Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 21
Le rétrograde dans son cœur
Celui dont le cœur s'égare se rassasie de ses voies. (Proverbes 14,14)
Je ne peux pas terminer cette série de discours sans mettre en garde les convertis contre le danger de rétrograder. En traitant ce sujet, je dirai :
I. Ce que n'est pas le fait de rétrograder dans son cœur. II. Ce qu'il est. III. Quels en sont les signes. IV. Quelles en sont les conséquences. V. Comment sortir de cet état. I. Ce que n'est pas le fait de rétrograder dans son cœur.
I. Cela ne consiste pas dans l'apaisement d'émotions religieuses très vives. L'apaisement du sentiment religieux peut être un signe que le cœur a rétrogradé, mais le fait de rétrograder dans son cœur ne consiste pas dans ce refroidissement du sentiment religieux.
II. Ce qu'est le fait de rétrograder dans son cœur.
1. Cela consiste à reprendre cette consécration à Dieu et à son service qui constitue la véritable conversion.
2. C'est, pour un chrétien, abandonner son premier amour (Apocalypse 2,4).
3. Cela consiste, pour le chrétien, à se retirer de cet état de dévouement entier et universel à Dieu qui constitue la vraie religion, et à retomber sous l'empire d'un esprit qui ne cherche qu'à se plaire à lui-même.
4. Le texte laisse entendre que le cœur peut avoir rétrogradé alors que l'on garde les formes de la religion et de l'obéissance à Dieu. Nous savons par notre propre conscience que les hommes accomplissent des actes identiques ou semblables pour des motifs très différents, et souvent opposés ; nous sommes donc certains que l'on peut garder toutes les formes et toutes les apparences extérieures de la religion alors qu'en réalité on a rétrogradé dans son cœur. Il ne fait aucun doute que l'égoïsme le plus intense prend souvent une couleur religieuse, et bien des considérations peuvent pousser un rétrograde dans son cœur à garder les formes alors qu'il a perdu dans son âme la force de la piété.
III. Quels sont les signes d'un cœur qui a rétrogradé. 1. Un formalisme manifeste dans les exercices religieux. Une manière toute faite et formelle de dire et de faire les choses, qui est visiblement le fruit de l'habitude et non le jaillissement de la vie religieuse. Ce formalisme sera sans émotion et froid comme un iceberg, et trahira une absence totale de sérieux dans l'accomplissement du devoir religieux. Dans la prière et dans les exercices religieux, le rétrograde dans son cœur priera, louera, confessera ou rendra grâces des lèvres, de façon que tout le monde puisse l'entendre, peut-être, mais de telle manière que personne ne puisse le sentir. Un tel formalisme serait impossible là où il y aurait une foi, un amour et un zèle religieux présents et vivants.
2. Le manque de joie dans la religion est un signe que le cœur a rétrogradé. Nous trouvons toujours de la joie à dire et à faire ce qui plaît à ceux que nous aimons le plus ; de plus, quand le cœur n'a pas rétrogradé, la communion avec Dieu se maintient : non seulement on accomplit alors avec plaisir tous les devoirs religieux, mais la communion avec Dieu qu'ils comportent est une source de joie riche et continuelle. Si nous ne trouvons pas de joie à servir Dieu, c'est que nous ne le servons pas vraiment. Si nous l'aimons par-dessus tout, il est impossible que nous ne trouvions pas de la joie à le servir à chaque pas. Retenez donc bien ceci : chaque fois que vous perdez votre joie religieuse, la joie de servir Dieu, vous pouvez savoir que vous ne le servez pas comme il faut.
3. La servitude dans la religion est un autre signe d'un cœur qui a rétrogradé. Dieu n'a pas d'esclaves. Il n'accepte pas le service de serfs qui le servent parce qu'ils y sont obligés. Il n'accepte qu'un service d'amour. Le rétrograde dans son cœur trouve ses devoirs religieux pesants. Il a promis de servir le Seigneur. Il n'ose pas rompre tout à fait avec les formes de ce service, et il s'efforce d'être fidèle à son devoir, alors qu'il n'a pas le cœur à la prière, à la louange, au culte, aux devoirs de la chambre secrète, ni à aucun de ces exercices qui sont si spontanés et si délicieux là où existe un véritable amour pour Dieu. Le rétrograde dans son cœur ressemble souvent à une épouse dévouée mais sans amour. Elle s'efforce de faire son devoir envers son mari, mais elle échoue complètement parce qu'elle ne l'aime pas. La peine qu'elle se donne pour lui plaire est contrainte, ce n'est pas l'élan spontané d'un cœur aimant, et sa situation et ses devoirs deviennent le fardeau de sa vie. Elle va partout en se plaignant du poids des soucis qui pèsent sur elle, et elle ne sera guère portée à conseiller aux jeunes filles de se marier. Elle est engagée pour la vie, elle doit donc remplir les devoirs de la vie conjugale, mais oh, quelle servitude ! Il en est exactement de même de la servitude religieuse. Le chrétien de profession doit faire son devoir. Il s'y traîne péniblement, et vous l'entendrez tout naturellement chanter des cantiques de rétrograde :
« J'entends la raison, je pèse ses conseils, Et j'approuve toutes ses paroles ; Et pourtant j'ai bien de la peine à obéir, Et plus de peine encore à aimer. »
4. Un caractère qu'on ne maîtrise pas.
Tant que le cœur est plein d'amour, le caractère est naturellement adouci et aimable ; en tout cas, la volonté le tient en bride et ne le laisse pas éclater en injures outrageantes ; ou bien, s'il lui arrivait d'échapper au contrôle de la volonté au point de se déchaîner en paroles odieuses, il serait vite repris en main, et on ne le laisserait surtout pas prendre le dessus et se donner libre cours au détriment des autres. Un cœur aimant, surtout, confessera sa faute et s'humiliera si jamais la mauvaise humeur prend le dessus. Partout donc où l'on se permet de montrer à son entourage un caractère irritable et sans frein, vous pouvez savoir que le cœur a rétrogradé.
