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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 12

La mort de Christ à notre place

« Que Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures » (1 Corinthiens 15,3)

« Celui qui n'a pas connu le péché, il l'a fait péché pour nous, afin que nous devenions justice de Dieu en lui » (2 Corinthiens 5,21)

« Mais Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Romains 5,8)

« L'Éternel a pris plaisir en lui à cause de sa justice : il a rendu la loi grande et honorable » (Ésaïe 42,21)

« Lequel Dieu a présenté pour propitiatoire, par la foi en son sang, afin de montrer sa justice à cause du support des péchés précédents dans la patience de Dieu, afin de montrer, dis-je, sa justice dans le temps présent, en sorte qu'il soit juste et justifiant celui qui est de la foi de Jésus » (Romains 3,25-26)

Dans ce dernier passage, l'apôtre expose de façon particulièrement complète le but théologique, et je dirais même le but profond, raisonné, de la venue de Christ dans notre monde : montrer à toutes les créatures que Dieu est juste quand il pardonne les péchés. Il est dit ici que Christ a été donné comme le sacrifice qui nous réconcilie avec Dieu, pour que Dieu puisse être juste en pardonnant le péché. Cela suppose que Dieu n'aurait pas pu être juste envers l'univers si Christ n'avait pas d'abord été donné en sacrifice.

Quand nous réfléchissons sérieusement à ce dont notre propre esprit est convaincu, sans pouvoir y échapper, au sujet de nos relations avec Dieu et avec son gouvernement, nous ne pouvons pas ne pas voir que nous sommes pécheurs, et que, du point de vue de la loi et de la justice, nous sommes perdus sans espoir. Que nous soyons de grands pécheurs contre Dieu, c'est une certitude de base de la conscience humaine : nos convictions les plus profondes en témoignent, et on ne peut pas plus le nier que le fait qu'il existe quelque chose qui s'appelle le mal.

Or, si Dieu est saint et bon, il est forcé de désapprouver le mal et de le punir. Sa loi prononce une peine contre le mal. Sous cette peine, nous sommes condamnés, et nous n'avons aucun moyen d'en sortir, sinon par un sacrifice suffisant, qui satisfasse Dieu parce qu'il ne met pas en danger les intérêts de son royaume.

Jusque-là, nous pouvons avancer en toute sécurité et sur un terrain solide, avec la simple lumière de la raison. Même s'il n'y avait pas de Bible, nous pourrions savoir tout cela avec une certitude absolue. Même les incroyants sont obligés d'aller jusque-là.

Nous voici donc sous une condamnation absolue et parfaitement juste. Y a-t-il un moyen d'y échapper ? S'il y en a un, il doit nous être révélé dans la Bible, car il ne peut venir d'aucune autre source. Et la Bible affirme bien révéler un moyen d'y échapper. C'est le cœur même de son message.

Elle commence par évoquer très brièvement les circonstances dans lesquelles le péché est entré dans le monde. Sans entrer dans les détails sur la manière dont le péché est entré, elle est extrêmement complète, claire et précise quand elle montre que le péché est bien là, dans toute l'humanité. Que Dieu voie l'humanité comme plongée dans le péché et la révolte, la Bible le dit aussi clairement que les mots peuvent le dire. Il faut remarquer que ce fait, et le fait qui lui est lié, à savoir que le pardon est possible, sont affirmés avec la même autorité, avec la même netteté et la même clarté. Ces deux faits tiennent ou tombent ensemble. De toute évidence, Dieu a voulu graver dans tous les esprits ces deux grandes vérités : d'abord, que l'homme est perdu par son propre péché ; ensuite, qu'il peut être sauvé par Jésus-Christ. Nier la première, c'est contredire à la fois nos propres convictions, auxquelles nous ne pouvons pas échapper, et le témoignage le plus clair que Dieu nous a révélé ; nier la seconde, c'est fermer nous-mêmes, de notre plein gré, la porte à tout espoir d'être sauvés.

