Discours aux chrétiens · Charles G. Finney
Discours 2
Les faux croyants
Ils craignaient l'Éternel, et ils servaient en même temps leurs dieux. (2 Rois 17,33)
Quand les dix tribus d'Israël furent emmenées en captivité par le roi d'Assyrie, on les remplaça par des étrangers venus de diverses nations idolâtres, qui ne savaient rien de la religion des Juifs. Très vite, les bêtes sauvages se multiplièrent dans le pays, et les lions firent périr une foule de gens ; ces étrangers pensèrent que c'était parce qu'ils ne connaissaient pas le dieu du pays, qu'ils avaient donc transgressé sa religion par ignorance et l'avaient offensé, et qu'il avait envoyé les lions parmi eux pour les punir. Ils s'adressèrent donc au roi, qui leur dit de faire venir l'un des prêtres des Israélites pour leur enseigner la manière de servir le dieu du pays. Ils suivirent ce conseil et obtinrent qu'un des prêtres vienne à Béthel leur enseigner les cérémonies religieuses et les formes de culte qu'on y pratiquait auparavant. Et il leur apprit à craindre Jéhovah, comme le Dieu de ce pays. Mais ils ne le reçurent pas pour autant comme le seul Dieu. Ils le craignaient, c'est-à-dire qu'ils craignaient sa colère et ses jugements, et, pour les détourner, ils accomplissaient les rites prescrits. Mais ils « servaient » leurs propres dieux. Ils maintenaient leur culte idolâtre, et c'était cela qu'ils aimaient et qu'ils préféraient, même s'ils se sentaient obligés de rendre quelque hommage à Jéhovah, comme au Dieu de ce pays. Il y a encore une multitude de gens qui font profession de craindre Dieu, et qui ont peut-être une certaine sorte de crainte du Seigneur, mais qui, malgré cela, servent leurs propres dieux : ils ont d'autres choses auxquelles leur cœur est suprêmement attaché, et d'autres objets en qui ils mettent principalement leur confiance.
Il y a, vous le savez, deux sortes de crainte. Il y a cette crainte du Seigneur qui est le commencement de la sagesse, et qui est fondée sur l'amour. Il y a aussi une crainte servile, qui n'est que la peur du mal, et qui est purement égoïste. C'est cette crainte-là qu'avaient les gens dont parle notre texte. Ils avaient peur que Jéhovah n'envoie ses jugements sur eux s'ils n'accomplissaient pas certains rites, et c'était le motif pour lequel ils lui rendaient un culte. Ceux qui ont cette crainte sont suprêmement égoïstes, et, tout en faisant profession de révérer Jéhovah, ils ont d'autres dieux qu'ils aiment et qu'ils servent.
Il y a plusieurs catégories de personnes auxquelles cela s'applique, et mon but ce soir est d'en décrire quelques-unes, de telle manière que ceux d'entre vous, ici, qui ont ce caractère puissent se connaître eux-mêmes, et voir comment vos voisins vous connaissent et comprennent votre vrai caractère.
Servir quelqu'un, c'est obéir à sa volonté et se dévouer à ses intérêts. On ne peut pas proprement appeler service le fait d'accomplir seulement certains actes sans entrer au service de cette personne ; servir, c'est faire son affaire d'accomplir la volonté et de promouvoir les intérêts de cette personne. Servir Dieu, c'est faire de la religion l'affaire principale de sa vie. C'est se consacrer soi-même, cœur, vie, facultés, temps, influence, tout, à promouvoir les intérêts de Dieu, à édifier le royaume de Dieu et à faire avancer la gloire de Dieu. Qui sont donc ceux qui, tout en faisant profession de craindre le Seigneur, servent leurs propres dieux ?
Je réponds, premièrement : tous ceux d'entre vous qui n'ont pas renoncé de tout leur cœur, et dans la pratique, à être propriétaires de leurs biens, et qui ne les ont pas abandonnés à Dieu.