5. Un esprit sans charité est un signe que le cœur a rétrogradé. J'entends par là l'absence de cette disposition qui donne à la conduite de chacun l'interprétation la plus favorable que la raison permette, un manque de confiance dans les bonnes intentions et dans les déclarations des autres. Nous croyons naturellement aux bonnes déclarations de ceux que nous aimons. Nous leur attribuons naturellement de bons motifs, et nous donnons à leurs paroles et à leurs actes l'interprétation la plus favorable qui soit admissible. Là où cette disposition manque, on a la preuve décisive d'un cœur qui a rétrogradé, d'un cœur sans amour.
6. Un esprit de critique est une preuve décisive que le cœur a rétrogradé. C'est un esprit qui trouve à redire à tout, qui suspecte les motifs des autres alors que leur conduite se prête à une interprétation charitable. C'est une disposition à rejeter la faute sur les autres et à les juger durement. C'est un esprit de méfiance envers le caractère et les déclarations des chrétiens. C'est un état d'esprit qui se trahit par des jugements durs, des paroles dures, et par des sentiments désagréables qu'on laisse voir à l'égard de certaines personnes. Cet état d'esprit est entièrement incompatible avec un cœur aimant, et partout où un chrétien de profession manifeste un esprit de critique, vous pouvez savoir que son cœur a rétrogradé.
7. Le manque d'intérêt pour la Parole de Dieu est aussi un signe que le cœur a rétrogradé. Rien peut-être ne prouve de façon plus décisive qu'un chrétien de profession a rétrogradé dans son cœur que le fait qu'il perd son intérêt pour la Bible. Tant que le cœur est plein d'amour, aucun livre au monde n'est aussi précieux que la Bible. Mais quand l'amour est parti, la Bible devient non seulement sans intérêt, mais souvent rebutante. On n'a plus la foi pour en accepter les promesses, mais il reste assez de conviction pour en redouter les menaces. En général, cependant, le rétrograde dans son cœur est indifférent à la Bible. Il ne la lit pas beaucoup, et quand il la lit, il n'y prend pas assez d'intérêt pour la comprendre. Ses pages deviennent obscures et ennuyeuses, et c'est pourquoi on la délaisse.
8. Le manque d'intérêt pour la prière secrète est aussi un signe que le cœur a rétrogradé.
Jeune chrétien ! Si vous vous apercevez que vous perdez votre intérêt pour la Bible et pour la prière secrète, arrêtez-vous net, revenez à Dieu, et ne vous donnez aucun repos jusqu'à ce que vous jouissiez de la lumière de sa face. Si vous vous sentez peu porté à prier ou à lire votre Bible ; si, quand vous priez et que vous lisez votre Bible, vous n'y mettez pas le cœur et n'y trouvez aucune joie ; si vous êtes enclin à abréger vos dévotions secrètes, ou si on vous amène facilement à les négliger ; si vos pensées, vos affections et vos émotions vagabondent, et si les devoirs de la chambre secrète vous deviennent un fardeau, vous pouvez savoir que vous êtes un rétrograde dans votre cœur, et votre première affaire est de vous briser devant Dieu et de veiller à ce que votre amour et votre zèle soient renouvelés.
9. Le manque d'intérêt pour la conversion des âmes et pour les efforts en vue de favoriser les réveils. Cela révèle évidemment un cœur qui a rétrogradé. Il n'y a rien qui intéresse davantage un cœur aimant que la conversion des âmes dans les réveils, et les efforts pour les favoriser.
10. Le manque d'intérêt pour les comptes rendus ou les récits de réveils publiés est aussi un signe que le cœur a rétrogradé. Tant qu'on garde de l'intérêt pour la conversion des âmes et pour les réveils, on s'intéresse évidemment à tous les récits de réveils, où qu'ils aient lieu. Si donc vous vous trouvez peu porté à lire de tels récits, ou si vous constatez qu'ils ne vous intéressent pas, tenez pour certain que vous avez rétrogradé dans votre cœur.
11. Il en est de même des missions, de l'œuvre et des entreprises missionnaires. Si vous perdez votre intérêt pour cette œuvre et pour la conversion des païens, et si vous ne prenez pas plaisir à lire et à entendre raconter les succès des missions, vous pouvez savoir que vous avez rétrogradé dans votre cœur.
12. La perte d'intérêt pour les entreprises de bienfaisance en général est un signe que le cœur a rétrogradé. Je dis la perte d'intérêt, car assurément, si vous avez jamais été converti à Christ, vous vous êtes intéressé à toutes les entreprises de bienfaisance qui sont venues à votre connaissance. La religion consiste dans une bienveillance désintéressée. Une âme convertie prend donc évidemment le plus vif intérêt à tous les efforts charitables pour réformer et sauver le genre humain. Le bon gouvernement, l'éducation chrétienne, la cause de la tempérance, l'abolition de l'esclavage, les secours aux pauvres, bref, toute bonne parole et toute bonne œuvre : dans la mesure exacte où vous avez perdu votre intérêt pour ces choses, vous avez la preuve que vous avez rétrogradé dans votre cœur.
