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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 5

Les vrais saints

À moi ceux qui sont pour l'Éternel ! (Exode 32,26)

Cet appel fut lancé par Moïse au peuple qui faisait profession d'appartenir à Dieu, aussitôt après la grande infidélité dont il s'était rendu coupable pendant que Moïse était sur la montagne : ce peuple était allé adorer un veau d'or qu'Aaron lui avait fondu. Après avoir adressé de vifs reproches à la nation coupable, Moïse s'écria : « À moi ceux qui sont pour l'Éternel ! » Je n'ai pas l'intention de m'attarder particulièrement sur l'histoire de cet épisode ; je veux en venir tout de suite au but principal que je me propose ce soir, qui est de montrer qu'il y a TROIS CLASSES DE CROYANTS DE PROFESSION.

I. Les vrais amis de Dieu et des hommes.

II. Ceux qui sont mus par l'espérance et la crainte, autrement dit par l'amour de soi, ou par l'égoïsme.

III. Ceux qui sont mus par l'opinion publique. On peut reconnaître ces trois classes en observant les manifestations caractéristiques qui montrent quel est le but dominant de leur religion. Il n'est pas besoin de prouver qu'on peut entrer dans la religion pour des motifs très différents, les uns par un amour réel de la religion, les autres pour d'autres motifs. Ces différences peuvent se ranger dans ces trois classes, et en observant comment se manifeste le but réel que ces gens poursuivaient en devenant religieux, vous apprenez à connaître leur caractère. Tous font profession d'être les serviteurs de Dieu ; et pourtant, à observer la vie de beaucoup d'entre eux, il devient évident qu'au lieu d'être les serviteurs de Dieu, ils cherchent seulement à faire de Dieu leur serviteur. Leur but et leur objectif principal est de s'assurer leur propre salut, ou quelque autre avantage pour eux-mêmes, par le moyen de la faveur de Dieu. Ils cherchent à se faire de Dieu un ami, pour pouvoir se servir de lui à leurs propres fins.

I. Il y a, parmi ceux qui font profession d'être chrétiens, une classe de personnes qui sont les vrais amis de Dieu et des hommes.

Si vous êtes attentifs aux choses qui révèlent le vrai but et la vraie visée de leur religion, vous verrez qu'il en est bien ainsi. Ils sont véritablement et sincèrement bienveillants.

1. Ils montreront que tel est bien leur caractère par le soin qu'ils mettent à éviter le péché.

Ils montreront qu'ils le haïssent en eux-mêmes, et qu'ils le haïssent chez les autres. Ils ne le justifieront pas en eux-mêmes, et ils ne le justifieront pas chez les autres. Ils ne chercheront pas à couvrir ni à excuser leurs propres péchés, et ils n'essaieront pas non plus de couvrir ni d'excuser les péchés des autres. En un mot, ils visent à la sainteté parfaite. Cette manière d'agir rend évident qu'ils sont les vrais amis de Dieu. Je ne veux pas dire que tout vrai ami de Dieu soit parfait, pas plus que je ne dirais que tout enfant vraiment affectueux et obéissant est parfait, ou ne manque jamais à son devoir envers ses parents. Mais s'il est un enfant affectueux et obéissant, son but est d'obéir toujours ; et s'il manque en quelque chose, il ne le justifie nullement, il ne plaide pas pour sa faute, il ne cherche pas à la couvrir ; au contraire, dès qu'il vient à y penser, il est mécontent de lui-même et condamne sa conduite.

Ainsi ces personnes, qui sont les vrais amis de Dieu et des hommes, sont toujours prêtes à se plaindre d'elles-mêmes, à se blâmer et à se condamner pour ce qui est mal. Mais vous ne les voyez jamais trouver à redire à Dieu. Vous ne les entendez jamais s'excuser et rejeter la faute sur leur Créateur, en parlant de leur incapacité à obéir à Dieu, ou en parlant comme si Dieu avait exigé de ses créatures des choses impossibles. Elles parlent toujours comme si elles sentaient que ce que Dieu a exigé est juste et raisonnable, et qu'elles seules sont à blâmer de leur désobéissance.

