Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 10
Gagner des âmes demande de la sagesse
Celui qui gagne des âmes est sage. (Proverbes 11,30)
La définition la plus courante de la sagesse, c'est qu'elle consiste à choisir la meilleure fin et à prendre les moyens les plus appropriés pour atteindre cette fin : la meilleure adaptation des moyens au but que l'on veut atteindre. « Celui qui gagne des âmes, dit Dieu, est sage. » Le but de ce discours, ce soir, est de guider les chrétiens dans l'emploi des moyens qui servent la fin infiniment désirable qu'ils poursuivent : le salut des âmes. Ce soir, je m'en tiendrai aux efforts privés des particuliers pour la conversion et le salut des hommes. Une autre fois, je reprendrai peut-être le même texte pour parler de ce qui est sage dans la prédication publique de l'Évangile et dans les travaux des pasteurs. Pour donner quelques directives qui aident les simples chrétiens dans cette œuvre, je me propose :
I. De montrer aux chrétiens comment ils doivent s'y prendre avec les pécheurs insouciants.
II. Comment ils doivent s'y prendre avec les pécheurs réveillés.
III. Comment ils doivent s'y prendre avec les pécheurs convaincus de péché. I. La manière de s'y prendre avec les pécheurs insouciants.
1. Quant au moment. Il est important de choisir le moment qui convient pour essayer de faire une impression sérieuse sur l'esprit d'un pécheur insouciant. Beaucoup dépend du bon moment choisi pour vos efforts. Car si vous ne choisissez pas le moment le plus favorable, vous échouerez très probablement. Vous me direz, c'est vrai, que votre devoir est d'avertir les pécheurs en tout temps et d'essayer de les réveiller pour qu'ils pensent à leur âme. C'est exact ; mais si vous ne tenez pas dûment compte du moment et de l'occasion, votre espoir de succès risque d'être bien incertain.
(1.) Il est souhaitable, si possible, de s'adresser à un homme insouciant quand il n'est pas pris par d'autres occupations. Plus son attention est absorbée par autre chose, plus il sera difficile de l'éveiller à la religion. Les gens insouciants et indifférents à la religion sont souvent froissés, plutôt qu'aidés, quand on les détourne d'une affaire importante et légitime. Par exemple, un pasteur va rendre visite à la famille d'un commerçant, d'un artisan ou d'un fermier, et il trouve l'homme absorbé par son travail ; peut-être le dérange-t-il dans un ouvrage pressant, et l'homme est mal à l'aise, irritable, et il a le sentiment qu'on s'impose chez lui. En pareil cas, il y a peu de bien à espérer. Il est vrai que la religion est infiniment plus importante que toutes ses affaires de ce monde, et qu'il devrait tout faire passer après le salut de son âme ; mais il ne le sent pas, car s'il le sentait il ne serait plus un pécheur insouciant ; aussi trouve-t-il la démarche injustifiable, et il s'en offense. Vous devez le prendre tel que vous le trouvez, un pécheur insouciant et impénitent, et le traiter en conséquence. Il est absorbé par autre chose, et il est très enclin à s'offenser si vous choisissez ce moment-là pour intervenir et attirer son attention sur la religion.
(2.) Il est important de prendre un homme, si possible, à un moment où il n'est pas vivement agité par un autre sujet. Si c'est le cas, il n'est pas dans une disposition propre à entendre parler de religion. Plus cette agitation est forte, plus il est probable que vous ne ferez aucun bien. Il se peut que vous l'atteigniez ; des gens ont eu l'esprit arrêté et tourné vers la religion au milieu d'une violente agitation à propos d'autres sujets. Mais ce n'est pas probable.
(3.) Assurez-vous que la personne est parfaitement à jeun. Il était plus courant qu'aujourd'hui de boire de l'eau-de-vie tous les jours et d'être plus ou moins ivre. Dans la mesure exacte où les gens le sont, ils deviennent impropres à ce qu'on les aborde sur le sujet de la religion. S'ils ont bu de la bière, du cidre ou du vin, au point que vous sentiez leur haleine, vous pouvez savoir qu'il y a bien peu de chances de produire sur eux un effet durable. Des chrétiens de profession m'ont amené des gens en prétendant qu'ils étaient sous la conviction de péché ; car vous savez que les gens pris de boisson aiment souvent beaucoup parler de religion ; mais dès que je m'approchais d'eux et sentais leur haleine, je demandais : Pourquoi m'amenez-vous cet homme ivre ? Mais, répondaient-ils, il n'est pas ivre, il a seulement bu un peu. Eh bien, ce peu l'a rendu un peu ivre. Il est ivre si vous sentez son haleine. Les cas sont extrêmement rares où une personne qui avait dans le corps une boisson enivrante a été vraiment convaincue de péché.
(4.) Si possible, quand vous voulez parler du salut avec un homme, prenez-le quand il est de bonne humeur. Si vous le trouvez mal luné, il se mettra très probablement en colère et vous injuriera. Mieux vaut le laisser tranquille pour cette fois, sinon vous risquez d'éteindre l'Esprit. Il est possible que vous sachiez parler de façon à le calmer, mais ce n'est pas probable. La vérité, c'est que les hommes haïssent Dieu, et bien que leur haine puisse dormir, elle s'éveille facilement ; et si vous placez Dieu en plein devant leur esprit alors qu'ils sont déjà échauffés par la colère, il sera d'autant plus facile de faire éclater leur inimitié en violence ouverte.
(5.) Si possible, saisissez toujours l'occasion de parler aux pécheurs insouciants quand ils sont seuls. La plupart des hommes sont trop fiers pour qu'on leur parle librement d'eux-mêmes en présence d'autres personnes, même de leur propre famille. Un homme dans cette situation bandera toutes ses forces pour se défendre, alors que, seul, il fondrait sous la vérité. Il résistera à la vérité, ou tentera de la tourner en plaisanterie, de peur que, s'il montrait la moindre émotion, quelqu'un n'aille raconter qu'il devient sérieux.
