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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 3

Les actions douteuses sont des péchés

Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu'il mange est condamné, parce qu'il n'agit pas par conviction. Tout ce qui n'est pas le produit d'une conviction est péché. (Romains 14,23)

C'était une coutume, chez les païens idolâtres, d'offrir en sacrifice le corps des bêtes immolées. Une partie de chaque bête offerte revenait au prêtre. Les prêtres envoyaient leur part au marché pour la vendre, et on la vendait à la boucherie comme n'importe quelle autre viande. Les chrétiens d'origine juive, dispersés partout, étaient très pointilleux sur les viandes qu'ils mangeaient, afin de ne pas courir le moindre risque de violer la loi de Moïse ; ils soulevaient des doutes et faisaient naître des disputes et des difficultés dans les Églises. C'était l'un des sujets qui divisaient et agitaient l'Église de Corinthe, si bien qu'elle finit par écrire à l'apôtre Paul pour lui demander des directives. Une partie de la première épître aux Corinthiens a sans doute été écrite en réponse à de telles questions. Il semble que certains poussaient si loin leurs scrupules qu'ils jugeaient inconvenant de manger de la viande, quelle qu'elle soit ; car s'ils allaient en acheter au marché, ils couraient sans cesse le risque d'acheter de la viande offerte aux idoles. D'autres pensaient que cela ne faisait aucune différence : ils avaient le droit de manger de la viande, ils l'achèteraient au marché telle qu'ils la trouvaient, et ne se mettraient pas en peine à ce sujet. Pour apaiser la dispute, ils écrivirent à Paul, et au chapitre 8 il reprend la question et la traite à fond.

« Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous la connaissance. La connaissance enfle, mais la charité édifie. Si quelqu'un croit savoir quelque chose, il n'a pas encore connu comme il faut connaître. Mais si quelqu'un aime Dieu, celui-là est connu de lui. Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu'il n'y a point d'idole dans le monde, et qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Car, s'il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. Mais cette connaissance n'est pas chez tous. Quelques-uns, d'après la manière dont ils envisagent encore l'idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles, et leur conscience, qui est faible, en est souillée. »

« Leur conscience en est souillée » : c'est-à-dire que celui-là regarde cette viande comme offerte à une idole, et qu'il commet réellement un acte d'idolâtrie. En soi, manger de la viande est une chose parfaitement indifférente.

« Ce n'est pas un aliment qui nous rapproche de Dieu : si nous en mangeons, nous n'avons rien de plus ; si nous n'en mangeons pas, nous n'avons rien de moins. Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles. Car, si quelqu'un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d'idoles, sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle pas à manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Et ainsi le faible périra par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort ! »

Ils avaient beau en savoir assez sur la question pour savoir qu'une idole n'est rien et ne peut rien changer à la viande elle-même ; si pourtant on les voyait manger une viande dont on savait qu'elle avait été offerte à une idole, les faibles pourraient s'en trouver encouragés à manger ces sacrifices comme tels, c'est-à-dire comme un acte de culte rendu à l'idole, tout en croyant ne faire que suivre l'exemple de leurs frères plus éclairés.

« En péchant de la sorte contre les frères, et en blessant leur conscience faible, vous péchez contre Christ. C'est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. »

Telle est sa conclusion, pleine de charité : il aimerait mieux renoncer tout à fait à la viande que d'être l'occasion d'entraîner un frère faible dans l'idolâtrie. Car, en fait, pécher ainsi contre un frère faible, c'est pécher contre Christ.

Écrivant aux Romains, il reprend le même sujet : la même dispute avait éclaté là aussi. Après avoir posé quelques maximes et quelques principes généraux, il donne cette règle :

« Faites accueil à celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas sur les opinions. Tel croit pouvoir manger de tout : tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes. »

Il y en avait parmi eux qui préféraient vivre uniquement de légumes plutôt que de courir le risque d'acheter à la boucherie de la viande qui avait été offerte en sacrifice aux idoles. D'autres mangeaient de la viande comme d'habitude, achetant ce qu'on vendait au marché, sans poser de questions par motif de conscience. Ceux qui vivaient de légumes accusaient les autres d'idolâtrie, et ceux qui mangeaient de la viande accusaient les autres de superstition et de faiblesse. C'était un tort.

« Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l'a accueilli. Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui ? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. »

Il y avait aussi une controverse sur l'observation des fêtes et des jours saints des Juifs. Les uns pensaient que Dieu l'exigeait, et ils les observaient donc. Les autres les négligeaient, parce qu'ils pensaient que Dieu n'en exigeait pas l'observation.

« Tel fait une distinction entre les jours ; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur ; et celui qui ne distingue pas entre les jours, c'est pour le Seigneur qu'il ne le fait pas. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâces à Dieu ; celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu. En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. Car Christ est mort et il a vécu, afin de dominer sur les morts et sur les vivants. Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Ou toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu. Car il est écrit : Je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue donnera gloire à Dieu. Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même. Ne nous jugeons donc plus les uns les autres ; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d'achoppement ou une occasion de chute. »

Remarquez bien ce qu'il dit.

« Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l'amour : ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort. »

C'est-à-dire : je sais que la distinction des viandes en pures et impures n'oblige plus sous Christ ; mais pour celui qui croit à cette distinction, c'est un crime de manger de tout indistinctement, parce qu'il fait ce qu'il croit contraire aux commandements de Dieu. « À la vérité toutes choses sont pures ; mais il est mal à l'homme, quand il mange, de devenir une pierre d'achoppement. » Chacun doit être persuadé, en son propre esprit, que ce qu'il fait est bien. Si quelqu'un mange des viandes dites impures sans avoir l'esprit au clair sur la légitimité de ce qu'il fait, il offense Dieu.

« Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s'abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse. »

Voilà un avis fort utile pour ces amateurs de vin et ces avaleurs de bière qui pensent que la cause de la tempérance va être ruinée si l'on renonce au vin et à la bière, alors qu'il est notoire, pour quiconque observe tant soit peu, que ce sont précisément ces boissons qui font le plus obstacle à cette cause dans tout le pays.

« Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu'il approuve ! Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu'il mange est condamné, parce qu'il n'agit pas par conviction. Tout ce qui n'est pas le produit d'une conviction est péché. »

Le mot que la version anglaise rend par « damné » signifie condamné, c'est-à-dire déclaré coupable d'avoir enfreint la loi de Dieu. Si un homme doute qu'une chose soit permise et que, dans cet état de doute, il la fasse, il déplaît à Dieu, il enfreint la loi, et il est condamné, que la chose soit bonne ou mauvaise en elle-même. Si j'ai expliqué ce texte avec tant de détail, en le replaçant dans son contexte, c'est que je voulais vous convaincre pleinement de la justesse du principe qu'il pose : si un homme fait une chose dont il doute qu'elle soit permise, il pèche, et il en est condamné aux yeux de Dieu.

Que la chose soit permise en elle-même, là n'est pas la question. S'il doute qu'elle soit permise, il a tort de la faire.

Il y a ici une exception qu'il faut signaler : c'est le cas où un homme doute aussi honnêtement et aussi pleinement de la légitimité de l'abstention que de celle de l'action. Le président Edwards traite exactement ce cas dans sa trente-neuvième résolution :

« Résolu : ne jamais rien faire dont je mette la légitimité en question au point de me proposer, en même temps, d'examiner ensuite si cela est permis ou non ; à moins que je ne mette tout autant en question la légitimité de l'omission. »

Un homme peut douter également s'il est tenu de faire une chose ou de ne pas la faire. Alors, tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il doit agir selon la meilleure lumière qu'il peut obtenir. Mais lorsqu'il doute de la légitimité de l'acte sans avoir aucune raison de douter de la légitimité de l'abstention, et qu'il agit malgré tout, il pèche, il est condamné devant Dieu, et il doit se repentir ou être damné. Pour approfondir le sujet, je me propose :

I. De montrer quelques raisons pour lesquelles un homme est coupable de faire une chose dont il doute qu'elle soit permise.

II. D'en montrer l'application à un certain nombre de cas particuliers.

III. De présenter quelques conséquences et remarques, selon le temps dont nous disposerons.

I. Je dois montrer quelques raisons de la justesse du principe posé dans le texte : si un homme fait une chose dont il doute qu'elle soit permise, il est condamné.

1. Une première raison pour laquelle un homme est condamné s'il fait une chose dont il doute qu'elle soit permise, c'est que, si Dieu éclaire son esprit au point de le faire douter de la légitimité d'un acte, il est tenu de s'arrêter là, d'examiner la question et de la trancher à sa propre satisfaction.

Pour l'illustrer : supposez que votre enfant désire faire une certaine chose, ou que ses camarades l'invitent à aller quelque part, et qu'il doute que vous soyez d'accord ; ne voyez-vous pas que son devoir est de vous le demander ? Si l'un de ses camarades d'école l'invite chez lui, qu'il doute que cela vous plaise et qu'il y aille quand même, n'est-ce pas manifestement mal ?

Ou bien supposez un homme jeté par un naufrage sur une île déserte, où il ne trouve aucun être humain. Il s'installe dans une grotte isolée, se croyant tout seul, sans amis, sans secours et sans espoir. Mais chaque matin, il trouve une provision de nourriture saine et nourrissante, préparée pour lui et déposée à l'entrée de sa grotte, de quoi suffire à ses besoins de la journée. Quel est son devoir ? Direz-vous qu'il ne sait pas qu'il y a un être sur l'île, et qu'il n'a donc d'obligation envers personne ? La reconnaissance, au contraire, ne l'oblige-t-elle pas à chercher et à découvrir son ami invisible, et à le remercier de sa bonté ? Il ne peut pas dire : « Je doute qu'il y ait quelqu'un ici ; je ne ferai donc rien d'autre que manger ma ration, prendre mes aises, et ne me soucier de rien. » Le seul fait de ne pas chercher son bienfaiteur le convaincrait d'une méchanceté de cœur aussi désespérée que s'il savait qui c'est et refusait de le remercier des faveurs reçues.

Ou bien supposez qu'un athée ouvre les yeux sur cette bienheureuse lumière du ciel et respire cet air qui répand la santé et la vigueur dans tout son corps. Voilà assez de preuves de l'existence de Dieu pour le mettre en quête de ce grand Être qui lui fournit tous ces moyens de vie et de bonheur. Et s'il ne cherche pas davantage de lumière, s'il ne s'en soucie pas, s'il dresse son cœur contre Dieu, il montre qu'il a le cœur aussi bien que l'intelligence d'un athée. Il a, pour le moins, des preuves qu'il peut y avoir un Dieu. Quelle est donc son affaire ? Évidemment, de se mettre honnêtement, avec un esprit tout filial et plein de respect, à chercher ce Dieu et à lui rendre hommage. Si, ayant assez de lumière pour se demander s'il n'y aurait pas un Dieu, il continue à vivre comme s'il n'y en avait point, sans chercher la vérité ni lui obéir, il montre que son cœur est mauvais, et que ce cœur dit : « Qu'il n'y ait point de Dieu ! »

