Discours aux chrétiens · Charles G. Finney
Discours 22
La nécessité de l'enseignement divin
Cependant je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai. Et quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement : en ce qui concerne le péché, parce qu'ils ne croient pas en moi ; la justice, parce que je vais au Père, et que vous ne me verrez plus ; le jugement, parce que le prince de ce monde est jugé. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. (Jean 16,7-13)
La doctrine selon laquelle l'influence divine est nécessaire pour éclairer et sanctifier l'esprit des hommes est enseignée très abondamment dans la Bible, et elle est généralement soutenue, au moins comme opinion, dans toutes les Églises orthodoxes. Mais, dans les faits, il semble y avoir parmi les hommes bien peu de connaissance de l'Évangile qui soit réellement efficace ; si peu qu'elle n'exerce, en comparaison, que peu d'influence. Les grands buts de l'Évangile ont à peine commencé à se réaliser, quant à la sainteté produite sur la terre. C'est une question capitale de savoir si nous avons vraiment besoin de l'influence divine pour atteindre les buts de l'Évangile ; et, si nous en avons besoin, à quel degré nous en avons besoin, et pourquoi. Si notre esprit n'est pas fixé sur cette question, il ne le sera sur aucun des sujets qui touchent pratiquement à notre sanctification.
En traitant ce sujet ce soir, je me propose de suivre l'ordre que voici :
I. Rechercher jusqu'où la raison de l'homme, sans le secours de l'illumination divine, est capable de comprendre les choses de la religion.
II. Montrer en quoi la raison de l'homme est défaillante, quant à sa capacité d'acquérir une connaissance efficace de l'Évangile.
III. Montrer que l'Esprit de Dieu peut seul fournir l'illumination dont nous avons besoin.
IV. Que chacun peut avoir l'influence de l'Esprit, selon ses besoins.
V. Les raisons pour lesquelles tel ou tel ne reçoit pas ce secours divin dans la mesure de ses besoins.
VI. Que les hommes sont responsables de la lumière qu'ils pourraient avoir, aussi bien que de celle dont ils jouissent effectivement.
I. Je vais rechercher jusqu'où la raison de l'homme, sans le secours de l'illumination divine, est capable de saisir les choses de la religion.
1. L'esprit de l'homme est capable de comprendre les faits historiques de la religion, exactement comme il comprend n'importe quels autres faits historiques.
2. Il est capable de comprendre les propositions doctrinales de l'Évangile.
C'est-à-dire qu'il peut comprendre ces abstractions qui forment le squelette de l'Évangile, comme l'existence et le caractère de Dieu, l'autorité divine et l'inspiration des Écritures, et les autres doctrines fondamentales qui forment la charpente de l'Évangile. Autrement dit, il peut les comprendre comme des propositions, et voir les preuves qui établissent leur vérité, exactement comme il peut comprendre n'importe quelles propositions scientifiques.
Par exemple, pour entrer un peu dans le détail : un homme peut, par sa raison, comprendre la loi de Dieu. Il peut comprendre qu'elle exige de lui un amour parfait envers Dieu et envers tous les autres êtres. Il peut voir sur quoi repose son obligation de le faire : c'est qu'il est un être moral. Il sait, par expérience, ce qu'est l'amour, car il a aimé divers objets. Il peut donc former ou comprendre l'idée de l'amour, assez pour voir combien cette exigence est raisonnable. Il peut comprendre le fondement et la force de l'obligation morale, et voir, dans une certaine mesure, l'étendue de son obligation d'aimer Dieu.
De même, il peut voir qu'il est un pécheur, et qu'il ne peut pas être sauvé par ses propres œuvres. Il a violé la loi, de sorte que la loi ne pourra jamais le justifier. Il peut voir que, s'il est jamais sauvé, il faudra qu'il soit justifié par pure miséricorde, par un acte de pardon.
Je pourrais parcourir tout le cercle de la théologie, et montrer que l'intelligence humaine est capable de la connaître dans l'abstrait, comme un système de propositions à recevoir et à croire sur preuves, à la manière de n'importe quelle autre science. Je ne veux pas qu'on me fasse dire que la raison, sans secours, peut parvenir à une connaissance efficace des choses de la religion, c'est-à-dire à une connaissance capable de produire un changement qui sanctifie.
II. Je dois montrer en quoi notre connaissance des choses de la religion est nécessairement défaillante sans le secours du Saint-Esprit.
En d'autres termes, je dois montrer ce qui manque à notre connaissance de l'Évangile pour qu'elle serve efficacement au salut.