Quand vous visitez les familles, au lieu de rassembler toute la famille au même moment pour lui parler, le mieux est de les voir tous, un à la fois. Il y eut un cas de ce genre. Plusieurs jeunes filles, d'un caractère fier, mondain et élégant, vivaient ensemble dans une famille à la mode. Deux hommes désiraient vivement leur présenter le sujet de la religion, mais ils ne savaient comment s'y prendre, craignant qu'elles ne fassent toutes front commun pour contrecarrer toute impression sérieuse ou y résister. Ils finirent par adopter cette méthode. Ils se présentèrent et firent monter leur carte à l'une des jeunes filles, en la nommant. Elle descendit, et ils lui parlèrent de son salut ; et comme elle était seule, non seulement elle les reçut poliment, mais elle parut accueillir la vérité avec sérieux. Un jour ou deux plus tard, ils vinrent de la même manière demander une autre, puis une autre, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ils eussent parlé à chacune séparément. En peu de temps, elles furent toutes, je crois, chacune d'elles, converties, selon toute espérance. C'était ce qu'il fallait faire, car ainsi elles ne pouvaient pas se soutenir mutuellement dans leur assurance. Et puis l'impression faite sur l'une était poursuivie auprès des autres, de sorte qu'aucune n'était laissée libre d'exercer une mauvaise influence sur les autres.
Il y avait une femme pieuse qui tenait une pension pour jeunes gens ; elle en avait vingt et un ou vingt-deux sous son toit, et elle finit par être très inquiète pour leur salut ; elle en fit un sujet de prière, mais ne vit aucun sérieux parmi eux. À la fin, elle comprit qu'il fallait faire quelque chose en plus de prier, et pourtant elle ne savait que faire. Un matin, après le déjeuner, comme ils se retiraient, elle demanda à l'un d'eux de rester quelques minutes. Elle l'emmena dans sa chambre, lui parla tendrement de la religion et pria avec lui. Elle poursuivit l'impression produite, et bientôt il fut converti, selon toute espérance. Ils furent alors deux, et ils s'adressèrent à un autre et prièrent avec lui, et bientôt il fut prêt à se joindre à eux. Puis un autre, et ainsi de suite, en les prenant un à un et sans laisser aucun des autres savoir ce qui se passait, pour ne pas les alarmer, jusqu'à ce que chacun de ces jeunes gens fût converti à Dieu. Or, si elle avait abordé le sujet devant eux tous ensemble, ils auraient très probablement tout tourné en ridicule ; ou peut-être se seraient-ils offensés et auraient-ils quitté la maison, et alors elle n'aurait plus eu aucune influence sur eux. Mais, pris seul et traité avec respect et bonté, chacun n'avait pas ce motif de résister que fait naître la présence des autres.
(6.) Tâchez de saisir l'occasion de parler à un pécheur insouciant quand les événements de la Providence semblent favoriser votre dessein. S'il survient quelque événement particulier, propre à produire une impression sérieuse, ne manquez pas de mettre fidèlement l'occasion à profit.
(7.) Saisissez la première occasion de parler à ceux qui, autour de vous, sont insouciants. Ne remettez pas de jour en jour, en pensant qu'une meilleure occasion se présentera. Vous devez chercher une occasion, et s'il ne s'en présente aucune, la créer. Fixez un moment et un lieu, et obtenez une entrevue avec votre ami et votre voisin, où vous pourrez lui parler librement. Envoyez-lui un billet, allez le voir exprès, donnez à la chose l'allure d'une affaire, comme quelqu'un qui cherche sérieusement à faire avancer le salut de son âme. Alors il sentira que c'est une affaire importante, du moins à vos yeux. Poursuivez jusqu'à ce que vous réussissiez, ou que vous soyez convaincu qu'on ne peut rien faire pour l'instant.
(8.) Si vous éprouvez quelque sentiment pour une personne en particulier, saisissez l'occasion de lui parler tant que ce sentiment dure. Si c'est vraiment un sentiment de bienveillance, vous avez lieu de croire que l'Esprit de Dieu vous pousse à désirer le salut de son âme, et que Dieu est prêt à bénir vos efforts pour sa conversion. En pareil cas, faites-en un sujet de prière particulière et instante, et cherchez au plus tôt l'occasion de lui ouvrir tout votre cœur et de l'amener à Christ.
2. Quant à la manière de faire tout cela.
(1.) Quand vous abordez un homme insouciant pour tenter de l'éveiller aux intérêts de son âme, ne manquez pas de le traiter avec bonté. Faites-lui voir que vous vous adressez à lui, non pour lui chercher querelle, mais parce que vous aimez son âme et désirez son plus grand bien dans le temps et dans l'éternité. Si vous êtes dur et autoritaire dans vos manières, vous le froisserez probablement et vous l'éloignerez encore davantage du chemin de la vie.
(2.) Soyez grave. Évitez toute légèreté de manières ou de langage. La légèreté produira tout sauf une juste impression. Vous devez sentir que vous êtes occupé à une œuvre très solennelle, qui va agir sur le caractère de votre ami ou de votre voisin, et probablement décider de sa destinée pour l'éternité. Qui pourrait badiner et parler à la légère dans de telles circonstances, si son cœur était sincère ?
(3.) Soyez respectueux. Certains semblent croire qu'il faut être brusque, impoli et grossier dans ses rapports avec les insouciants et les impénitents. Il n'y a pas de plus grande erreur. L'apôtre Paul nous a donné une meilleure règle sur ce point, quand il dit : « Soyez compatissants, soyez courtois ; ne rendez point mal pour mal, ou injure pour injure ; bénissez, au contraire » (1 Pierre 3,8-9). Une manière d'aborder impolie et grossière ne peut que donner une opinion défavorable de vous et de votre religion.
(4.) Ne manquez pas d'être très clair. Ne vous laissez pas aller à couvrir quoi que ce soit du caractère de la personne et de ses relations avec Dieu. Mettez tout à découvert, non dans le but de la froisser ou de la blesser, mais parce que c'est nécessaire. Avant de pouvoir guérir une plaie, il faut la sonder jusqu'au fond. Ne retenez rien de la vérité, mais qu'elle paraisse clairement devant lui.
