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Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney

Discours 11

Le pasteur sage réussira

Celui qui gagne des âmes est sage. (Proverbes 11,30)

J'ai prêché vendredi soir dernier sur le même texte, au sujet de la manière dont les simples chrétiens doivent s'y prendre avec les pécheurs. Mon but, cette fois, est d'aborder les moyens de grâce plus publics, en considérant particulièrement les DEVOIRS DES PASTEURS.

Comme je l'ai fait remarquer dans mon dernier discours, la sagesse consiste à choisir la meilleure fin et à la poursuivre par les moyens les plus appropriés. La grande fin pour laquelle le ministère chrétien a été établi, c'est de glorifier Dieu dans le salut des âmes. En traitant ce sujet, je me propose de montrer :

I. Que pour bien s'acquitter des devoirs d'un pasteur, il faut une grande sagesse.

II. Que la mesure du succès qu'obtient un pasteur dans l'accomplissement de ses devoirs (toutes choses égales d'ailleurs) détermine la mesure de sagesse qu'il a mise dans l'exercice de sa charge.

I. Je dois montrer que pour bien s'acquitter des devoirs d'un pasteur, il faut une grande sagesse.

1. À cause de l'opposition que rencontre ce ministère. La fin même pour laquelle le ministère a été établi est justement celle contre laquelle se dresse l'opposition la plus puissante, celle des pécheurs eux-mêmes. Si les hommes étaient disposés à recevoir l'Évangile, et qu'il n'y eût rien d'autre à faire que de raconter l'histoire de la rédemption, un enfant pourrait porter la nouvelle. Mais les hommes sont opposés à l'Évangile. Ils sont opposés à leur propre salut, quand il se présente de cette manière-là. Leur opposition est souvent violente et obstinée. J'ai vu un jour un fou qui avait formé le dessein d'attenter à sa vie, et il déployait toute la sagacité et toute la ruse possibles pour arriver à ses fins. Il savait se montrer si habile qu'il faisait croire à ses gardiens qu'il n'avait plus un tel dessein, qu'il y avait entièrement renoncé ; il paraissait doux et posé, et à l'instant même où son gardien n'était plus sur ses gardes, il portait la main sur lui-même. De même, les pécheurs déploient souvent une grande ruse pour échapper à tous les efforts qu'on fait pour les sauver. Et pour faire face à cette ruse terrible, et en triompher de façon à sauver les hommes, les pasteurs ont besoin d'une grande sagesse.

2. Les moyens particuliers qui ont été établis pour cette œuvre montrent que les pasteurs ont besoin d'une grande sagesse. Si les hommes étaient convertis par un acte de toute-puissance physique, qui créerait en eux quelque goût nouveau ou quelque chose de ce genre, et si la sanctification n'était rien d'autre que cette même toute-puissance physique arrachant de l'âme les dernières racines du péché, il ne faudrait pas tant de sagacité et d'habileté pour gagner des âmes. Et alors le texte n'aurait plus aucun sens. Mais la vérité est que la régénération et la sanctification doivent s'opérer par des moyens moraux, par des arguments et non par la force. Jamais personne n'a été sauvé, et jamais personne ne le sera, autrement que par la vérité comme moyen. La vérité est le moyen extérieur, le motif extérieur, présenté d'abord par l'homme, puis par le Saint-Esprit. Considérez l'opposition du pécheur lui-même, et vous verrez qu'en définitive rien, sinon la sagesse de Dieu et la puissance morale du Saint-Esprit, ne peut briser cette opposition et l'amener à se soumettre à Dieu. Il n'en reste pas moins que les moyens doivent être employés par des hommes, et que ce doivent être des moyens adaptés à la fin, employés avec habileté. Dieu a voulu que l'œuvre de la conversion et de la sanctification s'accomplisse dans tous les cas au moyen de la sorte de vérité qui, appliquée dans tel enchaînement et tel rapport, est propre à produire un tel résultat.

3. Le pasteur a à vaincre les puissances de la terre et de l'enfer, et cela demande de la sagesse. Le diable est constamment à l'œuvre pour empêcher les pasteurs de réussir ; il s'efforce de détourner l'attention du sujet de la religion, d'éloigner le pécheur de Dieu et de l'entraîner en enfer. Toute l'organisation de la société, ou presque, est hostile à la religion. Presque toutes les influences qui entourent un homme du berceau à la tombe, dans l'état présent de la société, sont propres à faire échouer le dessein du ministère. Un pasteur n'a-t-il donc pas besoin d'une grande sagesse pour lutter contre les puissances des ténèbres et contre toute l'influence du monde, sans compter l'opposition du pécheur lui-même ?

4. On le voit aussi à l'importance infinie de la fin elle-même. La fin du ministère, c'est le salut de l'âme. Quand nous considérons l'importance de cette fin et les difficultés de l'œuvre, qui ne dira avec l'apôtre : « Et qui est suffisant pour ces choses ? » (2 Corinthiens 2,16)

5. Il doit savoir comment réveiller l'Église, et l'empêcher de faire obstacle à la conversion des pécheurs. C'est souvent la partie la plus difficile de l'œuvre d'un pasteur, celle qui demande plus de sagesse et de patience que toute autre. À vrai dire, savoir le faire avec succès est une qualité des plus rares dans le ministère chrétien. C'est le point où presque tous les pasteurs échouent. Ils ne savent pas comment réveiller l'Église, élever la piété à un niveau élevé, et frayer ainsi le chemin à l'œuvre de la conversion. Beaucoup de pasteurs savent fort bien prêcher aux pécheurs, mais n'obtiennent guère de succès, parce que l'influence contraire de l'Église fait obstacle à tout, et qu'ils n'ont pas assez d'habileté pour lever la difficulté. Il n'y a qu'un pasteur par-ci par-là dans le pays qui sache sonder l'Église quand elle est dans un état de froideur et de rétrogradation, de manière à la réveiller réellement et à la tenir éveillée. Les membres de l'Église pèchent contre tant de lumière que, lorsqu'ils sont devenus froids, il est très difficile de les secouer. Ils ont une forme de piété qui tient la vérité à distance, et qui est en même temps justement cette sorte de piété qui n'a ni puissance ni efficacité. Ces chrétiens de profession sont les gens les plus difficiles à tirer de leur sommeil. Je ne veux pas dire qu'ils soient toujours plus méchants que les impénitents. Ils sont souvent occupés à faire tourner la machine de la religion et passent pour de très bons chrétiens, mais ils ne servent à rien dans un réveil.