Et ici, il faut distinguer entre la connaissance qui pourrait être efficace pour quelqu'un qui serait lui-même disposé à aimer Dieu et à lui obéir, et celle qui le sera en fait pour un pécheur, entièrement mal disposé envers la sainteté. Il est facile de voir que celui qui est disposé à bien faire serait poussé à son devoir par une quantité bien moindre de lumière, ou par une vue bien moins claire et moins vive des motifs, que celui qui est disposé à mal faire. Ce que nous cherchons maintenant concerne les faits, tels qu'ils sont dans ce monde. La connaissance que nos facultés actuelles peuvent atteindre suffirait-elle à nous porter à bien faire, s'il n'y avait pas de péché dans le monde ? Je ne saurais le dire. Dans les faits, la connaissance qu'avait Adam dans l'état d'innocence n'a pas suffi à le porter à bien faire. Mais nous parlons maintenant des choses telles qu'elles sont dans ce monde, et nous voulons montrer pour quelle raison les hommes, en tant que pécheurs, ne peuvent avoir aucune connaissance efficace des choses divines, aucune connaissance qui les amène, en fait, à aimer et à servir Dieu.
Pour servir à quelque chose dans l'atteinte de son but, la connaissance doit être de nature à agir sur l'esprit. Il faut que la volonté soit gouvernée. Et pour cela, l'esprit doit avoir des choses une vue qui éveille une émotion correspondant à l'objet considéré. La pure intelligence ne mettra jamais l'âme en mouvement. Une abstraction de l'intelligence, purement scientifique, qui ne touche pas le cœur et n'éveille aucune émotion, est entièrement incapable de mouvoir la volonté. Il en est ainsi partout. Il en serait ainsi au ciel. Dans tous les cas, il faut amener l'esprit à un certain degré d'émotion pour agir sur la volonté. Dans le cas des pécheurs, pour les amener à aimer Dieu, il faut un grand degré de lumière, une lumière qui ébranle puissamment l'esprit et produise de fortes émotions. Les raisons d'obéir doivent leur apparaître avec une grande force et une grande vivacité, de manière à soumettre leur cœur rebelle et à les amener à obéir volontairement à Dieu. Voilà la connaissance efficace. Cette connaissance, les hommes ne l'ont jamais, et ne peuvent jamais l'avoir, sans l'Esprit de Dieu. Si les hommes étaient disposés à bien faire, je ne sais pas jusqu'où pourrait servir la connaissance que la raison peut atteindre sans secours. Mais, comme ils sont universellement et totalement mal disposés, cette connaissance n'y parviendra jamais. Je vais en indiquer quelques raisons :
1. Toute la connaissance que nous pouvons avoir ici-bas des choses spirituelles nous vient par analogie, ou par comparaison.
Notre esprit est ici-bas enfermé dans le corps, et nous tirons toutes nos idées des objets extérieurs, par les sens. Or nous ne pouvons jamais, par nous-mêmes, obtenir de cette manière une connaissance des choses spirituelles ou éternelles qui suffise à diriger comme il faut notre volonté. Nos facultés corporelles n'ont pas été créées pour cela. Toutes les idées que nous pouvons avoir du monde spirituel nous viennent par analogie, en les comparant aux choses qui nous entourent. On voit aisément que toutes les idées transmises à notre esprit de cette façon doivent être extrêmement imparfaites, et qu'en fin de compte nous n'avons pas dans l'esprit l'idée vraie. Les types du culte juif étaient probablement le moyen le plus frappant que Dieu pût employer alors pour donner aux Juifs une idée juste de l'Évangile. Si l'on considère combien les peuples d'Orient étaient habitués, par leur éducation, à l'usage des images, des paraboles et des types, le système des types était probablement le moyen le plus saisissant et le plus heureux qu'on pût imaginer pour ouvrir plus facilement leur esprit à la vérité, et leur donner du plan de la rédemption une idée plus complète que tout autre moyen n'aurait pu le faire. Et pourtant il est manifeste que les idées transmises de cette façon étaient extrêmement imparfaites, et que, sans une illumination divine qui leur fît voir la réalité plus pleinement que ne le pouvait leur raison sans secours, ils n'auraient jamais acquis par ce moyen une connaissance efficace.
De même, les mots ne sont que les signes des idées. Ils ne sont pas les idées, mais ce qui les représente. Il est souvent très difficile, et parfois impossible, de transmettre des idées par des mots. Prenez un petit enfant, essayez de parler avec lui, et voyez combien il est difficile, sur bien des sujets, de faire entrer vos idées dans sa petite tête. Il faut qu'il ait quelque expérience des choses que vous essayez de lui apprendre, avant que vous puissiez lui transmettre des idées par des mots.
Supposez que toute cette assemblée soit aveugle, et n'ait jamais vu les couleurs. Supposez ensuite qu'à ce mur soit suspendu un tableau des plus grandioses et des plus beaux, que je sois parfaitement maître du sujet, et que j'entreprenne de vous le décrire. Aucune parole que je pourrais employer ne vous donnerait de ce tableau une idée qui vous permette de vous le représenter. Lorsque, sur un sujet quelconque, nous sommes obligés, par la nature même des choses, d'employer un langage figuré, des analogies et des ressemblances, la connaissance que nous transmettons est nécessairement défectueuse et insuffisante. Qui de vous n'a pas entendu décrire des personnes et des lieux, au point de croire en avoir une connaissance exacte, mais quand vous les avez vus, vous avez découvert que vous n'aviez aucune idée vraie de la réalité ?