Voici un déiste, et voici un livre qui se présente comme une révélation de Dieu. Beaucoup d'hommes de bien l'ont cru tel. Les preuves sont telles qu'elles ont pleinement convaincu de sa vérité les esprits les plus pénétrants et les plus droits. Les preuves, tant extérieures qu'intérieures, sont d'un grand poids. Dire qu'il n'y a pas de preuves suffit à faire douter du bon sens d'un homme, ou de son honnêteté. Il y a, pour en dire le moins possible, des preuves suffisantes pour faire douter qu'il soit une fable et une imposture. Ce n'est là, en réalité, qu'une petite partie de la vérité, mais plaçons-nous sur ce terrain. Son devoir est-il alors de le rejeter ? Aucun déiste ne prétend être assez pleinement persuadé dans son esprit pour être libre de tout doute. Tout ce qu'il ose entreprendre, c'est de soulever des chicanes et de faire naître des doutes dans l'autre sens. Son devoir, ici, est donc de s'arrêter, et de ne pas s'opposer à la Bible tant qu'il ne pourra pas prouver, sans l'ombre d'un doute, qu'elle ne vient pas de Dieu.

Il en va de même de l'unitarien. Admettons (ce qui n'est nullement vrai) que les preuves contenues dans la Bible ne suffisent pas à lever tout doute sur le fait que Jésus-Christ est Dieu : elles en fournissent du moins assez pour faire naître un doute dans l'autre sens ; il n'a donc pas le droit de rejeter cette doctrine comme fausse, mais il est tenu de sonder humblement les Écritures et de s'en assurer par lui-même. Or aucun homme intelligent et honnête ne peut dire que les Écritures n'apportent « aucune preuve » de la divinité de Christ. Elles en apportent, qui ont convaincu et pleinement satisfait des milliers d'esprits parmi les plus pénétrants, qui étaient auparavant opposés à cette doctrine. Nul ne peut rejeter cette doctrine sans un doute, puisqu'il y a là des preuves qu'elle peut être vraie. Et si elle peut être vraie, s'il y a lieu de douter qu'elle soit fausse, alors il la rejette à ses risques et périls.

Voyez ensuite l'universaliste. Où en est-il un seul qui puisse dire qu'il n'a pas même un doute : n'y aurait-il pas un enfer, où les pécheurs vont après la mort subir un tourment sans fin ? Il est tenu de s'arrêter, de chercher et de sonder les Écritures. Il ne lui suffit pas de dire qu'il ne croit pas à l'enfer. Il se peut qu'il y en ait un ; et s'il le rejette et continue son chemin sans se soucier de savoir s'il existe ou non, cela seul fait de lui un rebelle contre Dieu. Il se demande s'il n'y a pas un enfer qu'il devrait éviter, et pourtant il agit comme s'il était certain et n'avait aucun doute. Il est condamné. J'ai connu autrefois un médecin qui était universaliste, et qui est parti pour l'éternité mettre ses spéculations à l'épreuve de la réalité. Il m'a dit un jour qu'il avait de forts doutes sur la vérité de l'universalisme, et qu'il avait fait part de ses doutes à un pasteur ; celui-ci lui avait avoué que lui aussi doutait de sa vérité, et qu'il ne croyait pas qu'il existât au monde un seul universaliste qui n'en doutât pas.

2. Si un homme fait une chose alors qu'il doute qu'elle soit permise, cela montre qu'il est égoïste, et qu'il a d'autres buts que de faire la volonté de Dieu.

Cela montre qu'il veut la faire pour se satisfaire lui-même. Il doute que Dieu l'approuve, et pourtant il la fait. N'est-ce pas un rebelle ? S'il désirait honnêtement servir Dieu, il s'arrêterait dès qu'il douterait, il chercherait et examinerait jusqu'à ce qu'il soit fixé. Mais aller de l'avant tant qu'il est dans le doute montre qu'il est égoïste et méchant, qu'il est prêt à la faire, que Dieu en soit content ou non, et qu'il veut la faire, que ce soit bien ou mal. Il la fait parce qu'il a envie de la faire, et non parce que c'est bien.

3. Agir ainsi, c'est mettre en accusation la bonté de Dieu.

Il tient pour incertain que Dieu ait donné une révélation suffisante de sa volonté pour qu'il puisse connaître son devoir s'il le voulait. Il dit en fait que le chemin du devoir est laissé si incertain qu'il doit se décider au hasard.

4. Cela révèle la paresse et la torpeur de l'esprit.

Cela montre qu'il aime mieux mal agir que de mettre la diligence nécessaire à apprendre et à connaître le chemin du devoir. Cela montre qu'il est soit négligent, soit malhonnête dans ses recherches.

5. Cela manifeste un esprit téméraire.

Cela montre un manque de conscience, une indifférence au bien, une mise à l'écart de l'autorité de Dieu, une disposition à ne pas faire la volonté de Dieu et à ne pas se soucier de lui plaire ou de lui déplaire, une témérité désespérée et un caractère emporté qui sont le comble de la méchanceté.

Ainsi, le principe si clairement posé dans le texte et son contexte, ainsi que dans le chapitre des Corinthiens que je vous ai lu, se trouve pleinement confirmé par l'examen : faire une chose dont on doute qu'elle soit permise est un péché, dont on est condamné devant Dieu, et dont on doit se repentir, sous peine d'être damné.

II. Je dois maintenant montrer l'application de ce principe à diverses situations particulières de la vie humaine. Mais, Premièrement, je mentionnerai quelques cas où l'on peut douter également, quant à la légitimité d'une chose, si l'on est tenu de la faire ou de ne pas la faire.