13. La perte d'intérêt pour les conversations vraiment spirituelles est un autre signe d'un cœur qui a rétrogradé. « C'est de l'abondance du cœur que la bouche parle » (Matthieu 12,34). Notre Seigneur Jésus-Christ l'a énoncé comme une loi de notre nature. Aucune conversation n'est aussi douce à un cœur vraiment aimant que celle qui porte sur Christ et sur notre expérience chrétienne vivante. Si vous vous apercevez que vous perdez votre intérêt pour les conversations sur la religion du cœur et sur les expériences diverses et merveilleuses des chrétiens, alors, si vous avez jamais su ce qu'est le véritable amour de Dieu, vous en êtes déchu, et vous êtes un rétrograde dans votre cœur.
14. La perte d'intérêt pour la conversation et la compagnie des personnes très spirituelles est un signe que le cœur a rétrogradé. C'est dans la compagnie de ceux qui s'intéressent le plus aux choses qui nous sont les plus chères que nous trouvons le plus de plaisir. C'est pourquoi un cœur chrétien aimant recherchera toujours la compagnie de ceux qui ont les pensées les plus spirituelles et dont la conversation est la plus évangélique et la plus spirituelle. Si vous constatez que cela vous manque, sachez avec certitude que vous avez rétrogradé dans votre cœur.
15. La perte d'intérêt pour la question de la sanctification est un signe que le cœur a rétrogradé. Je le répète, la perte d'intérêt, car si vous avez jamais vraiment connu l'amour de Dieu, vous avez dû porter un grand intérêt à la question de la consécration entière à Dieu, ou de la sanctification entière. Si vous êtes chrétien, vous avez senti que le péché était une abomination pour votre âme. Vous avez eu des désirs inexprimables d'en être délivré pour toujours, et tout ce qui pouvait éclairer cette question d'une importance déchirante vous intéressait au plus haut point. Si cette question a été écartée, et que vous n'y prenez plus d'intérêt, c'est que vous avez rétrogradé dans votre cœur.
16. La perte d'intérêt pour les nouveaux convertis est aussi un signe que le cœur a rétrogradé. Le psalmiste dit : « Ceux qui te craignent me voient et se réjouissent, car j'espère en tes promesses » (Psaume 119,74). Il met ces paroles dans la bouche d'un converti, et qui ne sait que c'est vrai ? Eh quoi, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent (Luc 15,10), et il n'y aurait pas de joie parmi les saints sur la terre pour ceux qui viennent à Christ et qui sont comme des enfants nouveau-nés dans le royaume des cieux ? Montrez-moi un chrétien de profession qui ne manifeste pas un intérêt passionné pour les convertis à Christ, et je vous montrerai un rétrograde dans son cœur, et un hypocrite : il professe la religion, et il n'en a aucune.
17. Un état d'esprit sans charité envers ceux qui se disent convertis est aussi un signe que le cœur a rétrogradé. La charité, ou l'amour, espère tout et croit tout (1 Corinthiens 13,7) ; elle est toute prête à juger avec bienveillance et favorablement ceux qui disent s'être convertis à Christ ; elle veillera naturellement sur eux avec intérêt, priera pour eux, les instruira, et leur accordera autant de confiance qu'il est raisonnable d'en avoir. Une disposition à les éplucher, à les critiquer et à les blâmer est donc un signe que le cœur a rétrogradé.
18. L'absence de l'esprit de prière est un signe que le cœur a rétrogradé. Tant que l'amour de Christ reste vivant dans l'âme, l'Esprit de Christ qui habite en elle se révélera comme l'esprit de grâce et de supplication (Zacharie 12,10). Il fera naître dans l'âme de grands désirs pour le salut des pécheurs et la sanctification des saints. Il intercédera souvent en eux, avec de grands élans, avec de grands cris et des larmes, et avec des soupirs que les mots ne peuvent exprimer, pour les choses qui sont selon la volonté de Dieu ; ou, pour le dire dans le langage de l'Écriture, selon Paul : « De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints » (Romains 8,26-27). Si l'esprit de prière s'en va, c'est un signe sûr que le cœur a rétrogradé, car tant que dure le premier amour d'un chrétien, il est sûr d'être poussé par le Saint-Esprit à lutter beaucoup dans la prière.
19. Un cœur qui a rétrogradé se trahit souvent par la manière dont on prie. Par exemple, prier comme si l'on était dans un état de condamnation de soi-même, ou tout à fait comme un pécheur convaincu de péché, est un signe que le cœur a rétrogradé. Un tel homme laissera voir qu'il n'est pas en paix avec Dieu. Ses confessions et ses accusations contre lui-même montreront aux autres ce que peut-être il ne comprend pas bien lui-même. Sa manière de prier laissera voir qu'il n'est pas en communion avec Dieu ; qu'au lieu d'être rempli de foi et d'amour, il est plus ou moins convaincu de péché et conscient de n'être pas agréé de Dieu. Il priera naturellement plutôt comme un pécheur convaincu de péché que comme un chrétien. On verra à sa prière qu'il n'est pas dans la liberté chrétienne, qu'il vit l'expérience du chapitre 7 des Romains, au lieu de celle qui est décrite au chapitre 8.
