dieu avec justesse ; pourtant, dans sa grande angoisse et son grand trouble, au milieu de ses dures épreuves, il avait dit certaines choses irréfléchies et injurieuses. C'est pour cela que le Seigneur l'a repris. Ce reproche se trouve dans les versets qui entourent notre texte :

« L'Éternel, s'adressant à Job, dit : Celui qui dispute contre le Tout-Puissant est-il convaincu ? Celui qui conteste avec Dieu a-t-il une réplique à faire ? » (Job 39,34-35)

« Job répondit à l'Éternel et dit : Voici, je suis trop peu de chose ; que te répliquerais-je ? Je mets la main sur ma bouche. J'ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; deux fois, je n'ajouterai rien » (Job 39,36-38)

« L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit : Ceins tes reins comme un vaillant homme ; je t'interrogerai, et tu m'instruiras. Anéantiras-tu jusqu'à ma justice ? Me condamneras-tu pour te donner droit ? » (Job 40,1-3)

Mais mon but n'est pas d'étudier le sens premier de ces paroles ni leur contexte ; je veux plutôt voir comment elles s'appliquent aujourd'hui aux pécheurs. Pour cela, je vais I. Montrer que toute excuse pour le péché accuse Dieu. II. Examiner en détail quelques-unes de ces excuses. III. Montrer que s'excuser de son péché, c'est ajouter l'insulte au tort qu'on a déjà fait. I. Toute excuse pour le péché accuse Dieu. On le verra clairement si l'on considère ceci :

1. Rien ne peut être un péché s'il existe une excuse valable pour le faire.

C'est tout à fait évident. Il n'est donc besoin ni de l'expliquer ni de le prouver.

2. Si Dieu condamne ce pour quoi il existe une bonne excuse, c'est lui qui a tort. Cela aussi est évident. Si Dieu condamne ce que nous avons de bonnes raisons de faire, aucun être intelligent dans l'univers ne pourra lui donner raison.

3. Or Dieu condamne bel et bien tout péché. Il le condamne entièrement, et il ne tolère pour lui ni la moindre justification ni la moindre excuse. Donc, ou bien le péché n'a aucune excuse, ou bien c'est Dieu qui a tort.

4. Par conséquent, toute excuse pour le péché rejette la faute sur Dieu, et revient à l'accuser de tyrannie. Celui qui avance une excuse pour son péché accuse donc Dieu.

II. Examinons quelques-unes de ces excuses, et voyons si les principes que je viens de poser ne sont pas justes et vrais.

1. L'incapacité. Aucune excuse n'est plus répandue. On la répète et on la répète encore dans tous les pays chrétiens ; on se la transmet de génération en génération, sans jamais l'oublier. On proclame sans rougir que les hommes ne peuvent pas faire ce que Dieu leur demande.

Examinons cela et voyons ce que cela vaut. Dieu, dit-on, exige ce que les hommes ne peuvent pas faire. Et sait-il qu'ils ne peuvent pas le faire ? Bien sûr. Alors il n'a aucune excuse pour l'exiger, et son exigence est tout à fait déraisonnable. La raison humaine ne pourra jamais la justifier. C'est une chose impossible par nature.

Mais encore : sous quelle peine Dieu exige-t-il ce que l'homme ne peut pas faire ? La peine annoncée, c'est la mort éternelle ! Oui, la mort éternelle, selon ceux qui avancent l'incapacité comme excuse. Dieu exigerait de moi, sous peine de mort éternelle, ce qu'il sait que je ne peux pas faire. Voilà vraiment qui accuse Dieu de la pire manière. Autant accuser Dieu ouvertement d'être un tyran infini.

De plus, il ne dépend pas de nous, à ces conditions, d'accuser ou non Dieu d'une tyrannie infinie : nous ne pouvons pas faire autrement. La loi de notre raison nous y oblige.

Ainsi, ceux qui se placent sur ce terrain accusent Dieu d'une tyrannie infinie. Peut-être, pécheur, ne vous doutez-vous guère, quand vous avancez l'excuse de l'incapacité, que vous traînez réellement Dieu en justice en l'accusant d'une tyrannie infinie. Et vous, chrétien, qui faites de ce dogme de l'incapacité une partie de votre credo « fidèle à la saine doctrine », vous n'avez peut-être guère remarqué à quel point il blasphème le caractère de Dieu ; mais que vous ne l'ayez pas remarqué ne change rien aux faits. Cette noire accusation est contenue dans la doctrine même de l'incapacité, et aucune explication ne peut l'en faire sortir.

J'ai laissé entendre que cette accusation est un blasphème contre Dieu, et c'est tout à fait vrai. Loin de Dieu une telle chose ! Dieu exigerait-il des choses impossibles par nature, et menacerait-il les hommes de la mort éternelle parce qu'ils n'ont pas fait ce qu'ils n'ont, par nature, aucune capacité de faire ? Jamais ! Et pourtant, hommes de bien et hommes mauvais s'accordent pour accuser Dieu de faire exactement cela, et de le faire non pas une ou deux fois seulement, mais toujours, à toutes les époques, avec toute l'humanité, du commencement à la fin des temps ! C'est horrible ! Rien, dans tout le gouvernement de Dieu, n'a jamais autant insulté et outragé l'Éternel ! Rien n'a jamais été plus blasphématoire ni plus faux ! Dieu dit que « ses commandements ne sont pas pénibles » (1 Jean 5,3) ; mais vous, par cette excuse de l'incapacité, vous proclamez que la parole de Dieu est fausse. Vous déclarez que ses commandements ne sont pas seulement pénibles, mais même impossibles par nature ! Écoutez ! Que dit le Seigneur Jésus ? « Mon joug est aisé et mon fardeau est léger » (Matthieu 11,30). Et vous le niez ? Vous vous dressez en face même de ses paroles pour dire : « Seigneur, ton joug est si dur que personne ne peut le supporter ; ton fardeau est si lourd que personne ne pourra jamais le porter ! » N'est-ce pas contredire et blasphémer Celui qui ne peut pas mentir ?

Mais vous soutenez que personne ne peut obéir à la loi de Dieu. Comme le dit la Confession de foi presbytérienne : « Aucun homme n'est capable, ni par lui-même ni par aucune grâce reçue en cette vie, de garder parfaitement les commandements de Dieu ; au contraire, il les viole chaque jour en pensée, en parole et en action. » Remarquez-le : cela n'affirme pas seulement qu'aucun homme n'est capable par nature de garder les commandements de Dieu, mais aussi qu'aucun homme n'en est capable « par aucune grâce reçue en cette vie ». Cette déclaration devient ainsi une calomnie contre l'Évangile, en plus d'une déformation évidente de la loi de son Auteur et des rapports de l'homme avec l'une et l'autre. C'est encore parler avec modération que d'appeler calomnie cette affirmation de la Confession de foi. S'il existe un mensonge, en enfer ou hors de l'enfer, c'est bien celui-là ; sinon, Dieu est un tyran infini. Si l'on permet à la raison de parler, il lui est impossible de dire moins, ou autre chose. Et Dieu n'a-t-il pas créé la raison de l'homme justement pour qu'elle reconnaisse la droiture de toutes ses voies ?

« Que Dieu soit vrai et tout homme menteur » (Romains 3,4) ! Dans le cas présent, un fait remarquable le montre : aucun homme ne peut apaiser sa propre conscience et se convaincre qu'il est vraiment incapable de garder la loi. C'est donc l'homme qui ment, et non Dieu.

2. Une deuxième excuse des pécheurs, c'est le manque de temps.

Supposons que je dise à l'un de mes fils : « Va faire tel ou tel travail, sinon tu seras fouetté à mort. » Il me répond : « Papa, je ne peux vraiment pas, je n'ai pas le temps. Je dois faire cet autre travail que tu m'as demandé ; et de toute façon, même si je n'avais rien d'autre à faire, je ne pourrais absolument pas faire ce nouveau travail dans le temps que tu me laisses. » Si ce qu'il dit est vrai, et si je le savais quand je lui ai donné l'ordre, alors je suis un tyran. Impossible d'échapper à cette accusation. Ma conduite envers mon fils est de la tyrannie pure et simple.

De même, si Dieu exige vraiment de vous ce que vous n'avez pas le temps de faire, il est infiniment coupable. Car il sait sûrement combien vous avez peu de temps, et il est indéniable qu'il appuie ses exigences par les peines les plus terribles. Quoi ! Dieu se moquerait-il de la justice à ce point, se soucierait-il si peu du bien de ses créatures, qu'il pourrait jouer avec des foudres brûlantes et les lancer, au mépris de la justice et du droit, sur ses malheureuses créatures ? Jamais ! jamais ! Ce n'est pas vrai ; ce n'est que la fausse supposition que fait le pécheur quand il dit, pour s'excuser, qu'il n'a pas le temps de faire ce que Dieu lui demande.

Permettez-moi de vous demander, pécheur : combien de temps vous faudra-t-il pour accomplir le premier grand devoir que Dieu vous demande, c'est-à-dire lui donner votre cœur ? Combien de temps cela prendra-t-il ? Combien de temps vous faut-il pour vous décider à servir et à aimer Dieu ? Ne savez-vous pas que, quand ce sera fait, ce sera fait en un instant ? Et combien de temps vous faut-il pour vous persuader de le faire ?