Prenez la question du vin à la table de communion. Depuis que la réforme de la tempérance a soulevé la question de l'usage du vin, qu'on a analysé divers vins et révélé la quantité d'alcool qu'ils contiennent, et qu'on a montré combien il est difficile de se procurer dans ce pays des vins qui ne soient pas fortement alcoolisés, certains se sont sérieusement demandé s'il est juste d'employer, pour célébrer la sainte cène, les vins que nous pouvons trouver ici. Les uns croient fermement que le vin est une partie essentielle de l'ordonnance, que nous devons employer le meilleur vin que nous puissions trouver, et en rester là. D'autres disent que nous ne devons pas employer du tout de vin alcoolisé ou enivrant, et que, puisque le vin n'est pas, à leur avis, essentiel à l'ordonnance, il vaut mieux employer une autre boisson. Ces deux groupes sont sans aucun doute aussi consciencieux l'un que l'autre, et désireux de faire ce qu'ils ont le plus de raisons de croire conforme à la volonté de Dieu. D'autres encore sont dans le doute à ce sujet. Je conçois aisément que des personnes consciencieuses soient très sérieusement dans le doute sur le parti à prendre. Elles doutent qu'il soit juste d'employer du vin alcoolisé, et elles doutent qu'il soit juste d'employer une autre boisson dans le sacrement. Voilà un cas qui tombe sous la règle du président Edwards, « lorsque je doute en mon esprit si je dois le faire ou ne pas le faire », et que chacun doit trancher selon la meilleure lumière qu'il peut obtenir, honnêtement, avec le seul désir de connaître et de faire ce qui plaît le plus à Dieu.

Je n'ai pas l'intention de débattre de cette question de l'usage du vin à la communion, et ce n'est pas ici le lieu d'examiner le sujet à fond. Je ne l'ai introduite que pour servir d'illustration. Mais puisqu'elle est devant nous, je ferai deux ou trois remarques.

(1.) Je n'ai jamais redouté, de l'usage du vin ordinaire à la communion, autant de mal que certains. Je ne me suis pas alarmé du danger ou du mal qu'il y aurait à prendre une gorgée de vin, une cuillerée à café environ, une fois par mois, ou tous les deux ou trois mois. Je ne crois pas que la maladie de l'intempérance (car l'intempérance, vous le savez, est en réalité une maladie du corps) puisse être produite ou entretenue par une cause aussi légère. Je ne crois pas non plus que cela doive nuire à la cause de la tempérance autant que certains l'ont supposé. C'est pourquoi celui qui emploie le vin comme nous en avons l'habitude, et qui est pleinement persuadé dans son esprit, ne pèche pas.

(2.) D'un autre côté, je ne pense pas que l'usage du vin soit en rien essentiel à l'ordonnance. On a beaucoup dit, écrit et imprimé sur ce sujet, et l'on a souvent obscurci la question par des discours sans intelligence. À mon sens, il y a, pour penser que le vin n'est pas essentiel à cette ordonnance, des raisons plus fortes que toutes celles que j'ai vu exposer. On s'est donné beaucoup de peine pour prouver que notre Sauveur avait employé, en instituant la cène, un vin non fermenté, qui ne contenait donc pas d'alcool. C'est même là le point qui a été le plus débattu. Mais en réalité, cela paraît aussi hors de propos que de débattre s'il employa du pain de froment ou d'avoine, du pain levé ou sans levain. Pourquoi n'entendons-nous pas discuter cette question-là avec véhémence ? Parce que tous la tiennent pour sans importance.

Pour trancher cette question du vin, il faudrait se demander quel est le sens de l'ordonnance de la cène. Que voulait faire notre Sauveur ? Il s'agissait de prendre les deux éléments de base qui entretiennent la vie, la nourriture et la boisson, pour représenter la nécessité et la vertu de l'expiation.

Il est clair que Christ l'entendait ainsi, car cela correspond à ce qu'il dit : « Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. » De même, il répandit de l'eau dans le temple et dit : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive. » Il est appelé « le pain de vie ». On avait ainsi coutume de montrer la valeur des souffrances de Christ par la nourriture et la boisson. Pourquoi a-t-il pris du pain plutôt qu'un autre aliment ? Ceux qui connaissent l'histoire et les usages de ce pays-là verront qu'il a choisi l'aliment le plus couramment consommé par le peuple. Quand j'étais à Malte, il me semblait qu'une grande partie de la population vivait de pain seul. Les gens se rendaient en foule sur la place du marché, achetaient chacun un morceau de pain grossier, et le mangeaient debout. Ainsi, Christ a choisi l'aliment le plus commun et le plus universellement sain pour représenter sa chair. Pourquoi alors a-t-il pris du vin comme boisson ? Pour la même raison : le vin est la boisson ordinaire du peuple, surtout aux repas, dans tous ces pays-là. On l'y vend environ un sou la bouteille, le vin étant meilleur marché là-bas que la petite bière ici. En Sicile, on m'a dit que le vin se vendait cinq sous les quatre litres, et je ne serais pas surpris qu'il ait été à peu près aussi bon marché que l'eau. Et vous remarquerez que la cène fut célébrée pour la première fois à la fin du repas de la Pâque, où les Juifs employaient toujours du vin. Le sens que le Sauveur donne à cette ordonnance est donc celui-ci : de même que la nourriture et la boisson sont essentielles à la vie du corps, de même son corps et son sang, c'est-à-dire son expiation, sont essentiels à la vie de l'âme. Pour ma part, je suis pleinement convaincu que le vin n'est pas essentiel à la communion, et je n'hésiterais pas à donner de l'eau à quiconque la préférerait par motif de conscience. Qu'on prenne la nourriture et la boisson ordinaires du pays, ce qui entretient la vie du corps, et le but de l'institution est atteint. Si j'étais missionnaire chez les Esquimaux, qui vivent de chair de phoque séchée et d'eau de neige, j'administrerais la cène avec ces aliments-là. Cela ferait comprendre à leur esprit qu'ils ne peuvent pas vivre sans Christ.