Il est évident que, si vous ne l'avez pas fait, vous ne servez pas Dieu. Supposez qu'un monsieur engage un commis pour tenir son magasin, et que ce commis continue à s'occuper de ses propres affaires, et que, quand on lui demande de faire ce qui est nécessaire pour son patron, celui qui lui paie ses gages, il réponde : « J'ai vraiment tant d'affaires personnelles à régler que je n'ai pas le temps de faire ces choses-là » ; tout le monde ne se récrierait-il pas contre un tel serviteur ? Ne dirait-on pas qu'il ne sert pas du tout son patron, que son temps n'est pas à lui, qu'il est payé, et qu'il n'a fait que se servir lui-même ? De même, quand un homme n'a pas renoncé à être son propre maître, non seulement en pensée, mais dans la pratique, il n'a pas pris la première leçon de la religion. Il ne sert pas le Seigneur, il sert ses propres dieux.
2. L'homme qui ne fait pas des affaires dont il s'occupe une partie de sa religion ne sert pas Dieu.
Vous entendez parfois un homme dire : « Je suis si occupé toute la journée dans le monde, ou dans les affaires du monde, que je n'ai pas le temps de servir Dieu. » Il pense qu'il sert Dieu un petit moment le matin, et qu'ensuite il s'occupe de ses affaires temporelles. Cet homme-là, soyez-en sûrs, a laissé sa religion à l'endroit où il a dit ses prières. Il veut bien, peut-être, donner à Dieu le temps d'avant le déjeuner, avant d'être prêt à partir à ses propres affaires ; mais dès que c'est fini, le voilà parti à son propre travail. Il craint assez le Seigneur, peut-être, pour faire ses prières soir et matin, mais il sert ses propres dieux. La religion de cet homme est la risée de l'enfer ! Il prie très dévotement, et puis, au lieu de mener ses affaires pour Dieu, il se sert lui-même. Sans doute les idoles sont-elles très satisfaites de l'arrangement, mais Dieu en est entièrement mécontent.
3. Mais encore : ceux d'entre vous qui consacrent à Jéhovah ce qui ne leur coûte que peu de chose, ou rien, servent leurs propres dieux.
Il y en a beaucoup qui font consister la religion en certains actes de piété qui ne contrarient pas leur égoïsme. Vous priez le matin en famille, parce que vous pouvez le faire alors très commodément, mais vous ne souffrez pas que le service de Jéhovah gêne le service de vos dieux, ni qu'il vous empêche de vous enrichir ou de jouir du monde. Les dieux que vous servez ne se plaignent pas d'être dédaignés ou négligés au profit du service de Jéhovah.
4. Tous ceux-là servent leurs propres dieux qui s'imaginent que les six jours de la semaine leur appartiennent, et que le sabbat seul est le jour de Dieu.
Il y a une multitude de gens qui s'imaginent que la semaine est le temps de l'homme, et le sabbat seul celui de Dieu, et qu'ils ont le droit de faire leur propre ouvrage pendant la semaine, de se servir eux-mêmes et de promouvoir leurs propres intérêts, pourvu seulement qu'ils observent strictement le sabbat et qu'ils servent Dieu ce jour-là. Par exemple, un prédicateur célèbre, pour montrer combien il est mal de violer le sabbat, employait cette comparaison : « Supposez qu'un homme, avec sept dollars en poche, rencontre un mendiant dans une grande détresse et lui donne six dollars, n'en gardant qu'un pour lui-même ; et que le mendiant, voyant qu'il a gardé un dollar, revienne sur ses pas et lui vole celui-là : tous les cœurs ne mépriseraient-ils pas sa bassesse ? » Vous voyez que cette comparaison renferme l'idée suivante : il est très ingrat de violer le sabbat, puisque Dieu a donné aux hommes six jours pour eux-mêmes, pour se servir eux-mêmes, et ne s'est réservé que le sabbat ; et voler à Dieu le septième jour est une basse ingratitude.
