Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 31
À Western et à Rome, en 1854-1855
L'hiver suivant, à Noël, nous retournâmes à Western, dans le comté d'Oneida, où, comme je l'ai déjà raconté, j'avais commencé mes travaux à l'automne 1825. Les habitants étaient de nouveau sans pasteur à ce moment-là ; nous y passâmes plusieurs semaines, dans un travail très intéressant et avec des résultats très marqués.
Parmi les faits frappants de ce réveil-là, je citerai le cas d'un jeune homme. Il était fils de parents pieux, et l'on priait pour lui depuis longtemps. Ses parents étaient des membres en vue de l'Église. Son père était même l'un des anciens de l'Église, et sa mère était une femme pieuse, une femme de prière. Quand je commençai mes travaux là-bas, à la grande surprise et au grand chagrin de ses parents, et des chrétiens en général, il se montra extrêmement hostile à la prédication, aux réunions en général et à tout ce qui se faisait pour favoriser le réveil. Il s'engagea contre le réveil de toute la force de sa volonté et, à ce qu'on me rapporta, il affirma que « ni Finney ni l'enfer ne pourraient le convertir ». Il tint beaucoup de propos très odieux et impies, au point que ses parents en étaient profondément affligés ; mais je ne crois pas qu'on l'ait jamais soupçonné d'aucune immoralité extérieure.
Mais la parole de Dieu le pressait de jour en jour, jusqu'à ce qu'il ne pût plus y tenir. Un matin, il vint à ma chambre. Son aspect était vraiment saisissant. Je ne saurais le décrire. J'ai rarement vu quelqu'un dont l'état d'esprit eût laissé une telle empreinte sur le visage. Il paraissait presque fou, et il tremblait si fort qu'une fois assis, il faisait sensiblement trembler les meubles de la pièce. Je remarquai, en lui prenant la main, qu'elle était très froide. Ses lèvres étaient bleues, et tout son aspect était fort alarmant. Le fait est qu'il avait résisté à ses convictions aussi longtemps qu'il avait pu le supporter. Quand il fut assis, je lui dis : « Mon cher jeune homme, qu'avez-vous donc ? » « Oh ! dit-il, j'ai commis le péché impardonnable. » Je répondis : « Qu'est-ce qui vous fait dire cela ? » « Oh ! dit-il, je sais que je l'ai commis, et je l'ai fait exprès. »
Il me raconta alors ce qui lui était arrivé. « Il y a quelques années, dit-il, on me mit entre les mains un livre intitulé Le Livre des pirates. Je le lus, et il produisit sur mon esprit un effet tout à fait extraordinaire. Il m'inspira une sorte d'ambition terrible et infernale : être le plus grand pirate qui eût jamais vécu. Je résolus d'être à la tête de tous les voleurs de grand chemin, de tous les bandits et de tous les pirates dont on ait jamais écrit l'histoire. Mais, dit-il, mon éducation religieuse me barrait la route. Les enseignements et les prières de mes parents semblaient se dresser devant moi, si bien que je ne pouvais pas avancer. Or j'avais entendu dire qu'il était possible d'attrister l'Esprit de Dieu au point de l'éloigner, et d'éteindre son influence de sorte qu'on ne la sente plus. J'avais lu aussi qu'il était possible de cautériser ma conscience, pour qu'elle ne me trouble plus ; et, une fois ma résolution prise, ma première affaire fut de me débarrasser de mes convictions religieuses, afin de pouvoir aller de l'avant et commettre toutes sortes de vols et de meurtres sans aucun remords de conscience. Je me mis donc délibérément à blasphémer contre le Saint-Esprit. » Il me dit alors de quelle manière il s'y était pris, et ce qu'il avait dit au Saint-Esprit ; mais c'était trop blasphématoire pour être répété.
Il continua : « Je sentis alors qu'il fallait bien que l'Esprit de Dieu me quitte, et que ma conscience ne me trouble plus. Au bout de peu de temps, je résolus de commettre quelque crime, pour voir l'effet que cela me ferait. Il y avait une maison d'école en face de chez nous ; un soir, j'allai y mettre le feu. Puis je rentrai dans ma chambre et me couchai. Mais on découvrit bientôt l'incendie. Je me levai et me mêlai à la foule qui s'était rassemblée pour l'éteindre ; mais tous les efforts furent vains, et l'école brûla entièrement. » Incendier ainsi un bâtiment était un crime passible de la prison d'État. Il le savait. Je lui demandai s'il était allé plus loin dans le crime. Il répondit : « Non. » Et je crois qu'il ajouta qu'il n'avait pas trouvé sa conscience en repos à ce sujet, comme il s'y attendait. Je lui demandai si on l'avait jamais soupçonné d'avoir mis le feu à l'école. Il répondit qu'à sa connaissance non, mais que d'autres jeunes gens avaient été soupçonnés, et qu'on avait parlé d'eux. Je lui demandai ce qu'il comptait faire. Il répondit qu'il allait trouver les administrateurs de l'école pour l'avouer, et il me demanda si je ne voudrais pas l'accompagner.