Je dis donc que celui qui est pleinement persuadé dans son esprit ne pèche pas en renonçant à l'usage du vin. Que cette Église soit pleinement persuadée dans son esprit, et je n'aurai aucun scrupule à faire l'un ou l'autre, si elle veut remplacer le vin par une autre boisson saine d'usage courant. Et en même temps, je n'ai pour ma part aucune objection à continuer selon l'ancienne manière.

Maintenant, ne perdez pas de vue le grand principe dont il est question. Le voici : lorsqu'un homme doute honnêtement qu'il soit permis de faire une chose, et doute tout autant, d'un autre côté, qu'il soit permis de ne pas la faire, il doit prier à ce sujet, sonder les Écritures, obtenir sur la question la meilleure lumière possible, et ensuite agir. Et quand il l'a fait, il ne doit en aucune façon être jugé ni blâmé par d'autres pour le parti qu'il prend. « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui ? » Et nul n'a le droit de faire de sa propre conscience la règle de la conduite de son prochain.

Un cas semblable est celui d'un pasteur dont la situation l'oblige à faire un long trajet le jour du sabbat pour aller prêcher, par exemple lorsqu'il dessert deux assemblées, ou dans un cas analogue. Il peut alors douter honnêtement de son devoir, dans un sens comme dans l'autre. S'il y va, il paraît, aux yeux des étrangers, faire peu de cas du sabbat. S'il n'y va pas, les gens n'auront pas de prédication. La règle est qu'il sonde les Écritures, qu'il obtienne la meilleure lumière possible, qu'il en fasse un sujet de prière, qu'il pèse la chose à fond, et qu'il agisse selon son meilleur jugement.

De même pour un moniteur d'école du dimanche. Il peut habiter loin de l'école et être obligé de s'y rendre le jour du sabbat, faute de quoi il n'y aura pas d'école. Et il peut douter honnêtement de son devoir : rester dans sa propre Église le jour du sabbat, ou faire huit, treize ou seize kilomètres pour se rendre dans un endroit privé de tout secours religieux, afin d'y maintenir l'école du dimanche. Ici, il doit décider par lui-même, selon la meilleure lumière qu'il peut obtenir. Et que nul ne s'érige en juge d'un humble et consciencieux disciple du Seigneur Jésus.

Vous voyez que dans tous ces cas, il est entendu et il est clair que le but est d'honorer Dieu, et que la seule raison de douter est de savoir quelle conduite l'honorera vraiment. Paul dit, à propos de toutes les règles de ce genre : « Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur ; et celui qui ne distingue pas entre les jours, c'est pour le Seigneur qu'il ne le fait pas. » Le but est de bien faire, et le doute porte sur les moyens de le faire de la meilleure manière.

Secondement, je mentionnerai quelques cas où le but est mauvais, où l'on cherche à se faire plaisir, et où l'on doute de pouvoir le faire légitimement. Je parlerai de cas sur lesquels les avis divergent, d'actes dont le moins qu'on puisse dire est qu'on doit forcément douter qu'ils soient permis.

1. Prenez par exemple la fabrication et la vente de boissons alcoolisées.

Après tout ce qui a été dit sur ce sujet, et toute la lumière qui a été faite sur la question, y a-t-il un homme vivant dans ce pays qui puisse dire qu'il ne voit aucune raison de douter de la légitimité de ce commerce ? Pour en dire le moins possible, il n'est pas d'esprit honnête qui ne soit amené à en douter. Nous pensons même qu'il n'est pas d'esprit honnête qui ne sache que c'est illégitime et criminel.

Mais faites, en faveur du distillateur ou du débitant, la supposition la plus charitable possible, et supposez qu'il ne soit pas pleinement convaincu que c'est illégitime. Nous disons qu'il doit, au moins, en douter. Que doit-il donc faire ? Doit-il fermer les yeux à la lumière et continuer, sans égard pour la vérité, aussi longtemps qu'il pourra éviter de la voir ? Non. Il peut chicaner et soulever des objections tant qu'il voudra, il sait qu'il a des doutes sur la légitimité de son commerce ; et s'il doute, et persiste pourtant à l'exercer sans prendre la peine d'examiner et de voir ce qui est juste, il est aussi sûr d'être damné que s'il continuait en sachant que c'est mal. Vous entendez ces gens dire : « Mais je ne suis pas pleinement persuadé dans mon esprit que la Bible interdise de fabriquer ou de vendre des spiritueux. » Soit : supposez que vous ne soyez pas pleinement convaincu, supposez que toutes vos objections et chicanes possibles et imaginables ne soient pas levées ; et après ? Vous savez que vous avez des doutes sur sa légitimité. Et il n'est pas nécessaire d'aller jusque-là pour vous convaincre de mal faire. Si vous doutez que ce soit permis et que vous persistiez pourtant à le faire, vous êtes sur le chemin de l'enfer.

2. De même lorsqu'un homme exerce un emploi qui l'oblige à violer le sabbat.

Par exemple, s'occuper d'un bureau de poste ouvert le jour du sabbat, ou d'une barrière de péage, ou travailler sur un bateau à vapeur, ou dans tout autre emploi qui ne relève pas des œuvres de nécessité. Il y a toujours certaines choses qu'il faut faire le jour du sabbat : ce sont des œuvres d'absolue nécessité ou de miséricorde.