2. Ils manifestent une profonde horreur pour les péchés des autres.

Ils ne couvrent pas les péchés des autres, ils ne plaident pas pour eux, ne les excusent pas, ne les atténuent pas par des « peut-être ceci » ou des « peut-être cela ». Vous ne les entendez jamais faire l'apologie du péché. Comme ils s'indignent du péché en eux-mêmes, ils s'en indignent tout autant quand ils le voient chez les autres. Ils en connaissent l'horrible nature, et ils l'ont toujours en horreur.

3. Autre chose où cet esprit se manifeste : le zèle pour l'honneur et la gloire de Dieu.

Ils montrent la même ardeur à promouvoir l'honneur et les intérêts de Dieu que le vrai patriote à promouvoir l'honneur et les intérêts de son pays. S'il aime beaucoup son pays, son gouvernement et ses intérêts, il met tout son cœur à en favoriser le progrès et le bien. Il n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il fait quelque chose pour l'honneur et le progrès de son pays. De même, un enfant qui aime vraiment son père n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il fait avancer l'honneur et les intérêts de son père. Et il n'éprouve jamais de douleur plus indignée que lorsqu'il voit son père outragé ou lésé. S'il voit son père désobéi ou outragé par ceux qui devraient lui obéir, l'aimer et l'honorer, son cœur éclate d'une douleur indignée.

Il y a des multitudes de croyants de profession, et même de pasteurs, qui mettent beaucoup de zèle à défendre leur propre réputation et leur propre honneur. Mais ceux de cette classe-là se sentent plus engagés, et leur cœur bat plus fort, quand il s'agit de défendre ou de faire avancer l'honneur de Dieu. Voilà les amis de Dieu et des hommes.

4. Ils montrent qu'ils partagent les sentiments de Dieu envers les hommes.

Ils ont pour les âmes le même genre d'amitié que Dieu éprouve. Je ne veux pas dire qu'ils l'éprouvent au même degré, mais qu'ils ont le même genre de sentiments. On peut aimer l'âme des hommes et haïr en même temps leur conduite. Il existe une sympathie de tempérament, que l'on éprouve pour ceux qui sont dans la détresse. Elle est naturelle. Vous l'éprouvez toujours pour quelqu'un qui est dans la détresse, à moins d'avoir quelque raison égoïste de lui vouloir du mal. Si vous voyiez pendre un meurtrier, vous auriez de la compassion pour lui. Les méchants ont cette sympathie naturelle pour ceux qui souffrent.

Il y a une autre sorte de sympathie, toute particulière, que le véritable enfant de Dieu éprouve et manifeste envers les pécheurs. C'est un sentiment mêlé d'horreur et de compassion, d'indignation contre les péchés du pécheur et de pitié pour sa personne. Il est possible d'éprouver cette profonde horreur du péché mêlée d'une profonde compassion pour des âmes capables d'un bonheur sans fin, et pourtant en route vers une misère éternelle.

Je m'explique. Il y a deux sortes d'amour. L'une est l'amour de bienveillance. Il ne tient aucun compte du caractère de la personne aimée ; il regarde seulement l'individu comme exposé à la souffrance et au malheur. C'est ce que Dieu éprouve envers tous les hommes. L'autre sorte d'amour comprend l'estime, ou l'approbation du caractère. Dieu ne l'éprouve qu'envers les justes. Il n'éprouve jamais cet amour envers les pécheurs : il les a infiniment en horreur. Il éprouve en même temps, avec une force infinie, de la compassion et de l'horreur. Les chrétiens ont les mêmes sentiments, pas au même degré, mais ils les ont en même temps. Sans doute ne sont-ils jamais dans les justes dispositions s'ils n'ont pas ces deux sentiments à l'œuvre en même temps. Le chrétien n'éprouve pas envers les individus ce que Dieu éprouve, et ses sentiments ne répondent pas au vrai caractère de ces individus, à moins que ces deux sentiments n'existent en même temps dans son esprit. Vous le voyez à un trait frappant : le chrétien reprendra de la manière la plus incisive, et le plus souvent, ceux pour qui il éprouve la plus profonde compassion. Ne l'avez-vous jamais vu ? N'avez-vous jamais vu un père, le cœur ému de compassion pour son enfant, le reprendre avec larmes, et pourtant avec une telle vigueur que le petit coupable tremblait sous la réprimande ? Jésus-Christ a souvent manifesté avec force ces deux sentiments. Il a pleuré sur Jérusalem, et pourtant il en dit la raison d'une manière qui montre son indignation brûlante contre la conduite de ses habitants : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés ! » Ah ! comme il voyait pleinement leur méchanceté, au moment même où il pleurait de compassion sur le sort qui les menaçait !