Supposez qu'un homme vienne visiter ce monde depuis une autre planète, où toutes choses sont constituées selon des principes tout opposés à ceux qui ont cours ici. Supposez qu'il reste ici assez longtemps pour apprendre notre langue, et qu'il entreprenne ensuite de nous décrire le monde qu'il a quitté. Nous comprendrions ses paroles d'après nos idées et notre expérience. Or, si l'analogie entre les deux mondes est très imparfaite, il est clair que la connaissance que nous aurions, par sa description, des choses de là-bas serait imparfaite en proportion. De même, quand nous trouvons dans la Bible des descriptions du ciel et de l'enfer, ou de quoi que ce soit du monde invisible, il est clair que de simples mots ne peuvent nous donner aucune idée vraie qui soit à la mesure de la réalité.
2. La méchanceté de notre cœur est si grande qu'elle fausse notre jugement et ferme notre esprit à bien des choses de la religion que nous pourrions comprendre.
Quand l'esprit d'un homme est si faussé sur un sujet qu'il refuse d'en examiner les preuves, il ne peut évidemment pas parvenir à la connaissance de la vérité sur ce sujet. C'est notre cas en matière de religion. La perversité du cœur ferme si bien la porte à la lumière que l'intelligence n'acquiert pas, et ne peut pas acquérir, par la nature même des choses, même les idées qu'elle pourrait autrement se faire des choses divines.
3. Les préjugés sont un grand obstacle à la réception d'une connaissance juste de la religion.
Prenez le cas des disciples de Christ. Ils avaient, sur le plan du salut, de forts préjugés juifs, si forts que tous les enseignements de Christ lui-même ne purent leur faire comprendre la vérité. Après les avoir enseignés personnellement pendant trois ans, avec tout le talent, toute la simplicité et toute l'habileté dont il était maître, il ne put jamais faire entrer dans leur esprit les premiers principes de l'Évangile. Jusqu'à sa mort même, il ne put leur faire voir qu'il devait mourir et ressusciter des morts. C'est pourquoi il dit dans son dernier entretien : « Si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai. » C'était là le but même de son départ : que l'Esprit de vérité vienne et les mette en possession des choses qu'il entendait par les mots dont il s'était servi pour les enseigner.
La vérité générale est celle-ci : sans l'illumination divine, les hommes peuvent comprendre dans la Bible assez de choses pour être convaincus de péché et condamnés, mais pas assez pour être sanctifiés et sauvés.
Quelqu'un demandera peut-être : à quoi sert donc la révélation ?
Elle sert à beaucoup. La Bible est aussi claire qu'elle peut l'être. Qui doute que notre Seigneur Jésus-Christ ait instruit ses disciples aussi clairement qu'il le pouvait ? Voyez la peine qu'il prenait pour illustrer son enseignement ; combien son langage était simple ; comme il le met à la portée de l'intelligence la plus faible, comme un père le ferait pour un petit enfant. Et pourtant il reste vrai que, sans l'illumination divine, la raison humaine livrée à elle-même n'a jamais atteint, et n'atteindra jamais, une connaissance efficace de l'Évangile. La difficulté tient au sujet. La Bible contient l'Évangile aussi clairement qu'il peut l'être. C'est-à-dire qu'elle contient les signes des idées, autant que le langage peut représenter les choses de la religion. Seul un langage figuré peut servir à cet usage. Et ce langage sera toujours insuffisant pour mettre notre esprit en possession réelle des choses elles-mêmes. La difficulté tient à notre ignorance et à notre péché, et à la nature du sujet. Voilà pourquoi nous avons besoin de l'illumination divine pour acquérir une connaissance efficace de l'Évangile.
III. L'Esprit de Dieu peut seul nous donner cette illumination.
La Bible dit : « Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n'est par le Saint-Esprit. » Or la proposition abstraite de la divinité de Christ peut être prouvée, à la manière d'une vérité scientifique, de façon à obtenir l'assentiment de tout esprit sans préjugé à cette vérité que Jésus est le Seigneur. Mais rien, sinon le Saint-Esprit, ne peut mettre l'esprit en possession de l'idée de Christ comme Dieu au point de fixer l'âme dans la foi en ce fait, et de rendre cette foi efficace pour sanctifier le cœur.
Il est dit encore : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ; et je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Ainsi quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » Il est évident ici que l'attirance dont il est parlé est l'enseignement du Saint-Esprit. Il faut qu'ils soient enseignés de Dieu et qu'ils reçoivent l'enseignement du Père, avant de pouvoir jamais avoir des choses de la religion une connaissance telle qu'ils viennent effectivement à Christ.
Christ dit : « Il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous. » Le mot παράκλητος, paraclètos, traduit ici par « consolateur », signifie proprement un aide, ou un maître qui enseigne. « Et quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement : en ce qui concerne le péché, parce qu'ils ne croient pas en moi ; la justice, parce que je vais au Père, et que vous ne me verrez plus ; le jugement, parce que le prince de ce monde est jugé. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. »
De même, au quatorzième chapitre, le Sauveur dit : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous. » Et encore, au verset 26 : « Mais le consolateur, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Vous voyez ici que la fonction de l'Esprit de Dieu est d'instruire les hommes dans les choses de la religion.