Vous qui agissez ainsi, vous ne servez pas Dieu du tout. Si vous êtes égoïstes pendant la semaine, vous êtes égoïstes entièrement. Supposer que vous avez une piété réelle impliquerait que vous êtes convertis chaque dimanche et inconvertis chaque lundi. Si un homme voulait se servir lui-même toute la semaine et posséder réellement la religion le jour du sabbat, il lui faudrait être converti pour cela. Mais est-ce bien là l'idée du sabbat, un jour où l'on sert Dieu à l'exclusion des autres jours ? Dieu a-t-il besoin de vos services le jour du sabbat pour faire avancer son œuvre ? Dieu exige tous vos services autant pendant les six jours que pendant le sabbat ; seulement, il a réservé le sabbat à des devoirs particuliers, et il en a exigé l'observation comme d'un jour de repos, où l'on cesse le labeur du corps et ces soucis et travaux fatigants qui concernent le monde présent. Mais parce que Dieu se sert de moyens pour accomplir ses desseins, que les hommes ont un corps aussi bien qu'une âme, et que l'Évangile doit être répandu et soutenu par les choses de ce monde, Dieu vous demande de travailler les six jours à vos occupations profanes. Mais tout cela est pour son service, autant que le culte du sabbat. Le sabbat n'est pas plus donné pour le service de Dieu que le lundi. Vous n'avez pas plus le droit de vous servir vous-mêmes le lundi que le jour du sabbat. Si certains d'entre vous ont vu la chose de cette manière, et se sont imaginé que les six jours de la semaine étaient leur temps à eux, cela montre qu'ils sont suprêmement égoïstes. Je vous en supplie, ne pensez pas du tout que vous servez Dieu dans la prière et le jour du sabbat, si le reste du temps vous vous considérez comme au service de vous-mêmes. Vous n'avez jamais connu le principe fondamental du service du Seigneur.
5. Ceux-là se servent eux-mêmes, ou servent leurs propres dieux, qui ne veulent faire aucun sacrifice de leurs aises et de leur confort personnels dans la religion.
Par exemple, il y a une multitude de gens qui s'opposent aux églises aux places gratuites pour cette raison qu'elles exigent le sacrifice de leurs agréments personnels. Ils parlent ainsi : « Nous voulons être assis avec nos familles » ; ou : « Nous voulons des bancs rembourrés » ; ou : « Nous aimons toujours être assis à la même place. » Ils reconnaissent que les églises aux places gratuites sont nécessaires pour rendre l'Évangile accessible aux milliers de gens qui, dans cette ville, s'en vont en enfer. Mais ils ne peuvent pas faire ces petits sacrifices pour ouvrir les portes de la maison de Dieu à cette masse de pécheurs impénitents.
Ces petites choses révèlent souvent de la manière la plus claire l'état du cœur des hommes. Supposez que votre serviteur dise : « Je ne peux pas faire ceci », ou : « Je ne peux pas faire cela », parce que cela gêne ses aises et son confort personnels. Il ne peut pas faire ceci, parce qu'il aime travailler assis sur un coussin. Ou bien il ne peut pas faire cela, parce que cela le séparerait de sa famille pendant une heure et demie. Quoi ! Est-ce là servir ? Quand un homme entre en service, il renonce à ses aises et à son confort, pour l'intérêt et selon la volonté de son patron. Est-il vrai qu'un homme soit suprêmement dévoué au service de Dieu, quand il montre que ses aises et son confort lui sont plus chers que le royaume de Jésus-Christ, et qu'il sacrifierait plutôt le salut des pécheurs que de s'asseoir sur un banc dur, ou d'être séparé de sa famille une heure ou deux ?
6. Ceux-là servent leurs propres dieux qui donnent leur temps et leur argent, quand ils les donnent, à regret, par contrainte, et non de bon gré et d'un cœur joyeux.