Je sais que des pasteurs sont parfois stupéfaits d'entendre dire que les Églises ne sont pas réveillées. Rien d'étonnant que de tels pasteurs ne sachent pas réveiller une Église endormie. Un jeune proposant a entendu l'autre jour, dans cette ville, le frère Foote répandre la vérité à flots et chercher à réveiller les Églises ; il y comprenait si peu de chose qu'il pensait que c'était maltraiter les Églises. Il était si parfaitement aveugle qu'il croyait vraiment que les Églises de New York étaient toutes réveillées en matière de religion. De même, il y a quelques années, il s'est élevé une grande controverse et une vive opposition parce qu'on parlait tant du sommeil des Églises. Ce n'était que la vérité ; pourtant beaucoup de pasteurs n'en savaient rien, et ils étaient stupéfaits d'entendre dire de telles choses des Églises. Quand on en est venu au point que les pasteurs ne savent pas quand l'Église dort, rien d'étonnant que nous n'ayons pas de réveils. On m'avait un jour invité à prêcher dans un certain endroit. Je demandai au pasteur quel était l'état de l'Église. « Oh, me dit-il, ils sont réveillés jusqu'au dernier. » J'étais ravi à l'idée de travailler dans une telle Église, car c'était un spectacle que je n'avais encore jamais vu : tous les membres sans exception réveillés dans un réveil. Mais quand j'arrivai, je trouvai l'Église endormie et froide, et je doute qu'un seul d'entre eux fût réveillé.

Voilà la grande difficulté pour entretenir les réveils : tenir l'Église parfaitement réveillée et engagée dans l'œuvre. C'est une chose, pour une Église, de se lever dans son sommeil, de s'agiter bruyamment et de se bousculer les uns les autres, et c'en est une tout autre d'avoir les yeux ouverts, d'avoir tous ses sens en éveil et d'être bien réveillée, de façon à savoir comment trouver Dieu et comment travailler pour Christ.

5. Il doit savoir mettre l'Église au travail quand elle est réveillée. Si un pasteur veut se mettre à l'œuvre seul, en comptant tout faire lui-même, c'est comme s'il voulait rouler seul une grosse pierre jusqu'en haut d'une colline. L'Église peut beaucoup pour faire avancer un réveil. Des Églises ont parfois connu de puissants réveils sans aucun pasteur. Mais quand un pasteur a une Église réveillée, et qu'il sait la mettre au travail, se tenir au gouvernail et la diriger, il peut se sentir fort, et il s'apercevra souvent qu'elle fait plus que lui-même pour la conversion des pécheurs.

6. Pour réussir, un pasteur a besoin d'une grande sagesse pour savoir tenir l'Église à l'ouvrage. Souvent l'Église ressemble tout à fait à des enfants. Vous mettez des enfants au travail, et ils ont l'air tout appliqués, mais dès que vous avez le dos tourné, ils s'arrêtent et vont jouer. Voilà où réside la grande difficulté pour faire durer un réveil. Et il faut une grande sagesse pour y faire face. Savoir les humilier de nouveau quand leur cœur s'enfle parce qu'ils ont eu un si grand réveil ; les réveiller à nouveau quand leur zèle commence à faiblir ; garder leur cœur plein de zèle pour l'œuvre : voilà quelques-unes des choses les plus difficiles du monde. Pourtant, si un pasteur veut réussir à gagner des âmes, il doit savoir discerner le moment où ils commencent à s'enorgueillir ou à perdre l'esprit de prière, savoir quand les sonder et comment les examiner de nouveau, comment garder l'Église aux champs pour rentrer la moisson du Seigneur.

7. Il doit comprendre l'Évangile. Mais vous demanderez : Est-ce que tous les pasteurs ne comprennent pas l'Évangile ? Je réponds qu'à coup sûr ils ne le comprennent pas tous de la même manière, puisqu'ils ne le prêchent pas tous de la même manière.

8. Il doit savoir le dispenser droitement, de manière à présenter telles vérités particulières, dans tel ordre, et à les faire porter sur tels points et à tels moments qui sont propres à produire un résultat donné. Un pasteur devrait comprendre la philosophie de l'esprit humain, afin de savoir organiser et disposer ses travaux avec sagesse. La vérité, quand on la fait porter sur l'esprit, est en elle-même propre à produire des sentiments correspondants. Le pasteur doit savoir quels sentiments il veut produire, et comment faire porter la vérité qui est propre à produire ces sentiments. Il doit savoir présenter la vérité propre à humilier les chrétiens, ou à leur faire éprouver de la compassion pour les pécheurs, ou à réveiller les pécheurs, ou à les convertir.

Souvent, quand les pécheurs sont réveillés, le terrain gagné est perdu faute de sagesse pour donner suite au coup porté. Un sermon saisissant aura peut-être été prêché, les chrétiens sont émus, les pécheurs commencent à sentir, et le dimanche suivant on présentera quelque chose qui n'a aucun rapport avec l'état des esprits dans l'assemblée, et qui n'est pas propre à conduire l'esprit à exercer la repentance, la foi ou l'amour. Cela montre combien il importe qu'un pasteur sache produire une impression donnée, à quel moment il peut et doit le faire, et par quelle vérité, et comment y donner suite jusqu'à ce que le pécheur soit brisé et gagné.

Une foule de bons sermons qu'on prêche sont entièrement perdus faute d'un peu de sagesse sur ce point. Ce sont de bons sermons, propres, s'ils venaient au bon moment, à faire beaucoup de bien ; mais ils ont si peu de rapport avec l'état réel des esprits dans l'assemblée que ce serait plus qu'un miracle s'ils produisaient un réveil. Un pasteur peut prêcher ainsi au hasard jusqu'à s'y épuiser à mort, sans jamais produire de grands résultats. Il pourra convertir par-ci par-là une âme isolée ; mais il n'ébranlera pas la masse de l'assemblée, à moins de savoir donner suite aux impressions produites, mener à bien un plan d'action et l'exécuter, de manière à poursuivre l'œuvre une fois qu'elle a commencé. Il ne doit pas seulement savoir sonner de la trompette assez fort pour tirer le pécheur de sa léthargie ; quand celui-ci est réveillé, il doit le conduire par le plus court chemin à Jésus-Christ. Et non pas, dès que les pécheurs ont été secoués par un sermon, se mettre aussitôt à prêcher sur quelque sujet éloigné qui ne tend en rien à faire avancer l'œuvre.

10. Pour atteindre avec succès les différentes catégories de pécheurs, il faut au pasteur une grande sagesse. Par exemple, un sermon sur un sujet particulier peut secouer une certaine catégorie de personnes parmi ses auditeurs. Peut-être prendront-elles un air sérieux, ou peut-être en parleront-elles, ou peut-être se mettront-elles à ergoter là-dessus. Si le pasteur est sage, il saura observer ces indices et enchaîner aussitôt avec des sermons adaptés à cette catégorie, jusqu'à ce qu'il les fasse entrer dans le royaume de Dieu. Qu'il revienne alors en arrière et prenne une autre catégorie, qu'il découvre où ils se cachent, qu'il renverse leurs refuges et les poursuive jusqu'à ce qu'il les fasse entrer dans le royaume de Dieu. Il doit ainsi battre tous les buissons où se cachent les pécheurs, comme la voix de Dieu poursuivit Adam dans le jardin : « Adam, où es-tu ? » (Genèse 3,9), jusqu'à ce qu'une catégorie d'auditeurs après l'autre ait été amenée, et qu'ainsi toute la population soit convertie. Or un pasteur doit être très sage pour faire cela. Cela ne se fera jamais tant qu'un pasteur ne s'appliquera pas à débusquer et à amener chaque catégorie de pécheurs de son assemblée, vieux et jeunes, hommes et femmes, riches et pauvres.