Or il est manifeste que nul autre que l'Esprit de Dieu ne peut suppléer à ce défaut, et une seule considération le montre : tout enseignement par les mots, qu'il vienne de Jésus-Christ, des apôtres, ou de n'importe quel maître, inspiré ou non, ne passe que par les sens, et ne peut jamais mettre l'esprit en possession de l'idée des choses spirituelles. L'enseignement dont nous avons besoin, le voici : il nous faut quelqu'un qui nous enseigne les choses de la religion sans être obligé de dépendre des mots, ni d'atteindre notre esprit par l'intermédiaire des sens. Il nous faut un moyen par lequel les idées elles-mêmes, et non pas seulement les signes des idées, puissent être amenées à notre esprit. Il nous faut un maître qui puisse aborder directement l'esprit lui-même, et non par les sens, et qui puisse présenter les idées de la religion sans être obligé de se servir de mots. Cela, l'Esprit de Dieu peut le faire.
La manière dont l'Esprit de Dieu le fait, nous ne pourrons jamais la connaître en ce monde. Mais le fait est indéniable : il peut atteindre l'esprit sans se servir de mots, et mettre notre esprit en possession des idées elles-mêmes, dont les types, les figures ou les mots du maître humain ne sont que les signes ou les images imparfaites. Le maître humain ne peut qu'adresser des mots à nos sens, et il lui est impossible de nous mettre en possession de l'idée de ce dont nous n'avons jamais fait l'expérience. Mais l'Esprit de Dieu, qui a directement accès à l'esprit, peut, à travers le signe extérieur, nous mettre en possession de l'idée réelle des choses. Quel chrétien ne sait pas cela, comme un fait ? Quel chrétien ne sait pas, par sa propre expérience, que l'Esprit de Dieu l'amène en un instant à voir, dans un passage de l'Écriture, ce que toute son étude et tous les efforts de son esprit pour en connaître le sens n'auraient jamais pu lui donner ?
Reprenons le cas d'un tableau suspendu à ce mur, et supposons que toute l'assemblée soit aveugle, et que j'essaie de lui décrire ce tableau. Supposez maintenant que, pendant que je me donne toute la peine du monde pour vous faire comprendre les diverses nuances et combinaisons de couleurs, et que vous appliquez votre esprit à les comprendre, tout à coup vos yeux s'ouvrent ! Vous pouvez alors voir par vous-mêmes les choses mêmes que j'essayais en vain de faire entrer dans votre esprit par des mots. Eh bien, la fonction de l'Esprit de Dieu, ce que lui seul peut faire, c'est d'ouvrir l'œil spirituel, et de placer devant l'esprit, dans toute leur réalité vivante, les choses que nous essayons de décrire par des analogies et des signes, de manière à mettre l'esprit en pleine possession de la chose telle qu'elle est.
Il est évident aussi que nul autre que l'Esprit de Dieu ne connaît les choses de Dieu de manière à pouvoir nous en donner une idée juste. « Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? » Que peut savoir une bête des choses de l'homme, du caractère d'un homme, de ses desseins, etc. ? Moi, je peux parler à votre conscience, parce que je suis un homme et que je connais les choses de l'homme. Mais je ne peux pas parler de ces choses à la conscience d'une bête, et une bête ne peut pas non plus en parler, parce qu'elle n'a pas en elle l'esprit d'un homme et ne peut pas les connaître. De même la Bible dit : « Personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu. » L'Esprit de Dieu, qui connaît les choses de Dieu par sa propre conscience, en possède une connaissance d'une autre nature que celle que d'autres êtres peuvent posséder ; c'est pourquoi il peut nous donner le genre d'instruction dont nous avons besoin, et que nul autre être ne peut donner.
IV. Les influences de l'Esprit de Dieu dont nous avons besoin peuvent être possédées par tous les hommes, gratuitement, sous le régime de l'Évangile.
Quelques passages de la Bible le montreront :
Jésus-Christ dit que Dieu est plus disposé à donner son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent que des parents ne le sont à donner du pain à leurs enfants. « Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. » « Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. » « C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir. » Jacques dit : « Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. » S'il est vrai que Dieu a fait ces promesses sans limites, que tous les hommes qui la lui demandent peuvent avoir l'illumination divine dans toute la mesure où ils la demandent, alors il est vrai que tous les hommes peuvent avoir autant d'illumination divine qu'il leur en faut.
V. Je vais montrer les raisons pour lesquelles certains n'ont pas autant d'illumination divine qu'il leur en faut.
1. Ils ne la demandent pas de la manière, ni dans la mesure, où ils en ont besoin.
2. Ils demandent mal, ou par des motifs égoïstes.
L'apôtre Jacques dit : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. » Quand quelqu'un a un motif égoïste de demander, ou toute autre raison que le désir de glorifier Dieu, il ne doit pas s'attendre à recevoir l'illumination divine. Si, en demandant le Saint-Esprit, il a pour but d'être toujours heureux dans sa religion, ou d'être très savant dans les Écritures, ou d'être regardé comme un chrétien éminent, ou que l'on parle de son expérience comme d'une chose remarquable, ou s'il a toute autre vue égoïste, c'est une bonne raison pour qu'il ne reçoive même pas ce qu'il demande.