(5.) Ne manquez pas de vous adresser à sa conscience. Dans les discours publics, les pasteurs ne saisissent souvent que les sentiments, et réveillent ainsi l'esprit. Mais dans une conversation privée, vous ne pouvez pas le faire. Vous ne pouvez pas déverser la vérité d'une manière passionnée et entraînante. Et si vous ne vous adressez pas à la conscience de façon pointue, vous n'avez aucune prise sur l'esprit.
(6.) Faites porter sur l'esprit de la personne les grandes vérités fondamentales. Les pécheurs sont très enclins à s'échapper par quelque prétexte ou quelque point secondaire, en particulier quelque question de parti. Par exemple, si l'homme est presbytérien, il essaiera d'amener la conversation sur les points qui séparent presbytériens et méthodistes. Ou bien il s'en prendra à la théologie de la vieille école. Ne lui cédez pas, ne discutez avec lui d'aucun point de ce genre ; cela fera plus de mal que de bien. Dites-lui que l'affaire présente est de sauver son âme, et non de trancher des questions de théologie controversées. Tenez-le aux grands points fondamentaux, par lesquels il doit être sauvé ou perdu.
(7.) Soyez très patient. S'il a dans l'esprit une vraie difficulté, soyez très patient jusqu'à ce que vous ayez découvert ce qu'elle est, puis éclaircissez-la. Si ce qu'il avance n'est qu'une chicane, faites-lui voir que c'est une chicane. N'essayez pas d'y répondre par des arguments, mais montrez-lui qu'il n'est pas sincère en l'avançant. Cela ne vaut pas la peine de passer votre temps à argumenter contre une chicane ; faites-lui plutôt sentir qu'il commet un péché en la plaidant, et mettez ainsi sa conscience de votre côté.
(8.) Prenez soin de surveiller votre propre esprit. Beaucoup de gens n'ont pas assez de patience pour parler avec ceux qui sont très opposés à la religion. Et un tel homme ne demande pas de plus beau triomphe que de vous voir en colère. Il s'en ira tout content d'avoir mis hors de lui un de ces saints.
(9.) Si le pécheur est enclin à se retrancher contre Dieu, prenez garde à ne lui donner raison sur rien. S'il dit qu'il ne peut pas faire son devoir, ne prenez pas son parti, ne dites rien qui appuie son mensonge. Ne lui dites pas qu'il ne le peut pas, et ne l'aidez pas à tenir bon dans sa querelle contre son Créateur. Parfois un pécheur insouciant se met à critiquer les chrétiens. Ne prenez pas son parti, ne vous rangez pas avec lui contre les chrétiens. Dites-lui simplement qu'il n'a pas à répondre de leurs péchés, et qu'il ferait mieux de s'occuper de ses propres affaires. Si vous abondez dans son sens, il sent qu'il vous a de son côté. Montrez-lui que c'est un esprit de censure et de méchanceté qui lui inspire ces remarques, et non le souci de l'honneur de la religion ou des lois de Jésus-Christ.
(10.) Mettez en avant les péchés particuliers de la personne. Parler du péché en termes généraux ne produira aucun résultat. Vous devez faire sentir à un homme que c'est de lui que vous parlez. Un pasteur qui ne sait pas faire sentir à ses auditeurs que c'est d'eux qu'il parle ne peut espérer accomplir grand-chose. Certains prennent grand soin d'éviter de mentionner les péchés particuliers dont ils savent la personne coupable, de peur de la blesser. C'est un tort. Si vous connaissez son histoire, mettez en avant ses péchés particuliers, avec bonté mais clairement, non pour offenser, mais pour réveiller la conscience et donner à la vérité toute sa force.
(11.) Il vaut généralement mieux être bref, et ne pas délayer ce que l'on a à dire. Amenez son attention le plus tôt possible au point précis, dites peu de choses et faites-les pénétrer, et menez l'affaire à une décision. Si possible, amenez-les à se repentir et à se donner à Christ sur-le-champ. C'est là la vraie issue. Évitez soigneusement de donner l'impression que vous ne vous attendez pas à ce qu'ils se repentent maintenant.
(12.) Si possible, quand vous parlez avec des pécheurs, ne manquez pas de prier avec eux. Si vous leur parlez et les quittez sans prier, vous laissez votre travail inachevé.
II. La manière de s'y prendre avec les pécheurs réveillés.
1. Vous devez prendre soin de distinguer entre un pécheur réveillé et un pécheur sous la conviction de péché. Quand vous trouvez une personne un peu touchée au sujet de la religion, ne tenez pas pour acquis qu'elle est convaincue de péché, et n'omettez pas pour autant d'employer les moyens de lui montrer son péché. Les gens sont souvent réveillés par quelque circonstance providentielle, comme une maladie, un orage, une épidémie, un deuil dans la famille, une déception ou autre chose semblable, ou bien par l'Esprit de Dieu, de sorte que leurs oreilles sont ouvertes et qu'ils sont prêts à entendre parler de religion avec attention, avec sérieux et avec quelque émotion. Si vous trouvez une personne réveillée, peu importe par quel moyen, ne perdez pas de temps pour déverser la lumière dans son esprit. N'ayez pas peur : montrez-lui l'étendue de la loi divine et l'extrême rigueur de ses préceptes. Faites-lui voir comment elle condamne ses pensées et sa vie. Sondez son cœur, trouvez ce qui s'y cache, et mettez-le devant son esprit, autant que vous le pouvez. Si possible, faites-le fondre sur place. Une fois que vous avez l'attention d'un pécheur, sa conviction et sa conversion sont très souvent l'affaire de quelques instants. Vous pouvez parfois faire plus en cinq minutes qu'en des années, ou en toute une vie, tant qu'il est insouciant ou indifférent.