11. Un pasteur a besoin d'une grande sagesse pour arracher les pécheurs à leurs refuges de mensonge actuels sans leur fournir de nouvelles cachettes. J'ai été un temps l'auditeur régulier d'un homme qui avait conçu une grande frayeur des hérésies et qui était sans cesse occupé à les réfuter. Il évoquait quantité d'hérésies dont ses paroissiens n'avaient jamais entendu parler. Il tirait ses idées principalement des livres, et se mêlait très peu aux gens pour savoir ce qu'ils pensaient. Et le résultat de ses travaux était souvent que les gens étaient séduits par l'hérésie plus que par l'argument qui la combattait. La nouveauté de l'erreur attirait tellement leur attention qu'ils en oubliaient la réponse. De cette façon, il fournit à beaucoup de ses auditeurs de nouvelles objections contre la religion, auxquelles ils n'avaient jamais pensé auparavant. Si un homme ne se mêle pas assez aux hommes pour savoir comment les gens pensent aujourd'hui, il ne peut s'attendre à être assez sage pour répondre à leurs objections et à leurs difficultés.

J'ai entendu bien des prédications contre les universalistes qui faisaient plus de mal que de bien, parce que les prédicateurs ne comprenaient pas comment raisonnent les universalistes d'aujourd'hui. Ils ne se sont jamais mêlés aux universalistes et ne savent pas ce qu'ils croient ni comment ils argumentent à présent ; tout ce qu'ils savent de l'universalisme, ils l'ont tiré de livres écrits il y a longtemps, et qui sont maintenant dépassés chez les universalistes eux-mêmes. Il en résulte que, lorsqu'ils entreprennent de prêcher contre l'universalisme, ils combattent un homme de paille, et non les opinions universalistes telles qu'on les trouve aujourd'hui dans la population. Et les gens, ou bien se moquent d'eux, ou bien disent que ce ne sont que des mensonges, car ils savent que les universalistes ne professent pas les opinions que le prédicateur leur attribue.

Quand les pasteurs entreprennent de combattre une hérésie actuelle, ils devraient savoir ce qu'elle est actuellement. Par exemple, presque tous ceux qui écrivent et prêchent contre l'universalisme pensent qu'il leur faut combattre l'idée que Dieu n'est que miséricorde. Ils supposent que les universalistes professent la doctrine selon laquelle Dieu n'est que miséricorde, et que, lorsqu'ils ont réfuté cette doctrine, ils ont terrassé les universalistes. Mais ce n'est pas vrai. Ceux-ci ne professent pas une telle doctrine. Ils la nient complètement. Ils rejettent l'idée de miséricorde dans le salut des hommes, car ils soutiennent que chaque homme est puni pleinement selon ce qu'il a justement mérité. À quoi sert-il donc d'objecter aux universalistes que Dieu est un Dieu de justice et non un Dieu tout de miséricorde, quand ils s'en tiennent à la seule justice de Dieu comme fondement du salut et n'admettent pas du tout l'idée de miséricorde ? De même, j'ai entendu des hommes prêcher contre l'idée que les hommes sont sauvés dans leurs péchés, en croyant abattre la doctrine universaliste. Les universalistes ne croient rien de tel. Ils croient que tous les hommes seront rendus saints, et sauvés de cette manière. Cela montre combien il importe de savoir ce que les gens soutiennent réellement avant d'essayer de les arracher à leurs erreurs par le raisonnement. Il ne sert à rien de travestir les doctrines d'un homme devant lui, puis d'essayer de l'en faire sortir par le raisonnement. Vous devez exposer sa doctrine exactement comme il la soutient, et exposer loyalement ses arguments. Sinon, si vous les exposez de travers, ou bien vous le mettez en colère, ou bien il rit sous cape de l'avantage que vous lui donnez. Il dira : Cet homme ne peut pas discuter avec moi loyalement ; il est obligé de travestir nos doctrines pour me réfuter. On fait ainsi beaucoup de mal. Les pasteurs n'ont pas l'intention de travestir les opinions de leurs adversaires ; mais le résultat, c'est que les pauvres et misérables créatures qui professent ces erreurs s'en vont en enfer parce que les pasteurs ne prennent pas la peine de s'informer de ce que sont leurs erreurs réelles. On n'arrache jamais les erreurs par un tel procédé. Je mentionne ces cas pour montrer combien un pasteur doit avoir de sagesse pour faire face aux cas qui se présentent. Il doit connaître les vues réelles des hommes pour pouvoir leur répondre et dissiper leurs erreurs et leurs méprises.

12. Les pasteurs devraient savoir quelles mesures sont les plus propres à aider à atteindre la grande fin de leur charge, le salut des âmes. Certaines mesures sont manifestement nécessaires. Par mesures, j'entends ce qu'il faut faire pour obtenir l'attention des gens et les amener à écouter la vérité. Construire des lieux de culte, faire des visites de maison en maison, etc., ce sont autant de « mesures », dont le but est d'attirer l'attention des gens sur l'Évangile. Il faut beaucoup de sagesse pour concevoir et mener à bien toutes les diverses mesures qui sont propres à favoriser le succès de l'Évangile.

Que font les hommes politiques ? Ils organisent des réunions ; ils font circuler des tracts et des brochures ; ils font feu de tout bois dans les journaux ; ils promènent dans les rues des bateaux sur roues, avec des drapeaux et des marins ; ils envoient des voitures dans toute la ville, avec des tracts, pour amener les gens aux urnes : tout cela pour attirer l'attention sur leur cause et faire élire leur candidat. Ce sont là leurs « mesures », et pour leur fin elles sont sagement calculées. Le but est de créer de l'effervescence et de faire sortir les gens. Ils savent que, s'il n'y a pas moyen de créer de l'effervescence, il est vain de poursuivre leur fin. Je ne veux pas dire que leurs mesures soient pieuses ou bonnes, mais seulement qu'elles sont sages, en ce sens qu'elles sont l'application appropriée des moyens à la fin.