3. Ils n'emploient pas les moyens convenables pour obtenir ce qu'ils demandent.
Supposez qu'une personne néglige sa Bible, et demande pourtant à Dieu de lui donner la connaissance des choses de la religion : c'est tenter Dieu. La manière dont Dieu donne la connaissance, c'est par la Bible et par les autres moyens d'instruction qu'il a établis. Si quelqu'un refuse d'employer ces moyens quand ils sont à sa portée, il aura beau prier, il ne doit pas s'attendre à être instruit par Dieu. « Ainsi la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ. »
Il y a une différence importante à observer entre le cas de ceux qui possèdent ces moyens et celui de ceux qui ne les possèdent pas. Je suppose qu'une personne peut apprendre l'Évangile, et recevoir toute l'illumination dont elle a besoin, dans n'importe quelle situation où les moyens lui manquent. Si elle se trouvait, par exemple, sur une île déserte, elle pourrait recevoir son illumination directement de l'Esprit de Dieu. Et il en irait de même dans n'importe quelle autre situation où elle ne pourrait absolument pas avoir accès à aucun moyen d'instruction. Quelques cas très remarquables de ce genre se sont produits depuis quelques années. J'en ai connu un que j'ai regardé à l'époque comme miraculeux, et que, pour cette raison, j'ai rarement raconté, sentant que l'Église elle-même n'était pas prête à le recevoir. Quand j'étais évangéliste, j'ai travaillé une fois dans un réveil, dans une contrée où il y avait beaucoup d'Allemands. Ils avaient reçu bien peu d'instruction, et beaucoup d'entre eux ne savaient pas lire. Mais quand l'Évangile leur fut prêché, l'Esprit de Dieu fut répandu, et il s'ensuivit un réveil des plus puissants. En pleine moisson, si une réunion était fixée quelque part, tout le voisinage accourait, remplissait la maison, et restait suspendu aux lèvres du prédicateur, pendant qu'il s'efforçait de faire entrer dans leur esprit la vérité de l'Évangile. Une pauvre Allemande, naturellement intelligente mais qui ne savait pas lire, raconta, en faisant le récit de son expérience dans une de ces réunions, un fait que ses voisins attestèrent. Avec beaucoup de larmes et le cœur plein de joie, elle dit : « Quand j'ai aimé Dieu, j'ai eu grand désir de lire la Bible, et j'ai prié Jésus-Christ, j'ai dit, et je le sentais : Jésus ! tu peux m'apprendre à lire ta sainte Bible ; et le Seigneur m'a appris à lire. Il y avait une Bible dans la maison, et quand j'ai eu prié, j'ai pensé que je pouvais lire la Bible, et j'ai pris le livre, je l'ai ouvert, et les mots étaient juste ce que j'avais entendu lire aux gens. J'ai dit : "Seigneur Jésus-Christ, tu peux m'apprendre à lire", et je croyais qu'il le pouvait, et j'ai pensé que je lisais ; mais je suis allée demander à la maîtresse d'école si je lisais, et elle a dit que je lisais juste ; et le Seigneur m'a appris à lire ma Bible, béni soit son nom pour cela ! » Je ne sais si la maîtresse d'école dont elle parlait n'était pas dans la maison et n'entendit pas son récit. En tout cas, c'était une femme de bonne réputation parmi ses voisins, et quelques-uns des plus respectables d'entre eux me dirent ensuite qu'ils ne doutaient pas de la vérité de ce qu'elle disait. Je ne doute pas que ce fût vrai.
À l'époque, je pensais que c'était un miracle ; mais depuis les faits qui ont été mis au jour, ces dernières années, sur le caractère indestructible de la mémoire, j'ai pensé que ce cas pourrait s'expliquer de cette façon : on lui avait probablement appris, quand elle était jeune, le nom des lettres et leur valeur, et maintenant l'Esprit de Dieu, en réponse à sa prière, avait ranimé son esprit et lui avait tout rappelé, de sorte qu'elle pouvait lire la Bible.