Il ne faut pas confondre les explications raisonnées du sacrifice de Christ, ses raisons et ce qu'il signifie pour le gouvernement de Dieu, avec le fait même de ce sacrifice. Les hommes peuvent être sauvés par ce fait s'ils le croient simplement, même s'ils ne savent rien de l'explication. Les apôtres n'accordaient pas beaucoup d'importance à l'explication, mais ils affirmaient le fait avec la plus grande force, faisaient des miracles pour prouver que leur autorité venait de Dieu, et suppliaient ainsi les hommes de croire ce fait et d'être sauvés. On peut donc croire ce fait d'une foi qui sauve, sans connaître l'explication. C'est certainement ce qui est arrivé à des dizaines de milliers de personnes.

Pourtant, il est très utile de comprendre les raisons du sacrifice de Christ et ce qui le fonde dans le gouvernement de Dieu. Cela sert souvent à faire tomber les doutes. Il est très courant que des hommes de loi rejettent ce fait, jusqu'au jour où ils comprennent les raisons du sacrifice de Christ et ce qu'il signifie pour le gouvernement de Dieu ; une fois qu'ils ont compris cela, ils admettent en général le fait. Il y a beaucoup d'esprits qui ont besoin de voir ce que ce sacrifice signifie pour le gouvernement de Dieu, sinon ils rejettent le fait. Si l'on doute si souvent de ce fait, c'est que les explications données n'ont pas été satisfaisantes. Elles ont donné une fausse image de Dieu. Rien d'étonnant à ce que les hommes les rejettent, et avec elles l'idée même d'un sacrifice de Christ à notre place.

Le sacrifice de Christ est un moyen que Dieu, en tant que souverain qui gouverne, a mis en place pour maintenir sa loi sans appliquer au pécheur la peine qu'elle prévoit. Bien sûr, dans n'importe quel gouvernement, il sera toujours difficile de maintenir l'autorité de la loi et le respect qui lui est dû sans appliquer la peine prévue. Pourtant, Dieu y est parvenu de la manière la plus parfaite.

Il faut faire ici une distinction entre la justice publique et la justice qui rend à chacun ce qu'il mérite.

Cette dernière fait tomber sur la tête du pécheur, personnellement, une punition qui correspond à la nature de sa faute. La première, la justice publique, ne regarde que le bien de tous, et doit faire ce qui assurera l'autorité et l'influence de la loi aussi bien que l'aurait fait l'application de la peine. Elle peut accepter un Remplaçant, à condition qu'il soit aussi efficace pour soutenir la loi et assurer l'obéissance.

La justice publique peut donc être satisfaite de l'une de ces deux manières : ou bien par l'application complète de la peine, ou bien par un Remplaçant qui servira les buts du gouvernement au moins aussi bien. Quand nous demandons alors : « Qu'est-ce qui est nécessaire pour atteindre les buts de la justice publique ? », voici la réponse :

1. Ce n'est pas l'application de la peine à la lettre ; car, dans ce cas, elle devrait forcément tomber sur le pécheur, et sur personne d'autre. De plus, l'univers ne gagnerait rien à ce que Christ subisse la peine complète et exacte que méritait chacun des pécheurs perdus qu'il allait sauver. Si la quantité de souffrance est la même dans un cas comme dans l'autre, où est le gain ? Et encore : si la justice doit être appliquée en rendant à chacun ce qu'il mérite, alors elle ne peut pas tomber sur Christ ; elle doit tomber sur le pécheur lui-même. Si ce n'est pas le cas, la souffrance peut certainement être, comparée à celle que méritait le pécheur, très différente par sa nature et moindre par son intensité.

On a parfois dit que Christ avait souffert autant, et de la même façon, que tous les sauvés auraient dû souffrir sans lui ; mais la raison humaine se révolte contre cette idée, et l'Écriture ne l'affirme certainement pas.

2. Certains prétendent que Dieu a besoin d'être apaisé, et qu'il faut calmer ses sentiments. C'est une erreur énorme. Cela donne une image complètement fausse de Dieu et du sacrifice de Christ.

3. La justice publique n'exige pas du tout qu'un être innocent subisse une peine ou une punition, au sens propre de ces mots. La punition suppose une faute, et Christ n'en avait aucune. Christ n'a donc pas été puni.