J'ai été stupéfait de la conduite de ces parents cruels, et d'autres chefs de famille, qui laissent un pécheur réveillé vivre sous leur toit des jours et des semaines sans lui dire un mot sur le sujet. Mais, disent-ils, si l'Esprit de Dieu a commencé une œuvre en lui, il la poursuivra certainement ! Peut-être la personne désire-t-elle vivement parler, et se met-elle aussi souvent que possible sur le chemin des chrétiens, en s'attendant à ce qu'ils lui parlent, et ils ne disent pas un mot. C'est stupéfiant ! Une telle personne devrait être recherchée immédiatement, dès qu'elle est réveillée, et il faudrait sans délai déverser dans son esprit un flot de lumière. Chaque fois que vous avez lieu de croire qu'une personne à votre portée est réveillée, ne dormez pas avant d'avoir déversé la lumière dans son esprit et tenté de l'amener à une repentance immédiate. C'est alors le moment de presser le sujet avec effet. Si ce moment favorable est perdu, il ne se retrouvera jamais.
J'ai souvent vu, dans les réveils, des chrétiens constamment aux aguets pour voir si quelqu'un semblait réveillé. Dès qu'ils voyaient une personne commencer à montrer de l'émotion pendant la prédication, ils la remarquaient, et dès la fin de la réunion ils l'invitaient dans une pièce, lui parlaient, priaient avec elle et, si possible, ne la quittaient pas avant qu'elle fût convertie. Un cas remarquable de ce genre arriva dans une ville de l'Ouest. Un commerçant était venu de loin pour acheter des marchandises. C'était un temps de puissant réveil, mais il était décidé à rester hors de son influence, et il ne voulait donc aller à aucune réunion. À la fin, il trouva tout le monde si occupé de religion qu'elle le rencontrait à chaque tournant ; il s'en irrita, et jura qu'il rentrerait chez lui. Il y avait tant de religion dans ce lieu, disait-il, qu'il ne pouvait faire aucune affaire, et il ne resterait pas. Il retint donc sa place dans la diligence, qui devait partir à quatre heures le lendemain matin. Comme il parlait de partir, un monsieur de la maison, l'un des jeunes convertis, lui demanda s'il ne voudrait pas aller une fois à une réunion avant de quitter la ville. Il finit par accepter, et alla à la réunion. Le sermon saisit son esprit, mais pas avec assez de puissance pour le faire entrer dans le royaume. Il revint à son logement et appela l'aubergiste pour régler sa note. L'aubergiste, qui venait lui-même de se convertir, vit qu'il était agité. Il lui parla donc de la religion, et l'homme fondit en larmes. L'aubergiste fit venir aussitôt trois ou quatre jeunes convertis, qui prièrent et l'exhortèrent ; et à quatre heures du matin, quand la diligence passa le prendre, il poursuivit son chemin en se réjouissant en Dieu ! Arrivé chez lui, il rassembla sa famille, lui confessa ses péchés passés, déclara sa résolution de vivre autrement, et pria avec elle pour la première fois. C'était si inattendu que la chose fut bientôt connue partout ; les gens commencèrent à s'informer, et un réveil éclata dans le lieu. Supposez maintenant que ces chrétiens aient fait comme certains font : qu'ils soient restés insouciants et aient laissé partir cet homme légèrement touché ? Il n'est pas probable qu'il aurait jamais pu être sauvé. De telles occasions sont souvent perdues pour toujours, une fois passé le moment favorable.
III. La manière de s'y prendre avec les pécheurs convaincus de péché.
Par pécheur convaincu de péché, j'entends celui qui se sent condamné par la loi de Dieu comme un pécheur coupable. Il est assez instruit pour comprendre quelque chose de l'étendue de la loi de Dieu ; il voit et sent son état de culpabilité, et il sait quel en est le remède. Pour s'y prendre avec ces personnes, il faut souvent une grande sagesse. Il se présente des cas des plus éprouvants, où il est extrêmement difficile de savoir que faire.
1. Quand une personne est convaincue de péché sans être convertie, et reste dans un état d'inquiétude, il y a généralement à cela une raison précise. En pareil cas, il ne sert à rien de l'exhorter à se repentir ou de lui expliquer la loi. Elle sait tout cela, elle comprend tous ces points généraux. Et pourtant elle ne se repent pas. Il doit donc y avoir quelque difficulté particulière à surmonter. Vous pouvez prêcher, prier et exhorter jusqu'au jour du jugement sans rien gagner.
Vous devez alors vous appliquer à chercher quelle est cette difficulté particulière. Un médecin, appelé auprès d'un patient atteint d'une maladie déterminée, administre d'abord les remèdes généraux qui conviennent à cette maladie. S'ils ne produisent aucun effet et que la maladie persiste, il doit examiner le cas, s'informer de la constitution de la personne, de ses habitudes, de son régime, de sa manière de vivre, etc., et voir pourquoi le médicament n'agit pas. Il en va de même pour un pécheur convaincu de péché mais non converti. Si vos instructions et vos exhortations ordinaires échouent, c'est qu'il y a une difficulté. Cette difficulté particulière est souvent connue de la personne elle-même, bien qu'elle la tienne cachée. Parfois c'est une chose qui a échappé même à sa propre attention.
(1.) Parfois la personne a quelque idole, quelque chose qu'elle aime plus que Dieu, et qui l'empêche de se donner. Vous devez chercher et voir quelle est cette chose qu'elle ne veut pas abandonner. Peut-être est-ce la richesse, peut-être quelque ami terrestre, peut-être de beaux habits, une compagnie mondaine, ou quelque divertissement favori. En tout cas, il y a quelque chose à quoi son cœur tient tant qu'elle ne veut pas se rendre à Dieu.
(2.) Peut-être a-t-il fait à quelqu'un un tort qui demande réparation, et ne veut-il pas l'avouer ni accorder un juste dédommagement. Or, tant qu'il ne voudra pas confesser ce péché et y renoncer, il ne pourra trouver miséricorde. S'il a fait tort à quelqu'un dans ses biens ou dans sa réputation, ou s'il l'a maltraité, il doit réparer. Si vous pouvez le découvrir, dites-lui clairement et franchement qu'il n'y a pas d'espoir pour lui tant qu'il ne voudra pas l'avouer et faire ce qui est juste.