Peut-être voulez-vous dire ceci : « Seigneur, il me faut tant de temps pour me décider à te servir qu'il me semble que je n'aurai jamais assez de temps pour cela ; même toute une vie me paraît presque trop courte pour amener mon esprit à cette décision qui me déplaît. » Est-ce là ce que vous voulez dire, pécheur ?

Mais regardons la question sous tous ses angles. Supposons que je dise à mon fils : « Fais cela maintenant, mon fils » ; et qu'il me réponde : « Je ne peux pas, papa, je dois faire cette autre chose que tu m'as demandée. » Dieu agit-il ainsi ? Non. Dieu demande seulement le devoir de chaque moment, au moment voulu. C'est tout. Il nous demande seulement d'utiliser fidèlement toutes les forces qu'il nous a données, rien de plus. Il demande seulement que nous fassions de notre mieux. Quand il fixe la mesure d'amour qui lui plaira, il ne dit pas : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu avec les forces d'un ange, avec le cœur brûlant d'un séraphin » ; non, il dit seulement : « de tout ton cœur » (Matthieu 22,37). C'est tout. Elle est infiniment ridicule, cette excuse du pécheur qui prétend ne pas pouvoir faire de son mieux, ne pas pouvoir aimer Dieu de tout son propre cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force. « Tu feras de ton mieux », dit Dieu au pécheur. « Ah, répond le pécheur, je n'en suis pas capable. » Oh, quelle sottise !

Vous accusez Dieu d'être déraisonnable. En vérité, Dieu est le plus raisonnable de tous les êtres. Il nous demande seulement d'employer chaque moment pour lui, au travail ou au repos, selon ce qui sert le mieux sa gloire. Il demande seulement qu'avec le temps, les talents et les forces qu'il nous a donnés, nous fassions tout ce que nous pouvons pour le servir.

Cette mère dit : « Comment pourrais-je vivre avec Dieu ? Je dois m'occuper de tous mes enfants. » Vraiment ! Et vous ne trouvez pas le temps de servir Dieu ? Que vous demande Dieu ? D'abandonner et de négliger vos enfants ? Pas du tout ; il vous demande de prendre soin de vos enfants, et d'en prendre bien soin ; et de le faire entièrement pour Dieu. Il vous dit : « Ce sont mes enfants. » Il les remet entre vos mains en disant : « Prends soin d'eux pour moi, et je te donnerai ton salaire. » Alors, vous faudra-t-il plus de temps pour prendre soin de vos enfants pour Dieu que pour vous-même ? « Oh, dites-vous, je ne peux pas vivre avec Dieu, car je dois me lever le matin et préparer le petit-déjeuner. » Et combien de temps de plus vous faudra-t-il pour préparer le petit-déjeuner afin de plaire à Dieu, que pour le faire afin de vous plaire à vous-même ? De combien de temps de plus avez-vous besoin pour accomplir vos tâches dans un esprit de foi que pour les accomplir par égoïsme ?

Alors, que voulez-vous dire avec cette excuse ? En réalité, toutes ces excuses montrent que celui qui les avance a perdu la tête : non pas qu'il soit malade de l'esprit, mais il agit comme un fou. Car qu'est-ce que Dieu demande de si grand que vous ne puissiez pas le faire faute de temps ? Seulement ceci : que vous fassiez tout pour Dieu. Ceux qui avancent cette excuse semblent avoir complètement perdu de vue ce qu'est vraiment la foi, et ce que Dieu leur demande vraiment. Il en va de même pour l'excuse de l'incapacité. Le pécheur dit : « Je suis incapable. » Incapable de faire quoi ? Justement ce que vous pouvez faire ; car Dieu n'exige jamais rien au-delà. Donc, à moins de supposer que Dieu exige de vous plus que vous ne pouvez faire, votre excuse est fausse, et même ridicule. Si, au contraire, vous ne supposez pas cela, alors votre excuse, même si elle était vraie, ne prouverait pas que Dieu est injuste.

Mais je disais qu'avec cette excuse du manque de temps pour vivre avec Dieu, les hommes perdent complètement de vue, ou déforment, ce qu'est vraiment la foi. Le fermier dit : « Je ne peux pas vivre avec Dieu ; je ne peux pas servir Dieu : je dois semer mon blé. » Eh bien, semez votre blé ; mais faites-le pour le Seigneur. Oh, mais vous avez tant à faire ! Alors faites tout pour le Seigneur. Un autre ne peut pas vivre avec Dieu, parce qu'il doit apprendre sa leçon. Eh bien, apprenez votre leçon, mais apprenez-la pour le Seigneur, et ce sera vivre avec Dieu. L'homme qui négligerait de semer son blé ou d'apprendre ses leçons parce qu'il veut vivre avec Dieu serait fou. Il déformerait les choses les plus simples de la pire façon. Si vous voulez vivre avec Dieu, il faut être travailleur. Le fermier doit semer son blé, et l'étudiant doit apprendre sa leçon. Un paresseux ne peut pas plus vivre avec Dieu que le diable. Cette idée qu'on ne peut pas vivre avec Dieu parce qu'on a du travail à faire est une pure sottise. Elle oublie complètement cette grande vérité : Dieu ne nous interdit jamais de faire le travail qui convient à notre vie, il demande seulement que nous fassions tout pour lui. Si Dieu nous demandait de le servir d'une manière qui nous obligerait à négliger les devoirs pratiques de la vie, ce serait vraiment dur. Mais toute la vérité, c'est qu'il nous demande précisément d'accomplir ces devoirs-là, et de les accomplir tous honnêtement et fidèlement pour lui, de la meilleure manière possible. Que le fermier prenne soin de sa ferme, qu'il veille à bien le faire, et surtout qu'il le fasse pour Dieu. C'est la ferme de Dieu, et le cœur de chaque fermier appartient à Dieu ; que la ferme soit donc cultivée pour Dieu, et que le cœur soit consacré à lui seul.

3. Les hommes avancent comme excuse leur nature pécheresse. Mais dites-moi, qu'est-ce que cette nature pécheresse ? Voulez-vous dire par là que chacune de vos facultés, et même le fond de votre être, ont été empoisonnés et rendus pécheurs en Adam, et vous ont été transmis par héritage dans cet état souillé ? Voulez-vous dire que vous êtes né dans le péché au point que la substance même de votre être en est tout imprégnée, et que toutes les facultés de votre personne sont elles-mêmes du péché ? Le croyez-vous ?

Je l'avoue : si c'était vrai, ce serait bien dur. Très dur, en effet ! Tant que les lois de ma raison ne changeraient pas, cela m'obligerait à parler ouvertement et à dire : « Seigneur, c'est bien dur que tu fasses de ma nature elle-même une pécheresse, et que tu me tiennes ensuite pour coupable de son péché ! » Je ne pourrais pas m'empêcher de le dire ; les échos profonds de mon être intérieur le proclameraient sans cesse, et dix mille coups de tonnerre éclatant au-dessus de ma tête ne m'empêcheraient pas de le penser et de le dire. La raison que Dieu m'a donnée l'affirmerait pour toujours.

Mais ce dogme est complètement absurde. Car enfin, qu'est-ce que le péché ? Dieu répond : « le péché est la transgression de la loi » (1 Jean 3,4). Or vous soutenez que votre nature est elle-même une violation de la loi de Dieu ; bien plus, qu'elle a toujours été une violation de la loi de Dieu, depuis Adam jusqu'au jour de votre naissance ; vous soutenez que le courant de ce péché est descendu dans les veines et le sang de votre race. Et qui l'a fait ainsi ? Qui a créé les veines et le sang de l'homme ? De quelle main sont sortis ce corps et cet esprit ? L'homme s'est-il créé lui-même ? Le péché a-t-il fait une partie du travail en créant votre corps et votre esprit ? Croyez-vous une chose pareille ? Non ; vous attribuez à Dieu votre nature et ses facultés d'origine ; c'est donc lui que vous accusez d'être l'auteur coupable de votre « nature pécheresse ».

Mais quelle chose étrange ! Si l'homme est coupable d'avoir une nature pécheresse, pourquoi ne pas le condamner d'avoir les yeux bleus ou noirs ? En réalité, le péché ne peut jamais consister à avoir une nature, ni dans ce qu'est cette nature, mais seulement et uniquement dans le mauvais usage que nous faisons de notre nature. C'est tout. Notre Créateur ne nous reprochera jamais ce qu'il a fait ou créé lui-même ; certainement pas. Il ne nous condamnera pas si nous faisons seulement un bon usage de nos facultés : de notre intelligence, de notre sensibilité et de notre volonté. Il ne nous tient jamais pour responsables de notre nature d'origine. Si vous y prêtez attention, vous verrez que Dieu n'a donné aucune loi pour fixer quelle sorte de nature et de facultés nous devrions avoir. Il n'a donné aucune loi sur ces points, une loi dont la transgression, si elle existait, pourrait ressembler un peu à la définition du péché. Mais puisqu'il n'y a aucune loi sur la nature, la nature ne peut pas être une transgression.