J'allai avec lui chez l'un des administrateurs, qui habitait tout près, et le jeune homme me demanda si je ne voudrais pas lui exposer les faits. Je le fis. L'administrateur était un brave homme, et un grand ami des parents de ce jeune homme. Cette nouvelle le bouleversa. Le jeune homme se tenait devant lui sans pouvoir dire un mot. Après m'être entretenu un moment avec l'administrateur, je dis : « Nous allons voir les autres administrateurs. » Ce monsieur répondit : « Non, il n'est pas nécessaire que vous y alliez ; je les verrai moi-même et je leur raconterai toute l'histoire. » Il assura le jeune homme que lui-même lui pardonnait de bon cœur ; et il pensait que les autres administrateurs, ainsi que les habitants de la commune, lui pardonneraient aussi, et ne lui feraient supporter aucuns frais à ce sujet, ni à lui ni à ses parents.
Je retournai alors à ma chambre, et le jeune homme rentra chez lui. Il n'était toujours pas en repos. Le soir, comme je me rendais à la réunion, il me rencontra à la porte et me dit : « Il faut que je fasse une confession publique. Plusieurs jeunes gens ont été soupçonnés de cette affaire, et je veux que les gens sachent que c'est moi qui l'ai fait, que je n'avais pas de complice, et que personne d'autre que Dieu et moi ne le savait. » Et il ajouta : « Monsieur Finney, voulez-vous bien le dire aux gens ? Je serai présent, et je dirai tout ce qu'il faudra dire, si quelqu'un pose des questions ; mais je ne me sens pas capable d'ouvrir la bouche. Vous pouvez tout leur raconter. »
Quand l'assemblée fut réunie, je me levai et exposai les faits. La famille était si connue et si aimée dans la localité que ce récit fit une grande impression. Dans toute l'assemblée, on sanglotait et on pleurait. Après avoir fait cette confession complète, il trouva la paix. De sa vie religieuse depuis lors, je ne sais pas grand-chose. J'ai appris récemment, cependant, qu'il était resté attaché au Christ, et qu'il ne semblait pas être retombé. Il s'engagea dans l'armée pendant la guerre de Sécession, et fut tué à la bataille de Fort Fisher.
Dans mon récit des réveils jusqu'ici, j'ai passé sous silence un grand nombre de crimes commis par des personnes qui venaient me demander conseil et me racontaient les faits. Bien souvent, au cours de ces réveils, des restitutions, parfois de plusieurs milliers de dollars, furent faites par des gens dont la conscience était troublée, soit parce qu'ils avaient obtenu cet argent directement par fraude, soit parce qu'ils l'avaient gagné par quelque abus égoïste dans leurs relations d'affaires.
Le premier hiver que je passai à Boston amena un très grand nombre de révélations de ce genre. J'y avais prêché un dimanche matin sur ce texte : « Celui qui cache ses transgressions ne prospère point », et l'après-midi sur la suite du verset : « Mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde » (Proverbes 28,13). Je me souviens que les résultats de ces deux sermons furent tout à fait extraordinaires. Pendant des semaines, des personnes de presque tous les âges et des deux sexes vinrent me demander des conseils spirituels, en me révélant qu'elles avaient commis diverses fraudes, et des péchés de presque toute espèce. Des jeunes gens avaient volé leurs patrons ; des femmes avaient dérobé des montres, et à peu près tous les articles de toilette féminine. On aurait vraiment dit que la parole du Seigneur atteignait les consciences avec une telle puissance, en ce temps-là et dans cette ville, qu'elle mettait à nu un véritable repaire de méchanceté. Il me faudrait assurément des heures pour énumérer les crimes dont j'eus personnellement connaissance par les aveux de ceux qui les avaient commis. Mais dans chaque cas, ces personnes semblaient profondément repentantes, et elles étaient disposées à restituer dans toute la mesure de leurs moyens.
Mais, pour revenir de cette digression à Western : le réveil y fut d'un caractère très intéressant, et un bon nombre d'âmes naquirent à Dieu. Je me souviens avec beaucoup d'intérêt de la conversion d'une jeune femme. Elle tenait l'école du village. Son père était, je crois, un sceptique ; et, d'après ce que je compris, elle était fille unique, et la grande préférée de son père. C'était un homme, si l'on m'a bien renseigné, d'une influence considérable dans la commune, mais il n'assistait pas du tout à nos réunions. Il habitait une ferme à l'écart du village. Le village est d'ailleurs très petit, et les habitants sont dispersés dans la vallée de la Mohawk et sur les collines de part et d'autre, si bien que la grande masse des habitants doit faire un assez long chemin pour venir aux réunions.