(3.) Parfois il y a quelque péché particulier qu'il ne veut pas abandonner. Il prétend que ce n'est qu'un petit péché, ou il essaie de se persuader que ce n'est pas un péché. Si petit qu'il soit, il ne pourra jamais entrer dans le royaume de Dieu tant qu'il ne l'aura pas abandonné. Il arrive qu'un homme ait vu que c'est un péché de faire usage du tabac, et il ne pourra jamais trouver la vraie paix tant qu'il n'y aura pas renoncé. Peut-être le regarde-t-il comme un petit péché.
Mais Dieu ne connaît pas de petits péchés en pareil cas. Quel est ce péché ? Eh bien, c'est nuire à votre santé, donner un mauvais exemple, et prendre l'argent de Dieu, que vous êtes tenu d'employer à son service, pour le dépenser en tabac. Que dirait un commerçant s'il découvrait qu'un de ses commis a l'habitude d'aller au tiroir-caisse et d'y prendre de quoi s'acheter ses cigares ? Appellerait-il cela une petite faute ? Non, il dirait qu'il mérite d'être envoyé au pénitencier. Je mentionne ce péché particulier parce que j'ai constaté que c'est l'une des choses auxquelles des hommes convaincus de péché s'accrochent tout en sachant que c'est mal, et ensuite ils se demandent pourquoi ils ne trouvent pas la paix.
(4.) Voyez s'il n'y a pas quelque réparation qu'il est tenu de faire. Peut-être a-t-il trompé quelqu'un en affaires, ou pris quelque avantage déloyal, contrairement à la règle d'or qui veut qu'on fasse aux autres ce qu'on voudrait qu'ils nous fassent, et refuse-t-il de dédommager. C'est un péché très commun parmi les commerçants et les hommes d'affaires. J'ai connu bien des cas tristes où des hommes ont attristé l'Esprit de Dieu au point de le chasser, ou bien ont été poussés presque jusqu'au désespoir absolu, parce qu'ils ne voulaient pas réparer là où ils avaient fait de telles choses. Or il est clair que de telles personnes ne peuvent jamais obtenir le pardon tant qu'elles ne l'ont pas fait.
(5.) Ils peuvent s'être retranchés quelque part, s'être fortifié l'esprit sur quelque point particulier qu'ils sont résolus à ne pas céder. Par exemple, ils peuvent avoir pris fermement position de ne pas faire une certaine chose. J'ai connu un homme qui était résolu à ne pas aller prier dans un certain bosquet. Plusieurs autres personnes, pendant le réveil, étaient allées dans ce bosquet et s'y étaient données à Dieu par la prière et la méditation. Son propre clerc y avait été converti. L'avocat lui-même était réveillé, mais il était résolu à ne pas aller dans le bosquet. Il était sous une puissante conviction de péché, et il continua ainsi des semaines sans aucun soulagement. Il essayait de faire croire à Dieu que ce n'était pas l'orgueil qui le tenait éloigné de Christ ; aussi, en rentrant de la réunion, il s'agenouillait dans la rue pour prier. Et ce n'est pas tout : il cherchait du regard une flaque de boue dans la rue pour s'y agenouiller, afin de montrer qu'il n'était pas orgueilleux. Une fois, il pria toute la nuit dans son salon, mais il ne voulait pas aller dans le bosquet. Sa détresse était si grande, et il était si irrité contre Dieu, qu'il fut fortement tenté de se donner la mort, et il jeta même son couteau de peur de se couper la gorge. À la fin, il décida qu'il irait prier dans le bosquet, et dès qu'il y fut arrivé, il fut converti, et il répandit tout son cœur devant Dieu.
De même, il arrive que des gens se retranchent dans la résolution de ne pas aller à telle réunion, peut-être la réunion pour ceux qui cherchent, ou quelque réunion de prière ; ou bien ils ne veulent pas que telle personne prie avec eux, ou ils ne veulent pas prendre telle place, par exemple le banc des âmes inquiètes. Ils disent qu'ils peuvent tout aussi bien être convertis sans céder sur ce point, car la religion ne consiste pas en cela, aller à telle réunion, prendre telle attitude dans la prière ou telle place. C'est vrai, mais en prenant cette position, ils en font le point capital. Et tant qu'ils restent retranchés là, résolus à amener Dieu à leurs conditions, ils ne peuvent jamais être convertis. Les pécheurs céderont souvent sur n'importe quoi d'autre, et feront n'importe quoi au monde, plutôt que de céder sur le point où ils se sont engagés et ont pris position contre Dieu. Ils ne peuvent être humiliés tant qu'ils n'ont pas cédé sur ce point, quel qu'il soit. Et si, sans y céder, ils obtiennent une espérance, ce sera une fausse espérance.
(6.) Peut-être a-t-il une prévention contre quelqu'un, un membre de l'Église peut-être, à cause de quelque démarche fidèle faite auprès de lui pour son âme, ou de quelque chose dans ses affaires qui ne lui a pas plu ; il s'y accroche, et il ne sera jamais converti tant qu'il n'y aura pas renoncé. Quoi que ce soit, vous devez le découvrir et lui dire la vérité clairement et fidèlement.
(7.) Il se peut qu'il ait de la malveillance envers quelqu'un, ou qu'il soit en colère et nourrisse de vifs ressentiments, ce qui l'empêche d'obtenir miséricorde de Dieu. « Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Marc 11,25-26)
(8.) Peut-être a-t-il quelques erreurs de doctrine, ou quelques idées fausses sur ce qu'il faut faire ou sur la manière de le faire, qui le tiennent peut-être hors du royaume. Peut-être attend-il Dieu. Il est convaincu qu'il mérite d'aller en enfer, et que s'il n'est pas converti il devra y aller, mais il attend que Dieu fasse quelque chose en lui avant de se soumettre. En réalité, il attend que Dieu fasse à sa place ce qu'il a ordonné au pécheur de faire.