Certains d'entre vous se souviendront des faits rapportés ici, un soir, par le président Mahan, qui montrent que toute impression faite sur l'esprit de l'homme y demeure à jamais ineffaçable. L'un des cas qu'il a cités était celui d'une vieille dame qui, dans sa jeunesse, avait lu quelques vers racontant une petite histoire ; plus tard, devenue vieille, elle voulut raconter cette histoire à des enfants à qui elle pensait qu'elle serait utile, et, à sa surprise, tous les vers lui revinrent frais à la mémoire, et elle les récita mot pour mot, bien qu'elle ne les eût jamais appris par cœur, et qu'elle les eût seulement lus dans sa jeunesse. Un autre était le cas d'une servante ignorante. Elle avait autrefois vécu chez un pasteur savant, qui avait l'habitude de lire à haute voix la Bible hébraïque dans son cabinet de travail, à portée de voix de l'endroit où cette fille faisait son ouvrage. Bien entendu, elle ne comprenait rien aux mots, et n'en entendait que les sons. Longtemps après, sur son lit de mort, elle étonna les assistants en récitant des chapitres entiers en hébreu et en chaldéen. Les voisins crurent d'abord à un miracle, mais finirent par en apprendre l'explication. Il ressort clairement de là que même des sons inintelligibles peuvent s'imprimer dans la mémoire au point de revenir plus tard avec une parfaite netteté. Je suppose que ce fut le cas de cette pauvre Allemande, et que l'Esprit de Dieu, en réponse à sa fervente prière, rafraîchit sa mémoire au point de lui rappeler les sons et les formes des lettres qu'on lui avait appris dans son enfance, et la rendit ainsi capable de lire aussitôt la Bible.
Je dis donc ceci : ceux qui ne possèdent aucun moyen extérieur d'instruction peuvent obtenir directement de l'Esprit de Dieu toute l'illumination dont ils ont besoin, quels qu'en soient le degré ou la nature, dans les choses de la religion ; mais ceux qui possèdent ces moyens extérieurs, ou qui peuvent se les procurer, et qui ne s'en servent pas, tentent Dieu quand ils prient pour obtenir l'illumination divine tout en négligeant les moyens d'acquérir la connaissance. Pour ceux qui en ont l'occasion, « la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ ». Si quelqu'un se tient loin des moyens qui sont à sa portée, il ne peut attendre l'illumination d'aucune autre manière. Au contraire, s'il est privé de l'usage des moyens, nous devons croire, puisque Dieu est fidèle à ses promesses, qu'il peut être éclairé sans moyens, autant qu'il en a besoin.
4. Une autre raison pour laquelle beaucoup ne reçoivent pas de l'Esprit de Dieu l'illumination dont ils ont besoin, c'est qu'ils attristent l'Esprit de bien des manières.
Ils vivent de manière à attrister, ou à offenser, le Saint-Esprit, si bien qu'il ne peut, sans se contredire, leur accorder sa grâce qui éclaire.
5. Une autre raison, c'est qu'ils comptent sur les enseignements et les moyens comme s'ils étaient efficaces sans l'influence divine.
Combien se reposent sur les enseignements qu'ils reçoivent des pasteurs, sur les commentaires, sur les livres ou sur leurs propres capacités de recherche, sans sentir que toutes ces choses, sans l'Esprit de Dieu, ne peuvent que tuer, jamais rendre la vie ; ne peuvent que condamner, jamais sauver. On dirait que l'Église tout entière est dans l'erreur sur ce point : elle compte sur les moyens pour acquérir la connaissance divine, sans sentir qu'aucun moyen n'est efficace sans l'Esprit de Dieu. Oh ! si l'Église sentait cela, si elle sentait réellement que tous les moyens de la création sont vains sans l'enseignement du Saint-Esprit, comme elle prierait, comme elle nettoierait ses mains et humilierait son cœur, jusqu'à ce que le Consolateur descende lui enseigner tout ce qu'elle a besoin de savoir de la religion !
6. La confiance en soi est une autre raison pour laquelle on fait si peu l'expérience de l'illumination divine.
Tant que ceux qui font profession d'être chrétiens mettront leur confiance dans le savoir, dans la critique, ou dans leur ingéniosité naturelle pour apprendre les choses de la religion, soyez-en sûrs, ils ne jouiront guère de l'illumination de l'Esprit de Dieu.
VI. Je dois montrer que les hommes sont responsables de l'illumination divine qu'ils pourraient avoir.
C'est là une vérité universelle, reconnue de tous les hommes : un homme est tout aussi responsable de la lumière qu'il pourrait avoir que de celle qu'il a effectivement. Le droit commun, qui est la voix du bon sens commun, en a fait une maxime : nul homme qui enfreint la loi ne doit être excusé pour l'avoir ignorée, parce que tous sont tenus de savoir ce qu'est la loi. Il en va de même avec vos enfants : quand ils pouvaient connaître votre volonté, vous les jugez d'autant plus blâmables s'ils vous offensent. Il en va de même en religion : quand les hommes ont absolument à leur portée à la fois les moyens extérieurs d'instruction et les enseignements intérieurs du Saint-Esprit, s'ils pèchent par ignorance, non seulement ils n'ont aucune excuse sur ce point, mais leur ignorance est elle-même un crime, et elle aggrave leur culpabilité. Et tous les hommes sont manifestement sans excuse de ne pas posséder toute la connaissance qui servirait efficacement à leur sanctification parfaite et immédiate.
REMARQUES
I. Vous voyez quel est l'effet de toutes les autres instructions sur une assemblée où l'on ne jouit d'aucune influence divine.
Elles peuvent convaincre l'Église de son devoir, mais elles ne produiront jamais la sanctification. Elles peuvent endurcir le cœur, mais elles ne le changeront jamais. Sans l'influence divine, elles ne sont qu'« une odeur de mort, donnant la mort ».