Le but du ministère est d'amener tous les gens à sentir que le diable n'a aucun droit de gouverner ce monde, mais qu'ils doivent tous se donner à Dieu, et élire par leurs votes le Seigneur Jésus-Christ comme gouverneur de l'univers. Que faut-il donc faire ? Quelles mesures prendrons-nous ? L'un dit : « Surtout, n'ayez rien de nouveau. » Étrange ! Le but de nos mesures est d'obtenir l'attention, et il faut pour cela quelque chose de nouveau. Aussitôt que l'effet d'une mesure devient stéréotypé, elle cesse d'obtenir l'attention, et alors il faut essayer quelque chose de nouveau. Vous n'avez pas besoin d'innover en tout. Mais chaque fois que l'état des choses est tel qu'il faut quelque chose de plus, ce doit être quelque chose de nouveau, sinon cela échouera. Un pasteur ne devrait jamais introduire d'innovations qui ne sont pas nécessaires. S'il le fait, elles l'embarrasseront. Il ne peut pas changer l'Évangile ; l'Évangile reste le même. Mais des mesures nouvelles sont nécessaires de temps en temps pour éveiller l'attention et faire porter l'Évangile sur l'esprit public. Et un pasteur doit savoir aussi introduire les choses nouvelles de manière à susciter le moins possible de résistance ou de réaction. Les hommes aiment les formes en religion. Ils aiment que leurs devoirs religieux soient stéréotypés, de façon à les laisser tranquilles ; c'est pourquoi ils sont enclins à résister à tout mouvement nouveau destiné à les pousser à l'action et à l'émotion. Il est donc de la plus haute importance d'introduire les choses nouvelles avec sagesse, de manière à ne pas fournir sans nécessité un prétexte ou une excuse à la résistance.

13. Il faut parfois à un pasteur une bonne dose de sagesse pour savoir quand mettre fin aux mesures nouvelles. Quand une mesure a assez de nouveauté pour assurer l'attention à la vérité, il ne faut ordinairement introduire aucune autre mesure nouvelle. Vous avez atteint le grand but de la nouveauté. Tout ce que vous ajouteriez risquerait de détourner l'esprit public du grand objet pour le fixer sur les mesures elles-mêmes. Et puis, si vous introduisez des nouveautés quand elles ne sont pas nécessaires, vous parcourrez un champ si vaste que, plus tard, quand vous aurez réellement besoin de quelque chose de nouveau, vous n'aurez plus rien à introduire sans faire quelque chose qui causera un trop grand choc à l'esprit public. La Bible n'a prescrit aucune série précise de mesures pour favoriser les réveils, mais elle a laissé aux pasteurs le soin d'adopter celles qui sont sagement calculées pour atteindre la fin. Et plus nous serons économes de nos nouveautés, plus longtemps nous pourrons nous en servir pour tenir l'attention publique éveillée sur le grand sujet de la religion. Par une conduite sage, on peut sans aucun doute y parvenir pendant une longue suite d'années, jusqu'à ce que nos mesures actuelles aient de nouveau assez de nouveauté pour attirer et fixer l'attention publique. Et ainsi nous ne manquerons jamais de quelque chose de nouveau.

13. Pour gagner des âmes, un pasteur doit savoir s'y prendre avec les pécheurs insouciants, avec les pécheurs réveillés et avec les pécheurs inquiets, de façon à les conduire droit à Christ par le chemin le plus court et le plus direct. C'est stupéfiant de voir combien de pasteurs ne savent pas comment s'y prendre avec les pécheurs, ni que leur dire dans leurs divers états d'esprit. Une brave femme d'Albany m'a raconté que, lorsqu'elle était préoccupée de son âme, elle alla trouver son pasteur et lui demanda de lui dire ce qu'elle devait faire pour trouver du soulagement. Et il lui répondit que Dieu ne lui avait pas donné beaucoup d'expérience en la matière, et lui conseilla d'aller voir tel diacre, qui pourrait peut-être lui dire quoi faire. La vérité, c'est qu'il ne savait pas quoi dire à une pécheresse sous la conviction de péché, bien que son cas n'eût rien de particulier. Or si vous pensez que ce pasteur est un cas rare, vous vous trompez fort. Il y a beaucoup de pasteurs qui ne savent pas quoi dire aux pécheurs.

Un pasteur avait un jour convoqué une réunion pour les âmes inquiètes ; il s'y rendit, et au lieu de passer de l'un à l'autre, il se mit à leur poser les questions du catéchisme : « En quoi Christ exerce-t-il l'office de sacrificateur ? » Ce qui convenait à l'état d'esprit de beaucoup d'entre eux à peu près autant que n'importe quoi d'autre.

Je connais un pasteur qui avait convoqué une réunion pour les âmes inquiètes et qui s'y rendit avec un discours écrit qu'il avait préparé pour l'occasion. C'est aussi sage que si un médecin, partant visiter ses malades, s'asseyait tranquillement pour rédiger toutes ses ordonnances avant de les avoir vus. Un pasteur a besoin de connaître l'état d'esprit des personnes avant de pouvoir savoir quelle vérité il convient et il est utile de leur administrer. Je dis ces choses, non parce que j'aime à les dire, mais parce que la vérité, et le but que je poursuis, exigent qu'elles soient dites. Et les exemples que j'ai mentionnés ne sont nullement rares.

Un pasteur doit savoir appliquer la vérité à toutes les situations dans lesquelles il peut trouver des pécheurs mourants en train de descendre en enfer. Il doit savoir prêcher, prier, diriger des réunions de prière, et employer tous les moyens pour faire porter la vérité de Dieu contre le royaume des ténèbres. Cela ne demande-t-il pas de la sagesse ? Et qui est suffisant pour ces choses ?

II. La mesure du succès d'un pasteur à gagner des âmes (toutes choses égales d'ailleurs) détermine invariablement la mesure de sagesse qu'il a exercée dans l'accomplissement de sa charge.

1. C'est ce qu'affirme clairement le texte : « Celui qui gagne des âmes est sage. » C'est-à-dire que, si un homme gagne des âmes, il adapte habilement les moyens à la fin, ce qui est exercer la sagesse. Il est d'autant plus sage que le nombre des pécheurs qu'il sauve est plus grand. Un sot peut, il est vrai, tomber de temps en temps sur une vérité, ou sur une manière de la présenter, qui sauve une âme. Ce serait vraiment étonnant qu'un pasteur n'eût pas quelquefois dans ses sermons quelque chose qui réponde au cas de quelqu'un. Mais la mesure de sagesse doit se juger, « toutes choses égales d'ailleurs », par le nombre des cas où il réussit à convertir des pécheurs.

Prenez le cas d'un médecin. Le plus grand charlatan de New York peut tomber de temps en temps sur une guérison remarquable, et se faire ainsi un nom auprès des ignorants. Mais les gens posés et judicieux jugent de l'habileté d'un médecin par la constance de ses succès contre la maladie, par la variété des maladies qu'il sait traiter, et par le nombre de cas où il réussit à sauver ses malades. Le plus habile est celui qui en sauve le plus. C'est le bon sens. C'est la vérité. Et c'est tout aussi vrai du succès à sauver des âmes, et vrai exactement dans le même sens.