Que penseriez-vous de votre serviteur, s'il vous fallait le relancer ou le pousser tout le temps pour qu'il fasse quoi que ce soit dans votre intérêt ? Ne diriez-vous pas que c'est un serviteur qui ne travaille que sous l'œil du maître ? Combien de gens, quand ils font quelque chose pour la religion, le font à regret ! S'ils font quelque chose, cela leur coûte. Si vous allez trouver l'un de ces personnages et que vous lui demandiez son temps ou son argent pour une œuvre religieuse, il est difficile de le faire s'y engager. On dirait que cela le prend à rebrousse-poil, que ce n'est ni facile ni naturel pour lui. Il est clair qu'il ne considère pas les intérêts du royaume de Christ comme les siens. Il peut bien faire montre de craindre le Seigneur, mais il « sert » d'autres dieux, qui sont les siens.
7. Ceux qui sont toujours prêts à demander combien peu ils peuvent faire pour la religion, plutôt que combien ils peuvent faire, servent leurs propres dieux.
Il y a une multitude de gens qui semblent toujours se demander avec quel minimum ils peuvent s'en tirer dans ce qu'ils font pour Dieu. Vous entendez un tel homme faire ses comptes de profits et pertes : « Tant de gagné cette année ; puis tant que me coûte la charité, tant que je suis obligé de donner pour la religion » (obligé de donner pour les intérêts de la religion !) « et tant de perdu dans l'incendie, et tant en créances irrécouvrables », et ainsi de suite.
Cet homme sert-il Dieu ? C'est un simple fait que vous n'avez jamais mis votre cœur à faire avancer la religion dans le monde. Si vous l'aviez fait, vous demanderiez : « Combien puis-je faire pour cette œuvre-ci, et pour celle-là ? Ne puis-je pas faire tant, ou tant, ou tant ? »
8. Ceux qui amassent des richesses pour leur famille, afin de l'élever et de la grandir, servent des dieux qui sont les leurs, et non Jéhovah.
Ceux qui cherchent ainsi à élever leur propre famille dans une autre sphère en amassant des richesses pour elle montrent qu'ils ont un autre but dans la vie que de soumettre ce monde à l'autorité de Jésus-Christ. Ils ont d'autres dieux à servir. Ils peuvent prétendre craindre le Seigneur, mais ils « servent » leurs propres dieux.
9. Ceux qui se proposent pour but d'accumuler assez de biens pour pouvoir se retirer des affaires et vivre à leur aise servent leurs propres dieux.
Il y a beaucoup de personnes qui font profession d'être des serviteurs de Dieu, mais qui sont ardemment occupées à amasser du bien, et qui comptent se retirer un jour dans leur maison de campagne pour y vivre à leur aise. Que voulez-vous dire ? Dieu vous a-t-il donné droit à un sabbat perpétuel dès que vous aurez gagné tant d'argent ? Dieu vous a-t-il dit, quand vous avez fait profession d'entrer à son service, de travailler dur tant d'années, après quoi vous pourriez avoir des vacances perpétuelles ? A-t-il promis de vous dispenser ensuite de tirer le meilleur parti de votre temps et de vos talents, et de vous laisser vivre à votre aise le reste de vos jours ? Si vos pensées sont arrêtées sur cette idée, je vous le dis, vous ne servez pas Dieu, mais votre égoïsme et votre paresse.
10. Ces personnes-là servent leurs propres dieux qui aiment mieux satisfaire leurs appétits que de se priver, pour faire du bien, de choses inutiles, ou même nuisibles.
Vous trouvez des gens qui aiment beaucoup des choses qui ne leur font aucun bien, et d'autres se créent même un goût artificiel pour une chose positivement répugnante, et ils y courent, et aucun argument ne les décidera à y renoncer pour faire du bien. De telles personnes sont-elles absorbées par le service de Dieu ? Certainement pas. Sacrifieront-elles leur vie pour le royaume de Dieu ? Mais vous ne pouvez même pas leur faire abandonner une chique de tabac ! Une herbe nuisible à la santé et répugnante pour la société ; ils ne peuvent pas y renoncer, fût-ce pour sauver une âme de la mort !