Qu'on le comprenne bien : la loi de Dieu prend sa source dans son amour désintéressé, et elle ne vise que des buts de bonté. Elle a été révélée uniquement pour faire naître le plus grand bien possible, au moyen de l'obéissance. Or une telle loi peut permettre le pardon, à condition qu'on puisse donner une démonstration qui assure l'obéissance tout aussi bien, en révélant tout autant la fermeté, la droiture et l'amour de celui qui a donné la loi. Puisque la loi est parfaite et absolument indispensable au bien de ses créatures, Dieu ne doit pas mettre sa peine de côté sans une autre influence équivalente qui pousse à obéir.

La peine a été prévue pour témoigner du respect de Dieu pour les commandements de sa loi, et de sa volonté de les faire respecter. Un sacrifice qui devait remplacer l'application de cette peine devait donc être de nature à montrer le respect de Dieu à la fois pour les commandements et pour la peine de sa loi. Il devait être capable d'imposer l'obéissance. Sur ce point, sa force morale devait être égale à celle de la peine appliquée au pécheur.

C'est pourquoi nous voyons que, dans ce sacrifice, Dieu a exprimé le grand respect qu'il a pour sa loi et pour l'obéissance à cette loi.

Si l'on applique la peine de la loi, c'est pour faire comprendre avec force la majesté, la valeur et l'utilité de la loi. N'importe quoi peut servir de remplacement, pourvu que cela montre aussi complètement le mal que fait le péché et à quel point il est odieux, la haine de Dieu pour le péché, et sa volonté d'appliquer sa loi dans toutes ses exigences. Le remplacement proposé sera d'autant plus valable s'il montre aussi, de façon éclatante, l'amour de Dieu pour les pécheurs. C'est exactement ce qu'a fait, avec la plus grande force, le sacrifice de Christ par sa mort.

Chaque acte de révolte est une accusation contre la loi. C'est pourquoi, avant de pouvoir pardonner la révolte, Dieu doit montrer ce qu'il pense du péché d'une manière qui bouleverse le cœur de tout l'univers créé et qui fasse tinter toutes les oreilles. Surtout, pour obtenir la plus haute obéissance, il fallait une démonstration qui gagne vraiment la confiance et l'amour de ceux qu'il gouverne envers celui qui leur donne la loi ; une démonstration qui montre qu'il n'est pas un tyran, et qu'il ne cherche que la plus haute obéissance de ses créatures, et donc leur bonheur. Une fois cela fait, Dieu sera satisfait.

Alors, que peut-on faire pour enseigner ces leçons et les graver dans l'univers avec une force grande et éternelle ?

Le témoignage de Dieu doit être donné de façon à être bien compris. De toute évidence, le témoignage à donner doit venir de Dieu, car c'est sa manière à lui de voir la loi, la peine et le Remplaçant qui doit être révélée. Chacun doit bien voir que, s'il appliquait la loi au pécheur, cela montrerait aussitôt quelle valeur il accorde à la loi. Mais, de toute évidence, il faut qu'un Remplaçant proposé montre avec autant de force ce qu'il pense de cette même chose, avant que Dieu puisse l'accepter comme Remplaçant.

De plus, dans cette affaire, les commandements de la loi doivent être acceptés et honorés à la fois par Dieu et par Jésus, en tant que celui qui se tient entre Dieu et les hommes. Jésus, comme représentant de l'humanité, doit honorer la loi en lui obéissant et en l'approuvant publiquement ; sinon, le sacrifice proposé ne pourrait pas rendre à la loi de Dieu l'hommage qui lui est dû. C'est ce qui a été fait.

De plus, pour que Dieu puisse vraiment faire miséricorde à l'humanité, il est évidemment indispensable que, dans la personne de celui qui se tient entre Dieu et les hommes, la nature divine et la nature humaine soient unies. Dieu et l'homme doivent être représentés tous les deux dans ce sacrifice : la Parole divine représentait Dieu ; l'homme Jésus représentait l'humanité qu'il fallait racheter. Ce que la Bible affirme ainsi se vérifie dans l'histoire de Jésus : il a dit et fait des choses qu'il n'aurait pas pu dire ni faire s'il n'avait pas été homme, et qu'il n'aurait pas pu dire ni faire non plus s'il n'avait pas été aussi Dieu. D'un côté, trop faible pour porter sa croix, épuisé dans son corps d'homme ; de l'autre, assez puissant pour faire taire la tempête et ressusciter les morts, par la plénitude de la puissance divine. Ainsi, Dieu et l'homme sont tous les deux représentés en Jésus-Christ.