Il en est exactement de même pour cette classe de chrétiens. Vous n'en trouverez jamais un qui s'adresse à un pécheur de manière simplement à le faire pleurer parce que quelqu'un pleure sur lui. Ses appels pleins de tendresse s'accompagnent d'une sévère réprimande du péché.

Je désire que vous reteniez ce point : le vrai ami de Dieu et des hommes ne prend jamais le parti du pécheur, parce qu'il n'agit jamais par simple compassion. Et en même temps, on ne le voit jamais dénoncer le pécheur sans manifester du même coup de la compassion pour son âme et un ardent désir de le sauver de la mort.

5. Ces chrétiens ont pour objectif essentiel, dans toutes leurs relations avec les hommes, d'en faire des amis de Dieu.

Qu'ils conversent, qu'ils prient ou qu'ils s'acquittent des devoirs de la vie, leur objectif essentiel est de recommander la religion et d'amener tout le monde à glorifier Dieu. Il est tout naturel qu'ils le fassent, s'ils sont les vrais amis de Dieu. Un vrai ami du gouvernement souhaite que tout le monde soit ami du gouvernement. Un enfant fidèle et affectueux souhaite que tout le monde aime et respecte son père. Et si quelqu'un est en inimitié avec lui, il vise sans cesse et s'efforce sans relâche de l'amener à se réconcilier. C'est ce qu'on attendrait d'un vrai ami de Dieu, comme trait dominant de son caractère : qu'il fasse de la réconciliation des pécheurs avec Dieu un objectif essentiel de sa vie.

Écoutez-moi bien ! Si ce n'est pas là le trait dominant de votre caractère, si la réconciliation des hommes avec Dieu n'est pas le sujet qui absorbe vos pensées et vos efforts, vous n'avez pas en vous la racine de la chose. Quelque apparence de religion que vous ayez, il vous manque le caractère dominant et fondamental de la vraie piété. Votre religion n'a pas le trait dominant du caractère et des desseins de Jésus-Christ, de ses apôtres et de ses prophètes. Regardez-les, et voyez comme ce trait ressort, en un relief puissant et éternel, comme la caractéristique dominante, le dessein et l'objectif principal de leur vie. Maintenant, permettez-moi de vous demander : quel est l'objectif dominant de votre vie, tel qu'il apparaît dans votre conduite de chaque jour ? Est-ce d'amener tous les ennemis de Dieu à se soumettre à lui ? Sinon, arrière vos prétentions à la religion ! Quoi que vous ayez d'autre, vous n'avez pas en vous le véritable amour de Dieu.

6. Là où il y a des personnes de cette classe, vous les verrez éviter scrupuleusement tout ce qui, à leur jugement, est de nature à faire échouer leur grand but.

Elles veulent toujours éviter tout ce qui est de nature à empêcher le salut des âmes, tout ce qui peut détourner l'attention ou entraver de quelque manière la conversion des âmes. Quand on leur propose une chose douteuse, la question qui leur vient naturellement n'est pas : « Est-ce une chose que Dieu défend expressément ? » La première question qui se présente naturellement à leur esprit est celle-ci : « Quelle influence cela aura-t-il sur la religion ? Cela tendra-t-il à empêcher la conversion des pécheurs, à entraver les progrès des réveils, à faire reculer les roues du salut ? » Si c'est le cas, elles n'ont pas besoin que les tonnerres du Sinaï grondent à leurs oreilles pour leur interdire de le faire. Si elles voient que c'est contraire à l'esprit de sainteté, et contraire au but principal qu'elles poursuivent, cela suffit.