Laissez-moi dire ici que si Dieu faisait une loi fixant quelle nature ou quelle constitution un homme doit avoir, cette loi ne pourrait être qu'injuste et absurde, car la nature de l'homme n'est pas un sujet sur lequel on peut légiférer, donner des ordres et fixer des peines : elle échappe entièrement à la volonté, et même à toute action de l'homme. Et pourtant, des milliers d'hommes ont soutenu le dogme selon lequel le péché consiste en grande partie à avoir une nature pécheresse. Oui, pendant de longs siècles, de graves théologiens ont gravement enseigné ce dogme monstrueux ; il a retenti du haut des chaires, il a été imprimé et réimprimé, et les hommes ne semblaient jamais se lasser de glorifier ce dogme comme la marque la plus sûre d'une saine doctrine ! Une saine doctrine ! Jamais on n'a calomnié l'Éternel de façon plus infâme ! Il serait difficile de citer un autre dogme qui heurte plus violemment le bon sens. C'est une sottise, une sottise absurde et complète ! Si seulement ce n'était pas pire encore qu'une sottise ! Pensez au mal qu'il a fait ! Pensez comme il a sali la loi, le gouvernement et le caractère de Dieu ! Pensez comme il a rempli la bouche des pécheurs d'excuses, depuis le jour de sa naissance jusqu'à aujourd'hui !

Je ne veux pas dire que les hommes qui ont soutenu ce dogme ont sciemment insulté Dieu avec lui. Je ne dis pas qu'ils ont eu conscience de ce que ce dogme a d'impie, et même de blasphématoire, envers l'Éternel ; je suis heureux de penser que certains, au moins, ont fait tout ce mal par ignorance. Mais l'erreur et le mal n'en ont pas été moindres, même si cette ignorance était sincère.

4. Pour s'excuser, les pécheurs disent qu'ils veulent bien être chrétiens. Ils veulent bien, disent-ils, être sanctifiés, c'est-à-dire devenir saints. Oh oui, ils le veulent bien ; mais il y a une grande difficulté plus profonde, ou quelque chose d'autre (ils ne savent peut-être pas bien où), mais elle est quelque part, et elle les empêche de devenir chrétiens.

Or, en réalité, si nous voulons vraiment, il n'y a rien de plus que nous puissions faire. Vouloir, c'est tout ce que nous avons à faire, sur le plan moral, dans ce cas, et tout ce que nous pouvons faire. Mais cette excuse, dans la bouche du pécheur, prétend que Dieu exige de nous ce qui est impossible par nature. Elle suppose que Dieu exige de nous quelque chose de plus qu'une volonté droite ; et cette chose, quelle qu'elle soit, est évidemment impossible pour nous. Si je veux bouger mes muscles et qu'aucun mouvement ne suit, j'ai fait tout ce que je pouvais ; il y a là un obstacle hors de ma portée, et je ne suis pas coupable qu'il existe ni qu'il me bloque. De même, si je voulais servir Dieu et qu'absolument rien ne s'ensuivait, j'aurais fait tout mon possible, et Dieu ne pourrait jamais exiger davantage. En fait, vouloir, c'est exactement ce que Dieu demande. « Si la promptitude à donner existe, elle est agréable » (2 Corinthiens 8,12). Dites-moi, parents : si vous aviez demandé à votre enfant de faire quelque chose, et que vous le voyiez faire tous les efforts possibles, lui demanderiez-vous encore plus ? Si vous voyiez un parent exiger d'un enfant, et le forcer à faire, plus qu'il ne peut faire, même avec la meilleure volonté, ne dénonceriez-vous pas ce parent comme un tyran ? Bien sûr que si. Même le chef d'esclaves n'a pas l'habitude de battre son esclave s'il voit qu'il veut bien faire tout ce qu'il peut.

Cette excuse est entièrement fausse, car aucun pécheur ne veut être meilleur qu'il ne l'est en réalité. Si la volonté est droite, tout est droit ; et, partout et toujours, l'état de la volonté est la mesure de la valeur morale d'une personne. Ceux qui prétendent vouloir être chrétiens tout en restant dans leurs péchés ne disent donc que des sottises.

5. Les pécheurs disent qu'ils attendent le moment de Dieu. À Philadelphie, une dame était depuis de nombreuses années dans une grande détresse intérieure. Je suis allé la voir et je lui ai demandé : « Que vous demande Dieu ? Où en êtes-vous ? » « Oh, m'a-t-elle répondu, Dieu m'a attendue longtemps avant que je commence seulement à le chercher ; maintenant, je dois l'attendre aussi longtemps qu'il m'a attendue. C'est ce que dit mon pasteur. Vous voyez donc que j'attends, dans une grande détresse, que Dieu veuille bien me recevoir. »

Que veut dire tout cela, au fond ? Ceci : Dieu me presse de faire mon devoir, mais il n'est pas prêt à ce que je le fasse ; il me dit de venir au festin de l'Évangile, et je suis prête ; mais lui n'est pas prêt à me laisser entrer.

Cela ne rejette-t-il pas toute la faute sur Dieu ? Rien pourrait-il le faire plus complètement ? Le pécheur dit : « Je suis prêt, je le veux, et j'attends ; mais Dieu n'est pas encore prêt à ce que j'arrête de pécher. Son heure n'est pas encore venue. »

Quand j'ai commencé à prêcher, j'ai trouvé cette idée presque partout. Souvent, après avoir pressé les gens de faire leur devoir, on m'abordait en disant : « Quoi ! vous rejetez toute la faute sur le pécheur ! » « Oui, tout à fait », répondais-je. Un jour, une vieille dame est venue me trouver après une prédication et s'est écriée : « Quoi ! vous poussez les gens à se convertir eux-mêmes ! Vous leur dites de se repentir eux-mêmes ! Vous ne pensez pas vraiment ce que vous dites, n'est-ce pas ? » « Si, absolument », lui ai-je répondu. Pendant de nombreuses années, elle avait enseigné que le principal devoir du pécheur est d'attendre le moment de Dieu.

6. Pour s'excuser, les pécheurs disent que leur situation est très particulière. « Je connais bien mon devoir, mais ma situation est si particulière. » Et Dieu ne connaît-il pas votre situation ? Bien plus, n'est-ce pas lui qui, en dirigeant les événements, a contribué à la rendre telle qu'elle est ? Si c'est le cas, vous rejetez la faute sur Dieu. Vous dites : « Seigneur, tu es un maître dur, car tu n'as jamais tenu compte de ma situation. »

Mais jusqu'où allez-vous vraiment, pécheur, quand vous avancez cette excuse ? Voulez-vous dire que votre situation est si particulière que Dieu devrait vous dispenser de vous convertir, au moins pour le moment ? Si vous ne voulez pas dire cela, pourquoi faites-vous de votre situation une excuse ? Et si c'est bien ce que vous voulez dire, alors vous vous trompez complètement. Car Dieu exige de vous, malgré votre situation, que vous abandonniez votre péché. Si votre situation est si particulière que vous ne pouvez pas y servir Dieu, vous devez en sortir ou perdre votre âme. Si elle vous permet de servir Dieu, alors faites-le tout de suite.

Mais vous dites : « Je ne peux pas sortir de ma situation. » Je réponds : vous le pouvez ; vous pouvez sortir de ce qu'elle a de mauvais ; car si c'est nécessaire pour servir Dieu, vous pouvez la changer ; et si ce n'est pas nécessaire, vous pouvez vous repentir et servir Dieu là où vous êtes.

7. L'excuse suivante du pécheur, c'est que son tempérament est particulier. « Oh, dit-il, je suis très nerveux » ; ou : « mon tempérament est très mou ; j'ai l'impression de n'avoir aucune sensibilité. » Mais que demande Dieu ? Vous demande-t-il une autre sensibilité, différente de la vôtre ? Ou vous demande-t-il seulement d'utiliser celle que vous avez selon la loi de l'amour ?

Voilà pourtant le style d'une multitude d'excuses. L'un a trop peu d'émotion, l'autre en a trop ; si bien qu'aucun des deux ne peut se repentir et servir Dieu ! Une femme est venue me voir et m'a dit qu'elle était trop émotive de nature, qu'elle n'osait pas se fier à elle-même et que, pour cette raison, elle ne pouvait pas se repentir. Un autre a le problème inverse : il est trop mou, il ne verse presque jamais une larme, et donc, même s'il essayait, il ne pourrait rien tirer de la foi. Mais Dieu vous demande-t-il de verser plus de larmes que vous n'en êtes capable par nature ? Ou vous demande-t-il seulement de le servir ? C'est certainement tout. Servez-le avec les capacités mêmes qu'il vous a données. Même si vos nerfs sont très sensibles, venez déposer cette sensibilité frémissante entre les mains de Dieu ; répandez cette sensibilité dans le cœur de Dieu ! C'est tout ce qu'il demande. Je sais comprendre cette femme, car je connais bien ce qu'est une sensibilité brûlante ; mais Dieu demande-t-il de l'émotion et de l'agitation ? Ou seulement que nous lui consacrions parfaitement toutes nos capacités ?