Ce qu'il fallait faire exigeait donc que Jésus-Christ honore la loi et lui obéisse pleinement ; et il l'a fait. Se tenant à la place du pécheur, il devait, en un sens important, porter la malédiction de la loi : non pas la peine elle-même, à la lettre, mais une immense souffrance, suffisante, vu ses liens avec Dieu et avec l'univers, pour montrer comme il le fallait que Dieu est indigné contre le péché, et montrer en même temps son amour à la fois pour le pécheur et pour tous les êtres libres qu'il gouverne. D'un côté, Jésus représentait l'humanité ; de l'autre, il représentait Dieu. Voilà une sagesse vraiment divine.

Le sacrifice offert au Calvaire doit être compris comme l'offrande de Dieu à la justice publique : Dieu lui-même livrant son Fils à la mort, et ce Fils répandant son sang, sa vie, pour réparer le péché, ouvrant ainsi tout grands les deux battants des portes de la miséricorde à une humanité pécheresse et perdue. Il faut y voir une preuve de son amour pour les pécheurs. C'est la rançon que Dieu a prévue pour eux. Regardez la situation. Le Législateur suprême, et même le gouvernement de tout l'univers, avait été bafoué par la révolte ; bien sûr, il ne peut pas y avoir de pardon tant que ce déshonneur fait à Dieu et à sa loi n'a pas été complètement effacé. Et il l'est par l'offrande que Dieu fait librement de son propre Fils pour ces grands péchés.

Puisque tout cela a été fait pour vous, pécheurs, qu'en pensez-vous ? Que pensez-vous de cet appel que Paul écrit, et que Dieu vous adresse par lui : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent » (Romains 12,1) ? Pensez à ces compassions. Pensez à la façon dont Christ a répandu sa vie pour vous. Imaginez qu'il apparaisse aujourd'hui au milieu de vous, qu'il lève ses mains ruisselantes de sang et qu'il vous dise : « Je vous en supplie, par toute la bonté que Dieu vous a montrée, offrez vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ! » Ne sentiriez-vous pas la force de son appel, et que c'est bien là « un culte raisonnable » ? Cet amour de Christ ne vous pousserait-il pas à agir ? Qu'en pensez-vous ? N'est-il pas mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui les a aimés et s'est donné pour eux ? Que répondez-vous ? Au moment où la hache levée allait tomber sur votre cou, il a reçu le coup sur le sien. Vous n'auriez pas pu avoir la vie s'il n'était pas mort pour la sauver ; alors, qu'allez-vous faire ? Allez-vous accepter cette miséricorde qu'on vous offre, ou la rejeter ? Allez-vous lui donner cette vie qu'il a épargnée avec tant de miséricorde, ou refuser de la lui donner ?

Remarques.

1. Ce que ce plan signifie pour le gouvernement de Dieu saute aux yeux. Toute cette œuvre contribue puissamment à maintenir la loi de Dieu, et à révéler son amour, et même sa miséricorde, envers les pécheurs. Elle montre que, personnellement, il est prêt à pardonner, et qu'il a seulement besoin qu'un arrangement soit mis en place pour pouvoir le faire sans danger pour son gouvernement. Qu'est-ce qui pourrait montrer de façon plus frappante qu'il est prêt à pardonner ? Voyez avec quel soin il se protège contre l'abus du pardon ! Toujours prêt à pardonner, et pourtant toujours attentif aux grands intérêts de l'obéissance et du bonheur, de peur qu'un pardon si gratuit et si complet ne les mette en danger !