Voyez, pour l'illustrer, le mouvement de tempérance. Permettez-moi de dire ici que c'est l'influence de l'intempérance, en ce qu'elle entravait la conversion et le salut des pécheurs, qui a d'abord poussé les hommes bienveillants qui ont commencé cette réforme à se pencher sur la question. Et ce sont encore des personnes de la même classe qui la poursuivent. De tels hommes ne s'arrêtent pas à chicaner à chaque pas, en disant : « Boire du rhum n'est défendu nulle part dans la Bible, et je ne me sens pas tenu d'y renoncer. » Ils constatent que cela entrave le grand objectif pour lequel ils vivent, et cela leur suffit : ils y renoncent, tout naturellement. Ils évitent tout naturellement tout ce qui, ils le voient, entraverait un réveil, de même qu'un négociant éviterait tout ce qui risquerait d'ébranler son crédit et de faire échouer son objectif, qui est de gagner de l'argent par son commerce. Supposez qu'un négociant soit sur le point de faire une chose dont vous savez qu'elle nuirait à son crédit, et que vous alliez le trouver dans un esprit d'amitié pour lui conseiller de ne pas le faire : se retournerait-il pour vous dire : « Montrez-moi le passage de la Bible où Dieu a défendu cela » ? Non. Il ne vous demanderait pas de lui montrer autre chose que ceci : que c'est incompatible avec son but principal.

Notez bien ceci, vous tous : celui qui désire ardemment la conversion des pécheurs n'a pas besoin d'une interdiction expresse pour s'abstenir de ce qui, il le voit, est de nature à y faire obstacle. Il n'y a aucun danger qu'il fasse ce qui ferait échouer le but même de sa vie.

7. Les croyants de profession de cette classe sont toujours dans la peine s'ils ne voient pas se poursuivre l'œuvre de la conversion des pécheurs.

Ils disent que l'Église est dans un état lamentable si aucun pécheur ne se convertit. Peu importe le reste, peu importe que l'assemblée s'enrichisse, que son pasteur soit populaire, que beaucoup de gens viennent l'entendre : leur cœur haletant est inquiet tant qu'ils ne voient pas l'œuvre de la conversion se faire réellement. Ils voient que tout le reste n'est rien sans cela ; bien plus, que les moyens de grâce eux-mêmes font plus de mal que de bien si les pécheurs ne se convertissent pas.

De tels croyants sont un grand embarras pour ceux qui sont religieux pour d'autres motifs, et qui veulent donc que tout reste tranquille et que tout marche régulièrement dans « la bonne vieille voie ». On les appelle souvent « les esprits inquiets de l'Église ». Et remarquez-le ! si une Église compte quelques esprits de ce genre, le pasteur sera mis mal à l'aise tant que sa prédication ne sera pas de nature à convertir les pécheurs. On entend parfois ces hommes reprendre l'Église et répandre leurs remontrances parce qu'elle vit d'une manière si froide et si mondaine, et l'Église répond : « Oh ! tout va bien chez nous ; ne voyez-vous pas comme nous prospérons ? C'est seulement que vous êtes toujours inquiets. » Alors qu'en réalité leur cœur est affligé et leur âme à l'agonie parce que les pécheurs ne se convertissent pas et que des âmes se précipitent en enfer.

8. Vous les verrez, quand ils manifestent un esprit de prière, prier non pour eux-mêmes mais pour les pécheurs. Si vous connaissez la teneur habituelle des prières de quelqu'un, elle vous montrera dans quel sens va le courant de ses sentiments. Si un homme est mû dans sa religion principalement par le désir de se sauver lui-même, vous l'entendrez prier surtout pour lui-même : pour que ses péchés soient pardonnés, pour qu'il « jouisse » abondamment de l'Esprit de Dieu, et ainsi de suite. Mais s'il est vraiment l'ami de Dieu et des hommes, vous trouverez que le fardeau de ses prières, c'est la gloire de Dieu dans le salut des pécheurs ; et il n'est jamais aussi abondant et puissant dans la prière que lorsqu'il en vient à son sujet favori : la conversion des pécheurs. Allez à la réunion de prière où prient de tels chrétiens : au lieu de les voir tous enfermés dans la coquille de noix de leurs propres intérêts, consacrant toute leur prière à eux-mêmes et la terminant simplement par une envolée sur le royaume de Christ, vous les entendrez répandre leur âme en prière pour le salut des pécheurs. Je crois qu'il y a eu des chrétiens de cette sorte si absorbés par leur désir du salut des pécheurs que, pendant des semaines entières, ils n'ont même pas prié pour leur propre salut.