Qui ne voit que l'égoïsme domine chez ces personnes ? Cela montre l'étonnante force de l'égoïsme. Vous voyez souvent la force de l'égoïsme se montrer dans quelque petite chose de ce genre plus que dans des choses plus grandes. L'état réel de l'esprit d'un homme apparaît alors : la satisfaction de soi est la loi de sa vie, et si fortement qu'elle ne veut pas céder, même dans une bagatelle, à ces grands intérêts pour lesquels il devrait être prêt à donner sa vie.
11. Ceux qui se laissent le plus facilement pousser à agir par des appels à leurs intérêts égoïstes montrent qu'ils servent leurs propres dieux.
Vous voyez quel motif fait agir un tel homme. Supposez que je veuille l'amener à souscrire pour la construction d'une église : quel argument dois-je faire valoir ? Eh bien, je dois lui montrer combien cela fera monter la valeur de ses propriétés, ou servira son parti, ou satisfera son égoïsme de quelque autre manière. Si ces motifs l'animent davantage que le désir de sauver des âmes qui périssent et de faire avancer le royaume de Christ, vous voyez qu'il ne s'est jamais donné au service du Seigneur. Il se sert encore lui-même. Il est plus influencé par ses intérêts égoïstes que par tous ces principes de bienveillance sur lesquels repose toute la religion. Le caractère d'un vrai serviteur de Dieu est exactement le contraire.
Prenez le cas de deux serviteurs, l'un dévoué aux intérêts de son maître, l'autre sans conscience ni souci autre que de s'assurer ses gages. Allez trouver le premier, et il relègue à l'arrière-plan toute considération personnelle, et il s'engage cœur et âme pour atteindre le but. L'autre n'agira pas à moins que vous ne lui présentiez quelque motif égoïste, à moins que vous ne lui disiez : « Faites ceci, et j'augmenterai vos gages, ou je vous établirai à votre compte », ou quelque chose de ce genre. N'y a-t-il pas une différence radicale entre ces deux serviteurs ? N'est-ce pas là une image de ce qui se passe réellement dans nos Églises ? Proposez un projet pour faire du bien qui ne coûtera rien, et tous l'appuieront. Mais proposez un projet qui va toucher à leurs intérêts personnels, coûter de l'argent ou prendre du temps en pleine saison des affaires, et vous verrez qu'ils commencent à se diviser. Certains hésitent, certains doutent, certains soulèvent des objections, et certains refusent résolument. Certains s'engagent tout de suite, parce qu'ils voient que cela fera beaucoup de bien. D'autres restent en arrière jusqu'à ce que vous trouviez un moyen d'intéresser leur égoïsme à la chose. D'où vient la différence ? Certains d'entre eux servent leurs propres dieux.
12. Sont de ce caractère ceux qui s'intéressent davantage à d'autres sujets qu'à la religion.
Si vous les trouvez plus disposés à parler d'autres sujets, plus facilement animés par eux, plus éveillés pour apprendre les nouvelles, ils servent leurs propres dieux. Quelle multitude de gens sont plus animés par la question de la banque, ou par la question de la guerre, ou par l'incendie, ou par n'importe quoi de nature temporelle, que par les réveils, les missions ou quoi que ce soit qui touche aux intérêts de la religion ! Vous les trouvez tout occupés de politique ou de spéculation ; mais si vous abordez le sujet de la religion, ah ! ils ont peur de l'exaltation, et ils parlent d'émotions animales ! Ce qui montre que la religion n'est pas le sujet le plus proche de leur cœur. Un homme s'anime toujours le plus facilement sur le sujet qui est le plus proche de son cœur. Abordez ce sujet-là, et il s'y intéresse. Quand vous pouvez parler du matin au soir des nouvelles et d'autres sujets du monde, et que vous ne pouvez absolument pas vous intéresser au sujet de la religion, vous savez que votre cœur n'y est pas ; et si vous prétendez être un serviteur de Dieu, vous êtes un hypocrite.