2. Ce principe n'est pas seulement affirmé dans le texte ; c'est aussi un fait, une vérité historique, que « celui qui gagne des âmes est sage ». Il a réellement employé des moyens adaptés à la fin, de manière à atteindre cette fin.

3. Le succès à sauver des âmes prouve qu'un homme comprend l'Évangile et comprend la nature humaine, qu'il sait adapter les moyens à sa fin, qu'il a du bon sens, et qu'il a cette sorte de tact, ce discernement pratique, qui lui fait savoir comment atteindre les gens. Et si son succès est étendu, cela montre qu'il sait s'y prendre avec une grande variété de caractères, dans une grande variété de circonstances, qui sont pourtant tous ennemis de Dieu, et les amener à Christ. Faire cela demande une grande sagesse. Et le pasteur qui le fait montre qu'il est sage.

4. Le succès à gagner des âmes montre qu'un pasteur ne sait pas seulement travailler sagement à cette fin, mais qu'il sait aussi sur qui il doit s'appuyer. Vous savez qu'on exprime souvent des craintes au sujet des pasteurs qui visent le plus directement et le plus ardemment à la conversion des pécheurs. Les gens disent : « Eh bien, cet homme se met à l'œuvre par sa propre force ; on croirait qu'il pense pouvoir convertir les âmes lui-même. » Que de fois l'événement a montré que cet homme savait très bien ce qu'il faisait, et qu'il savait aussi où était sa force ! Il s'est mis à l'œuvre pour convertir les pécheurs avec autant d'ardeur que s'il pouvait tout faire lui-même ; mais c'était justement ainsi qu'il devait s'y prendre. Il doit raisonner avec les pécheurs et plaider auprès d'eux aussi fidèlement et aussi complètement que s'il ne s'attendait à aucune intervention de l'Esprit de Dieu, ou comme s'il savait qu'il n'y a pas de Saint-Esprit. Mais chaque fois qu'un homme le fait avec succès, cela montre qu'en définitive il sait qu'il doit compter sur le seul Esprit de Dieu pour réussir.

Objection. Beaucoup de gens éprouvent une objection contre ce sujet, qui vient de la manière dont ils considèrent le ministère de Jésus-Christ. Ils nous demandent : « Que direz-vous du ministère de Jésus-Christ ? N'était-il pas sage ? » Je réponds : Oui, infiniment sage. Mais quant à son prétendu manque de succès dans la conversion des pécheurs, vous remarquerez les choses suivantes :

(1.) Son ministère eut beaucoup plus de succès qu'on ne le suppose généralement. Nous lisons chez l'un des écrivains sacrés qu'après sa résurrection et avant son ascension, « il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois » (1 Corinthiens 15,6). S'il se trouva jusqu'à cinq cents frères réunis en un même lieu, nous voyons qu'il devait y en avoir un très grand nombre dispersés dans le pays.

(2.) Une autre circonstance à remarquer, c'est que son ministère public fut très court, moins de trois ans.

(3.) Considérez le dessein particulier de son ministère. Son but principal était de faire l'expiation pour les péchés du monde. Il ne visait pas tant à susciter des réveils. L'« économie de l'Esprit » n'était pas encore donnée. Il ne prêcha pas l'Évangile aussi complètement que le firent ensuite ses apôtres. Les préjugés du peuple étaient si enracinés et si violents qu'il ne l'aurait pas supporté. Qu'il ne l'ait pas fait, c'est clair, puisque même ses apôtres, qui étaient constamment avec lui, ne comprenaient pas l'expiation. Ils ne saisissaient pas l'idée qu'il allait mourir ; et par conséquent, quand ils apprirent qu'il était réellement mort, ils furent jetés dans le désespoir ; ils pensèrent que tout était fini et que leurs espérances étaient emportées par le vent. Le fait est qu'il avait en vue un autre but, auquel tout le reste devait céder ; et l'état faussé de l'esprit public, ainsi que les préjugés obstinés qui régnaient, montrent pourquoi l'on ne vit pas davantage de résultats dans la conversion des pécheurs. L'état de l'opinion publique était tel qu'on finit par le mettre à mort pour ce qu'il prêchait.

Beaucoup de pasteurs qui n'ont que peu ou point de succès se cachent derrière le ministère de Jésus-Christ, comme s'il avait été un prédicateur sans succès. Alors qu'en réalité il a eu un succès éminent, vu les circonstances dans lesquelles il travaillait. C'est bien le dernier endroit au monde où un pasteur sans succès devrait songer à se cacher.

REMARQUES.

1. Un pasteur peut être très savant sans être sage. Il y a beaucoup de pasteurs qui possèdent une grande science ; ils comprennent toutes les sciences, physiques, morales et théologiques ; ils peuvent connaître les langues mortes et posséder tout le savoir, sans être sages pour autant quant à la grande fin à laquelle ils sont principalement employés. Les faits le démontrent clairement. « Celui qui gagne des âmes est sage. »

2. Un pasteur sans succès peut être pieux aussi bien que savant, et pourtant ne pas être sage. Il est injuste de conclure, parce qu'un pasteur n'a pas de succès, qu'il est donc un hypocrite. Il peut y avoir quelque défaut dans sa formation, ou dans sa manière de considérer un sujet ou de le présenter, ou un tel manque de bon sens qu'il fera échouer ses travaux et l'empêchera de réussir à gagner des âmes, alors que lui-même pourra être sauvé, « mais comme au travers du feu » (1 Corinthiens 3,15).

3. Un pasteur peut être très sage sans être savant. Il peut ne pas comprendre les langues mortes, ni la théologie au sens où on l'entend d'ordinaire ; et pourtant il peut savoir justement ce qu'un ministre de l'Évangile a le plus besoin de savoir, sans connaître beaucoup d'autres choses. Un pasteur savant et un pasteur sage sont deux choses différentes. Les faits de l'histoire de l'Église à toutes les époques le prouvent. Il est très courant que les Églises, quand elles cherchent un pasteur, s'efforcent d'obtenir un homme très savant. Ne croyez pas que je veuille déprécier le savoir. Plus il a de savoir, mieux cela vaut, s'il est en outre sage dans la grande affaire à laquelle il est employé. Si un pasteur sait gagner des âmes, plus il a de savoir, mieux cela vaut. Mais s'il a toute autre sorte de savoir, et non celle-là, il manquera infailliblement la fin de son ministère.