8. Mais un autre dit : « Ma santé est si mauvaise que je ne peux pas aller aux réunions ; je ne peux donc pas vivre avec Dieu. »

Eh bien, que demande Dieu ? Vous demande-t-il d'aller à toutes les réunions, le soir ou dans la journée, que vous ayez ou non la santé nécessaire ? Absolument pas. Si vous ne pouvez pas aller à la réunion, vous pouvez quand même donner votre cœur à Dieu. Si vous ne pouvez pas sortir par mauvais temps, soyez sûr que Dieu est, infiniment, l'être le plus raisonnable qui ait jamais existé. Il tient pleinement compte de chaque situation. Ne connaît-il pas toute votre faiblesse ? Bien sûr que si. Et pensez-vous qu'il entre dans votre chambre de malade pour vous accuser de ne pas pouvoir aller à la réunion, ou de ne pas essayer d'y aller alors que vous n'en êtes pas capable, et de ne pas faire, dans votre maladie, tout ce que vous pourriez faire en bonne santé ? Non, certainement pas ; il entre dans votre chambre de malade comme un Père ; il vient répandre les plus profondes tendresses de son cœur, avec pitié et amour ; et pourquoi ne répondriez-vous pas à sa bonté pleine d'amour ? Il vient vers vous et vous dit : « Donne-moi ton cœur, mon enfant. » Et vous répondez : « Je n'ai pas de cœur. » Alors il n'a rien à vous demander ; il pensait que vous en aviez un, et il pensait aussi en avoir fait assez pour attirer votre cœur vers lui, dans l'amour et la reconnaissance. Il vous demande : « Que trouves-tu de pénible dans toute ma façon d'agir envers toi ? Si tu n'y trouves rien, pourquoi avances-tu, pour excuser ton péché, des raisons qui accusent et condamnent Dieu ? »

9. Une autre excuse prend cette forme : « Mon cœur est si dur que je ne peux rien ressentir. » C'est très courant, aussi bien chez ceux qui se disent chrétiens que chez les autres. En réalité, ce n'est qu'une autre forme de l'excuse de l'incapacité. D'ailleurs, toutes les excuses du pécheur se ramènent à ceci : « Je suis incapable », « Je ne peux pas faire ce que Dieu demande. » Si l'excuse du cœur dur excuse quoi que ce soit, ce ne peut être que parce qu'il y aurait une réelle incapacité.

Mais qu'est-ce que la dureté du cœur ? Voulez-vous dire que votre sensibilité est si engourdie que vous ne pouvez éprouver aucune émotion ? Ou voulez-vous dire que vous n'avez aucun pouvoir de vouloir ou d'agir comme il faut ? Sur ce point, il faut considérer que les émotions ne dépendent absolument pas de notre volonté.

Elles vont et viennent selon les circonstances ; c'est pourquoi la loi de Dieu ne les exige jamais, et elles ne sont pas, à proprement parler, la foi elle-même, ni une partie de la foi. Donc, si par cœur dur vous entendez une sensibilité émoussée, vous parlez de quelque chose qui n'a rien à voir avec la question. Dieu vous demande de soumettre votre volonté et de lui consacrer votre affection, et il vous le demande, que vous ressentiez quelque chose ou non.

La vraie dureté du cœur, au sens où la Bible emploie cette expression, c'est l'entêtement de la volonté. Ainsi, chez l'enfant, un cœur dur, c'est une volonté installée dans un entêtement obstiné à ne pas faire ce que ses parents lui demandent. L'enfant peut en même temps éprouver beaucoup ou peu d'émotion. Sa sensibilité peut être vive et complètement éveillée, ou au contraire endormie ; dans les deux cas, la volonté entêtée peut être là.

Or la dureté de cœur que Dieu reproche au pécheur est exactement de cette sorte. Le pécheur s'accroche à ses plaisirs égoïstes, refuse d'y renoncer, puis se plaint d'avoir le cœur dur. Que penseriez-vous d'un enfant qui, quand on lui demande une chose tout à fait raisonnable, dirait : « J'ai le cœur si dur que je ne peux pas céder » ? « Oh, dit-il, ma volonté est tellement décidée à faire ce que je veux que je ne peux absolument pas me soumettre à l'autorité de mon père. »

Cette plainte est extrêmement courante. Beaucoup de pécheurs la font, alors qu'ils ont été souvent avertis, qu'on a souvent prié avec eux et pleuré sur eux, et qu'ils ont souvent été travaillés par leur conscience. Et le pécheur veut-il vraiment dire, par cette excuse, que sa volonté est si obstinée qu'il ne peut pas se décider à céder à ce que Dieu exige ? Est-ce bien ce qu'il veut dire, et a-t-il vraiment l'intention d'étaler sa propre honte ? Supposez que vous alliez trouver les démons en enfer, que vous les pressiez de répondre à ce que Dieu exige, et qu'ils vous répondent : « Oh, mon cœur est si dur, je ne peux pas » ; que voudraient-ils dire ? Seulement ceci : « Je suis si obstiné, ma volonté est si fixée dans le péché, que je ne peux pas, même un instant, accepter la pensée de me repentir. » Voilà ce qu'ils voudraient dire ; et si le pécheur dit la vérité sur lui-même et emploie les mots correctement, il doit vouloir dire la même chose. Mais oh, comme il ajoute l'insulte au tort par cette déclaration ! Supposez qu'un enfant avance cette excuse : « Je n'arrive pas à trouver dans mon cœur de quoi aimer mon père et ma mère ; mon cœur est si dur envers eux ; je ne pourrai jamais les aimer ; je ne trouve du plaisir qu'à les maltraiter et à piétiner leur autorité. » Quelle excuse est-ce là ? N'est-ce pas entasser l'insulte sur l'injustice ? Ou supposez un meurtrier traduit devant le tribunal, et à qui l'on permet, avant sa condamnation, de dire s'il a quelque chose à avancer pour que la sentence ne soit pas prononcée ; supposez qu'il se lève et dise : « Monsieur le juge, depuis longtemps mon cœur est dur comme une meule de moulin. J'ai tué tant d'hommes, et je le fais depuis si longtemps, que je peux tuer un homme sans le moindre remords. En fait, j'ai une telle soif de sang que je ne peux pas m'empêcher de tuer chaque fois que l'occasion se présente. D'ailleurs, mon cœur est si dur que je trouve que ce métier me plaît tout autant qu'un autre. »

Eh bien, combien de temps le tribunal écoutera-t-il une telle excuse ? « Arrêtez ! arrêtez ! s'écrierait le juge. Misérable, nous ne pouvons plus entendre de telles excuses ! Garde, qu'on dresse une potence, et qu'on pende cet homme ici même, entre ces murs de la justice, car je ne quitterai pas mon siège avant de le voir mort ! Il nous tuerait tous, ici, dans cette salle, s'il le pouvait ! »

Que penserons-nous alors du pécheur qui dit la même chose ? « Ô Dieu, dit-il, mon cœur est si dur que je ne pourrai jamais t'aimer. Je te hais si sincèrement que je ne pourrai jamais me décider à te donner ce cœur dans l'amour et dans une soumission volontaire ! »

Pécheurs, combien d'entre vous, dans cette salle, ont avancé cette excuse : « Mon cœur est si dur que je ne peux pas me repentir ; je ne peux pas aimer et servir Dieu » ? Allez, écrivez-le ; publiez-le devant tout l'univers ; vantez-vous d'avoir le cœur si dur qu'aucune exigence de Dieu ne pourra jamais vous toucher. Il me semble que si vous présentiez une telle excuse, vous n'en seriez pas à la moitié que l'univers entier vous chasserait de sa présence sous les sifflets et vous poursuivrait loin de ces cieux, jusqu'à ce que vous suppliiez les rochers et les montagnes de vous cacher de ses reproches brûlants ! Sa voix indignée s'élèverait et résonnerait sous la voûte du ciel comme le grondement de dix mille tornades, et vous écraserait d'une confusion et d'une honte indicibles ! Quoi, vous insultez et outragez le grand Dieu, l'Éternel ? Oh ! vous condamnez ce Dieu même qui a veillé sur vous avec un amour indicible, qui vous a rafraîchi de ses douces brises dans votre maladie, qui vous a nourri à sa propre table, alors que vous ne vouliez pas le remercier, ni même remarquer sa main qui pourvoyait à tout ? Et puis, quand vos amis chrétiens, pleins de compassion, vous ont pressé de vous repentir, qu'ils ont fait de vous l'objet particulier de leurs prières, quand des anges ont pleuré sur vous et que des esprits invisibles ont élevé la voix pour vous avertir sur votre chemin vers l'enfer, vous levez vers l'Éternel votre visage effronté et vous lui dites que votre cœur est si dur que vous ne pouvez pas vous repentir, et que cela vous est bien égal de le faire un jour ou non ! Vous saisissez une lance, vous la plongez dans le cœur du Crucifié, et vous criez : « Je ne peux pas avoir de regret, moi ; mon cœur est dur comme la pierre ! Je m'en moque, et je ne me repentirai pas ! » Quel misérable vous êtes, pécheur, si c'est là votre excuse !