13. Quand des personnes sont plus jalouses de leur propre réputation que de la gloire de Dieu, cela montre qu'elles vivent pour elles-mêmes et servent leurs propres dieux.
Vous voyez un homme plus irrité ou plus peiné de ce qu'on dit contre lui que de ce qu'on dit contre Dieu : qui sert-il ? Qui est son Dieu, lui-même ou Jéhovah ? Voilà un ministre qui se met dans tous ses états parce que quelqu'un a dit un mot qui porte atteinte à son savoir, ou à sa dignité, ou à son infaillibilité, alors qu'il reste froid comme la glace devant tous les outrages faits au Dieu béni. Cet homme est-il un disciple de Paul, prêt à passer pour fou pour la cause de Christ ? Cet homme a-t-il jamais pris la première leçon de la religion ? S'il l'avait prise, il se réjouirait de voir son nom rejeté comme infâme pour la cause de la religion. Non, il ne sert pas Dieu, il sert ses propres dieux.
14. Ceux-là servent leurs propres dieux qui ne font pas du salut des âmes le grand but, le but dominant de leur vie.
La fin de toutes les institutions religieuses, ce qui leur donne à toutes leur valeur, c'est le salut des pécheurs. La fin pour laquelle Christ vit, et pour laquelle il a laissé son Église dans le monde, c'est le salut des pécheurs. C'est l'ouvrage auquel Dieu met ses serviteurs, et si un homme ne le fait pas, comme son affaire, comme le but dominant et principal de sa vie, il ne sert pas Jéhovah, il sert ses propres dieux.
15. Ceux qui ne font que peu de chose pour Dieu, ou qui n'accomplissent que peu de chose pour Dieu, ne peuvent pas proprement être dits le servir.
Supposez que vous demandiez à un homme qui fait profession d'être serviteur de Dieu : « Que faites-vous pour Dieu ? Est-ce que vous accomplissez quelque chose ? Êtes-vous l'instrument de la conversion de quelques pécheurs ? Faites-vous naître des impressions favorables à la religion, ou aidez-vous à faire avancer la cause de Christ ? » Il répond : « Ma foi, je ne sais pas ; j'ai une espérance ; je pense parfois que j'aime vraiment Dieu ; mais je ne sais pas si je fais quelque chose en particulier en ce moment. » Cet homme sert-il Dieu ? Ou sert-il ses propres dieux ? « Je parle parfois aux pécheurs, dit-il, mais ils ne semblent pas en être très touchés. » Alors, c'est que vous-même n'êtes pas touché. Si votre cœur n'y est pas, il n'est pas étonnant que vous ne puissiez pas toucher les pécheurs. Tandis que si vous faites votre devoir, le cœur à l'ouvrage, les pécheurs ne peuvent pas s'empêcher d'être touchés.