2. Pourquoi faudrait-il trouver incroyable que Dieu ait conçu un tel plan de salut par le sacrifice de Christ ? Y a-t-il là-dedans quelque chose qui ne ressemble pas à Dieu, ou qui ne s'accorde pas avec le caractère qu'il nous a révélé ? Je doute qu'un être libre et responsable puisse comprendre ce plan et le trouver quand même incroyable. Ceux qui le rejettent parce qu'ils le trouvent incroyable ne l'ont sûrement pas compris.

3. On pourrait poser la question : pourquoi Christ est-il mort, si ce n'est pas pour nous ? Il n'avait jamais péché ; il n'est pas mort pour son propre compte, comme un pécheur ; il n'est pas mort non plus comme meurent les petits enfants de notre race, dont la conscience morale n'est pas encore développée, mais qui appartiennent quand même à une race pécheresse. La seule explication de sa mort, c'est qu'il n'est pas mort pour lui-même, mais pour nous.

On pourrait aussi demander : pourquoi est-il mort de cette façon ? Regardez-le expirer entre deux brigands, écrasé sous une montagne de douleur. Pourquoi cela ? D'autres martyrs sont morts en poussant des cris de joie ; lui est mort dans l'angoisse et la douleur, abattu et torturé parce que son Père lui cachait sa face.

Toute la nature a semblé partager ses souffrances. Regardez : le soleil se couvre de ténèbres ; les rochers se fendent ; la terre tremble sous vos pieds ; toute la nature est bouleversée. Un philosophe païen lui-même s'est écrié : « Ou bien l'univers arrive à sa fin, ou bien c'est le Créateur de l'univers qui est en train de mourir ! » Écoutez ce cri déchirant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Matthieu 27,46)

Si l'on admet qu'il est mort comme Sauveur des pécheurs, tout devient clair. Il meurt pour le gouvernement de Dieu, et il doit forcément souffrir tout cela pour exprimer comme il faut l'horreur que Dieu a pour le péché. Tant qu'il se tient à la place des pécheurs coupables, Dieu doit lui montrer un visage sévère et lui cacher sa face. Cela révèle à la fois l'esprit du gouvernement de Dieu et sa sagesse infinie.

4. Certains ont accusé le sacrifice de Christ d'encourager le péché. Mais ces gens oublient une distinction très importante : celle entre le bon usage d'une chose et son abus. Il n'y a aucun doute que les meilleures choses de l'univers peuvent être mal utilisées, et que, par cet abus, elles peuvent être détournées vers le mal, et cela d'autant plus qu'elles sont meilleures quand on en fait bon usage.

Il semble qu'aucun homme raisonnable ne puisse douter que le sacrifice de Christ pousse, par nature, au bien. Quand on montre pour nous un tel amour, une telle douceur, un tel sacrifice de soi, cela pousse le pécheur à faire confiance et à aimer, et à s'incliner devant la croix avec un cœur brisé et repentant. Mais beaucoup en abusent ; et les meilleures choses, quand on en abuse, deviennent les pires. L'abus du sacrifice de Christ est justement la raison pour laquelle Dieu envoie les pécheurs en enfer. Il dit : « Si quelqu'un a méprisé la loi de Moïse, il meurt sans miséricorde sur la déposition de deux ou de trois témoins : d'une punition combien plus sévère pensez-vous que sera jugé digne celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu, et qui a estimé profane le sang de l'alliance par lequel il avait été sanctifié, et qui a outragé l'Esprit de grâce ? » (Hébreux 10,28-29)

Ainsi, si un pécheur veut abuser du sang versé pour lui, piétiner la sainte loi, et même l'idée de revenir à Dieu avec repentance et amour, Dieu dira de lui : « D'une punition combien plus sévère pensez-vous que sera jugé digne » cet homme-là, plus encore que celui qui méprisait la loi de Moïse et tombait sous ses coups ?