20. Un cœur qui a rétrogradé se trahira encore en priant presque exclusivement pour soi-même et pour les amis que l'on considère comme une partie de soi-même. Il est souvent très frappant, et même choquant, d'assister à une réunion de prière de rétrogrades, et je suis bien fâché de dire que beaucoup de réunions de prière de l'Église ne sont guère autre chose. Leurs prières sont timides et hésitantes, et laissent voir qu'ils ont peu de foi ou pas du tout. Au lieu de se presser autour du trône de la grâce et de répandre leur cœur pour demander une bénédiction sur ceux qui les entourent, il faut les pousser à faire leur devoir, à se charger de leur croix. Leur cœur ne s'épanche pas, ne veut pas s'épancher spontanément devant Dieu dans la prière. Ils se soucient très peu des autres, et quand ils se chargent enfin, comme ils disent, de leur croix, qu'ils font leur devoir et qu'ils font semblant de conduire la prière, on remarquera qu'ils prient exactement comme une troupe de pécheurs convaincus de péché, presque uniquement pour eux-mêmes. Ils demanderont ce qui, s'ils l'obtenaient, serait la religion, exactement comme un pécheur convaincu de péché demanderait un cœur nouveau ; et le fait de prier pour obtenir la religion, comme ils le font, montre qu'ils n'en ont aucune dans leur état d'esprit actuel. Demandez-leur de prier pour la conversion des pécheurs, et soit ils l'oublieront complètement, soit ils les mentionneront simplement d'une manière qui montrera qu'ils n'ont pas le cœur à prier pour eux. J'ai connu des parents chrétiens de profession tombés dans un état tel qu'ils n'avaient pas le cœur à prier pour la conversion de leurs propres enfants, même quand ces enfants étaient sous la conviction de péché. Ils maintenaient le culte de famille, assistaient à une réunion de prière chaque semaine, et ne sortaient jamais de la vieille ornière où ils tournaient en rond en priant pour eux-mêmes. Il y a quelques années, je travaillais dans un réveil, dans une Église presbytérienne. À la fin de la prédication du soir, j'appris que la fille d'un des anciens de l'Église était dans une grande détresse d'esprit. J'observai que sa conviction de péché était très profonde. Nous avions tenu une réunion avec ceux qui cherchaient, dans la salle attenante, et je venais de congédier ceux qui cherchaient, quand cette jeune fille vint à moi dans une grande agitation et me supplia de prier pour elle. Les gens étaient presque tous partis, sauf quelques-uns qui attendaient dans la nef de l'église que leurs proches qui avaient assisté à la réunion pour ceux qui cherchent en soient sortis. J'appelai le père de cette jeune fille dans la salle, pour qu'il vît dans quelle grande inquiétude se trouvait l'esprit de sa fille. Après un court entretien personnel avec elle en présence de son père, je lui demandai de prier pour elle, en disant que je prierais après lui, et je pressai la jeune fille de donner son cœur à Christ. Nous nous mîmes tous à genoux, et il fit sa prière jusqu'au bout, agenouillé à côté de sa fille qui sanglotait, sans jamais mentionner son cas. Sa prière révéla qu'il n'avait pas plus de religion qu'elle, et qu'il était à peu près dans le même état d'esprit qu'elle : sous le sentiment terrible de sa condamnation.
Il avait gardé l'apparence de la religion. Comme ancien de l'Église, il était obligé de sauver les apparences. Il avait tourné et tourné sur le moulin de discipline de ses devoirs, alors que son cœur avait entièrement rétrogradé. Il est souvent presque écœurant d'assister à une réunion de prière de rétrogrades dans leur cœur. Ils tournent en rond, l'un après l'autre, en priant en réalité pour leur propre conversion. Ils ne le disent pas en ces termes, mais c'est bien le vrai sens de leur prière. Ils ne pourraient pas rendre plus évident qu'ils sont des rétrogrades dans leur cœur s'ils en faisaient chacun le serment.
21. S'absenter des réunions de prière régulières pour de légères raisons est un signe sûr que le cœur a rétrogradé. Aucune réunion n'intéresse davantage un chrétien éveillé que la réunion de prière, et tant que les chrétiens ont quelque envie de prier, ils ne manqueront pas la réunion de prière, à moins que la providence de Dieu ne les empêche d'y assister. Si la visite d'un ami à l'heure de la réunion peut les empêcher d'y aller (à moins que cette visite ne se fasse dans des circonstances très particulières), c'est une forte preuve qu'ils ne désirent pas y aller, et donc qu'ils sont des rétrogrades dans leur cœur. Une visite à ce moment-là ne les empêcherait pas d'aller à un mariage, à une soirée, à un pique-nique ou à une conférence amusante. En fait, c'est de l'hypocrisie de leur part que de prétendre qu'ils désirent vraiment y aller, alors qu'on peut les en détourner pour de légères raisons. S'il s'agissait d'un endroit où ils désirent beaucoup aller, ils s'excuseraient en disant : « J'allais justement faire une promenade en voiture », ou : « J'allais justement à tel endroit », et ils partiraient.
22. Il en est de même quand on néglige le culte de famille pour de légères raisons.
Tant que le cœur est engagé dans la religion, les chrétiens n'omettent pas facilement le culte de famille, et chaque fois qu'ils sont prompts à trouver une excuse pour s'en dispenser, c'est un signe sûr qu'ils ont rétrogradé dans leur cœur.