16. Ceux qui cherchent dans la religion le bonheur plutôt que l'utilité servent leurs propres dieux.
Leur religion est entièrement égoïste. Ils veulent jouir de la religion, et ils se demandent sans cesse comment ils peuvent avoir des dispositions d'esprit heureuses, et comment ils peuvent éprouver des émotions agréables dans les exercices religieux. Et ils ne vont qu'aux réunions et n'écoutent que les prédications qui les rendront heureux, sans jamais se demander si c'est la manière de faire le plus de bien ou non. Supposez maintenant que votre serviteur agisse ainsi, et qu'il cherche constamment comment se faire plaisir ; et s'il pensait qu'il serait le plus heureux au salon, étendu sur le sofa, un oreiller de duvet sous la tête et un autre serviteur pour l'éventer, refusant de faire le travail que vous lui avez confié et que votre intérêt réclame d'urgence ; au lieu de montrer le désir de travailler pour vous, de se soucier de votre intérêt et d'être prêt à se dépenser de toutes ses forces à votre service, il ne veut qu'être heureux ! Il en est exactement ainsi de ces serviteurs déclarés de Jéhovah, qui ne veulent rien faire d'autre que s'asseoir sur leur beau coussin et se faire nourrir par leur pasteur. Au lieu de chercher comment faire du bien, ils ne cherchent qu'à être heureux. Leur prière de chaque jour n'est pas, comme celle de Saul de Tarse converti : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? », mais : « Seigneur, dis-moi comment je peux être heureux. » Est-ce là l'esprit de Jésus-Christ ? Non, il disait : « Je veux faire ta volonté, mon Dieu ! » Est-ce là l'esprit de l'apôtre Paul ? Non, il jeta aussitôt ses vêtements de dessus et se mit les bras nus pour le champ de travail.
17. Ceux qui font de leur propre salut le but suprême de leur religion servent leurs propres dieux.
Il y a dans l'Église une multitude de gens qui montrent par leur conduite, et qui avouent même dans leur langage, que leur but principal est d'assurer leur propre salut, et que leur grande résolution est de planter leur âme sur les remparts solides de la Jérusalem céleste et de marcher dans les champs dorés de la Canaan d'en haut. Si la Bible ne se trompe pas, tous ces personnages iront en enfer. Leur religion est pur égoïsme. Et « celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera ».
REMARQUES
1. Voyez pourquoi l'on accomplit si peu de chose dans le monde pour Jésus-Christ.
C'est parce qu'il y en a si peu qui font quelque chose pour lui. C'est parce que Jésus-Christ a si peu de vrais serviteurs dans le monde. Combien, pensez-vous, y a-t-il de croyants de profession dans cette Église, ou parmi toutes vos connaissances, qui travaillent réellement pour Dieu, qui font de la religion leur affaire et qui se dépensent pour faire avancer le royaume de Christ ? La raison pour laquelle la religion n'avance pas plus vite, c'est qu'il y en a si peu pour la faire avancer, et tant pour l'entraver. Vous voyez une troupe de gens à un incendie, qui essaient de sortir les marchandises d'un magasin. Certains sont résolus à sortir les marchandises, mais les autres ne s'y emploient pas : ils détournent l'attention des premiers en parlant d'autre chose, ou ils les gênent carrément en critiquant leur manière de faire, ou en les retenant. Il en est de même dans l'Église. Ceux qui désirent faire l'ouvrage sont grandement gênés par la mauvaise volonté, les chicanes et la résistance déclarée des autres.
2. Voyez pourquoi si peu de chrétiens ont l'esprit de prière. Comment pourraient-ils avoir l'esprit de prière ? Pourquoi Dieu leur donnerait-il l'esprit de prière ? Supposez un homme engagé dans ses projets mondains, et que Dieu donne à cet homme l'esprit de prière. Naturellement, il prierait pour ce qui est le plus proche de son cœur, c'est-à-dire pour le succès de ses projets mondains, afin d'en servir ses propres dieux. Dieu lui donnera-t-il l'esprit de prière pour de tels desseins ? Jamais. Qu'il aille demander à ses propres dieux un esprit de prière, mais qu'il ne s'attende pas à ce que Jéhovah lui accorde l'esprit de prière pendant qu'il sert ses propres dieux.