J'avais entendu dire que cette jeune femme n'assistait guère à nos réunions, et qu'elle manifestait une assez forte opposition à l'œuvre. Un jour, en passant devant l'école, j'entrai pour lui parler. Elle parut d'abord surprise de me voir entrer. Je ne lui avais jamais été présenté, et je ne l'aurais pas reconnue si je ne l'avais trouvée à cet endroit. Elle me connaissait pourtant, et elle eut d'abord l'air de reculer devant moi. Je lui pris la main avec beaucoup de bonté, et lui dis que j'étais entré pour lui parler de son âme. « Mon enfant, lui dis-je, où en êtes-vous ? Avez-vous donné votre cœur à Dieu ? » Je lui dis cela en lui tenant la main. Elle baissa la tête et ne fit aucun effort pour retirer sa main. Je vis aussitôt qu'une influence qui la soumettait venait sur elle, une influence si profonde et si remarquable que je fus presque certain qu'elle allait se soumettre à Dieu sur-le-champ.
Tout ce que j'attendais en entrant, c'était de lui dire quelques mots qui, je l'espérais, la feraient réfléchir, et de convenir d'un moment pour m'entretenir plus longuement avec elle. Mais l'impression fut aussitôt si manifeste, et son cœur sembla se briser si facilement, qu'après quelques phrases dites calmement et doucement, elle parut renoncer à son opposition et être prête à saisir le Seigneur Jésus-Christ. Je lui demandai alors si je pouvais dire quelques mots aux élèves ; elle me répondit que oui, qu'elle le souhaitait. Je le fis, puis je lui demandai si je pouvais la présenter à Dieu dans la prière, elle et ses élèves. Elle dit qu'elle le souhaitait, et elle fut très profondément émue devant toute l'école. Nous priâmes, et ce fut un moment très solennel, où les cœurs fondaient. À partir de ce moment, la jeune femme sembla vaincue, et passée de la mort à la vie. Elle ne vécut pas longtemps ensuite avant de partir, j'en ai la confiance, pour le ciel.
Ces deux séjours à Western étaient séparés d'environ trente ans. Une autre génération que celle qui y vivait au temps du premier réveil où j'avais travaillé là était venue habiter l'endroit. J'y trouvai cependant quelques-uns des anciens membres. Mais l'assemblée était en grande partie nouvelle, et composée surtout de personnes plus jeunes, qui avaient grandi après le premier réveil.
Comme lors du premier réveil, les gens de Rome apprirent ce qui se passait à Western, et montèrent en assez grand nombre pour assister à nos réunions. Cela m'amena, au bout de quelques semaines, à descendre à Rome et à y passer quelque temps.
L'état de la religion à Western s'est, je crois, beaucoup amélioré depuis ce dernier réveil. Le culte et les ordonnances de l'Évangile s'y sont maintenus, et je crois que l'on a fait des progrès considérables dans la bonne direction. Les B... ont tous quitté Western, à l'exception d'un fils et de sa famille. Cette famille nombreuse et intéressante s'est dispersée : l'un d'eux est resté à Western, un autre est à Utica, et un fils, converti lors du premier réveil, est depuis de longues années pasteur de la Première Église presbytérienne de Watertown, dans l'État de New York.
Lors de mon premier séjour à Rome, et pendant bien des années ensuite, l'Église était congrégationaliste. Mais quelques années avant mon dernier séjour, ils avaient installé un pasteur presbytérien, un jeune homme, qui estimait que l'Église devait être presbytérienne plutôt que congrégationaliste. Il le proposa et le recommanda à l'Église, et il parvint à faire adopter ce changement, mais au grand mécontentement d'un grand nombre de personnes influentes de l'Église. Cela avait créé à Rome une situation très fâcheuse ; et quand j'y arrivai de Western, j'appris pour la première fois cette très grave division des sentiments dans l'Église. Leur pasteur avait perdu la confiance et l'affection d'un nombre considérable de membres très influents de son Église.
Quand j'appris où en étaient les choses, je fus persuadé qu'on ne pourrait pas faire grand-chose pour favoriser un réveil général si l'on ne parvenait pas à guérir ce différend. Mais on en avait tant parlé, et les principaux intéressés s'étaient tellement engagés, que je m'efforçai en vain d'amener une réconciliation. Ce n'était pas un sujet à traiter en chaire ; mais dans des entretiens particuliers, j'essayai d'arracher cette racine d'amertume. Je constatai que les deux partis ne voyaient pas les faits de la même façon. Je continuai pourtant à prêcher ; l'Esprit du Seigneur fut répandu, les conversions étaient très fréquentes, et j'ai confiance qu'il s'est fait beaucoup de bien.
Mais après avoir cherché en vain à obtenir une union des sentiments et des efforts telle que Dieu pût l'approuver, je résolus de les quitter. J'ai appris depuis que quelques-uns des membres mécontents de l'Église allèrent se joindre à l'Église de Western, quittant tout à fait celle de Rome. Je suppose que le pasteur fit ce qu'il estimait être son devoir dans cette controverse, mais les divisions qui en résultèrent me furent extrêmement pénibles, car je portais à cette Église un intérêt tout particulier.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).