23. Quand on considère la prière secrète comme un devoir plutôt que comme un privilège, c'est que le cœur a rétrogradé. Il m'a toujours paru presque ridicule d'entendre des chrétiens parler de la prière comme d'un devoir. C'est l'un des plus grands privilèges qu'il y ait sur la terre. Que penserions-nous d'un enfant qui viendrait demander son dîner à ses parents, non parce qu'il a faim, mais par devoir ? Quel effet cela nous ferait-il d'entendre un mendiant parler du devoir de nous demander l'aumône ? C'est un privilège infini que d'avoir la permission de venir à Dieu et de lui demander de pourvoir à tous nos besoins. Mais prier parce que nous y sommes obligés, plutôt que parce que nous en avons la permission, paraît contre nature. Demander ce dont nous avons besoin, parce que nous en avons besoin, parce que Dieu nous a encouragés à demander et a promis d'exaucer notre requête, voilà qui est naturel et raisonnable. Mais prier par devoir, et comme si nous rendions service à Dieu par notre prière, c'est tout à fait ridicule, et c'est un signe certain que le cœur a rétrogradé.
24. Plaider en faveur des divertissements mondains est aussi un signe que le cœur a rétrogradé. Les divertissements les plus agréables qui soient, pour un esprit vraiment spirituel, sont les occupations qui mettent l'âme dans la communion la plus directe avec Dieu. Tant que le cœur est plein d'amour et de foi, une heure ou une soirée passée seul en communion avec Dieu est plus délicieuse que tous les divertissements que le monde peut offrir. Un cœur aimant est jaloux de tout ce qui pourrait rompre sa communion avec Dieu ou y faire obstacle. Il n'a aucun goût pour les simples divertissements mondains. Quand l'âme ne trouve pas plus de délices en Dieu que dans toutes les choses du monde, le cœur a tristement rétrogradé.
25. L'aveuglement spirituel est un autre signe d'un cœur qui a rétrogradé. Tant que l'œil est en bon état, tout le corps est rempli de lumière spirituelle, mais si l'œil est en mauvais état (et c'est le cas d'un cœur qui a rétrogradé), tout le corps sera dans les ténèbres (Matthieu 6,22-23).
L'aveuglement spirituel se révèle par un manque d'intérêt pour la Parole de Dieu et pour la vérité religieuse en général. Il se manifestera aussi par un manque de discernement spirituel, et celui qui en est atteint se laissera facilement abuser par les insinuations de Satan. Un cœur qui a rétrogradé conduira à adopter des principes de morale relâchés. Il ne discerne pas la spiritualité de la loi de Dieu et de ses exigences en général. Quand cet aveuglement spirituel se manifeste, c'est un signe sûr que le cœur a rétrogradé.
26. L'apathie religieuse, jointe à la vivacité et à la sensibilité pour les choses du monde, est un signe sûr que le cœur a rétrogradé. Nous voyons parfois des personnes qui ressentent les choses du monde profondément et vivement, mais qu'on ne peut amener à rien ressentir profondément sur les sujets religieux. Cela indique clairement un état d'esprit qui a rétrogradé.
27. Un esprit qui ne se refuse rien est un signe sûr que le cœur a rétrogradé. Par ce mot, j'entends une disposition à satisfaire ses appétits, ses passions et ses penchants, à « accomplir les volontés de la chair et des pensées » (Éphésiens 2,3).
La Bible présente cet état comme un état de mort spirituelle. Je suis persuadé que l'occasion la plus courante de rétrograder dans son cœur se trouve dans les exigences criardes des divers appétits et penchants qui réclament d'être satisfaits. L'appétit pour la nourriture est souvent, et peut-être plus souvent que tout autre, l'occasion de rétrograder. Peu de chrétiens, je le crains, voient un danger de ce côté-là. Le commandement de Dieu est celui-ci : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10,31). Les chrétiens l'oublient, et mangent et boivent pour se faire plaisir : ils consultent leurs appétits au lieu des lois de la vie et de la santé. Bien plus de gens qu'on ne le croit dans l'Église sont pris au piège de leur table. La table est un piège mortel pour une multitude que personne ne pourrait compter. Bien des gens qui s'abstiennent entièrement des boissons alcoolisées se permettent le thé, le café et même le tabac, et une nourriture qui, par la quantité comme par la qualité, viole toutes les lois de la santé. Ils semblent n'avoir d'autre loi que celle de l'appétit, et ils le dépravent tellement par l'abus que le satisfaire, c'est ruiner à la fois le corps et l'âme. Montrez-moi un chrétien de profession gourmand, et je vous montrerai un rétrograde.
28. Une conscience cautérisée est aussi un signe que le cœur a rétrogradé. Tant que l'âme est éveillée et aimante, la conscience est aussi sensible que la prunelle de l'œil. Mais quand le cœur a rétrogradé, la conscience se tait et devient insensible sur bien des sujets. Un tel homme vous dira qu'il ne fait aucune violence à sa conscience en mangeant ou en buvant, ni en se faisant plaisir de quelque manière que ce soit. Vous découvrirez qu'un rétrograde n'a que peu de conscience. Il en sera de même, très généralement, des péchés d'omission. Une multitude de devoirs peuvent être négligés sans qu'une conscience cautérisée dise un mot. Là où la conscience n'est pas éveillée, le cœur a sûrement rétrogradé.
29. Des principes moraux relâchés sont un signe sûr que le cœur a rétrogradé. Le rétrograde dans son cœur écrira des lettres le jour du sabbat, s'adonnera à des lectures profanes et à beaucoup de conversations mondaines. Dans les affaires, un tel homme prendra de petits avantages et usera des ruses du commerce ; il se conformera aux habitudes des hommes d'affaires mondains dans la conduite de ses affaires ; il se rendra coupable de tromperie et de fausses déclarations en concluant ses marchés ; il exigera des intérêts exorbitants et profitera des besoins de ses semblables.