Il attend peut-être davantage de conviction. Souvent les gens ne savent pas ce qu'est la conviction de péché, et ils croient ne pas être sous la conviction alors qu'en fait ils sont sous une puissante conviction. Ils pensent souvent qu'il n'y a pas de conviction sans une grande peur de l'enfer. Mais le fait est que des gens ont souvent de fortes convictions tout en ayant très peu peur de l'enfer. Montrez-leur ce qui est vrai, et faites-leur voir qu'ils n'ont aucun besoin d'attendre.
Peut-être attend-il certains sentiments que quelqu'un d'autre a éprouvés avant d'obtenir miséricorde. C'est très courant dans les réveils, quand l'un des premiers convertis a raconté des expériences remarquables. D'autres qui sont réveillés sont très enclins à penser qu'ils doivent attendre exactement les mêmes sentiments. J'ai connu un jeune homme ainsi réveillé ; son compagnon avait été converti d'une manière remarquable, et lui attendait exactement les mêmes sentiments. Il disait qu'il employait les moyens et qu'il priait pour les obtenir, mais il finit par découvrir qu'il était chrétien, sans être passé par la suite de sentiments qu'il attendait.
Les pécheurs se tracent souvent un plan de ce qu'ils s'attendent à éprouver et de la manière dont ils s'attendent à être convertis ; en fait, ils tracent l'œuvre à Dieu, décidés à suivre ce chemin-là ou aucun. Dites-leur que tout cela est faux, qu'ils ne doivent tracer d'avance aucun chemin de ce genre, mais laisser Dieu les conduire comme il le juge le meilleur. Dieu fait toujours marcher les aveugles sur un chemin qu'ils ne connaissent pas (Ésaïe 42,16). Jamais un pécheur n'a été amené dans le royaume par la suite de sentiments qu'il attendait. Très souvent ils sont stupéfaits de découvrir qu'ils y sont entrés sans avoir passé par aucune des expériences qu'ils attendaient.
Il est très courant que des gens attendent qu'on prie pour eux, ou qu'on emploie à leur égard quelque moyen particulier, ou qu'ils voient s'ils ne peuvent pas se rendre meilleurs. Ils sont si méchants, disent-ils, qu'ils ne peuvent pas venir à Christ. Ils veulent essayer, par l'humiliation, la souffrance et la prière, de se rendre dignes de venir. Vous aurez à les débusquer de tous ces refuges. Il est étonnant de voir dans combien de recoins ils se sauvent souvent avant d'aller à Christ. J'ai connu des gens presque égarés d'esprit faute d'un peu d'instruction juste.
Parfois ces personnes pensent que leurs péchés sont trop grands pour être pardonnés, ou qu'elles ont attristé l'Esprit de Dieu au point de le chasser, alors que cet Esprit ne cesse de les convaincre de péché. Elles prétendent que leurs péchés sont plus grands que les compassions de Christ, et insultent ainsi réellement le Seigneur Jésus-Christ.
Parfois les pécheurs se mettent en tête que Dieu les a abandonnés, et qu'à présent ils ne peuvent plus être sauvés. Il est souvent très difficile de déloger les gens de cette position. Beaucoup des cas les plus affligeants que j'aie jamais rencontrés étaient de cette sorte : des gens qui soutenaient obstinément qu'ils étaient abandonnés, et rien ne les faisait changer d'avis.
Dans un lieu où je travaillais à un réveil, j'entrai un jour à la réunion et, avant que le culte ne commence, j'entendis un gémissement sourd, douloureux, qui n'avait rien de terrestre. Je regardai et vis plusieurs femmes rassemblées autour de la personne qui le poussait. Elles me dirent que c'était une femme au désespoir. Elle était depuis longtemps dans cet état. Son mari était un ivrogne. Il l'avait amenée à la réunion et était allé lui-même à la taverne. Je lui parlai, je vis son état, et combien il était difficile d'atteindre son cas. Comme je m'éloignais pour commencer le culte, elle dit qu'il lui fallait sortir, car elle ne pouvait entendre ni prier ni chanter. Je lui dis qu'elle ne devait pas partir, et je dis aux dames de la retenir, de force s'il le fallait. Je sentais que si le diable la tenait, Dieu était plus fort que le diable et pouvait la délivrer. Le culte commença, et elle fit d'abord un peu de bruit. Mais bientôt elle leva les yeux. Le sujet avait été choisi tout exprès en vue de son cas, et à mesure qu'il avançait, son attention fut gagnée, ses yeux se fixèrent (je n'oublierai jamais son air), les yeux et la bouche ouverts, la tête levée ; elle se soulevait presque de son siège à mesure que la vérité se déversait dans son esprit. Enfin, quand la vérité eut renversé tous les fondements sur lesquels reposait son désespoir, elle poussa un cri, baissa la tête, et resta parfaitement immobile jusqu'à la fin de la réunion. J'allai vers elle et la trouvai parfaitement calme et heureuse en Dieu. Je la revis longtemps après, et elle était restée ainsi. La Providence l'avait donc placée là où elle ne s'attendait pas à être, et l'avait obligée à entendre un enseignement adapté à son cas. Vous pouvez souvent faire un bien incalculable en découvrant exactement où se trouve la difficulté, et en faisant porter la vérité droit sur ce point.
Parfois des gens soutiennent avec acharnement qu'ils ont commis le péché irrémissible. Quand cette idée leur est entrée dans l'esprit, ils retournent contre eux-mêmes tout ce que vous dites. Dans certains cas de ce genre, une bonne méthode est de se placer sur leur propre terrain et de raisonner avec eux ainsi : « Supposons que vous ayez commis le péché irrémissible : et alors ? Il est raisonnable que vous vous soumettiez à Dieu, que vous ayez du regret de vos péchés, que vous rompiez avec eux, et que vous fassiez tout le bien que vous pouvez, même si Dieu ne veut pas vous pardonner. Même si vous allez en enfer, vous devez le faire. » Insistez sur cette pensée et retournez-la jusqu'à ce que vous voyiez qu'ils la comprennent et y consentent.