3. Vous voyez qu'il y a une multitude de croyants de profession qui n'ont pas encore commencé à être religieux.
Quelqu'un demandait à l'un d'eux : « Sentez-vous que vos biens et vos affaires sont entièrement à Dieu, et les tenez-vous et les gérez-vous pour Dieu ? » « Oh non, répondit-il, je n'en suis pas encore arrivé là. » Pas encore arrivé là ! Cet homme faisait profession de religion depuis des années, et pourtant il n'en était pas encore arrivé à considérer ses biens, ses affaires et tout ce qu'il avait comme appartenant à Dieu ! Sans aucun doute il servait ses propres dieux. Car je maintiens que c'est là le tout commencement de la religion. Qu'est-ce que la conversion, sinon le fait de passer du service du monde au service de Dieu ? Et pourtant cet homme n'avait pas découvert qu'il était le serviteur de Dieu. Et il semblait penser que ce serait être déjà bien avancé dans la religion que de sentir que tout ce qu'il avait était au Seigneur.
4. C'est une grande malhonnêteté de faire profession de servir le Seigneur et, en réalité, de se servir soi-même.
Vous qui accomplissez des devoirs religieux par des motifs égoïstes, vous essayez en réalité de faire de Dieu votre serviteur. Si votre propre intérêt est le but suprême, tous vos actes religieux ne sont que des efforts pour amener Dieu à servir vos intérêts. Pourquoi priez-vous, ou observez-vous le sabbat, ou donnez-vous vos biens pour des œuvres religieuses ? Vous répondez :
« Pour assurer mon propre salut. » Vraiment ! Non pour glorifier Dieu, mais pour aller au ciel ! Ne pensez-vous pas que le diable ferait tout cela, s'il pensait pouvoir atteindre son but par ce moyen, et qu'il resterait diable malgré tout ? La forme la plus haute de l'égoïsme doit être de vouloir enrôler Dieu, avec tous ses attributs, au service de votre puissant moi.
Et maintenant, mes auditeurs, où en êtes-vous tous ? Servez-vous Jéhovah, ou servez-vous vos propres dieux ? Qu'avez-vous fait pendant ces six mois où j'ai été absent ? Avez-vous fait quelque chose pour Dieu ? Avez-vous vécu en serviteurs de Dieu ? Le royaume de Satan est-il affaibli par ce que vous avez fait ? Pourriez-vous dire maintenant : « Venez avec moi, et je vous montrerai tel et tel pécheur converti, tel et tel rétrograde ramené, tel et tel saint faible fortifié et soutenu » ? Pourriez-vous produire des témoins vivants de ce que vous avez fait au service de Dieu ? Ou bien votre réponse serait-elle : « Je suis allé régulièrement au culte le dimanche, j'ai entendu beaucoup de bonnes prédications, j'ai assisté en général aux réunions de prière, et nous avons eu des réunions précieuses ; j'ai prié en famille, et deux ou trois fois par jour dans mon cabinet, et j'ai lu la Bible » ? Et dans tout cela vous avez été purement passifs, quant à quoi que ce soit de fait pour Dieu. Vous avez craint le Seigneur, et vous avez servi vos propres dieux.
« Oui, mais j'ai vendu tant de marchandises et gagné tant d'argent, dont je compte donner un dixième à l'œuvre missionnaire. » Qui vous a demandé cela, au lieu de sauver des âmes ? Vous allez envoyer l'Évangile aux païens, et vous laissez des pécheurs, sous vos propres yeux, descendre en enfer ! Ne vous y trompez pas. Si vous aimiez les âmes, si vous étiez engagés à servir Dieu, vous penseriez aux âmes d'ici, et vous feriez l'œuvre de Dieu ici. Que penserions-nous d'un missionnaire qui partirait chez les païens sans avoir jamais dit un mot aux pécheurs qui l'entourent chez lui ? Aime-t-il les âmes ? Il y a quelque chose de grotesque dans l'idée d'envoyer un tel homme chez les païens. L'homme qui ne veut rien faire chez lui n'est pas fait pour aller chez les païens. Et celui qui prétend gagner de l'argent pour les missions, alors qu'il ne veut pas essayer de sauver les pécheurs d'ici, est un hypocrite scandaleux.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).