Mais supposez un cas où le travail n'est pas nécessaire, comme le transport du courrier le jour du sabbat, ou autre chose du même genre. Le moins qu'on puisse dire, la position la plus basse que la charité elle-même puisse prendre sans devenir sotte, c'est que la légitimité d'un tel emploi est douteuse. Et si ces gens persistent à le faire, ils pèchent, et ils sont sur le chemin de l'enfer. Dieu a lancé contre eux la sanction de sa loi, et s'ils ne se repentent pas, ils seront damnés.

3. Le fait de détenir des actions dans des compagnies de bateaux à vapeur et de chemins de fer, de diligences, de bateaux de canal, etc., qui violent le sabbat.

Un tel actionnaire peut-il dire en vérité qu'il ne doute pas de la légitimité d'un tel placement de capitaux ? La charité peut-elle descendre plus bas que de dire que cet homme doit fortement douter qu'un tel travail soit une œuvre de nécessité ou de miséricorde ? Il n'est pas nécessaire, dans ce cas, de démontrer que c'est illégitime, bien qu'on puisse le faire pleinement, mais seulement de montrer assez de lumière pour faire naître un doute sur sa légitimité. Alors, s'il persiste à le faire sans que ce doute soit levé, il est condamné, et perdu.

4. Les mêmes remarques s'appliquent à toutes les formes de jeu de loterie. Celui qui s'y livre doute.

5. Prenez le cas de ces satisfactions de l'appétit qui font l'objet de controverses, et dont la légitimité est pour le moins douteuse.

(1.) Boire du vin, de la bière et d'autres boissons fermentées enivrantes. Dans l'état présent de la cause de la tempérance, n'est-il pas pour le moins douteux que l'usage de ces boissons ne soit pas une transgression de la règle posée par l'apôtre : « Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s'abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse » ? Personne ne me fera croire qu'il n'a aucun doute sur la légitimité de cette pratique. Il n'y a aucune preuve certaine qu'elle soit permise, et il y a de fortes preuves qu'elle ne l'est pas ; et quiconque s'y livre tout en doutant qu'elle soit permise est condamné, et, s'il persiste, il est damné.

S'il y a là le moindre sophisme, je voudrais bien le savoir, car je ne veux ni tromper les autres ni me tromper moi-même. Mais je me trompe complètement si ce n'est pas là une conséquence simple, directe et nécessaire de la pensée exprimée dans le texte.

(2.) Le tabac. Quelqu'un peut-il prétendre n'avoir aucun doute qu'il soit conforme à la volonté de Dieu qu'il fasse usage du tabac ?

Personne ne peut prétendre douter qu'il soit permis de s'abstenir de ces choses. Y a-t-il un homme au monde qui pense que son devoir l'oblige à faire usage de vin, de bière forte ou de tabac, par simple plaisir ? Non. Le doute est tout entier d'un seul côté. Que dirons-nous donc de cet homme qui doute que ce soit permis, et qui pourtant se bourre la bouche de cette herbe empoisonnée ? Il est condamné.

(3.) Je pourrais parler du thé et du café. On sait généralement que ces substances ne sont nullement nourrissantes, et qu'on dépense chaque année pour elles près de huit millions de dollars dans ce pays. Or, quelqu'un prétendra-t-il ne pas douter qu'il soit permis de dépenser tout cet argent pour ce qui ne sert à rien, et pour des substances que tous ceux qui ont étudié la question savent être positivement nuisibles, insupportables aux estomacs faibles, et tout juste supportables par les plus robustes ? Et cela pendant que les diverses sociétés charitables de notre temps réclament à grands cris de l'aide pour envoyer l'Évangile au loin et sauver un monde de l'enfer ! Quand on pense que l'Église, à elle seule, dépense des millions pour ses tables à thé, n'y a-t-il pas là matière à douter ?

6. Appliquez ce principe à divers divertissements.

(1.) Le théâtre. Il y a des foules immenses de croyants de profession qui vont au théâtre. Et ils soutiennent que la Bible ne l'interdit nulle part. Or, remarquez bien : quel chrétien de profession est jamais allé au théâtre sans se demander s'il faisait une chose permise ? Je n'admets nullement que ce soit un point seulement douteux. Je pense que c'est un cas très clair, et qu'on peut montrer que c'est illégitime. Mais je ne fais ici que répondre à ceux d'entre vous, s'il y en a ici, qui vont au théâtre et qui essaient de se mettre à l'abri derrière ce refuge : la Bible ne l'interdit nulle part expressément.

(2.) Les parties de plaisir, où l'on va manger et boire jusqu'à l'excès. N'y a-t-il pas de raison de douter que ce soit là l'usage du temps et de l'argent que Dieu exige ?

Regardez les pauvres qui meurent de faim, considérez l'effet de ces réjouissances et de ces dépenses folles, et voyez si vous irez jamais à une autre partie de ce genre, ou si vous en organiserez une, sans douter que ce soit permis. Où trouverez-vous un homme ou une femme qui aille jusqu'à dire n'avoir aucun doute ? Il n'y a probablement pas un seul esprit honnête qui le dira. Et si vous doutez et que vous le fassiez quand même, vous êtes condamnés.

Vous voyez que ce principe touche toute une catégorie de choses qui font l'objet de controverses, et pour lesquelles les gens essaient de parer le coup en disant que ce n'est pas pire que de faire ceci ou cela, et d'échapper ainsi à la sentence de condamnation de la loi de Dieu. Mais en fait, s'il y a un doute, leur devoir est de s'abstenir.

(3.) Prenez le cas des bals, de la lecture de romans et des autres façons de perdre son temps. Est-ce ainsi que Dieu veut que vous passiez votre vie ? Pouvez-vous dire que vous n'en doutez pas ?