Mais à quoi se ramène votre excuse ? Seulement à ceci : votre cœur est entièrement décidé à faire le mal. L'auteur sacré a décrit votre cas avec une grande clarté : « Parce que la sentence contre les mauvaises œuvres ne s'exécute pas immédiatement, à cause de cela le cœur des fils des hommes est au-dedans d'eux plein d'envie de faire le mal » (Ecclésiaste 8,11). Vous vous tenez devant le Seigneur exactement dans cette attitude audacieuse et blasphématoire : le cœur entièrement décidé à faire le mal.

10. Une autre forme de la même excuse, c'est : « Mon cœur est si mauvais que je ne peux pas. » Certains n'hésitent pas à avouer cette méchanceté de leur cœur. Que veulent-ils dire par là ? Veulent-ils dire qu'ils sont si endurcis dans le péché, et si profondément méchants, qu'ils ne veulent pas plier ? C'est le seul sens correct de leurs paroles, et c'est la vérité exacte.

Puisque vous avancez cela comme excuse, pécheur, votre but doit être de rejeter sur Dieu cette méchanceté de votre cœur. De façon cachée peut-être, mais bien réelle, vous laissez entendre que Dieu a contribué à créer ce cœur mauvais ! Voilà ce qu'il en est, et c'est tout. Cette excuse ne vous intéresserait pas, et elle ne sortirait jamais de vos lèvres, sans ce sous-entendu muet : Dieu serait responsable de votre cœur mauvais. Ce n'est que l'excuse de l'incapacité, associée à sa sœur jumelle, le péché originel, qui descendrait dans le sang et les veines de l'humanité tels que Dieu les a créés, sous la responsabilité du Créateur.

11. Une excuse voisine, c'est : « Mon cœur est si trompeur. » Supposez qu'un homme avance cette excuse pour avoir trompé son voisin : « Je ne peux pas m'empêcher de te voler. Je ne peux pas m'empêcher de te mentir et de te faire du tort ; mon cœur est si trompeur ! » Un homme sensé pourrait-il jamais croire que ce soit une justification ou une excuse pour mal agir ? Jamais. Évidemment, à moins que le pécheur ne veuille, par cette excuse, montrer sa propre culpabilité et se condamner lui-même, il doit vouloir en faire une sorte de justification ; et dans ce cas, il rejette d'autant la faute sur Dieu. Et c'est d'ordinaire son intention. Il ne veut pas sincèrement avouer sa culpabilité ; non, il rejette sur Dieu la culpabilité de son cœur trompeur.

12. Un autre s'excuse en disant : « J'ai essayé de devenir chrétien. J'ai fait tout ce que je pouvais ; j'ai essayé souvent, sérieusement, et longtemps. »

Vous avez donc essayé, dites-vous, d'être chrétien. Mais qu'est-ce qu'être chrétien ? C'est donner son cœur à Dieu. Et qu'est-ce que donner son cœur à Dieu ? C'est lui consacrer tout ce qui dépend de votre volonté ; cesser de vivre pour vous-même et vivre pour Dieu. Voilà ce qu'est être chrétien : l'état que vous dites avoir essayé d'atteindre.

Aucune excuse n'est plus courante. Et que suppose vraiment cette façon d'« essayer d'être chrétien » ? Elle suppose toujours qu'on veut faire son devoir : que le cœur, c'est-à-dire la volonté, est déjà droit, et que l'effort ne concerne que les actes extérieurs, ceux par lesquels on exécute ce qu'on a décidé. Car cela n'a aucun sens de dire qu'on essaie de faire ce qu'on n'a ni l'intention ni la volonté de faire. Le simple fait de le dire suppose que la volonté n'est pas seulement favorable, mais qu'elle est pleinement engagée et vraiment décidée à atteindre le but choisi.

Par conséquent, si un homme essaie d'être chrétien, son cœur est déjà soumis à Dieu, et son effort doit porter sur ses actes extérieurs. Ceux-ci sont si liés à la volonté qu'ils en découlent nécessairement, sauf si ce lien est rompu ; et dans ce cas, il n'y a aucun péché à ne pas réussir à accomplir l'acte extérieur. Dieu ne nous en tient pas pour responsables.

Le pécheur devrait donc vouloir dire, par cette excuse : « J'obéis à Dieu depuis longtemps ; j'ai eu un cœur droit, et j'ai sincèrement essayé d'avoir une conduite extérieure qui convienne à un chrétien. »

Si c'est vrai, vous avez fait votre devoir. Mais voulez-vous affirmer tout cela ? Non, dites-vous. Alors, que voulez-vous dire ?

Supposez que je dise à mon fils : « Fais ceci ; fais-le, mon fils. Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? » « Oh, papa, dit-il, j'ai essayé. » Mais il ne veut pas dire qu'il a jamais eu l'intention de le faire, ni qu'il s'est jamais décidé à m'obéir ; il veut seulement dire : « J'ai bien voulu essayer ; je me suis décidé à essayer de vouloir. » C'est tout ! « Oh, dit-il, je me suis amené à vouloir bien essayer de vouloir le faire. »

De même, vous dites : « J'ai essayé de me convertir. » Et qu'est-ce donc que la conversion, pour que vous n'ayez pas pu l'obtenir ? Comment avez-vous échoué ? Vous avez probablement essayé de cette manière : Dieu a dit : « Donne-moi ton cœur » (Proverbes 23,26), et vous vous êtes retourné pour demander à Dieu de le faire lui-même, ou peut-être avez-vous simplement attendu qu'il le fasse. Il vous a ordonné de vous repentir, et vous avez essayé d'obtenir qu'il se repente à votre place. Il vous a dit de croire à l'Évangile, et vous avez seulement pensé à obtenir qu'il croie à votre place. Pas étonnant que vous ayez essayé longtemps, en vain. Comment aurait-il pu en être autrement ? Vous n'avez pas essayé de faire ce que Dieu vous ordonnait, mais d'amener Dieu à changer sa manière de gouverner des êtres libres, et à se mettre à votre place pour faire lui-même le devoir qu'il vous impose. Quelle triste déformation !

Alors, à quoi sert toute cette excuse d'avoir essayé d'être chrétien ? Vous verrez facilement à quoi elle sert quand vous aurez bien compris :

1) qu'elle est entièrement fausse, si on la comprend comme vous l'entendez ;

2) qu'elle est une accusation odieuse contre le caractère de Dieu.

Vous dites : « Seigneur, je sais que je ne peux pas ; j'ai essayé de toutes mes forces, et je sais que je ne peux pas devenir chrétien. Je veux bien me convertir, mais je n'y arrive pas. »

Qui donc est coupable ? Pas vous, d'après la façon dont vous présentez votre cas. Où est donc la faute ? Laissez-moi vous demander : que dirait-on dans les régions lointaines de l'univers si l'on vous y croyait, quand vous dites : « J'ai essayé de tout mon cœur d'aimer et de servir Dieu, mais je ne peux pas » ?

Mais jamais ils ne pourront croire une telle calomnie contre leur Père infini ! Ils prononceront donc votre condamnation, comme vous le méritez.

13. Un autre s'excuse en disant : « Cela ne sert à rien d'essayer. » Et que voulez-vous dire par là ? Voulez-vous dire que Dieu ne récompensera pas bien ceux qui le servent ? Ou voulez-vous dire qu'il ne vous pardonnera pas si vous vous repentez ? Pensez-vous (comme certains) qu'à force de pécher, vous avez laissé passer le temps où Dieu voulait vous faire grâce ?

Eh bien, supposons que ce soit le cas : est-ce une raison pour continuer à pécher ? Ne croyez-vous pas que Dieu est bon ? Oh si. Et qu'il vous pardonnera si le bien de l'univers le permet ? Bien sûr. Alors, l'impossibilité qu'il vous pardonne est-elle une raison pour continuer à pécher pour toujours, et vous déchaîner pour toujours contre un Dieu d'une bonté infinie ? Vous le croyez plein de compassion et prêt à pardonner ; ne devriez-vous pas dire alors : « Au moins, j'arrêterai de pécher contre un tel Dieu ! » Pourquoi ne pas parler comme cet homme qui rêva qu'il allait en enfer ? Au moment de quitter son frère, qui, dans son rêve, allait au ciel, il lui dit : « Je descends en enfer, mais je voudrais que tu dises à Dieu de ma part que je lui suis très reconnaissant pour dix mille bienfaits que je n'ai jamais mérités ; il ne m'a jamais fait la moindre injustice ; remercie-le pour tout le bien qu'il m'a fait sans que je le mérite. » À ce moment, il se réveilla, et se trouva baigné de larmes de repentance et de reconnaissance envers son Père céleste. Oh, si les hommes agissaient seulement aussi raisonnablement que cet homme l'a fait en rêve, ce serait noble, ce serait juste ! Si, quand ils se croient arrivés, à force de pécher, au bout du temps de la grâce, ils disaient : « Je sais que Dieu est bon ; au moins, je lui enverrai mes remerciements ; il ne m'a fait aucune injustice. » S'ils agissaient ainsi, ils auraient au moins la satisfaction de sentir que c'est une conduite raisonnable et qui convient à leur situation. Pécheur, le ferez-vous ?