5. C'est un fait : cette manifestation de Dieu en

Christ brise vraiment le cœur des pécheurs. Elle a vaincu beaucoup de cœurs, et elle en vaincra encore des milliers. Si les pécheurs la croient et la tiennent pour réelle, ne doit-elle pas vaincre leur cœur, et le remplir d'amour et de tristesse ? Ne le pensez-vous pas ? Bien sûr, si vous la voyiez telle qu'elle est, et si vous en sentiez la force dans votre cœur, vous éclateriez en sanglots sur votre banc même, vous vous effondreriez et vous crieriez : « Jésus m'a-t-il aimé à ce point ? Et vais-je encore aimer le péché ? » Ah, votre cœur fondrait, comme des milliers de cœurs ont été brisés et ont fondu à toutes les époques, quand ils ont vu l'amour de Jésus tel qu'il est révélé sur la croix. Ce beau cantique dit les choses avec vérité :

« J'ai vu quelqu'un pendu au bois, dans l'agonie et dans le sang ; il a posé sur moi ses yeux épuisés, alors que je me tenais près de la croix. »

Mais ce n'est pas ce premier regard qui a complètement brisé son cœur. C'est seulement quand « il m'a lancé un second regard, qui disait : Je te pardonne tout, gratuitement ; ce sang est versé pour payer ta rançon ; je meurs pour que tu vives », c'est alors que son cœur s'est brisé tout entier, que ses larmes sont tombées comme la pluie, et qu'il n'a plus rien retenu de tout son être, en consacrant pleinement son âme à ce Sauveur.

Voilà l'effet véritable qui se produit quand le pécheur comprend l'Évangile et croit vraiment à la bonté de Jésus-Christ, qui est mort par amour pour ceux qui étaient perdus. C'est ainsi que la foi brise le cœur de pierre. Si cette preuve de l'amour de Dieu en Christ ne brise pas votre cœur, rien d'autre ne le fera. Si cette mort et cet amour de Christ ne vous poussent pas à agir, rien d'autre ne le pourra.

Mais si vous refusez de le regarder et d'y appliquer votre esprit, cela ne fera que causer votre perte. Connaître cet Évangile juste assez pour le rejeter et le renier ne peut servir qu'à rendre votre culpabilité plus grande et votre sort plus terrible.

6. Jésus a été fait sacrifice pour le péché à notre place. Comme cela était magnifiquement illustré dans le système de Moïse ! On amenait la victime pour l'égorger ; on emportait son sang à l'intérieur, et on en aspergeait le trône de la miséricorde. Ce trône de la miséricorde n'était rien d'autre que le couvercle sacré de l'arche, qui contenait les tables de la loi et d'autres souvenirs sacrés des bontés de Dieu dans le passé. Ils étaient là, tout au fond du sanctuaire, dans un lieu où personne ne pouvait entrer sous peine de mort, sauf le grand-prêtre, et lui seulement une fois par an, au grand jour du Pardon. En ce jour mémorable, les cérémonies sacrées atteignaient leur plus haute solennité. On amenait deux boucs ; le grand-prêtre posait les mains sur eux et confessait publiquement ses propres péchés et les péchés de tout le peuple. Puis l'un était chassé très loin dans le désert, pour montrer comment Dieu éloigne de nous nos péchés autant que l'orient est loin de l'occident ; l'autre était égorgé, et son sang était porté par le grand-prêtre dans le lieu très saint, où il en aspergeait le trône de la miséricorde, sous les chérubins. Pendant ce temps, l'immense assemblée se tenait dehors, confessant ses péchés et n'attendant le pardon que par le sang versé. C'était comme si le monde entier s'était tenu au pied du Calvaire, confessant ses péchés, pendant que Jésus portait sa croix jusqu'au sommet, pour y être suspendu, y saigner et y mourir pour les péchés des hommes. Comme il est juste que, pendant que Christ meurt, nous confessions nos péchés !

Certains d'entre vous pensent peut-être que c'est une grande chose de partir en mission à l'étranger. Mais Jésus a montré le chemin. Il a quitté le ciel pour une mission à l'étranger ; il est descendu dans ce monde, pire encore qu'un pays païen, et personne n'a jamais connu un tel renoncement. Pourtant, il s'est avancé sans peur, sans la moindre hésitation, à la rencontre des conséquences. Jamais il n'a reculé devant la honte, l'humiliation ou la torture. Et vous, pourriez-vous reculer devant l'idée de marcher sur les traces d'un tel chef ? Y a-t-il quelque chose de trop dur à souffrir pour vous, quand vous suivez un tel Chef, qui vous conduit au salut ?

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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