II. Vous voyez qu'il est important d'employer tous les moyens convenables d'instruction religieuse qui sont en notre pouvoir, comme l'intermédiaire par lequel l'Esprit de Dieu communique l'illumination divine à l'esprit.
Il n'y a aucune raison pour que nous n'employions pas les moyens qui sont en notre pouvoir, et que nous n'appliquions pas nos facultés naturelles à acquérir la connaissance de la religion, aussi fidèlement que si nous pouvions comprendre tout le sujet sans l'influence divine. Et si nous n'employons pas les moyens quand ils sont en notre pouvoir, nous n'avons aucune raison d'attendre le secours divin. Quand nous nous aidons nous-mêmes, Dieu nous aide. Quand nous employons nos facultés naturelles à comprendre ces choses, nous pouvons nous attendre à ce que Dieu nous éclaire. Détourner les yeux de la lumière, et prier ensuite pour qu'il nous soit donné de voir, c'est tenter Dieu.
III. Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles, ceux qui essaient d'enseigner les choses de la religion sans être eux-mêmes enseignés de Dieu.
Aucun degré de savoir, aucune finesse de discernement dans l'enseignement de la théologie, ne fera jamais d'un homme un maître de religion dont l'enseignement porte du fruit, s'il ne jouit pas de la puissance illuminatrice du Saint-Esprit. Il est aveugle s'il s'imagine comprendre la Bible sans elle, et s'il entreprend d'enseigner la religion, il se trompe lui-même, ainsi que tous ceux qui comptent sur lui, et les uns et les autres tomberont ensemble dans la fosse.
IV. Si quelqu'un enseigne l'Évangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel, il sera compris.
Il peut comprendre lui-même l'Évangile sans pourtant le faire comprendre à ses auditeurs, parce que le Saint-Esprit n'est pas envoyé sur eux comme sur lui. Mais si l'Esprit de Dieu est sur eux, il leur fera comprendre l'Évangile exactement dans la mesure où il en comprend lui-même le vrai sens.
V. En prêchant l'Évangile, les pasteurs ne devraient jamais prendre des textes dont l'Esprit de Dieu ne leur a pas enseigné le sens.
Ils ne devraient pas essayer d'expliquer des passages dont ils ne sont pas sûrs que le Saint-Esprit leur a enseigné le sens. C'est de la présomption. Et ils n'ont pas besoin de le faire, car ils peuvent toujours avoir l'enseignement de l'Esprit en le demandant. Dieu est toujours plus disposé à accorder l'illumination divine qu'un père de la terre ne l'est à donner du pain à son enfant ; et s'ils demandent comme un enfant affamé demande du pain à sa mère, ils peuvent toujours recevoir toute la lumière dont ils ont besoin. Cela s'applique aussi bien aux prédicateurs qu'aux moniteurs des écoles du dimanche et des classes bibliques. Si l'un d'entre eux essaie d'enseigner les Écritures sans avoir été lui-même enseigné, il n'est pas plus capable d'enseigner sans l'enseignement divin que l'homme le plus ignorant de la rue n'est capable d'enseigner l'astronomie. Je crains que pasteurs et moniteurs, en général, n'aient bien peu compris le besoin qu'ils ont de cet enseignement divin, et n'aient bien peu senti la nécessité de prier sur leurs sermons et leurs leçons bibliques jusqu'à ce qu'ils aient l'assurance que l'Esprit de Dieu a mis dans leur esprit l'idée vraie de la parole de Dieu. Si cela se faisait comme il le faudrait, leurs enseignements seraient bien plus efficaces que nous ne les voyons aujourd'hui. Vous qui enseignez dans les classes bibliques et les écoles du dimanche de cette Église, croyez-vous cela ? Avez-vous l'habitude, consciencieusement et constamment, de chercher à genoux l'idée vraie de chaque leçon ? Ou bien allez-vous consulter quelque commentaire, puis venez-vous débiter à vos classes la matière sèche que vous avez tirée des commentaires et des livres, sans rien du Saint-Esprit dans votre enseignement ? Si vous faites cela, laissez-moi vous le dire, vous feriez mieux de faire autre chose. Que diriez-vous d'un pasteur si vous saviez qu'il ne prie jamais sur ses textes ? Autant prendre pour pasteur l'ânesse de Balaam ; et même, en pareil cas, la bête muette pourrait faire entendre une voix d'homme et arrêter la démence d'un tel homme. Elle pourrait donner autant d'instruction efficace, pour atteindre les sources profondes du cœur, qu'un tel prédicateur. Eh bien, cela est tout aussi important pour un moniteur d'école du dimanche que pour un pasteur. Si vous ne priez pas sur votre leçon jusqu'à sentir que Dieu vous a enseigné l'idée qu'elle contient, prenez garde ! Comment osez-vous aller enseigner comme religion ce que vous ne pensez pas honnêtement avoir appris de Dieu ?