14. Un autre, quand on le presse, dit : « J'ai offert de donner mon cœur à Christ, mais il ne veut pas me recevoir. Je n'ai aucune preuve qu'il me reçoive, ni qu'il me recevra jamais. » Lors de la dernière réunion pour ceux qui cherchent, une jeune femme m'a dit qu'elle avait offert de donner son cœur au Seigneur, mais qu'il ne voulait pas la recevoir. C'était accuser directement Christ de mensonge, car il a dit : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi » (Jean 6,37). Vous dites : « Je suis venu, je me suis offert, et il n'a pas voulu me recevoir. » Jésus-Christ dit : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un entend ma voix et qu'il ouvre la porte, j'entrerai chez lui » (Apocalypse 3,20). « Si quelqu'un » : non pas tel ou tel en particulier, non pas un privilégié, mais n'importe qui. Et pourtant, quand vous lui avez offert votre cœur, vous a-t-il repoussé avec mépris ? Vous a-t-il dit : « Va-t'en, pécheur, disparais » ? Non, pécheur. Il ne l'a jamais fait, jamais. Il a dit qu'il ne le ferait jamais. Voici ses propres paroles : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi » (Jean 6,37). « Celui qui cherche, trouve ; et à celui qui heurte, il sera ouvert » (Matthieu 7,8). Mais vous dites : « J'ai cherché et je n'ai pas trouvé. »

Voulez-vous faire passer Jésus-Christ pour un menteur ? L'avez-vous accusé de cela en face ? Faites-vous cette déclaration solennelle : « Seigneur, j'ai cherché ; je me suis couché devant ta porte et j'ai frappé, mais tout cela en vain » ? Et voulez-vous faire de votre excuse une accusation solennelle de mensonge contre Jésus-Christ et contre Dieu ? Ce sera pour vous une affaire grave avant qu'elle soit réglée.

15. Mais un autre dit : « Il n'y a pas de salut pour moi. » Voulez-vous dire que Christ n'a pas accompli de sacrifice pour vous ? Pourtant, il est écrit qu'il a été abaissé « en sorte que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tout » (Hébreux 2,9). Il est déclaré que « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3,16). Et maintenant, vous affirmez qu'aucun salut n'est prévu ni possible pour vous ? Pleurez-vous tout le long du chemin qui descend vers l'enfer, parce qu'il vous est impossible d'être sauvé ? Quand on approche de vos lèvres la coupe du salut, la repoussez-vous en disant : « Ce n'est pas pour moi » ? Et le savez-vous ? Pouvez-vous le prouver, même contre la parole de Dieu lui-même ? Alors, s'il existe un tel pécheur sur la terre de Dieu, qu'il s'avance ; qu'il le dise tout haut, s'il a une telle accusation contre Dieu et s'il peut prouver qu'elle est vraie. Ah, n'y a-t-il pas d'espoir ? Aucun ? Oh, la difficulté n'est pas qu'aucun salut ne soit prévu et offert pour vous, mais que vous n'avez pas de cœur pour lui. Il est écrit : « Pourquoi donc le prix dans la main d'un sot pour acheter la sagesse, alors qu'il n'a point de sens » (Proverbes 17,16). 16. Mais peut-être dites-vous pour vous excuser : « Je ne peux pas changer mon cœur. » Vous ne pouvez pas ? Supposez qu'Adam ait avancé cette excuse quand Dieu l'a appelé à se repentir après son premier péché. Le Seigneur lui dit : « Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau » (Ézéchiel 18,31). « Je ne peux pas changer mon cœur moi-même », répond Adam. « Vraiment ? reprend son Créateur. Depuis combien de temps avez-vous changé votre cœur vous-même ? Vous l'avez changé il y a quelques heures, de la sainteté au péché, et vous allez dire à votre Créateur que vous ne pouvez pas le changer du péché à la sainteté ? »

Le pécheur devrait considérer que changer de cœur est un acte de la volonté. Vous devez le faire vous-même, sinon cela ne se fera jamais. Il est vrai qu'en un sens, c'est Dieu qui change le cœur, mais seulement en ce sens-ci : Dieu pousse le pécheur à changer, et le pécheur le fait. Le changement est un acte volontaire du pécheur lui-même.

17. Vous dites encore que vous ne pouvez pas changer votre cœur sans être davantage saisi par le sentiment de votre faute. Voulez-vous dire par là que vous ne connaissez pas assez votre devoir et votre péché ? Vous ne pouvez pas dire cela. Vous connaissez votre péché et votre devoir. Vous savez que vous devriez vous consacrer à Dieu. Que voulez-vous dire, alors ? Ne pouvez-vous pas faire ce que vous savez devoir faire ? Ah, voilà le vieux mensonge, ce refuge éhonté du mensonge, ce même dogme odieux de l'incapacité. Que suppose cette nouvelle forme ? Ceci : que Dieu ne veut pas vous faire suffisamment prendre conscience de votre péché pour qu'il vous soit possible de vous repentir. Il y aurait un travail et une responsabilité qui reviennent à Dieu, et il ne voudrait pas faire son travail, il ne voudrait pas assumer sa responsabilité. Si bien que vous, hélas, n'auriez pas d'autre choix que de descendre en enfer. Tout cela parce que Dieu ne voudrait pas faire sa part pour votre salut ! Le croyez-vous vraiment, pécheur ?

18. Vous dites encore, pour vous excuser, qu'il vous faut d'abord recevoir davantage l'Esprit. Et pourtant, vous résistez à l'Esprit tous les jours. Dieu vous offre son Esprit ; bien plus, Dieu vous donne son Esprit ; mais vous lui résistez. Que voulez-vous dire, alors, quand vous prétendez avoir besoin que l'Esprit agisse davantage sur vous ?

En réalité, vous n'en voulez pas ; vous voulez seulement faire croire que Dieu ne fait pas sa part pour vous aider à vous repentir, et que, puisque vous ne pouvez pas vous repentir sans son aide, la faute de votre refus de vous repentir retombe sur Dieu. Ce n'est qu'un autre refuge du mensonge, une autre forme de la vieille calomnie contre Dieu : « Il m'a rendu incapable, et il ne veut pas me sortir de mon incapacité. »

19. Le pécheur s'excuse aussi en disant : « C'est Dieu qui doit changer mon cœur. » Mais au sens où Dieu vous demande de le faire, il ne peut pas le faire lui-même. On dit que Dieu change le cœur seulement en ce sens qu'il vous persuade de le faire. C'est comme lorsqu'on change d'opinion politique : on peut dire « Un tel m'a fait changer d'avis, il m'a gagné à sa cause », ce qui ne veut absolument pas dire que vous n'avez pas changé d'avis vous-même. Le sens évident, c'est qu'il vous a persuadé et que vous avez cédé.

Mais cette excuse avancée par le pécheur suppose que Dieu a encore quelque chose à faire avant que le pécheur puisse se convertir. J'ai entendu beaucoup de chrétiens de nom soutenir exactement cette position. Oui, des milliers de pasteurs chrétiens ont dit eux aussi au pécheur : « Attendez Dieu ; il changera votre cœur au moment qu'il jugera bon ; vous ne pouvez pas le faire vous-même, et tout ce que vous pouvez faire, c'est vous placer sur le chemin où le Seigneur pourra changer votre cœur. Quand ce moment viendra, il vous donnera un cœur nouveau, peut-être pendant votre sommeil, alors que vous n'en aurez pas conscience. Dieu agit en cette affaire en souverain, et il fait son œuvre à sa manière. »

Voilà ce qu'ils enseignent : ils remplissent la bouche du pécheur d'excuses et rendent son cœur dur comme le diamant face aux vraies exigences que Dieu fait entendre à sa conscience.

20. Le pécheur dit encore : « Je ne pourrais pas vivre en chrétien si je devenais chrétien. Il n'est pas raisonnable d'espérer réussir là où j'en vois tant échouer. » Je me souviens d'un homme qui disait : « Cela ne sert à rien que je me repente et que je devienne chrétien, car il est tout à fait déraisonnable d'espérer faire mieux que ceux qui m'ont précédé. » Ainsi, les pécheurs qui avancent cette excuse s'approchent très modestement et disent à Dieu : « Je suis très humble ; tu vois, Seigneur, que j'ai une très petite idée de moi-même ; je tiens tant à ton honneur, et j'ai si peur de faire honte à ta cause, qu'il ne me semble pas du tout bon de penser à devenir chrétien ; j'ai une telle horreur de déshonorer ton nom. »

Oui ; et après ? « Donc, je vais continuer à pécher et piétiner le précieux Évangile. Je vais te persécuter, ô mon Dieu, et faire la guerre à ta cause, car il vaut bien mieux ne pas se dire chrétien que de le dire et de déshonorer ensuite ce qu'on professe. » Quelle logique ! Un bel exemple de l'absurdité des excuses du pécheur.