7. Les visites faites le jour du sabbat. Les gens vont faire une visite, puis s'en excusent : « Je ne savais pas si c'était tout à fait bien, mais j'ai pensé que je pouvais m'y risquer. » En tout cas, celui-là viole le sabbat dans son cœur, parce qu'il doute.

8. La soumission aux coutumes mondaines du jour de l'An. Ce jour-là, les dames sont toutes chez elles, et les messieurs courent la ville en tous sens pour leur rendre visite ; les dames font de grands préparatifs, et leur offrent leur gâteau, leur vin et leur punch, de quoi les empoisonner presque à mort, et tous ensemble se prosternent devant la déesse de la mode. Y a-t-il une dame ici qui ne doute pas que tout cela soit permis ? Je dis qu'on peut démontrer que c'est mal, mais je me contente de demander aux dames de cette ville : n'est-il pas douteux que tout cela soit permis ? Je mettrais en doute le bon sens de l'homme ou de la femme qui n'aurait aucun doute sur la légitimité d'une telle coutume, au milieu de l'intempérance qui règne dans cette ville. Qui d'entre vous la pratiquera encore ? Pratiquez-la si vous l'osez, au péril de votre âme ! Si vous faites ce qui est seulement douteux, Dieu fronce le sourcil et condamne ; et c'est sa voix qu'il faut écouter.

Je sais que les gens essaient d'excuser la chose, et disent qu'il est bon d'avoir un jour réservé à ces visites, où chaque dame est chez elle et chaque monsieur libéré de ses affaires, et ainsi de suite. Tout cela est très bien. Mais quand on voit combien on en abuse et tout le mal que cela produit, je demande à chaque chrétien ici présent s'il peut s'empêcher de douter que ce soit permis. Et si c'est douteux, cela tombe sous la règle : « Si un aliment scandalise mon frère. » Si la fête du jour de l'An entraîne tant de gloutonnerie, d'ivrognerie et de méchanceté, cela ne rend-il pas sa légitimité douteuse ? Oui, c'est le moins qu'on puisse dire, et ceux qui doutent et le font quand même pèchent contre Dieu.

9. La soumission aux modes extravagantes du jour. Femme chrétienne ! n'avez-vous jamais douté, ne doutez-vous pas en ce moment, qu'il vous soit permis de copier ces modes venues de l'étranger, et de lieux qu'il serait honteux même de nommer dans cette assemblée ? N'avez-vous aucun doute à ce sujet ? Et si vous doutez et que vous le fassiez, vous êtes condamnée, et vous devez vous repentir de votre péché, ou vous serez perdue pour toujours !

10. Les mariages de chrétiens avec des pécheurs impénitents.

Cette réponse revient toujours : « Mais malgré tout ce que vous dites, il n'est pas certain que ces mariages ne soient pas permis. » Supposons qu'il en soit ainsi ; la Bible et la nature même de la chose ne rendent-elles pas au moins douteux qu'ils soient justes ? On peut d'ailleurs démontrer qu'ils sont illégitimes. Mais supposez qu'on ne puisse pas en faire la démonstration : quel chrétien en a jamais contracté un sans douter que ce soit permis ? Or celui qui doute est condamné. Voyez cet homme ou cette femme chrétienne sur le point de former une telle union, doutant tout le long du chemin que ce soit bien, essayant de faire taire sa conscience à force de prières sous prétexte de demander la lumière, priant tout autour de son devoir, et pourtant allant de l'avant. Prenez garde ! Vous savez que vous doutez de la légitimité de ce que vous projetez ; souvenez-vous que « celui qui a des doutes est condamné ».

Vous voyez donc, mes auditeurs, qu'il y a là un principe qui vous soutiendra quand vous voudrez reprendre le péché, si la puissance de la société s'emploie à vous faire baisser les yeux ou à vous mettre sur la défensive, et exige une preuve absolue du caractère coupable d'une pratique chère à vos contradicteurs. Souvenez-vous que la charge de la preuve ne vous incombe pas : vous n'avez pas à démontrer, au-delà de tout doute, que la chose est absolument illégitime. Si vous pouvez montrer des raisons suffisantes de mettre en question sa légitimité, et de faire naître un doute fondé sur sa conformité à la volonté de Dieu, vous faites passer la charge de la preuve de l'autre côté. Et à moins qu'ils ne puissent lever ce doute et montrer qu'il n'y a pas lieu de douter, ils n'ont pas le droit de continuer cette pratique douteuse ; et s'ils le font, ils pèchent contre Dieu.

REMARQUES.

1. La connaissance du devoir n'est pas indispensable à l'obligation morale ; il suffit de posséder les moyens de le connaître pour être responsable.

Si un homme a les moyens de savoir si une chose est bien ou mal, il est tenu d'employer ces moyens, il est tenu de chercher et de s'assurer de la vérité, à ses risques et périls.

2. Si ceux qui font des choses dont ils doutent qu'elles soient permises sont condamnés et jugés dignes de damnation, que dirons-nous des multitudes qui font continuellement ce qu'elles savent et reconnaissent être mal ?

Malheur à l'homme qui pratique ce qu'il condamne ! Et « heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu'il approuve ! »

3. Les hypocrites essaient souvent de s'abriter derrière leurs doutes pour se dérober à leur devoir.

L'hypocrite ne veut pas être éclairé ; il ne désire pas connaître la vérité, parce qu'il ne désire pas obéir au Seigneur ; aussi se cache-t-il derrière ses doutes, détourne-t-il les yeux de la lumière, et refuse-t-il de regarder et d'examiner pour voir quel est son devoir ; et c'est ainsi qu'il essaie de se mettre à l'abri de toute responsabilité. Mais Dieu arrachera les hypocrites de ce refuge de mensonge par le principe posé dans le texte : leurs doutes mêmes les condamnent.