4. Le manque de succès chez un pasteur (toutes choses égales d'ailleurs) prouve : (1.) ou bien qu'il n'a jamais été appelé à prêcher et qu'il s'y est mis de son propre chef ; (2.) ou bien qu'il a été mal formé et qu'on ne lui a jamais enseigné les choses mêmes qu'il a le plus besoin de savoir ; (3.) ou bien, s'il a été appelé à prêcher et qu'il sait faire son devoir, qu'il est trop paresseux et trop méchant pour le faire.

5. Les pasteurs les mieux formés sont ceux qui gagnent le plus d'âmes. On regarde parfois les pasteurs de haut et on les dit très ignorants parce qu'ils ne connaissent ni les sciences ni les langues, alors qu'ils sont très loin d'ignorer la grande chose pour laquelle le ministère a été établi. C'est un tort. Le savoir est important et toujours utile. Mais après tout, un pasteur peut savoir gagner des âmes à Christ sans grand savoir, et celui qui peut gagner le plus d'âmes à Christ est celui qui a la meilleure formation pour un pasteur.

6. Il y a manifestement un grand défaut dans la manière actuelle de former les pasteurs. C'est un FAIT SOLENNEL, sur lequel il faut attirer expressément l'attention de toute l'Église : la grande masse des jeunes pasteurs qui reçoivent cette formation accomplissent très peu de chose.

Quand les jeunes gens sortent des séminaires, sont-ils capables de prendre part à un réveil ? Prenez un endroit où un réveil est en cours et où l'on a besoin d'un pasteur. Qu'on fasse venir un pasteur d'un séminaire de théologie. Entrera-t-il dans l'œuvre, la soutiendra-t-il et la fera-t-il avancer ? Rarement. Comme David avec l'armure de Saül, il arrive avec un tel chargement de fatras théologique qu'il ne sait absolument pas quoi faire. Laissez-le là deux semaines, et le réveil est fini. Les Églises savent et sentent que la plupart de ces jeunes gens ne savent rien faire de ce qu'il faut faire pour un réveil, et elles se plaignent que les jeunes pasteurs soient tellement en retard sur l'Église. Vous pouvez chercher dans tous les États-Unis, dans les séminaires de théologie, et vous ne trouverez que peu de jeunes pasteurs capables de faire avancer l'œuvre. Quel état de choses !

Il y a un grave défaut dans la formation des pasteurs. La formation devrait être telle qu'elle prépare les jeunes gens à l'œuvre particulière à laquelle ils sont destinés. Mais au lieu de cela, on les forme à n'importe quoi d'autre. La grande erreur est celle-ci. On dirige trop leur esprit vers des sujets étrangers à leur tâche, dont il n'est pas nécessaire de s'occuper. Dans leurs cours d'études, on fait parcourir à leur esprit un champ trop vaste, ce qui détourne leur attention de l'essentiel ; ainsi ils se refroidissent dans la religion, et quand ils ont fini, au lieu d'être aptes à leur œuvre, ils y sont devenus inaptes. Sous prétexte de discipliner l'esprit, on disperse en fait l'attention, si bien que, lorsqu'ils arrivent à leur œuvre, ils sont gauches et ne savent ni comment s'y prendre ni comment agir pour gagner des âmes. Ce n'est pas le cas partout, mais c'est trop souvent ainsi.

Il est courant d'entendre parler haut et fort d'un ministère instruit. À Dieu ne plaise que je dise un mot contre un ministère instruit ! Mais qu'entendons-nous par une formation pour le ministère ? Voulons-nous dire que les pasteurs doivent être formés de manière à être aptes à l'œuvre ? S'ils sont formés ainsi, plus ils auront de formation, mieux cela vaudra. Que la formation soit de la bonne sorte, qu'elle enseigne à un jeune homme les choses qu'il a besoin de savoir, et non justement celles qu'il n'a pas besoin de savoir. Qu'on les forme pour l'œuvre. Que la formation ne soit pas telle que, lorsque les jeunes gens en sortent, après avoir passé six, huit ou dix ans à étudier, ils ne valent pas la moitié de ce qu'ils valaient avant d'y entrer. J'ai vu des jeunes gens sortir de ce qu'on appelle « un cursus complet » qui n'étaient pas capables de prendre en charge une réunion de prière, et qui ne savaient pas diriger une réunion de prière de manière à la rendre profitable ou intéressante. Un ancien d'une Église d'une ville voisine m'a récemment fait part d'un cas qui le montre bien. Un jeune homme, avant d'aller au séminaire, avait travaillé parmi eux comme laïque, dirigé leurs réunions de prière, et leur avait été extrêmement utile. Après son passage au séminaire, ils le firent venir et lui demandèrent son aide ; mais, hélas, quel changement ! Il était si complètement transformé qu'il ne produisait aucune impression ; l'Église ne tarda pas à se plaindre qu'elle allait mourir sous son influence, et il partit, parce qu'il n'était pas préparé pour l'œuvre.

Il est courant que les pasteurs qui sont passés par les séminaires et qui sont maintenant utiles affirment que leurs études là-bas ne leur ont fait que peu ou point de bien, et qu'ils ont dû désapprendre ce qu'ils y avaient appris avant de pouvoir accomplir grand-chose. Je ne dis pas cela pour censurer, mais c'est un fait solennel, et je dois le dire avec amour.

Supposez que vous vouliez faire d'un homme un chirurgien de la marine. Au lieu de l'envoyer à l'école de médecine apprendre la chirurgie, l'enverriez-vous à l'école navale apprendre la navigation ? Vous pourriez ainsi le rendre capable de conduire un navire, mais il ne serait pas chirurgien. Les pasteurs devraient être formés à connaître ce qu'est la Bible et ce qu'est l'esprit humain, et à savoir faire porter l'une sur l'autre. On devrait les mettre en contact avec les esprits et les familiariser avec tous les aspects de la société. Ils devraient avoir la Bible dans une main et la carte de l'esprit humain dans l'autre, et savoir se servir de la vérité pour le salut des hommes.

7. Le manque de bon sens fait souvent échouer les fins du ministère chrétien. Il y a dans le ministère beaucoup d'hommes de bien qui ont du savoir et des talents d'une certaine sorte, mais qui n'ont pas le bon sens qu'il faut pour gagner des âmes.

8. Nous voyons là un grand défaut de nos écoles de théologie. Les jeunes gens sont enfermés dans leurs écoles, confinés dans les livres, privés de tout commerce avec les gens du peuple et de tout contact avec la façon de penser ordinaire. C'est pourquoi ils ne connaissent pas bien la manière dont pensent les gens ordinaires. Voilà qui explique que certains hommes simples, élevés dans les affaires et connaissant la nature humaine, soient dix fois plus aptes à gagner des âmes que ceux qui sont formés selon le principe actuel, et qu'en fait ils connaissent dix fois mieux la véritable tâche du ministère. On les appelle des « hommes sans instruction ». C'est une grande erreur. Ils ne sont pas savants dans les sciences, mais ils sont savants dans les choses mêmes qu'ils ont besoin de savoir comme pasteurs. Ce ne sont pas des pasteurs ignorants, car ils savent exactement comment atteindre l'esprit par la vérité. Ils comprennent l'esprit des hommes et savent comment adapter l'Évangile à leur cas. Ils sont mieux équipés pour leur œuvre que s'ils avaient tout l'appareil des écoles.