Ou, s'ils prient pour eux-mêmes, c'est pour être revêtus de l'Esprit de Dieu, afin de pouvoir sortir et être puissants par la vertu de Dieu pour arracher les âmes du feu.

Vous qui êtes ici, vous pouvez dire ce qu'il en est de vos prières : si c'est pour vous-mêmes ou pour les pécheurs que vous éprouvez le plus et priez le plus. Si vous ne savez rien de l'esprit de prière pour les pécheurs, vous n'êtes pas le vrai ami de Dieu et des hommes. Quoi ! pas de cœur pour sentir quelque chose quand des pécheurs s'en vont en enfer à vos côtés ! Aucune sympathie pour le Fils de Dieu, qui a donné sa vie pour sauver les pécheurs ! Arrière toutes ces professions de religion ! « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » Ne me dites pas que des hommes sont vraiment pieux quand ils ânonnent leurs prières, par pure forme, comme le pauvre prêtre papiste égrène son chapelet. Un tel homme se trompe lui-même, s'il parle d'être le vrai ami de Dieu et des hommes.

9. Ces personnes ne cherchent pas à savoir quelles sont les choses qu'elles sont « tenues » de faire pour la conversion des pécheurs.

Quand on leur présente quelque chose qui promet du succès dans la conversion des pécheurs, elles n'attendent pas d'en recevoir l'ordre, sous peine de sanctions si elles ne le font pas. Il leur suffit d'avoir la preuve que cela est propre à faire avancer l'objectif auquel leur cœur est attaché, et elles s'y engageront de toute leur âme. La question qu'elles se posent sans cesse n'est pas : « Que m'est-il expressément commandé de faire ? » mais : « De quelle manière puis-je faire le plus pour le salut des âmes et pour la conversion du monde à Dieu ? » Elles n'attendent pas un commandement exprès de la Bible avant de s'engager dans l'œuvre des missions, ou des écoles du dimanche, ou de toute autre entreprise qui promet de sauver des âmes ; elles sont prêtes à toute bonne œuvre et à toute bonne parole.

10. Un autre trait de ces chrétiens est leur disposition à renoncer à eux-mêmes pour faire du bien aux autres.

Dieu a établi dans tout l'univers le principe du don. Même dans le monde naturel, les fleuves, l'océan, les nuages, tous donnent. Il en est ainsi dans tout le royaume de la nature et de la grâce. Ce principe de diffusion est reconnu partout. C'est l'esprit même de Christ. Il n'a pas cherché à se plaire à lui-même, mais à faire du bien aux autres. Il a trouvé son plus grand bonheur à renoncer à lui-même pour faire du bien aux autres. Il en est ainsi de cette classe de personnes : elles sont toujours prêtes à se priver de jouissances et de commodités, et même du nécessaire, quand elles peuvent ainsi faire plus de bien aux autres.

11. Ils inventent continuellement de nouveaux moyens et de nouvelles mesures pour faire le bien.

C'est ce qu'on attendrait de leur désir continuel de faire le bien. Au lieu de se contenter de ce qui ne réussit pas, ils inventent continuellement de nouveaux moyens et de nouvelles voies pour atteindre leur but. Ils ne ressemblent pas à ces gens qui se tiennent pour satisfaits quand ils ont fait ce qu'ils appellent leur devoir. Quand un individu vise principalement son propre salut, il peut penser que, s'il fait son devoir, il est déchargé de toute responsabilité, et il est donc satisfait : il pense avoir échappé à la colère divine et gagné le ciel pour lui-même en faisant ce que Dieu lui demandait, et il n'y peut rien, que les pécheurs soient sauvés ou perdus. Mais pour l'autre classe, il ne s'agit pas tant de gagner le ciel et d'éviter la colère : leur objectif principal est de sauver des âmes et d'honorer Dieu. Et si cet objectif n'avance pas, ils souffrent. Un tel homme est celui dont l'âme forme sans cesse de nobles desseins, qui essaie des choses nouvelles et, si l'une échoue, en essaie une autre, puis une autre encore, et ne peut trouver de repos avant d'avoir trouvé quelque chose qui réussisse dans le salut des âmes.