Beaucoup refusent d'être éclairés sur la question de la tempérance, et persistent à boire ou à vendre du rhum, parce qu'ils ne sont pas pleinement convaincus que c'est mal. Et ils ne veulent ni lire un traité ou un journal, ni assister à une réunion de tempérance, de peur d'être convaincus. Beaucoup sont résolus à s'accorder l'usage du vin et de la bière forte, et ils ne veulent rien écouter qui soit de nature à les convaincre que c'est mal. Cela montre qu'ils sont déterminés à se livrer au péché, et qu'ils espèrent se cacher derrière leurs doutes. Quelle meilleure preuve pourraient-ils donner qu'ils sont des hypocrites ?

Qui, dans tous ces États-Unis, peut dire qu'il n'a aucun doute sur la légitimité de l'esclavage ? Pourtant, la grande masse du peuple ne veut rien entendre sur ce sujet ; on se met en colère si vous en parlez, et l'on propose même sérieusement, au Nord comme au Sud, de voter des lois interdisant toute enquête et toute discussion à ce sujet. Or supposez que ces lois soient votées pour permettre à la nation de s'abriter derrière ses doutes, en se demandant si l'esclavage est un péché qu'il faut abolir immédiatement : cela arrangera-t-il les choses ? Pas du tout. S'ils continuent à tenir leurs semblables en esclavage comme une propriété, tout en doutant que ce soit permis, ils sont condamnés devant Dieu, et nous pouvons être sûrs que leur péché les atteindra, et que Dieu leur fera savoir ce qu'il en pense.

On est stupéfait de voir la folie des gens à ce sujet, comme si, en refusant de sortir de leurs doutes, ils pouvaient sortir de leur péché. Pensez aux gens du Sud : des chrétiens, et même des pasteurs, qui refusent de lire un journal traitant de l'esclavage, et qui le renvoient peut-être avec des injures ou des menaces. Des menaces ! et pourquoi ? Parce qu'on raisonne avec eux sur leur devoir ? On peut démontrer de manière absolue que l'esclavage est illégitime, et qu'on doit s'en repentir et y renoncer comme à tout autre péché. Mais supposez qu'ils doutent seulement de la légitimité de l'esclavage et ne veuillent pas être éclairés : ils sont condamnés par Dieu. Qu'ils le sachent : ils ne peuvent pas étouffer cette affaire, ils ne peuvent pas s'en laver les mains. Tant qu'ils doutent de sa légitimité, ils ne peuvent pas tenir des hommes en esclavage sans pécher ; et qu'ils en doutent bel et bien, cette opposition même à la discussion le démontre.

On peut supposer un cas, et il y en a peut-être de tels dans les États du Sud, où un homme doute qu'il soit permis de posséder des esclaves, et doute tout autant qu'il soit permis de les émanciper dans l'état d'ignorance et de dépendance où ils se trouvent. Dans ce cas, il tombe sous la règle du président Edwards ; et son devoir n'est pas de s'emporter contre ceux qui voudraient attirer son attention sur la question, ni de renvoyer les journaux en refusant de les lire, mais de chercher la lumière de tous côtés et d'examiner honnêtement la question à la lumière de la parole de Dieu, jusqu'à ce que ses doutes soient levés. Le moins qu'il puisse faire est de s'appliquer de toutes ses forces à instruire ses esclaves et à les former à subvenir eux-mêmes à leurs besoins, aussi vite et aussi complètement que possible, et à les mettre en état d'être rendus à la liberté.

4. Il est manifeste qu'il y a très peu de conscience dans l'Église.

Voyez quelles multitudes persistent à faire des choses dont elles doutent fortement qu'elles soient permises.

5. Il y a encore moins d'amour pour Dieu que de conscience.

On ne peut pas prétendre que c'est l'amour pour Dieu qui est la cause de toute cette course aux modes, de ces complaisances envers soi-même, et des autres choses dont les gens doutent qu'elles soient permises. Ce n'est pas parce qu'ils aiment tant Dieu qu'ils persistent dans ces choses. Non, non ; ils y persistent parce qu'ils veulent les faire, pour se faire plaisir, et qu'ils aiment mieux courir le risque de mal faire que de voir leurs doutes levés. C'est qu'ils ont si peu d'amour pour Dieu, si peu de souci de l'honneur de Dieu.

6. Ne dites pas dans vos prières : « Ô Seigneur, si j'ai péché en cette chose, ô Seigneur, pardonne-moi ce péché. »

Si vous avez fait une chose dont vous doutiez qu'elle soit permise, vous avez péché, que la chose soit bonne ou mauvaise en elle-même. Et vous devez vous repentir et demander pardon.

Et maintenant, permettez-moi de vous demander à tous, vous qui êtes ici présents : êtes-vous convaincus que faire une chose dont vous doutez qu'elle soit permise est un péché ? Si oui, j'ai encore une question à vous poser. Renoncerez-vous dès maintenant à tout ce dont la légitimité vous paraît douteuse ? À tout divertissement, à toute complaisance envers vous-mêmes, à toute pratique, à toute occupation ? Le ferez-vous, ou comparaîtrez-vous condamnés devant le tribunal solennel de Jésus-Christ ? Si vous ne voulez pas renoncer à ces choses, vous montrez que vous êtes un pécheur impénitent et que vous n'avez pas l'intention d'obéir à Dieu ; et si vous ne vous repentez pas, vous attirez sur votre tête la condamnation et la colère de Dieu, pour toujours.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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