Cette excuse suppose que Dieu n'a pas prévu ni offert assez de grâce pour soutenir l'âme dans une vie chrétienne. La doctrine dit qu'il n'est pas raisonnable d'espérer pouvoir, par aucune grâce reçue en cette vie, obéir parfaitement à la loi de Dieu. Dieu ne donnerait pas assez de grâce et d'aide ! Et on enseigne cela comme la théologie de la Bible ! Qu'un tel enseignement retourne au fond de l'abîme d'où il vient !

Quoi ! Dieu est-il si faible qu'il ne puisse pas soutenir l'âme qui se jette sur lui ? Ou est-il si avare de son aide pleine de grâce qu'on doive s'attendre à ce qu'elle ne suffise jamais aux besoins de son enfant, qui dépend de lui et compte sur lui ? C'est ce que vous semblez croire. Il serait si difficile de persuader le Seigneur de vous donner une parcelle de grâce ! Impossible d'obtenir assez de grâce pour vivre en chrétien avec honneur ! Qu'est-ce que cela, sinon accuser Dieu de refuser une grâce suffisante ?

Mais que disent la parole et le serment de l'Éternel ? Nous lisons : « Dieu, voulant en cela montrer plus abondamment aux héritiers de la promesse l'immutabilité de son conseil, est intervenu par un serment, afin que, par deux choses immuables, dans lesquelles il était impossible que Dieu mente, nous ayons une ferme consolation, nous qui nous sommes enfuis pour saisir l'espérance proposée » (Hébreux 6,17-18). Vous dites pourtant : « Si je me réfugiais auprès de cette espérance et que je la saisissais, j'échouerais faute de grâce. Je ne pourrais trouver aucun réconfort à m'appuyer sur la parole de Celui qui ne peut pas mentir. Le serment du Dieu qui ne change pas ne pourra jamais me suffire. »

Ainsi, vous démentez la parole de Dieu, et vous fabriquez une excuse misérable, bien mince et coupable, pour justifier votre refus de vous repentir.

21. Une autre excuse prétend que c'est un sujet très obscur et mystérieux : « Cette question de la foi et de la nouvelle naissance, je ne peux pas la comprendre. »

Pécheur, êtes-vous jamais allé trouver le Seigneur avec cette objection, en lui disant : « Seigneur, tu m'as demandé de faire des choses que je ne peux pas comprendre » ? Vous savez que vous pouvez très bien comprendre que vous êtes pécheur, que Christ est mort pour vous, que vous devez croire en lui et rompre avec vos péchés en vous repentant. Tout cela est si clair qu'on peut dire de ce chemin ce qu'en dit l'Écriture : « Ceux qui vont ce chemin, même les insensés, ne s'égareront pas » (Ésaïe 35,8). Votre excuse est donc aussi fausse qu'elle est odieuse. Ce n'est rien d'autre qu'une basse calomnie contre Dieu !

22. Mais vous dites : « Je ne peux pas croire. » Voulez-vous dire que vous ne pouvez pas croire un Dieu parfaitement digne de confiance comme vous pouvez croire un autre homme ? Voulez-vous laisser entendre que Dieu vous demande de croire des choses vraiment incroyables, des choses si contraires à la raison que vous ne pouvez les admettre sur aucun témoignage, même celui que Dieu lui-même pourrait apporter ?

Et espérez-vous faire tenir cette accusation contre Dieu ? En croyez-vous vous-même le premier mot ?

Mais vous insistez encore : vous n'arrivez pas à prendre vraiment conscience de ces choses. Vous savez qu'elles sont vraies, mais vous n'arrivez pas à les sentir réelles : vous n'arrivez pas à saisir vraiment que la Bible est vraie, que Dieu offre réellement le pardon, que le salut est réellement prévu et mis à votre portée. Quel remède peut-il y avoir pour un cas comme le vôtre ? Qu'est-ce qui pourrait rendre ces vérités plus certaines ? Mais, d'après ce que vous dites vous-même, ce ne sont pas des preuves supplémentaires qu'il vous faut. Alors pourquoi ne pas agir selon la vérité que vous connaissez ? Que pouvez-vous demander de plus ?

Avez-vous déjà porté votre cas devant Dieu en disant : « Ô Seigneur, tu dis que Christ est mort pour moi, mais je n'arrive pas à saisir que c'est vrai ; c'est pourquoi, Seigneur, il m'est impossible de l'accueillir comme mon Sauveur » ? Serait-ce une excuse raisonnable ?

Mais vous dites aussi que vous ne pouvez pas vous repentir. Vous ne pouvez pas regretter d'avoir offensé Dieu. Vous ne pouvez pas vous décider maintenant à rompre avec tout péché. Si c'est vraiment le cas, alors vous ne pouvez pas vous décider à obéir à Dieu, et vous feriez aussi bien de vous décider à aller en enfer ! Il n'y a pas d'autre issue !

En tout cas, vous ne pouvez pas devenir chrétien maintenant. Vous comptez bien vous convertir un jour, mais vous ne pouvez pas vous y décider maintenant. Eh bien, Dieu l'exige maintenant ; vous devez donc évidemment céder, ou en subir les conséquences.

Mais dites-vous que vous ne pouvez pas maintenant ? Alors Dieu a grand tort de vous le demander. Mais si la vérité, c'est que vous le pouvez, alors le mensonge est de votre côté, et c'est un mensonge infâme et injurieux contre votre Créateur.

III. Toutes les excuses pour le péché ajoutent l'insulte au tort déjà fait.

1. Une défense qui porte atteinte au tribunal ou au législateur aggrave le crime de départ. Tous les tribunaux la considèrent toujours ainsi. Cela doit l'être bien plus encore entre le pécheur et Celui qui est, à l'infini, son Législateur et son Juge.

2. Il en va de même pour toute défense présentée pour se justifier soi-même. Si elle est fausse, on la considère comme une aggravation du crime dont on est accusé. Cela arrive parfois, et chaque fois, on estime que c'est un nouvel outrage, un nouveau tort. Qu'un criminel vienne étaler son mensonge dans les registres du tribunal, qu'il déclare ce qu'il sait être faux : rien ne peut nuire aussi terriblement à sa cause.

Au contraire, quand un homme se présente devant le tribunal avec franchise et avoue sa culpabilité, le juge, s'il a une marge de décision, réduit la peine au plus bas possible. Mais si le criminel cherche à se dérober, s'il joue sur les mots et ment, alors vous verrez le bras puissant de la loi s'abattre sur lui. Le juge se lève avec tout le tonnerre de la majesté et de la terreur de la justice, et il sent qu'il ne peut pas épargner le coupable. Pourquoi ? Cet homme a menti devant le tribunal même. Il se dresse contre toute loi, et il faut le mettre hors d'état de nuire, sinon c'est la loi elle-même qui tombe.

3. Il est vraiment abominable que le pécheur outrage Dieu, puis s'en excuse. Ah, c'est la vieille manière des coupables. Adam et Ève, dans le jardin, se sont enfuis et cachés quand ils ont entendu la voix du Seigneur s'approcher. Et qu'avaient-ils fait ? Le Seigneur les appelle et commence à les interroger : « Adam, qu'as-tu fait ? As-tu mangé de l'arbre défendu, au milieu du jardin ? » Adam a tremblé, mais il s'est réfugié dans une excuse : « La femme que tu m'as donnée pour être avec moi, elle, m'a donné de l'arbre, et j'en ai mangé » (Genèse 3,12). C'est Dieu, dit-il, qui lui a donné celle qui l'a tenté. D'après son excuse, Dieu était le principal coupable dans cette affaire.

Ensuite, Dieu se tourne vers la femme : « Qu'est-ce que tu as fait ? » (Genèse 3,13). Elle aussi a une excuse : « Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé » (Genèse 3,13). Ah, cette façon continuelle de rejeter la faute sur Dieu ! Elle s'est perpétuée tout au long de la lignée de ceux qui ont imité Adam, jusqu'à aujourd'hui. Depuis six mille ans, Dieu l'entend, et pourtant le monde est épargné, et la colère de Dieu n'a pas encore éclaté pour précipiter en enfer tous ses calomniateurs coupables ! Oh, quelle patience en Dieu ! Et qui a jamais plus abusé de sa patience, et plus insulté Dieu par ses excuses, que les pécheurs qui sont dans cette salle ?

Remarques.

1. Aucun pécheur qui vit à la lumière de l'Évangile ne passe une seule heure dans le péché sans une excuse, muette ou avouée, par laquelle il se justifie. Il semble que ce soit une loi de la nature intelligente de l'homme : quand il est accusé d'avoir mal agi, que ce soit par sa conscience ou par quelqu'un d'autre, il doit soit avouer, soit se justifier. C'est ce second chemin que prennent tous les pécheurs qui refusent de se repentir. Voilà pourquoi ils ont tant besoin d'excuses, et pourquoi ils trouvent commode d'en avoir une telle variété. Il est remarquable de voir avec quelle facilité ils sautent de l'une à l'autre, comme si ces refuges du mensonge pouvaient compenser par leur nombre ce qui leur manque en solidité. Ils savent bien qu'aucune, dans toute cette multitude, ne tient debout face à la vérité et au droit ; et pourtant, quand on les presse sur l'une, ils se réfugient dans une autre, et quand on les a chassés de toutes, l'une après l'autre, ils sont prêts à revenir et à recommencer le même combat sur le même terrain. Il est si dur d'abandonner toutes ses excuses et d'admettre cette vérité humiliante : c'est moi qui ai entièrement tort, et Dieu qui a entièrement raison.