12. Ils manifestent toujours une grande douleur quand ils voient l'Église endormie et ne faisant rien pour le salut des pécheurs.

Ils savent combien il est difficile, et même impossible, de faire quoi que ce soit d'important pour le salut des pécheurs tant que l'Église dort. Entrez dans une Église où la grande masse ne fait rien pour la conversion des pécheurs et se laisse porter par le courant du monde : vous verrez que les vrais amis de Dieu et des hommes sont affligés d'un tel état de choses. Ceux qui, en étant religieux, ont d'autres objectifs en vue peuvent penser que tout va très bien. Ils ne sont pas affligés quand ils voient le peuple qui fait profession d'appartenir à Dieu courir après l'apparat et la folie. Mais s'il s'en trouve quelques-uns de cette classe-là, vous les trouverez affligés et tourmentés au fond du cœur parce que l'Église est dans un tel état.

13. Ils sont affligés s'ils ont lieu de penser que leur pasteur temporise, ou qu'il ne reprend pas l'Église de façon directe et fidèle pour ses péchés.

Les autres classes de croyants de profession veulent bien être bercées jusqu'à s'endormir, et veulent bien que leur pasteur prêche des sermons doucereux, fleuris, éloquents, des sermons flatteurs, sans pointe et sans puissance. Mais ceux-ci ne sont pas satisfaits s'il ne prêche pas avec puissance, de façon directe et hardie, et s'il ne reprend, ne supplie et n'exhorte, avec toute douceur et en instruisant. Leur âme n'est ni nourrie, ni édifiée, ni satisfaite par rien de ce qui ne saisit pas les consciences et ne fait pas l'œuvre pour laquelle le ministère a été institué par Jésus-Christ.

14. Cette classe de personnes soutiendra toujours un pasteur fidèle qui prêche la vérité avec hardiesse et de façon directe. Peu importe que la vérité qu'il prêche les atteigne eux-mêmes : ils l'aiment, et ils disent : « Que le juste me frappe, c'est de l'huile sur ma tête. » Quand la vérité est répandue avec puissance, leur âme est nourrie et se fortifie dans la grâce. Ils peuvent prier pour un tel pasteur. Ils peuvent pleurer dans leur chambre et répandre leur âme en prière pour lui, afin qu'il ait toujours avec lui l'Esprit de Dieu. Pendant que d'autres grondent et chicanent contre lui, et disent qu'il est excessif, et tout le reste, vous verrez que les chrétiens de cette sorte le soutiendront ; bien plus, ils iraient au bûcher avec lui pour le témoignage de Jésus. Et ils le font pour la meilleure des raisons : une telle prédication va dans le sens du grand dessein pour lequel ces chrétiens vivent.

15. Les chrétiens de cette sorte sont particulièrement affligés quand des pasteurs prêchent des sermons qui ne sont pas propres à convertir les pécheurs.

Je veux dire : quand le sermon n'est pas spécialement adressé à l'Église, pour la réveiller. D'autres peuvent approuver le sermon, le louer, dire quel grand sermon c'était, combien il était éloquent, ou lumineux, ou grandiose, ou sublime ; mais il ne leur convient pas, à eux, s'il lui manque cette seule qualité : une tendance à convertir les pécheurs. Vous trouverez des gens très pointilleux sur la doctrine de l'élection, qui ne croiront pas qu'un sermon est évangélique s'il ne contient pas la doctrine de l'élection ; mais si la doctrine de l'élection s'y trouve, ils sont satisfaits, qu'il soit propre à convertir les pécheurs ou non. Mais quand un homme a le cœur attaché à la conversion des pécheurs, s'il entend un sermon qui n'est pas propre à y conduire, il sent qu'il y manque « la grande chose » qui fait un sermon évangélique. Mais si ces chrétiens entendent un sermon propre à sauver des âmes, alors ils sont nourris, et leur âme se réjouit.