Il est courant qu'en pareil cas les gens gardent les yeux fixés sur eux-mêmes ; ils s'enferment et ne cessent de contempler leurs propres ténèbres, au lieu de détourner les yeux vers Christ. Or, si vous pouvez détacher leur esprit d'eux-mêmes et les amener à penser à Christ, vous pourrez les arracher à la rumination de leurs sentiments présents, et les amener à saisir l'espérance qui leur est proposée dans l'Évangile.
2. Prenez garde, quand vous parlez avec des pécheurs convaincus de péché, à ne faire aucun compromis avec eux sur aucun point où ils ont une difficulté. Si vous le faites, ils ne manqueront pas d'en profiter, et ils obtiendront ainsi une fausse espérance. Les pécheurs convaincus de péché se trouvent souvent en difficulté lorsqu'il s'agit d'abandonner quelque péché chéri, ou de céder sur quelque point où la conscience et le Saint-Esprit sont en guerre avec eux. Et s'ils tombent sur quelqu'un qui leur cède ce point, ils se sentent mieux, ils sont heureux, et ils se croient convertis. Le jeune homme qui vint à Christ était de cette sorte. Il avait une difficulté, et Jésus-Christ savait exactement laquelle. Il savait qu'il aimait son argent, et au lieu de transiger et d'essayer ainsi de le consoler, il mit tout simplement le doigt sur l'endroit précis et lui dit : « Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres... Puis viens, et suis-moi » (Matthieu 19,21). Quel en fut l'effet ? Eh bien, le jeune homme s'en alla tout triste. Très probablement, si Christ lui avait dit de faire n'importe quoi d'autre, il se serait senti soulagé et aurait obtenu une espérance ; il se serait déclaré disciple, aurait rejoint l'Église, et serait allé en enfer.
Les gens désirent souvent étonnamment trouver un compromis. Ils vous posent des questions comme celle-ci : ne pensez-vous pas qu'on peut être chrétien et faire pourtant telle et telle chose ; ou qu'on peut être chrétien sans faire telle et telle chose ? Or, ne cédez pas d'un pouce à de telles questions. Ces questions elles-mêmes peuvent souvent vous montrer le point précis qui travaille leur esprit. Elles vous montreront que c'est l'orgueil, ou l'amour du monde, ou quelque chose de ce genre, qui les empêche de devenir chrétiens.
Prenez soin de faire un travail à fond sur ce point, l'amour du monde. Je crois qu'il s'est bâti plus de fausses espérances sur de mauvaises instructions à cet endroit que de toute autre manière. J'ai entendu un jour un docteur en théologie essayer de persuader ses auditeurs de renoncer au monde ; et il leur disait que « s'ils voulaient seulement y renoncer, Dieu le leur rendrait aussitôt. Il veut bien que vous jouissiez du monde. » Lamentable ! Dieu ne rend jamais le monde au chrétien, au sens même où il exige qu'un pécheur convaincu de péché y renonce. Il exige que nous lui cédions la propriété de toutes choses, de sorte que nous ne les considérions plus jamais, pas un instant, comme nôtres. Un homme ne doit pas penser qu'il a le droit de juger par lui-même quelle part de ses biens il consacrera à Dieu. Tel homme pense qu'il peut dépenser vingt mille dollars par an pour entretenir sa famille ; il en a le droit, puisqu'il en a les moyens à lui. Tel autre pense qu'il peut mettre de côté cinq cent mille dollars. Un homme disait l'autre jour qu'il avait promis de ne jamais donner aucune part de ses biens pour former des jeunes gens au ministère. Quand on le sollicite, il répond simplement : « J'ai dit que je ne donnerais jamais pour une telle œuvre, et je ne le ferai jamais. » Homme ! Jésus-Christ vous a-t-il jamais dit d'agir ainsi avec son argent ? A-t-il posé une telle règle ? Souvenez-vous que c'est de son argent que vous parlez, et s'il le veut pour former des pasteurs, vous le retenez à vos risques et périls. Cet homme a encore à apprendre le premier principe de la religion : qu'il ne s'appartient pas, et que l'argent qu'il possède est à Jésus-Christ.
Voilà la grande raison pour laquelle l'Église est si pleine de fausses espérances. On a laissé les hommes supposer qu'ils pouvaient être chrétiens tout en s'accrochant à leur argent. Et cela a été une entrave pour toutes les entreprises. C'est un fait incontestable que l'Église a assez de ressources pour fournir immédiatement au monde des Bibles, des traités et des missionnaires. Mais la vérité est que les chrétiens de profession ne croient pas que « la terre est au Seigneur, et tout ce qu'elle renferme » (1 Corinthiens 10,26). Chacun suppose qu'il a le droit de décider quel emploi il fera de son propre argent. Et ils n'ont pas la moindre idée que Jésus-Christ doive leur dicter quoi que ce soit sur ce sujet.
Ne manquez pas d'aller au fond des choses sur ce point. L'Église est aujourd'hui remplie d'hypocrites, parce qu'on ne les a jamais amenés à renoncer au monde. On ne leur a jamais fait voir que, s'ils ne consacraient pas entièrement tout à Christ, tout leur temps, tous leurs talents, toute leur influence, tous leurs biens, ils n'iraient jamais au ciel. Beaucoup pensent qu'ils peuvent être chrétiens tout en traversant la vie comme dans un rêve, en employant pour eux-mêmes tout leur temps et tous leurs biens, et en ne donnant qu'un peu de temps en temps, pour sauver les apparences, quand ils peuvent le faire sans aucune gêne. Mais c'est une triste erreur, et ils s'en apercevront s'ils n'emploient pas leurs forces pour Dieu. Et quand ils mourront, au lieu de trouver le ciel au bout du chemin qu'ils suivent, ils y trouveront l'enfer.
Quand vous vous occupez d'un pécheur convaincu de péché, ne manquez pas de le chasser de tous ses refuges et de ne pas lui laisser un pouce de terrain où se tenir, tant qu'il résiste à Dieu. Cela ne demande pas forcément beaucoup de temps. Quand l'Esprit de Dieu est à l'œuvre et lutte avec un pécheur, il est facile de le chasser de ses refuges. Vous verrez que la vérité est comme un marteau, qui brise partout où il frappe. Faites avec elle un travail net, de sorte qu'il abandonne tout pour Dieu.