VI. C'est une grande erreur chez les étudiants en théologie, quand ils étudient pour connaître les vues de tous les grands maîtres, les gros volumes des Pères et des docteurs, et l'opinion de tout le monde sur le sens de la Bible, sauf l'opinion du Saint-Esprit.
Avec un cœur froid comme le marbre, au lieu d'aller droit à la source de la lumière, ils vont ramasser les cosses du savoir, et les débitent dans les Églises en guise d'instruction religieuse. Quelle horreur ! Tant qu'ils agiront ainsi, nous n'aurons jamais un ministère efficace. Il est juste qu'ils tirent du savoir tout le secours qu'ils peuvent pour comprendre la parole de Dieu. Mais ils ne devraient jamais se reposer sur quoi que ce soit qu'ils ont tiré du savoir des livres, avant d'être assurés que Dieu les a mis en possession de l'idée même qu'il veut leur faire recevoir.
Je me suis beaucoup efforcé de faire passer cette conviction chez les étudiants en théologie dont j'ai la charge, et je crois y avoir réussi dans une certaine mesure. Et si je l'avais fait davantage, je ne doute pas que j'aurais mieux réussi. Et je peux dire que, lorsque j'étudiais la théologie, j'ai passé bien des heures à genoux, peut-être même pourrais-je dire des semaines, souvent avec la Bible ouverte devant moi, travaillant et priant pour parvenir à la pensée même de l'Esprit. Je ne dis pas cela pour me vanter, mais comme un fait, pour montrer que la pensée exposée ici n'est pas chez moi une opinion nouvelle. Et j'ai toujours trouvé mes textes et mes sermons à genoux. Et pourtant j'ai conscience d'avoir acquis bien peu de connaissance en religion, en comparaison de ce que j'aurais pu avoir si j'avais puisé à la source de la lumière comme j'aurais dû le faire.
VII. Combien peu la grande masse de l'Église connaît la parole de Dieu !
Faites-leur lire, par exemple, les épîtres et d'autres parties, et probablement ils n'auront pas assez de connaissance pour donner un avis sur le vrai sens d'un dixième de la Bible. Ne vous étonnez pas que l'Église ne soit pas sanctifiée ! Elle a besoin de plus de vérité. Notre Sauveur dit : « Sanctifie-les par ta vérité. » Il faut que l'Église jouisse plus abondamment de ce grand moyen de sanctification avant de savoir ce que signifie une sanctification entière. L'Église ne comprend pas la Bible. Et la raison, c'est qu'elle n'est pas allée en demander l'explication à l'auteur. Bien qu'elle ait chaque jour, et aussi souvent qu'elle le veut, ce précieux privilège de porter le livre directement à l'auteur pour qu'il l'explique, combien peu, oh ! combien peu l'Église connaît-elle de la Bible dont elle ait conscience d'avoir reçu la connaissance du Saint-Esprit ! Relisez le texte, lisez d'autres passages semblables, et dites ensuite si les chrétiens ne sont pas extrêmement coupables de ne pas comprendre la Bible.
VIII. Vous voyez la nécessité pour nous tous de nous consacrer à l'étude de la Bible, sous l'enseignement divin.
Je vous ai recommandé récemment plusieurs livres à lire, comme les Pensées sur la perfection chrétienne de Wesley, les mémoires de Brainerd Taylor, de Payson, de Mme Rogers, et d'autres encore. J'ai trouvé que, dans un certain état d'esprit, il est utile de lire de tels livres. Mais je ne prétends jamais faire mon étude que d'un seul livre. Je lis les autres de temps en temps, mais j'ai peu de temps et peu d'envie de lire beaucoup d'autres livres, tant que j'ai tant à apprendre de ma Bible. Je la trouve semblable à une mine profonde : plus je la travaille, plus elle devient riche. Il nous faut la lire plus que n'importe quel autre livre, plus que tous les autres livres ensemble. Il nous faut nous arrêter et prier sur elle, verset après verset, comparer une partie avec une autre, la méditer, la digérer, et la faire entrer dans notre esprit, jusqu'à ce que nous sentions que l'Esprit de Dieu nous a remplis de l'esprit de sainteté.
Le ferez-vous ? Ouvrirez-vous votre cœur à Dieu, et ne lui laisserez-vous pas de repos jusqu'à ce qu'il vous ait remplis de la connaissance divine ? Sonderez-vous les Écritures ? De jeunes convertis, et des jeunes gens qui se préparent au ministère, m'ont souvent demandé ce qu'ils devaient lire. Lisez la Bible. Je ferais cinq cents fois la même réponse. Par-dessus tout le reste, étudiez la Bible. C'est un triste fait que la plupart des jeunes gens, quand ils entrent dans le ministère, connaissent souvent moins la Bible que n'importe quel autre livre qu'ils étudient. Hélas ! hélas ! Oh ! s'ils avaient l'esprit de James Brainerd Taylor, son amour pour les Écritures, sa prière pour obtenir l'enseignement divin, nous n'entendrions plus les gémissements des Églises sur la stérilité de tant de jeunes prédicateurs, qui sortent de nos séminaires pleins du savoir des livres et presque dépourvus du Saint-Esprit.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).