30. L'empire de la crainte des hommes est un signe que le cœur a rétrogradé. Tant que le cœur est plein de l'amour de Dieu, c'est Dieu que l'on craint, et non les hommes. Le désir d'être applaudi par les hommes est tenu en bride, et il suffit à un tel chrétien de plaire à Dieu, que les hommes soient contents ou mécontents. Mais quand l'amour de Dieu a faibli, « la crainte des hommes », qui « tend un piège » (Proverbes 29,25), s'empare de l'homme. Plaire aux hommes plutôt qu'à Dieu devient alors son but. Dans cet état, il offensera Dieu plutôt que les hommes.
31. L'esprit pointilleux sur les formes, les cérémonies et les choses non essentielles est un signe que le cœur a rétrogradé. Un cœur aimant n'est exigeant que sur la substance et la puissance de la religion, et il ne chicanera pas sur ses formes.
32. L'esprit chicaneur au sujet des mesures employées pour favoriser les réveils est un signe sûr que le cœur a rétrogradé. Là où le cœur est entièrement attaché à la conversion des pécheurs et à la sanctification des croyants, il abordera naturellement la question de la façon la plus directe, et par les moyens les plus propres à atteindre ce but. Il ne fera pas d'objection aux mesures que Dieu bénit visiblement et ne s'y heurtera pas, mais il mettra en œuvre toute sa sagacité pour imaginer les moyens les plus convenables d'atteindre le grand but auquel il est attaché.
IV. Quelles sont les conséquences du fait de rétrograder dans son cœur. Le texte dit que le rétrograde dans son cœur sera rassasié de ses propres voies.
1. Il sera rassasié de ses propres œuvres. Mais ce sont des œuvres mortes : ce ne sont pas des œuvres de foi et d'amour, qui sont agréables à Dieu, mais les vêtements souillés de sa propre justice. S'il les accomplit comme des actes religieux, elles ne sont qu'une hypocrisie répugnante et une abomination pour Dieu ; il n'y met pas le cœur, et à un tel homme Dieu dit : « Qui vous a demandé cela ? » (Ésaïe 1,12). « Vous, vous cherchez à paraître justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu » (Luc 16,15). « Je sais que vous n'avez point en vous l'amour de Dieu » (Jean 5,42).
2. Il sera rempli de ses propres sentiments. Au lieu de cette douce paix, de ce repos et de cette joie par le Saint-Esprit qu'il a connus autrefois, il se trouvera dans un état d'agitation, mécontent de lui-même et de tout le monde, avec des sentiments souvent pénibles, humiliants, aussi désagréables et aussi peu aimables qu'on puisse l'imaginer. Il est souvent très éprouvant de vivre avec un rétrograde. Les rétrogrades sont souvent maussades, critiques et irritants en toutes choses. Ils ont abandonné Dieu, et il y a dans leurs sentiments plus de l'enfer que du ciel.
3. Ils seront remplis de leurs propres préjugés. Leur bonne volonté à connaître et à pratiquer la vérité s'en est allée. Ils prendront tout naturellement parti contre toute vérité qui serre de près leur esprit complaisant pour lui-même. Ils s'efforceront de se justifier, ne voudront ni lire ni entendre ce qui reprendrait leur état de rétrogrades, et ils se rempliront de préjugés profonds contre quiconque se mettra en travers de leur chemin. Si quelqu'un les reprend, ils le tiennent pour un ennemi. Ils se retranchent, ferment les yeux à la lumière, restent sur la défensive et critiquent tout ce qui voudrait les sonder.
4. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de ses propres inimitiés. Un tel homme ne manquera presque jamais d'amasser des griefs contre ceux avec qui il a des relations d'affaires ou autres. Il s'irritera dans presque toutes les relations de la vie, se laissera aller à la contrariété et à la colère, et en arrivera, avec quelques personnes, et peut-être beaucoup, à de tels rapports qu'il ne pourra plus prier honnêtement pour elles et pourra à peine les traiter avec une politesse ordinaire. C'est là un résultat presque certain d'un cœur qui a rétrogradé.
5. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres erreurs. Il ne marche pas avec Dieu. Il est sorti de l'ordre divin. Il n'est pas conduit par l'Esprit, mais il marche dans les ténèbres spirituelles. Dans cet état, il est sûr de tomber dans des erreurs nombreuses et graves, et il peut s'empêtrer de manière à gâcher son bonheur et, peut-être, à ruiner son utilité pour toute sa vie. Erreurs dans les affaires, erreurs en nouant de nouvelles relations dans la vie, erreurs dans l'emploi de son temps, de sa langue, de son argent, de son influence : tout ira de travers pour lui tant qu'il restera dans un état de rétrograde.
6. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de ses propres convoitises. Ses appétits et ses passions, qu'il avait tenus en bride, ont maintenant repris le dessus et, pour avoir été si longtemps réprimés, ils sembleront se venger en devenant plus exigeants et plus despotiques que jamais. Les appétits et les passions animales éclateront, à l'étonnement du rétrograde, et il y a dix à parier contre un qu'il se trouvera plus soumis à leur influence et plus asservi par eux que jamais auparavant.
7. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de ses propres paroles. Tant qu'il est dans cet état, il ne veut pas et ne peut pas maîtriser sa langue. Elle se montrera un membre indocile, plein d'un venin mortel ; elle enflammera le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne (Jacques 3,6-8). Par ses paroles, il s'engagera dans une foule de difficultés et d'embarras dont il ne pourra jamais se tirer avant d'être revenu à Dieu.