Faites voir clairement au pécheur la nature et l'étendue de la loi divine, et insistez sur la question capitale de la soumission entière à Dieu. Appuyez sur ce point dès que vous lui avez fait comprendre clairement où vous voulez en venir, et ne vous laissez détourner sur rien d'autre.
Prenez garde, en illustrant le sujet, à ne pas égarer l'esprit au point de laisser l'impression qu'une soumission égoïste suffira, ou une acceptation égoïste de l'expiation, ou une manière égoïste de se livrer à Christ et de le recevoir, comme si un homme concluait une bonne affaire, abandonnant ses péchés et recevant le salut en échange. Ce n'est là qu'un marchandage, et non une soumission à Dieu. Ne laissez dans vos explications ou vos illustrations aucune prise à une telle vue des choses. Le cœur égoïste de l'homme saisira avidement une telle vue de la religion, si on la lui présente, et très probablement s'en accommodera, et obtiendra ainsi une fausse espérance.
Une autre fois, j'attirerai votre attention sur certaines choses qu'il faut éviter quand on s'occupe des pécheurs.
REMARQUES.
1. Faites un objet d'étude constante, de réflexion et de prière quotidiennes, d'apprendre comment vous y prendre avec les pécheurs pour favoriser leur conversion. Sauver des âmes, c'est la grande affaire de tout chrétien sur la terre. Les gens se plaignent souvent de ne pas savoir comment s'y prendre. Mais la raison en est assez claire : ils ne l'ont jamais étudié. Ils ne se sont jamais donné la peine qu'il fallait pour se rendre capables de l'œuvre du salut des âmes. Si les gens ne mettaient pas plus d'attention et de réflexion à se rendre capables de leurs affaires de ce monde qu'ils n'en mettent à sauver des âmes, comment croyez-vous qu'ils réussiraient ? Or, si vous négligez ainsi la grande affaire de la vie, pour quoi vivez-vous ? Si vous n'étudiez pas comment agir avec le plus de succès pour édifier le royaume de Christ, vous jouez, en tant que chrétien, un rôle très coupable et absurde.
2. Beaucoup de chrétiens de profession font plus de mal que de bien quand ils essaient de parler aux pécheurs impénitents. Ils ont si peu de connaissance et d'habileté que leurs remarques détournent l'attention plutôt qu'elles ne l'augmentent.
3. Prenez soin de trouver le point sur lequel l'Esprit de Dieu presse un pécheur, et pressez ce même point dans tout ce que vous lui dites. Si vous détournez son attention de ce point, vous courrez grand risque de détruire ses convictions. Donnez-vous la peine de connaître l'état de son esprit, ce à quoi il pense, ce qu'il ressent et ce qui le touche le plus profondément, puis pressez ce point à fond, et ne détournez pas son esprit en parlant d'autre chose. Ne craignez pas de presser ce point, par peur de le pousser à l'égarement. Certains craignent de presser un point sur lequel l'esprit est sensible jusqu'au tremblement, de peur de lui nuire, alors que l'Esprit de Dieu débat manifestement ce point avec le pécheur. C'est vouloir être plus sage que Dieu. Vous devez éclaircir ce point, répandre tout autour la lumière de la vérité, et amener l'âme à céder ; alors l'esprit est en repos.
4. De grands maux sont nés, et beaucoup de fausses espérances ont été créées, faute de distinguer entre un pécheur réveillé et un pécheur convaincu de péché. Faute de cette distinction, des gens qui sont seulement réveillés sont aussitôt pressés de se soumettre : « Il faut vous repentir », « Soumettez-vous à Dieu », alors qu'en fait ils ne sont pas convaincus de leur culpabilité, ni assez instruits pour savoir seulement ce que signifie la soumission. C'est l'une des manières dont les réveils ont été gravement compromis par des exhortations à se repentir lancées sans discernement, sans être accompagnées de l'instruction qui convient.
5. Il faut considérer les pécheurs inquiets comme étant dans un état très solennel et critique. Ils sont en fait arrivés à un tournant. C'est un moment où leur destinée risque d'être fixée pour toujours. L'Esprit de Dieu ne luttera pas toujours (Genèse 6,3). Les chrétiens doivent ressentir profondément ce qu'ils vivent. À bien des égards, leur situation est plus solennelle que le jour du jugement. C'est ici que leur destinée se fixe. Le jour du jugement la révèle. Et le moment précis où elle se fixe, c'est quand l'Esprit lutte avec eux. Les chrétiens doivent se souvenir de leur terrible responsabilité en de tels moments. Le médecin, s'il connaît un peu son devoir, se sent parfois sous une responsabilité très solennelle. Son patient est dans un état critique, où une petite erreur détruira la vie, et il reste suspendu, tremblant, entre la vie et la mort. Si l'on ressent une telle responsabilité pour le corps, quelle terrible responsabilité ne doit-on pas ressentir pour l'âme, quand on la voit suspendue, tremblante, sur un point, et que sa destinée va maintenant se décider ? Une seule fausse impression, une seule remarque indiscrète, une seule phrase mal comprise, une légère distraction de l'esprit peuvent le faire dévier du mauvais côté, et son âme est perdue. Jamais un ange n'a été employé à une œuvre plus solennelle que celle de s'occuper des pécheurs sous la conviction de péché. Avec quelle gravité et quelle prudence les chrétiens devraient-ils donc marcher, avec quelle sagesse et quelle habileté travailler, s'ils ne veulent pas être l'instrument de la damnation d'une âme !
Enfin, s'il y a dans cette maison un pécheur, laissez-moi lui dire : Abandonnez toutes vos excuses. On vous a dit ce soir qu'elles sont toutes vaines. Ce soir, ce que vous déciderez de faire sera raconté en enfer, raconté au ciel, et répercuté jusqu'aux extrémités de l'univers. Cette heure même peut sceller votre destinée éternelle. Voulez-vous vous soumettre à Dieu ce soir, maintenant ?
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).