Je tiens à être bien compris. Je ne dis pas que je ne voudrais pas qu'un jeune homme aille à l'école. Je ne voudrais pas non plus le décourager de parcourir le champ des sciences. Plus il en parcourra, mieux cela vaudra, si en même temps il apprend aussi les choses que le pasteur a besoin de savoir pour gagner des âmes : s'il comprend sa Bible, s'il comprend la nature humaine, s'il sait faire porter la vérité, guider et conduire les esprits, les détourner du péché et les conduire à Dieu.

9. Le succès de toute mesure destinée à favoriser un réveil démontre sa sagesse, avec les exceptions suivantes :

(1.) Une mesure peut être introduite pour faire de l'effet, pour produire de l'agitation, et être telle que, lorsqu'on y repensera plus tard, elle paraîtra absurde et semblera n'avoir été qu'un artifice. Dans ce cas, elle provoquera une réaction, et son introduction fera plus de mal que de bien.

(2.) On peut introduire des mesures, voir le réveil être très puissant, et attribuer le succès aux mesures, alors qu'en réalité ce sont d'autres choses qui ont rendu le réveil puissant, et que ces mesures mêmes ont peut-être été un obstacle. Les prières des chrétiens, la prédication et d'autres choses ont pu être si bien propres à faire avancer l'œuvre qu'elle a réussi en dépit de ces mesures.

Mais quand la bénédiction suit manifestement l'introduction de la mesure elle-même, la preuve est sans réplique que la mesure est sage. C'est une profanation de dire qu'une telle mesure fera plus de mal que de bien. Dieu le sait bien. Son but est de faire la plus grande somme de bien possible. Et par conséquent, il n'accordera pas sa bénédiction à une mesure qui fera plus de mal que de bien. Il peut parfois refuser sa bénédiction à une mesure propre à faire quelque bien, parce que ce serait aux dépens d'un plus grand bien. Mais jamais il ne bénira une manière de faire pernicieuse. Il n'y a pas moyen de tromper Dieu en cette affaire. Il sait si une mesure donnée est, tout bien considéré, sage ou non. Il peut bénir une suite de travaux malgré quelques mesures peu sages ou nuisibles. Mais s'il bénit la mesure elle-même, la déclarer peu sage, c'est faire des reproches à Dieu. Que celui qui entreprend de le faire y prenne garde.

10. Il est évident qu'on a beaucoup critiqué des mesures que Dieu a éminemment et continuellement bénies pour l'avancement des réveils. On dit, nous le savons, que les horribles jurons d'un blasphémateur ont servi à réveiller un autre pécheur moins endurci. Mais c'est un cas rare. Dieu ne fait pas d'ordinaire un tel usage du blasphème. Mais si une mesure est continuellement ou habituellement bénie, que celui qui se croit plus sage que Dieu la mette en question ! PRENEZ GARDE à la façon dont vous critiquez Dieu !

11. Les chrétiens devraient prier pour les pasteurs. Frères, si vous sentiez combien les pasteurs ont besoin de sagesse pour accomplir avec succès les devoirs de leur grande charge, combien ils sont tous ignorants, et combien ils sont incapables par eux-mêmes de concevoir quelque chose comme venant d'eux-mêmes (2 Corinthiens 3,5), vous prieriez pour eux beaucoup plus que vous ne le faites, du moins si le succès de leurs travaux vous importait le moins du monde. Les gens critiquent souvent les pasteurs, alors qu'ils ne prient pas pour eux. Frères, c'est tenter Dieu, car vous ne devez pas vous attendre à avoir de meilleurs pasteurs si vous ne priez pas pour eux. Et vous ne devez pas vous attendre à une bénédiction sur les travaux de votre pasteur, ni à voir vos familles converties par sa prédication, si vous ne priez pas pour lui. Et de même pour les autres, les lieux déserts et les païens : au lieu de prier tout le temps uniquement pour que Dieu envoie plus d'ouvriers, vous avez besoin de prier pour que Dieu rende les pasteurs sages à gagner des âmes, et pour que ceux qu'il envoie soient convenablement formés, afin qu'ils soient des scribes bien instruits de ce qui regarde le royaume de Dieu (Matthieu 13,52).

12. Les laïques de l'Église qui savent gagner des âmes doivent être tenus pour sages. On ne devrait pas les appeler des « laïques ignorants ». Et les membres d'Église qui ne savent pas convertir les pécheurs et qui ne peuvent pas gagner des âmes ne devraient pas être appelés sages, en tant que chrétiens. Ce ne sont pas des chrétiens sages ; seul « celui qui gagne des âmes est sage ». Ils peuvent être savants en politique et dans toutes les sciences, ou habiles dans la conduite des affaires ou en d'autres choses, et regarder de haut ceux qui gagnent des âmes, comme s'ils n'étaient que des hommes simples, au cœur candide, et ignorants. Si quelqu'un d'entre vous est enclin à le faire, et à sous-estimer ces frères qui gagnent des âmes, comme s'ils n'étaient pas aussi sages et aussi habiles que vous, vous vous trompez vous-mêmes. Ils peuvent ne pas savoir certaines choses que vous savez. Mais ils savent les choses qu'il importe le plus à un chrétien de savoir, et vous, vous ne les savez pas.

On peut l'illustrer par le cas d'un pasteur qui prend la mer. Il peut être savant dans les sciences, mais ne savoir absolument rien de la conduite d'un navire. Et il se met à interroger les marins sur ceci et sur cela : à quoi sert cette corde, et ainsi de suite. « Eh bien, disent les marins, ce ne sont pas des cordes, on n'a qu'une seule corde sur un navire ; ça, c'est le gréement ; cet homme parle comme un sot. » Et ainsi ce savant devient peut-être la risée des marins, parce qu'il ne sait pas conduire un navire. Mais s'il leur disait la moitié de ce qu'il sait des sciences, peut-être le prendraient-ils pour un sorcier, tant il en sait. De même, des étudiants savants peuvent fort bien connaître leur hic, haec, hoc, et se moquer de l'humble chrétien et le traiter d'ignorant, alors que celui-ci saura peut-être gagner plus d'âmes que cinq cents d'entre eux.