C'est pourquoi la grande tâche d'un prédicateur de l'Évangile est de rechercher et de démasquer les excuses du pécheur ; d'en faire le tour, encore et encore, et, si possible, de démolir les refuges du mensonge du pécheur, pour laisser son cœur à découvert sous les flèches de la vérité.

2. Les excuses rendent la repentance impossible. Car les excuses sont des justifications ; et qui ne sait que se justifier est tout le contraire d'avouer et de se repentir ? Rechercher des excuses et s'y accrocher, c'est donc se placer aussi loin que possible de la repentance.

Évidemment, le pécheur qui s'excuse rend son pardon impossible pour Dieu. Il place Dieu dans une telle position envers lui, et, pourrais-je dire, il se place lui-même dans une telle attitude envers le gouvernement de Dieu, que son pardon serait la ruine du trône même de Dieu. Que diraient le ciel, et l'enfer aussi, et la terre en plus, si Dieu pardonnait à un pécheur alors que celui-ci, par ses excuses, se justifie lui-même et condamne son Créateur ?

3. Les pécheurs devraient présenter tout de suite toutes leurs excuses devant Dieu. C'est sûrement ce qu'il y a de plus raisonnable. Pourquoi pas ? Si un homme me devait de l'argent et pensait avoir une excuse raisonnable pour ne pas payer sa dette, il devrait venir me voir et m'expliquer toute l'affaire. Peut-être me convaincrait-il qu'il a raison.

Alors, pécheur, avez-vous jamais fait cela avec Dieu ? Avez-vous jamais présenté une seule excuse devant le Seigneur, en disant : « Tu me demandes d'être saint, mais je ne le peux pas ; Seigneur, j'ai une bonne excuse pour ne pas t'obéir » ? Non, pécheur ; vous n'avez pas cette habitude ; sans doute ne l'avez-vous même jamais fait une seule fois de toute votre vie. En fait, rien ne vous encourage particulièrement à porter vos excuses devant Dieu, car vous n'en avez pas encore une seule que vous croyiez bonne à quoi que ce soit, sinon à vous servir de refuge du mensonge. Vos excuses ne résistent pas à l'épreuve de votre propre raison et de votre propre conscience. Comment pouvez-vous espérer qu'elles résisteront devant le regard pénétrant de l'Éternel ? Le fait que vous ne veniez jamais présenter vos excuses à Dieu montre que vous n'y croyez pas vous-même.

4. Quelle folie infinie de s'appuyer sur des excuses qu'on n'ose pas présenter à Dieu maintenant ! Comment pourrez-vous tenir devant Dieu au jour du jugement, si vos excuses sont si misérables que vous ne pouvez pas sérieusement penser à en présenter une seule à Dieu dans ce monde ? Oh, pécheur, ce jour qui vient sera bien plus pénétrant et bien plus terrible que tout ce que vous avez vu jusqu'ici. Voyez cette foule compacte de pécheurs rassemblés devant le grand trône blanc : aussi loin que l'œil peut porter, ils arrivent comme une marée qui monte, une foule innombrable ; et les voici debout, et la terrible trompette de Dieu les appelle à s'avancer pour présenter leurs excuses pour leur péché. Holà, pécheurs, n'importe lequel d'entre vous, vous tous : qu'avez-vous à dire pour que la sentence ne soit pas prononcée contre vous ? Où sont toutes ces excuses que vous avanciez autrefois si librement et si hardiment ? Où sont-elles toutes ? Pourquoi ne les présentez-vous pas maintenant ? Écoutez ! Dieu attend ; il écoute ; il se fait un silence dans le ciel, dans toute cette foule rassemblée, pendant une demi-heure : un silence terrible, qu'on pourrait presque toucher ; mais pas un mot, pas une lèvre qui bouge parmi ces foules innombrables de pécheurs rassemblés là ; et maintenant, le grand et redoutable Juge se lève et laisse éclater son tonnerre. Oh, voyez les vagues de la terrible condamnation rouler sur ces foules immenses comme l'océan, ces pécheurs condamnés par eux-mêmes ! Avez-vous déjà vu un juge se lever de son siège au tribunal pour prononcer une condamnation à mort contre un criminel ? Regardez : le pauvre homme chancelle, il tombe à terre ; il n'a plus aucune force, car la mort est sur lui et son dernier espoir s'est évanoui !

Oh, pécheur, quand cette sentence tombera sur vous du haut de ce trône redoutable ! Vos excuses seront comme des meules de moulin attachées à votre cou, tandis que vous plongerez le long des pentes de l'abîme jusqu'au plus profond de l'enfer !

5. Les pécheurs n'ont pas besoin de leurs excuses. Dieu n'en demande pas une seule. Il ne vous demande pas de vous justifier, pas du tout. Si vous en aviez besoin pour votre salut, je pourrais vous comprendre, et je vous aiderais certainement autant que je le pourrais. Mais vous n'en avez pas besoin. Votre salut ne dépend pas de votre réussite à vous défendre vous-même. Inutile de vous creuser la tête pour trouver des excuses. Mieux vaut dire : « Je n'en veux pas, je n'en mérite pas, je n'en ai pas une seule qui vaille quoi que ce soit. » Mieux vaut dire : « Je suis méchant. Dieu sait que c'est la vérité, et il serait inutile que j'essaie de le cacher. Je suis méchant, et si jamais je vis, ce sera uniquement par pure miséricorde ! »

Je me souviens très bien de l'année où j'ai vécu d'excuses, et du temps qu'il m'a fallu pour y renoncer. Je n'avais jamais entendu un pasteur prêcher sur ce sujet. Mais j'ai découvert par expérience que mes excuses et mes mensonges étaient les obstacles qui barraient le chemin de ma conversion. Dès que je les ai complètement lâchés, j'ai trouvé la porte de la miséricorde grande ouverte. Et vous aussi, pécheur, vous la trouveriez ouverte.

6. Les pécheurs devraient avoir honte de leurs excuses et s'en repentir. Peut-être ne l'avez-vous pas toujours vu aussi clairement que vous pouvez le voir maintenant. Avec la lumière que vous avez maintenant devant vous, prenez garde. Veillez à ne plus jamais avancer une seule excuse, à moins que vous n'ayez l'intention d'outrager Dieu de la manière la plus horrible. Rien ne peut être une abomination plus grave aux yeux de Dieu que des excuses avancées par un pécheur qui sait qu'elles sont entièrement fausses et blasphématoires. Oh, vous devriez vous repentir de l'insulte que vous avez déjà faite à Dieu, et maintenant même, de peur de vous voir repoussé loin de la porte de la miséricorde.

7. Vous reconnaissez que vous avez un devoir envers Dieu ; vous n'avez donc plus le droit, évidemment, d'avancer des excuses. Car si vous avez une bonne excuse, vous n'avez pas de devoir. Si l'un de vous a une bonne excuse pour désobéir à Dieu, il n'est plus tenu de lui obéir. Mais puisque vous êtes obligés de reconnaître votre devoir, vous êtes aussi obligés de renoncer à vos excuses.

8. Puisque vous reconnaissez votre devoir, et que vous ne pouvez pas faire autrement que de le reconnaître, si vous avancez encore des excuses, vous insultez Dieu en face. Vous l'insultez en l'accusant d'une tyrannie infinie.

Maintenant, que comptez-vous faire de ce sermon ? Êtes-vous prêt à dire : « Désormais, je renonce à toutes mes excuses, maintenant et pour toujours ; et Dieu aura tout mon cœur » ? Que dites-vous ? Allez-vous vous mettre à chercher une nouvelle excuse ? Dites-vous au moins : « Laissez-moi d'abord rentrer chez moi ; ne me pressez pas de céder à Dieu ici, sur-le-champ ; laissez-moi rentrer chez moi, et alors je le ferai » ? Est-ce là ce que vous dites ? Et vous rendez-vous compte combien ce moment est délicat, combien cette heure qui passe est décisive ? Rappelez-vous : ce n'est pas moi qui vous presse de répondre à cette exigence, c'est Dieu. Dieu lui-même vous ordonne de vous repentir aujourd'hui, à cette heure même. Vous connaissez votre devoir ; vous savez ce qu'est la foi, ce que c'est que donner votre cœur à Dieu. Et maintenant, j'en viens à la dernière question : allez-vous le faire ? Allez-vous abandonner toutes vos excuses, tomber, pécheur qui se condamne lui-même, devant un Dieu d'amour, et vous donner à lui, votre cœur et tout votre être, désormais et pour toujours ? Allez-vous venir ?

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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