8. Il sera plein de ses propres épreuves. Au lieu de se garder de la tentation, il se jettera droit dans la tentation. Il attirera sur lui une multitude d'épreuves qu'il n'aurait jamais eues s'il ne s'était pas éloigné de Dieu. Il se plaindra de ses épreuves, et pourtant il ne cessera de les multiplier. Un rétrograde ressent vivement ses épreuves et, tout en se plaignant d'être si éprouvé par tout ce qui l'entoure, il ne cesse de les aggraver ; et, comme il en est lui-même l'auteur, il semble s'appliquer avec zèle à les faire tomber sur lui comme une avalanche.
9. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres folies. Ayant rejeté la direction divine, il tombera manifestement dans les profondeurs de sa propre folie. Il dira et fera inévitablement une multitude de choses folles et ridicules. Comme il fait profession de religion, ces choses seront d'autant plus remarquées et l'exposeront évidemment d'autant plus au ridicule et au mépris. Un rétrograde est vraiment le plus grand fou du monde. Ayant la connaissance expérimentale du vrai chemin de la vie, il a la folie infinie de l'abandonner. Connaissant la source d'eau vive, il l'a abandonnée pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, qui ne retiennent pas l'eau (Jérémie 2,13). Après s'être rendu coupable de cette folie infinie, il ne peut mener, tout au long de sa vie de rétrograde, qu'une vie de fou, au sens où la Bible prend ce mot.
10. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres tourments. Dieu est contre lui, et il est contre lui-même. Il n'est en paix ni avec Dieu, ni avec lui-même, ni avec l'Église, ni avec le monde. Il n'a aucun repos intérieur. Sa conscience le condamne. Dieu le condamne. Tous ceux qui connaissent son état le condamnent. « Il n'y a point de paix pour les méchants, dit mon Dieu » (Ésaïe 57,21). Il n'y a aucune position, ni dans le temps ni dans l'espace, où il puisse trouver le repos.
11. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres soucis. Il est retourné à l'égoïsme. Il se considère, lui et ses biens, comme lui appartenant. Il a à se soucier de tout. Il ne veut pas se considérer, lui et ses biens, comme appartenant à Dieu, ni se décharger de la responsabilité de prendre soin de lui-même et de tout ce qu'il possède. Il ne se décharge pas, il ne veut pas se décharger de ses soucis sur le Seigneur (1 Pierre 5,7), mais il entreprend de tout gérer lui-même, selon sa propre sagesse et pour ses propres fins. Aussi ses soucis vont-ils se multiplier et fondre sur lui comme un déluge.
12. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres perplexités. Ayant abandonné Dieu, étant sorti de son ordre et tombé dans les ténèbres de sa propre folie, il sera rempli de perplexités et de doutes sur la conduite à tenir pour parvenir à ses fins égoïstes. Il ne marche pas avec Dieu, mais à l'encontre de Dieu. C'est pourquoi la providence de Dieu viendra sans cesse se mettre en travers de son chemin et déjouer tous ses plans. Dieu, d'un regard sévère, couvrira son chemin de ténèbres, et il prendra soin de confondre ses projets et de disperser ses plans au vent.
13. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de ses propres inquiétudes. Il sera inquiet pour lui-même, pour ses affaires, pour sa réputation, pour tout. Il a retiré toutes ces choses des mains de Dieu, il les revendique et les traite comme lui appartenant ; et comme il n'a plus foi en Dieu et qu'il est incapable de maîtriser les événements, il est nécessairement rempli d'inquiétude au sujet de l'avenir. Ces inquiétudes sont le résultat inévitable de sa démence et de sa folie d'avoir abandonné Dieu.
14. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de ses propres déceptions. Ayant abandonné Dieu et pris devant lui l'attitude de la volonté propre, Dieu le décevra inévitablement dans la poursuite de ses fins égoïstes. Il réglera ses voies pour se faire plaisir, sans consulter Dieu. Naturellement, Dieu réglera ses propres voies de manière à le décevoir. Résolu à n'en faire qu'à sa tête, il sera cruellement déçu si ses plans échouent, et le cours certain des événements sous le gouvernement de Dieu ne peut évidemment qu'amener une suite de déceptions sur des sujets qui se sont révoltés contre lui.
15. Le rétrograde dans son cœur ne peut qu'être plein de ses propres pertes. Il considère ses biens comme les siens, son temps comme le sien, son influence comme la sienne, sa réputation comme la sienne. La perte de l'une quelconque de ces choses, il la compte comme sa propre perte. Ayant abandonné Dieu, et incapable de maîtriser les événements dont dépend la conservation de ces choses, il se verra subir des pertes de tous côtés. Il perd sa paix. Il perd ses biens. Il perd une grande partie de son temps. Il perd sa réputation de chrétien. Il perd son influence de chrétien, et s'il persiste, il perd son âme.
16. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres croix. Tout devoir religieux lui sera pénible, et par conséquent une croix pour lui. Son état d'esprit fera de croix une multitude de choses qui, dans un état d'esprit chrétien, lui auraient été agréables au plus haut point. Ayant perdu tout cœur pour la religion, l'accomplissement de tous les devoirs religieux contrarie ses sentiments. Il n'y a pas de remède pour lui, à moins qu'il ne revienne à Dieu. Tout le cours de la providence divine se mettra en travers de son chemin, et sa vie entière ne sera qu'une suite de croix et d'épreuves. Il ne peut pas n'en faire qu'à sa tête. Il ne peut pas se donner la satisfaction d'accomplir ses propres souhaits et ses propres désirs. Il peut se heurter et se briser contre les rochers éternels de la volonté et des voies de Dieu, mais il ne peut pas passer au travers et tout emporter devant lui. Il faut qu'il soit contrarié et recontrarié, et contrarié encore, jusqu'à ce qu'il rentre dans l'ordre divin et se plonge dans la volonté de Dieu.
17. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de ses propres humeurs. Ayant abandonné Dieu, il est sûr d'avoir beaucoup de sujets d'irritation. Dans un état de rétrograde, il ne peut pas posséder son âme dans la patience. Les contrariétés de sa vie de rétrograde le rendront nerveux et irritable ; son humeur deviendra explosive et incontrôlable.
18. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres hontes. Il fait profession de religion. Les yeux du monde sont fixés sur lui, et toutes ses inconséquences, son esprit mondain, ses folies, ses mauvaises humeurs, ses paroles et ses actes odieux, le déshonorent dans l'estime de tous ceux qui le connaissent.
19. Le rétrograde dans son cœur sera plein de ses propres illusions. Comme il a l'œil en mauvais état, tout son corps sera dans les ténèbres. Il tombera presque certainement dans des illusions, en matière de doctrine comme en matière de pratique. Errant dans les ténèbres comme il le fait, il avalera très probablement les illusions les plus grossières. Le spiritisme, le mormonisme, l'universalisme et tous les autres « ismes » éloignés de la vérité auront de fortes chances de s'emparer de lui. Qui n'a pas observé cela chez les rétrogrades dans leur cœur ?
20. Le rétrograde dans son cœur sera rempli de sa propre servitude. Sa profession de religion le met dans la servitude envers l'Église. Il n'a pas le cœur à rechercher les intérêts de l'Église ni à travailler à son édification, et pourtant il y est tenu par l'engagement de son alliance, et sa réputation est en jeu. Il doit faire quelque chose pour soutenir les institutions religieuses, mais le faire est pour lui une servitude. S'il le fait, c'est parce qu'il y est obligé, et non parce qu'il en a la permission. Ensuite, il est dans la servitude envers Dieu. S'il accomplit ce qu'il appelle un devoir religieux, c'est plutôt en esclave qu'en homme libre. Il sert par crainte ou par espérance, exactement comme un esclave, et non par amour. Enfin, il est dans la servitude envers sa propre conscience. Pour éviter la conviction de péché et le remords, il fera ou s'abstiendra de faire bien des choses, mais tout cela à contrecœur, et pas du tout de son propre et bon gré.
21. Le rétrograde dans son cœur est plein de sa propre condamnation. Ayant goûté l'amour de Dieu et l'ayant abandonné, il se sent condamné en toutes choses. S'il essaie d'accomplir un devoir religieux, il sait qu'il n'y met pas le cœur, et il se condamne donc. S'il néglige un devoir religieux, il se condamne évidemment. S'il lit sa Bible, elle le condamne. S'il ne la lit pas, il se sent condamné. S'il va à la réunion, le culte le condamne, et s'il reste chez lui, il est condamné. S'il prie dans le secret, en famille ou en public, il sait qu'il n'est pas sincère et il se sent condamné. S'il néglige ou refuse de prier, il se sent condamné. Tout le condamne. Sa conscience est en armes contre lui, et les tonnerres et les éclairs de la condamnation le poursuivent partout où il va.
V. Comment sortir d'un état de rétrograde.
1. Souvenez-vous d'où vous êtes tombé (Apocalypse 2,5). Abordez la question tout de suite, et comparez posément votre état présent avec celui où vous marchiez avec Dieu.
2. Prenez à cœur la conviction de votre vraie situation. Ne tardez plus à comprendre où en sont exactement les choses entre Dieu et votre âme.
3. Repentez-vous tout de suite, et pratiquez de nouveau vos premières œuvres (Apocalypse 2,5).
4. N'essayez pas de revenir en réformant simplement votre conduite extérieure. Commencez par votre cœur, et mettez-vous tout de suite en règle avec Dieu.
5. N'agissez pas comme un simple pécheur convaincu de péché, et n'essayez pas de vous recommander à Dieu par des œuvres ou des prières impénitentes. Ne pensez pas qu'il vous faille vous réformer et vous rendre meilleur avant de pouvoir venir à Christ ; comprenez bien que venir à Christ peut seul vous rendre meilleur. Si grande que soit votre détresse, sachez avec certitude que, tant que vous ne vous serez pas repenti et que vous n'aurez pas accepté sa volonté sans condition, vous n'êtes pas meilleur, mais que vous devenez sans cesse pire. Tant que vous ne vous jetterez pas sur sa miséricorde souveraine pour revenir ainsi à Dieu, il n'acceptera rien de vos mains.
6. Ne vous imaginez pas être dans un état de justification, car vous savez que vous n'y êtes pas. Votre conscience vous condamne, et vous savez que Dieu doit vous condamner ; et s'il vous justifiait dans votre état présent, votre conscience ne pourrait pas lui donner raison. Venez donc tout de suite à Christ, comme un pécheur coupable et condamné que vous êtes, avouez tout, prenez sur vous toute la honte et tout le blâme, et croyez que, malgré tous vos égarements loin de Dieu, il vous aime encore, qu'il vous a aimé d'un amour éternel, et que c'est pourquoi, dans sa bonté, il vous attire à lui (Jérémie 31,3).
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).