J'ai été un jour affligé et peiné d'entendre un pasteur accabler un jeune prédicateur qui avait été converti dans des circonstances remarquables et qui avait été autorisé à prêcher sans avoir suivi un cursus d'études régulier. Ce pasteur, dont on n'avait jamais su, ou du moins très rarement, qu'il eût converti une âme, accablait le jeune homme d'une manière fort hautaine et sévère, le dépréciant parce qu'il n'avait pas eu l'avantage d'une instruction classique, alors qu'en fait il avait été l'instrument de la conversion de plus d'âmes que cinq cents pasteurs comme lui.

Je ne voudrais rien dire pour déprécier, ou pour vous amener à déprécier, une formation approfondie des pasteurs. Mais je n'appelle pas formation approfondie celle qu'ils reçoivent dans nos collèges et nos séminaires. Elle ne les rend pas aptes à leur œuvre. J'en appelle à toute l'expérience : nos jeunes gens des séminaires sont-ils formés à fond en vue de gagner des âmes ? LE FONT-ILS ? Tout le monde sait que non. Regardez les rapports de la Société des missions intérieures. Si je me souviens bien, en 1830, le nombre des conversions liées aux travaux des missionnaires de cette société ne dépassait pas cinq par missionnaire. Je crois que ce nombre a augmenté depuis, mais il reste extrêmement petit en comparaison de ce qu'il aurait été s'ils avaient été préparés à leur œuvre par une bonne formation. Je ne dis pas cela pour leur faire des reproches, car je les plains de tout mon cœur, et je plains l'Église de se trouver dans la nécessité d'entretenir des pasteurs ainsi formés, ou de n'en avoir aucun. Ce sont les meilleurs hommes que la Société des missions puisse trouver. Je m'attends, bien sûr, à ce qu'on me reproche de dire cela. Mais c'est trop vrai et trop douloureux pour être caché. Les pères qui ont la charge de former nos jeunes pasteurs sont des hommes de bien, mais ce sont des hommes âgés, des hommes d'une autre époque et d'une autre trempe que ce qu'il faut en ces jours d'effervescence, où l'Église et le monde s'élèvent à une pensée et à une action nouvelles. Ces chers pères ne le verront pas, je suppose, et peut-être m'en voudront-ils de le dire ; mais il y va de la cause de Christ. Certains d'entre eux retombent peu à peu en enfance ; ils devraient se retirer et céder la place à des hommes plus jeunes, que l'âge n'a pas rendus physiquement incapables de suivre la marche en avant de l'Église. Et je dirai ici que, à mon sens, il paraît évident qu'à moins que nos professeurs de théologie ne prêchent beaucoup, ne se mêlent beaucoup à l'Église et ne s'associent de cœur à tous ses mouvements, il leur est moralement, sinon matériellement, impossible de réussir à former des jeunes gens selon l'esprit du temps. C'est une honte et un péché que des professeurs de théologie qui ne prêchent que rarement, qui se tiennent à l'écart des devoirs actifs du ministère, restent assis dans leur cabinet à écrire leurs lettres, de conseil ou d'autorité, à des pasteurs et à des Églises qui sont sur le terrain et qui sont en situation de juger de ce qu'il faut faire. Les hommes qui passent tout leur temps, ou du moins une partie, dans les devoirs actifs du ministère sont les seuls capables de juger de ce qui est opportun ou inopportun, prudent ou imprudent, quant aux mesures à prendre de temps à autre. Il est aussi dangereux et ridicule de laisser nos professeurs de théologie, retirés du champ de bataille, dicter leur loi quant aux mesures et aux mouvements de l'Église, qu'il le serait pour un général de rester dans sa chambre à coucher et de prétendre diriger une bataille.

Deux pasteurs s'entretenaient un jour d'un autre pasteur dont les travaux avaient été grandement bénis par la conversion de quelques milliers d'âmes. L'un d'eux dit : « Cet homme ne devrait plus prêcher ; il devrait s'arrêter et aller à » tel séminaire de théologie, qu'il nomma, « et y suivre un cursus d'études régulier ». Il dit que cet homme avait « un bon esprit, et que s'il était formé à fond, il pourrait être très utile ». L'autre répondit : « Pensez-vous qu'il serait plus utile pour être passé par ce séminaire ? Je vous défie de montrer par des faits que ceux qui y sont passés soient plus utiles. Non, monsieur, le fait est que, depuis que cet homme est dans le ministère, il a été l'instrument de la conversion de plus d'âmes que tous les jeunes gens sortis de ce séminaire pendant le même temps. » Voilà de la logique ! S'arrêter et aller dans un séminaire, pour se préparer à convertir des âmes, alors qu'il en convertit maintenant plus que tous ceux qui sortent du séminaire !

(Ceci a été dit en 1833.)

Enfin, avant de me rasseoir, je voudrais vous demander qui parmi vous peut prétendre posséder cette sagesse divine. Qui parmi vous, laïques ? Qui parmi vous, pasteurs ? L'un de vous le peut-il ? Le puis-je moi-même ? Sommes-nous à l'œuvre, sagement, pour gagner des âmes ? Ou bien essayons-nous de nous persuader que le succès n'est pas un critère de sagesse ? C'en est un. C'est un critère sûr, d'après lequel chaque pasteur peut s'éprouver lui-même. La mesure de son succès, toutes choses égales d'ailleurs, mesure la sagesse qu'il a exercée dans l'accomplissement de sa charge.

Combien peu d'entre vous ont jamais eu assez de sagesse pour convertir ne serait-ce qu'un seul pécheur !

Ne dites pas maintenant : « Je ne peux pas convertir les pécheurs ; comment pourrais-je convertir des pécheurs ? Dieu seul peut convertir les pécheurs. » Regardez le texte : « Celui qui gagne des âmes est sage », et ne pensez pas pouvoir échapper à la sentence. Il est vrai que Dieu convertit les pécheurs. Mais il y a aussi un sens dans lequel les pasteurs les convertissent. Et vous avez quelque chose à faire ; quelque chose qui demande de la sagesse ; quelque chose qui, si vous le faites sagement, assurera la conversion des pécheurs dans la mesure de la sagesse employée. Si vous ne l'avez jamais fait, il est grand temps de penser à vous-mêmes et de voir si vous avez assez de sagesse pour sauver même votre propre âme.

Hommes, femmes, vous êtes tenus d'être sages pour gagner des âmes. Peut-être des âmes ont-elles déjà péri ; peut-être un ami, ou un enfant, est-il en enfer, parce que vous n'avez pas déployé, pour les sauver, la sagesse que vous auriez pu déployer. La ville s'en va en enfer. Oui, le monde s'en va en enfer, et il continuera ainsi jusqu'à ce que l'Église découvre ce qu'il faut faire pour gagner des âmes. Les hommes politiques sont sages. Les enfants de ce siècle sont sages ; ils savent ce qu'il faut faire pour arriver à leurs fins, tandis que nous discourons à n'en plus finir, sans savoir que faire ni par où prendre l'œuvre, et les pécheurs s'en vont en enfer.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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