De là vous voyez la raison de l'étonnante différence qu'on trouve souvent dans le jugement que les gens portent sur la prédication. Il n'y a, en fait, pas de meilleure pierre de touche du caractère. Il est facile de voir, au jugement qu'ils portent sur la prédication, qui sont ceux qui sont remplis de l'amour de Dieu et des âmes. Pour les vrais amis de Dieu et des hommes, un sermon qui n'est pas particulièrement destiné à sonder et à réveiller l'Église et à la pousser à l'action, s'il n'est pas de nature à peser de tout son poids sur les pécheurs et ne tend pas à les convertir, ce n'est pas le sermon qu'il leur faut.

16. Vous trouverez toujours les personnes de cette classe exprimant leur mécontentement d'elles-mêmes de ne pas faire davantage pour la conversion des pécheurs.

Quoi qu'elles « fassent » réellement pour cet objectif, il semble que plus elles en font, plus elles désirent en faire. Elles ne sont jamais satisfaites. Au lieu de se contenter du degré présent de leur succès, leur désir de la conversion des pécheurs est sans fin. Je me souviens d'un homme de bien qui priait jusqu'à l'épuisement pour des individus, pour des lieux et pour la conversion du monde. Un jour qu'il était tout épuisé d'avoir prié, il s'écria : « Oh ! mon cœur plein de désir et de douleur ! Il n'est pas possible de satisfaire mes inexprimables désirs pour la conversion des pécheurs. Mon âme est brisée par le désir. » Cet homme, bien qu'il eût été utile plus que presque aucun autre homme de son temps, voyait pourtant tant de choses à faire, et désirait tant voir l'œuvre avancer et les pécheurs sauvés, que son corps mortel ne put le supporter. « Je m'aperçois, dit-il un jour, que je meurs faute de force pour faire davantage pour sauver l'âme des hommes. Oh ! combien j'ai besoin de force, pour pouvoir sauver des âmes ! »

17. Si vous voulez émouvoir les personnes de cette classe, vous devez vous servir de motifs tirés de leur grand objectif, de leur objectif dominant.

Si vous voulez les émouvoir, vous devez leur mettre sous les yeux la situation des pécheurs et montrer comment ils déshonorent Dieu ; vous verrez que cela émouvra leur âme et l'embrasera plus vite que n'importe quel appel à leurs espérances et à leurs craintes. Faites peser sur eux ce grand objectif. Montrez-leur comment ils peuvent convertir des pécheurs, et leur cœur plein de désir se met à battre, à lutter avec Dieu dans la prière, à éprouver les douleurs de l'enfantement pour les âmes, jusqu'à ce qu'ils les voient converties, et Christ formé en elles, l'espérance de la gloire.

Je pourrais mentionner bien d'autres traits qui appartiennent à cette classe de croyants de profession, les vrais amis de Dieu et des hommes, si le temps et les forces le permettaient. Mais je dois m'arrêter ici, et remettre l'examen des deux autres classes à vendredi soir prochain, si nous sommes épargnés et si le Seigneur le permet.

Maintenant, appartenez-vous à cette classe, oui ou non ? J'ai mentionné certains grands faits fondamentaux qui, lorsqu'ils existent, indiquent le vrai caractère des individus, en montrant quel est leur but et leur objectif principal dans la vie. Vous pouvez dire si c'est là votre caractère. Quand j'en viendrai à l'autre partie du sujet, je m'efforcerai de décrire les classes de croyants de profession dont le zèle religieux, les prières et les efforts ont un autre but, de montrer leur caractère, et comment ce but se réalise.

Et maintenant, bien-aimés, je vous le demande devant Dieu : avez-vous ces traits d'un enfant de Dieu ? Savez-vous qu'ils vous appartiennent ? Pouvez-vous dire : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime, et que ce sont là les traits de mon caractère ! »

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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